I08 LES FEMMES ENCEINTES DEVANT LE TRIBUNAL
Pour dérober sa tête au bourreau, la marquise avait eu Fidée de s'empoisonner avec de Topium dans sa prison. On l'en dissuada. Quatre mois après sa condamnation, le lo germinal, elle subit une nouvelle visite de Bayard, Naury et la femme Prioux. Cette fois l'examen fut négatif, et la marquise de Gharry fut décapitée le ii germinal (3i mars 1794).
Ainsi finit ce petit roman de l'histoire de la Révolution, interrompu par le bourreau.
Il nous reste à mentionner une jeune fille de dix-sept ans, qui n'avait pas même l'âge du crime, dont Paris de L'Epinard ne nous a pas conservé le nom, qu'Enguchard et Naury ne reconnurent pas enceinte et qui fut guillotinée le lendemain \
Il est important de constater, écrit le D*" Charrier, « qu'après la loi de prairial » — cette loi qui supprimait toutes les garanties, qui bornait l'instruction à un simple appel nominal — , « le Tribunal ne tenait plus compte des déclarations des médecins. Au début de sa carrière, il accordait un sursis de plusieurs mois à la condamnée dont la grossesse n'é-
1 Cité par M. Léon Le Grand, loc. cit., p. 87, note i.
tait pas absokiment manifeste »'. Ce sont là des crimes qui ont déshonoré la plus belle des causes, et ces crimes, ce sont des Français qui les ont commis ; leur honneur est trop le nôtre pour que nous insistions davantage sur des faits qui attestent le délire et la folie d'un peuple égaré.
Et pourtant, à Theure où Fouquier-Tinville et son Tribunal montraient cette insouciance et ce mépris pour les vies humaines, on trouve un commencement de poursuites contre un boucher de Bondy, Pierre Frenois, « prévenu de conspiration en tuant une vache pleine pour détruire l'espèce! »
Mais comment ne pas citer textuellement les principaux passages de la pièce officielle?