‹ Les femmes en OrientChapitre 9 sur 27 · pgg Aujourd'hui le développement de l'in · texte numérisé non relu

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lanufacturière ^ que la Russie doit à la noet l'intérêt que l'Europe, affamée par une le agriculture^, attache aux questions d'é-

grre d'Orient, en rendant Isa mers impratlUiblfa , > tort ac-

loppemeùl.

les |>ft;s (eut eiceplion, par exemple l'Angleterre et l'E-

coaomie rurale, disposent les nobles à devenir moins exclusifs dans leur goût pour la ville. Cependant la noblesse qui vit aux champs est, en règle générale, la plus pauvre, la plus ignorante et la plus rétrograde. Tandis que les maris exploitent plus ou moins durement leurs serfs ou courent après les places que confèrent les élections de la noblesse provinciale, les femmes essaient d'imiter péniblement le luxe et les manières des personnes qui vivent à Pétersbourg, efforts qui, la plupart du temps, les appauvrissent sans les rendre moins ridicules.

Rien ne saurait donner idée , chère amie, de la monotonie de leur existence. Permettez-moi de vous raconter brièvement la manière dont j'ai passé une dixaine de jours avec la princesse ^^ dans la terre de son amie , Yéra lacovna. Yéra est petite de taille, assez forte, maïs elle a une belle figure encadrée de cheveux noirs. Elle se lève à neuf heures, passe sur ses habits de nuit une robe d'indienne, d'une propreté équivoque, se coiffe d'un bonnet de percale destiné à cacher les mèches non lissées de ses cheveux dont les bandeaux sont tressés avec des cordonnets pour les faire onduler plus tard, et se place à la fenêtre , ouverte ou non , pour prendre son thé. Elle y reste jusqu'à midi et, pendant ce temps, les bonnes lui amènent un instant ses enfants qu elle a l'habitude de gronder très-régulièrement et de renvoyer tout en pleurs. C'est là ce

eotte. — Voyes Léonce DE LAVEB6NE, Estai sur V Economie rwraU flB Angleterre, etc., Paris, 1854.

qu'elle appelle « faire leur éducation ». A midi, eUe met une crinoline, une robe à volants, se coifie « à la dernière mode » et va d'un air excessivement ennuyé faire une courte et lente promenade sous les ombrages de son jardin. Elle rentre bientôt pour jouer aux cartes, soit avec son mari, soit avec quelques tckinovnikis invités par c.elui-ci. Le jeu dure jusqu'à deux heures, tandis que le samovar^, placé à côté sur une table permet de prendre de temps en temps de copieuses tasses de thé. A deux heures, on dîne; après le dîner on se remet aux caries. A six heures, on se dirige péniblement vers un bois voisin; mais la plupart du temps on s'arrête sur la grande route pour voir passer les voitures, ou bien on rpste assis sur un banc au bord de l'étang. A sept heures, on revient prendre le thé avec les enfants qu'on envoie se coucher le plus vite possible, après leur avoir dit à chacun quelque mot grossier en signe de caresse et avoir fait trois fois sur chacun le signe de la croix 2. A huit heures, les cartes reparaissent, ces malheureuses cartes qui jouent un rôle si grand et souvent si déplorable dans la vie des Russes. Véra lacovna se retire ordinairement à onze heures , et laisse son mari continuer sa partie jusqu'à la fin de la nuit. Il est inutile d'ajouter que jamais la maîtresse de la maison n'a aucun souci du ménage, ni de la cuisine, ni des enfants, dont les bonnes et les nourrices sont exclusivement chargées.

1 BoniUoire à thé, pourvue d*nii foyer et d'ane cheminée.

2 La bénédiction des Busses.

Aussi voit-on la terreur peinte sur leur figure toutes les fois qu'on les appelle chez mamacha. Le seul ouvrage auquel je Taie vue toucher, est une tapisserie à laquelle elle fait quelques points entre dix heures et midi. Mais ce qui vous surprendra surtout, cest d'apprendre que le mari s'occupe de la cuisine conime de Fécurie, de la laiterie, comme de l'administration des biens, de la blanchisseuse comme des jardiniers. Et cette habitude ne lui est pas particulière ; car elle est en usage dans tout le pays et même dans les villes. Le gouvernement du mari est donc en théorie — si non toujours en fait — autocratique comme celui de Fempire. C'est un souvenir des anciens temps.

L'autocratie est tellement dans les mœurs de la nation qu'un peintre singulièrement habile des mœurs de son pays, M. Ivan Tourguenief n'a pas <;raint de mettre en scène dans son meilleur ouvrage ^ une dame de province , une certaine M"" Hélène Nicolaevna Losniakof, qui gouverne ses gens à coups ^oukases, qui ajoute à chaque prikas (ordonnance): — a pour être exécuté dans la rigueur, Eléna Losniakoff. » Comme tous les souverains absolus, elle ne sait rien de ce qui se passe chez elle et elle est le jouet de subalternes serviies et rampants. Cette fraryma^ fait regretter au petit monde qu'elle gouverne l'autorité d'un seigneur, a Rien n'est bon pour un bârine, dit un de ses commis : C'est ceci qui est mauvais, c'est çà

