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raie. Les commissaires lui observèrent combien il était inconséquent qu'un représentant du peuple confiât de tels papiers à une personne déclarée suspecte par la voix publique. De l'appartement de la Gharry, les commissaires passèrent dans un autre qui formait l'entre-sol. Ils y rencontrèrent un individu se disant Renaud. Interpellé de déclarer ce qu'il faisait à Paris, il répondit que, nouvellement arrivé, il était néanmoins prêt à repartir et que, pour se mettre en route, il n'attendait qu'un passeport qu'Osselin lui avait promis.
(( Les commissaires retournèrent auprès de ce dernier, pour lui faire part de cette déclaration. Osselin nia le fait. Le surlendemain, 3 may, nouvelle visite des commissaires ; ils apprirent de la femme Gharry que l'individu Renaud avait disparu depuis la veille; mais elle prétendit ne pas savoir quel était le lieu de sa retraite. Les commissaires apprirent enfin de la femme Gharry qu'elle a vécu à Bruxelles en relation d'amitié avec d'autres émigrés français \.. ))
Malgré des aveux si formels, la marquise de Gharry fut laissée en liberté, sous lecautionne-
^ Acte d'accusation et jugement du i5 frimaire an II. Arch.
nat., W 3oo, n» 298.
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ment d'un nommé La Gardie, se disant maréchal de camp, et de son ami le législateur.
L'orage s'était approché de la tête d'Osselin et l'orage avait reculé. Mais le conventionnel avait compris qu'il était surveillé, et que, pour abriter ses amours, il fallait s'occuper du choix d'unedemeure d'allure plus discrète, en remplacement du somptueux hôtel de la rue du Cherche-Midi qui, vraiment, de par l'indiscrétion de la police, était devenu inhabitable. Le conventionnel, à qui l'amour avait donné l'emploi périlleux de jeune premier ne réfléchit pas longtemps. Il courut chez son frère, curé de Saint- Aubin, une petite bourgade à treize kilomètres de Versailles \ pour cacher soigneusejnent la marquise sous le nom de la citoyenne Petit' ^ et, croyant désormais sa maîtresse en sûreté dans le calme et candide presbytère, il reprit tranquillement vers Paris le chemin de son domicile.
La police avait fait des battues et découvert la retraite delà fugitive. Osselin, effrayé, prit les devants.
Le croira- t-on ? Lâchement, le législateur amoureux était allé lui-même à Versailles dé-
' Actuellement 127 hai)itants.
- Discours de Dubarran. toc. cit.
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noncer sa maîtresse qu'il continuait à fréquenter plus que jamais. Mais il se fit prendre chez elle quand on vint l'arrêter. C'était le neuf novembre \
Décrété d'accusation comme fonctionnaire prévaricateur, Osselin comparut devant le terrible tribunal. L'acte d'accusation, dressé par Fouquier-Tinville, portait : « qu'Osselin, représentant d'un peuple libre, mandataire de la République, abjurant tout sentiment républicain, n'a pas rougi de s'avilir jusqu'à devenir le complice et l'esclave de l'Esclave et de l'agente des despotes coalisés contre la nation française, qu'il a sacrifié à une passion criminelle et scandaleuse Devoir, Honneur, Patrie, et qu'il a prostitué la dignité de la Représentation nationale aux pieds d'une conspiratrice sans pudeur et sans honte », avec laquelle il ne craignait pas de se pavaner ouvertement et d'aller au Palais-Royal faire des parties fines en cabinet particulier ^
Le président donna lecture de Tarrèt qui condamnait Osselin à la déportation, et M"'^ de Gharry à la peine de mort.
^ Arch. de la Préfecture de police.
2 « ... Des dîners tête-à-tête chez un traiteur au palais cidevant d'Orléans. » Acte d^ accusation et jugement du j 6 frimaire, an II. Arch. nat., W 3oo, n*^ 298.
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Au moment où le président donnait ordre qu'on fît sortir les condamnés, la marquise se déclara enceinte.
Interrogée par Théry et la femme Prioux, elle se dit grosse « du 17 ou 1 8 octobre dernier, temps où elle attendait ses règles, que c'était à Saint-Aubin où elle s'était mise dans ce cas », par suite d'une fugitive faiblesse avec un nommé Guillaume Desplaces, âgé de vingt-neuf ans, rentier, demeurant quai Voltaire, n° 17, qui avait succédé à Osselin sur le carnet de ses caprices ; « que les deux époques de ses règles ont manqué depuis ce temps-là et qu'enfin elle se croit grosse de six à sept semaines ». En procédant à l'examen, Théry et la femme Prioux ne reconnurent « tant extérieurement qu'intérieurement aucun signe de grossesse ; la figure ne caractérisait pas de changement dans son existence, le ventre était souple et nullement volumineux ; l'orifice de la matrice très allongé et dans l'état naturel ». Ils déclarèrent, toutefois, qu'étant donnée la date récente de la conception invoquée, ils ne pouvaient se prononcer d'une façon positive.
La condamnée fut transférée à la Salpètrière, pour être mise en observation, pen-
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dant qu'Osselin était détenu provisoirement à Bicètre, en attendant le départ de la chaîne.
Le huit messidor (26 juin), Osselin, abîmé de douleur, de honte et de désespoir, qui ne sortait point de sa chambre et ne voyait nul prisonnier, était mis de nouveau en jugement, comme complice d'une conspiration tramée par les prisonniers. C'était un condamné aux fers, un peintre nommé Valagnos, qui avait imaginé le premier de dénoncer une conspiration à Bicètre. S'associant à un ancien bijoutier, devenu administrateur de police, Dupannier, il avait dressé des listes, indiqué des témoins et fait ses déclarations en présence de Fouquier-Tinville, trop heureux de trouver un prétexte pour septembriser judiciairement ses bastilles.
Ce malheureux Osselin, qui avait marqué dans les premiers jours de la Convention, était, certes, bien éloigné d'être un contrerévolutionnaire. Il avait failli par faiblesse et par amour, mais il n'était pas facile de dire qu'il avait conspiré avec des galériens, un maçon, un batteur de plâtre, un scieur de long, des ouvriers en boutons, pour renverser la toute-puissante Assemblée. Il n'en. fut
pas moins mis sur la liste de mort et transféré au Plessis le 7 messidor.
Lorsque son jugement lui fut connu, le malheureux déjà condamné, faute d'autres armes, arracha un clou du mur de sa prison ; il chercha, avec la pointe sur sa poitrine, la place où le cœur palpite, et l'enfonça entre deux côtes ; mais, n'étant pas mort de sa blessure, il fut conduit au Tribunal sur un brancard et presque mourant. Dans le trajet, « quelqu'un observa qu'il fallait arracher le clou de la plaie, d'autres s'y opposaient, en disant que, si on l'arrachait, Osselin expirerait, et qu'il fallait le conduire ainsi devant ses juges » \ Et ce corps, quasi expiré, présenté au tribunal, on l'interrogea. A peine le président, en s'approchant de lui, put-il entendre ses réponses. Il râlait... Il n'en fut pas moins condamné à mort. C'était le 8 messidor. On précipita le départ, moyennant quoi il put être encore guillotiné vivant.
L'hospitalier curé de Saint-Aubin, frère d'Osselin, fut condamné aux galères par jugement du i/| frimaire an II (4 décembre 1793) '\
^ Procès de Fonf/nirr-Tinvilh'. Déposition de Langeac (H de /hune t.
'^ Arch, nat.^ W 3oo, u*^ 298.