1 ZapitsH OkkBtnika, âlémoires d'un chassewr.

2 Dame propiiétaire d'une terre.

qui ne lui plalt pas. Vous lui donnez un verre d'eau, vous lui présentez un plat : « Ah! cette eau sent mauvais! ah! cet oiseau ou ce poisson est infecte! » Vous remportez, vous restez un moment derrière la porte et vous rapportez simplement la sauce, le rôti ou le verre d'eau. « Ah ! c est cela, cette sauce-ci est bonne, cette sauce-là ne pue pas... » Et les dames, ah! les dames, c'est encore bien autre chose; et les demoiselles . . . celles-là, c'est à un point!... U M"* Tatiana Vacilievna se charge de justifier cette assertion peu bienveillante pour les demoiselles. Cette vieille fille prude condamne ses serfs à un célibat perpétuel : « Dieu me préserve de souffrir cela, s'écrie-t-elle , quand ils demandent à se marier; moi je suis demoiselle et je vis; je reste fille ... Et qu'est ce que c'est donc? et sont-ils gâtés, et qu'est-ce qu'ils veulent encore?^»^ La « demoiselle verte », ainsi que Maria Ulinichna et son aimable parente Katérina Karpovna , sont encore plus intolérables et plus despotes. Katérina Karpovna est «une petite vieille au teint bilieux, ' clignotant des deux yeux avec un mouvement aussi rapide que la flèche coureuse de la pendule, qui bat soixante fois à la minute. x> Maria Ulinichna, « étendue sur un merveilleux fauteuil mécanique », est flanquée d^une demoiselle de compagnie « à cils et à sourcils blancs, à bouche de travers, vêtue d'une robe montante et verte comme un pré. » Ces charmantes personnes s'acharnent contre un de leurs voisins, un

1 Voyez TOURGUENIEF, Zapitski Okhotnika — le Comptoir.

2 TOURGUENIEF, Zapitski Okhotnika — Lvoff.

LES RUSSES. 11 f

gentilhomme nommé Peotre Pétrovitch Karataëff qui, épris d'une des serves de Maria Ulinichna, ne se soucie pas d'épouser la « demoiselle verte. » — « De quelles fantaisies, s'écrie tristement Karataëf, ne sont pas capables ces opulentes dames campagnardes qui s*ennuient dans leur manoir! ^ »

Véra lacovna, mon hôtesse, n'avait pas. heureusement , « de fantaisies » ; noais elle « s'ennuyait » aussi d une manière prodigieuse. Déchirer son prochain était sa seule distraction. Malgré la lourdeur de son intelligence, on retrouvait chez elle la causticité traditionnelle des Slaves. En déchirant son prochain, elle semblait sortir de sa torpeur et renattre à la vie! Connaissances, amis, parents... parents surtout! rien n'échappait à ses critiques. Si la médisance — je ne parle point de la calomnie — est partout la principale distraction des provinciales, et surtout des provinciales dévotes 2, figurez-vous quelle ressource elle doit fournir dans certains gouvernements semi-asiatiques de la Russie , oii l'on ne s'intéresse ni à la littérature, comme en Allemagne, ni à la politique comme en Angleterre, ni aux arts comme en Italie. D'ailleurs, la médisance est l'esprit des ignorants et d^s sots. Il ne faut pas beapcoup de ressources d'imagination pour amuser ses voisines en leur disant du mal de tout ce qui leur est supérieur par l'éducation, les lumières ou le rang. Pour réussir dans cette tâche aisée, la méchanceté

1 TOUBOUENIEFF, Zapitski Okkomika — Karataëf. S Voyex BALZAC , Scènes de ta oie de prorince.

suffit. Or, l'être le plus disgracié de la nature est toujours assez bien pourvu de ce côté , et quoiqu'en ait dit J.-J. Rousseau, les moins civilisés ne sont pas les meilleurs, bien au contraire! Aussi, de môme que la liberté , sincèrement et loyalement pratiquée, est le meilleur remède aux inconvénients de la démocratie, la civilisation est le moyen le plus efficace de diminuer chez les hommes la passion de se mettre en morceaux, reste dégoûtant de Tanthropophagie des temps barbares.

J'ai donc la conviction que, maintenant qu'on laisse aux gentilshommes russes la liberté de leurs mouvements et que les provinciaux, môme fort arriérés, commencent à voyager dans les contrées les plus avancées de TOccident, les travers dont j'ai essayé de tracer une esquisse* deviendront chaque jour plus rares. Les femmes russes , ont un prodigieux talent pour s'assimiler les habitudes étrangères. Celles qui ne pourront visiter ni l'Allemagne ni la France, trouveront dans les nouvelles voies de communication, qui s'établissent heureusement dans tout l'empire, de faciles moyens de se mettre en rapport avec Pétersbourg et avec Moscou. De ces rapports plus fréquents naîtra chez oJles le désir d'une imitation plus intelligente des coutumes adoptées par

1 Ce sujet était fait poar tenter les plus habiles écriyains de la Russie. Aussi , même après M. Ivan Tourguenief, a-t-il été traité d^nne manière remarquable par l'auteur des Goubernskie otcherH {Esquisses de la vie de province). Ces esquisses publiées sous le pseudonyme de TCHÉ- DBINE ont été imprimées d'abord dans le Messager russe et ont été réunies depuis en trois yolumes, à Moscou.

la haute aristocratie. Qu^elles s attachent surtout à introduire dans leurs familles, non pas le luxe, mais les lumières; quelles apprennent à aimer et à estimer leur condition et non à la considérer comme un pis aller. Elles peuvent ainsi rendre à leur pays un service immense en lui préparant une noblesse rurale, active, laborieuse, disposée à donner aux' paysans l'exemple du travail et du progrès, telle, en un mot, que celle qui fait la force et la grandeur de TAngleterre.

n. Les Basses.

LETTRE IV

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