I20 LES 1 KM M ES ENCEINTES DEVANT LE TRIBUNAL
prix sera la fin de l'horrible agonie que la loi lui a réservée ?
(( Cependant, cette pénible agonie, aux horreurs de laquelle vous la laissez en proie, peut se prolonger pendant sept ou huit mois. En avons-nous bien calculé toute la durée ? Et de quel droit la société commanderait-elle une aussi longue souffrance contre un de ses membres qu'elle n'a voulu faire participer à aucun des nombreux avantages qu'elle réserve exclusivement aux hommes ?
« Quel barbare privilège ! Ah ! sans doute, citoyens, vous sentez, comme moi, que la société Ta fait beaucoup plus souffrir qu'elle n'en a réellement le droit.
(( Pourquoi ce long, cet éternel supplice? pour obtenir un enfant que sa mère ne connaîtra que par les douleurs qu'il lui aura causées, qu'elle ne devra voir que comme le terme de sa vie ; dont la naissance, ce moment qui éveille dans le sein maternel de si tendres sentiments, ne s'annoncera que pour ajouter aux douleurs de l'enfantement celle de la plus cruelle séparation, et elle ne présentera à son imagination en délire que la perspective désespérante de l'échafaud qui l'attend.
(( Espérerions -nous donc ainsi, citoyens, pouvoir jamais atteindre le but politique qui nous fait retarder le supplice de cette mère infortunée !
(( Si le désespoir ne l'entraînait pas à la cruelle résolution de frustrer vos espérances, cet avenir désespérant, cet échafaud, cette prison même, jusqu'aux plaintes que cette destinée affreuse arrache à tout ce qui l'entoure, tout ne concourt-il pas à altérer à la fois la santé de la mère et de l'enfant, et ne prépare-t-il pas au triste fruit de tant de douleurs une existence pénible, que les soins prévenants d'une mère tendre ne devront point alléger, et que ne remplacent jamais les secours mercenaires que vous lui destinez?
(( C'est ainsi que, marchant d'injustices en injustices, vous violez le premier vœu de la nature, qui veut impérieusement que la mère allaite son enfant, qui veut qu'elle soit sa première institutrice, comme son piciu iciappui.
« C'est ainsi que, pour atteindre le but politique, dont elle seule ne peut espérer aucun avantage, dont elle n'est que le malheureux instrument, vous lui arrachez sans pitié son enfant poiii* l'envoyer à l'échafaud, cL que
VOUS ne le lui montrez que comme le signal de son supplice.
(( Mais c'est trop longtemps, citoyens, arrêter vos regards sur ce tableau déchirant, dont j'aurais voulu vous épargner les tristes couleurs, et je me hâte de soulager votre cœur en vous proposant de mettre un terme à tant d'injustices par le décret que votre comité m'a chargé de vous soumettre.
« Vous verrez qu'une de ses dispositions a pour but d'arrêter votre humanité au moment où la société a droit de lui prescrire un terme; car, sans doute, vous ne voulez pas rendre à la liberté une incendiaire, une empoisonneuse, ou toute autre grande coupable, dont l'impunité pourrait accroître la malveillance ou l'audace.
(( Voici le projet de décret :
a La Convention nationale , ouï le rapport de son comité de législation^ décrète ce qui suit :
Art, P\ — A Vavenii\ aucune femme prévenue de crime emportant la peine de mort ne pourra être mise en jugement quil nait été vérifié de la manière ordinaire quelle nest pas enceinte.
Art. IL — Le sursis provisoire à tout jugement de mort rendu contre des femmes dont V exécution a été suspendue pour cause de grossesse., est déclaré définitif.
Art. III. — Les comités de législation et de sûreté générale sont autorisés à statuer définitivement sur la mise en liberté ou la détention ultérieure desdites condamnées.
Art. IV. — Les accusateurs publics près les tribunaux criminels ordinaires et extraordinaires sont en conséquence tenus d'adresser audit comité de législation dans quinzaine à compter du jour de la publication de la présente loi tous les jugements de la nature de ceux ci-dessus^ et les procédures et pièces sur lesquelles ils sont intervenus.
Art. V. — U insertion de laprésente loi au Bulletin lui tiendra lieu de promulgation.
Ce projet de décret est adopté par la Convention, qui applaudit au discours de Pons de Verdun. On reconnaissait dans cet homme sensible, qui prêchait l'humanité de manière si édifiante, le défenseur des Jeunes filles de Verdun, coupables d'avoir, deux ans auparavant, offert des dragées au roi de Prusse et condamnées à mort, malgré Tancienneté de l'injure et les triomphes vengeurs de la République \
* Pons de Verdun doit être déchargé ici de rinculpalion dont Chaloaubriaud, tînlre autres, a grevé sa mémoire, eu faisant du poète régicide, un homme acharné contre sa ville natale et « l'instigateur du massacre des Jeunes filles de de Verdun ». Mémoires d'Outre-Tomhe. J^dilion Biré, t. II, p. 83. Celte hécatombe de jeunes vierges offertes en sacrifice à la déesse Guillotine est d'ailleurs une légende. Sur les
C'est lui aussi, il faut le rappeler, qui fit annuler la sentence qui condamnait à mort une autre femme, qui, après le verdict s'était déclarée enceinte, M"^ de Boncliamps, veuve du généreux général vendéen*, en qui revivait Bayard, qui, étendu sur un matelas, conservant à peine un souffle de vie, avait demandé, comme une dernière preuve d'obéissance, aux généraux, aux officiers, aux soldats l'entourant, d'épargner les jours de six mille prisonniers républicains '. Sa fille
35 personnes condamnées le 5 floréal pour cause de « lèsenation », il se trouvait en réalité, plusieurs gendarmes, des artilleurs, des droguistes et autres personnages sans prétentions sous le rapport de la virginité, enfin deux filles publiques, des femmes mariées ou veuves, dont la baronne de la Lance, âgée de 69 ans. La plus jeune des victimes avait vingtcinq ans. Ainsi émaillée, la « corbeille de lis », dont parle Lamartine, perd de son charme poétique. Voir Louis Combes Episodes et curiosités révolutionnaires , Madré, Paris 1872, et le comte Fleury. Les grandes dames pendant la Révolution et sons l'Empire. Vivien, Paris, 1900, pp. 63 à 65.
^ Réimpression de l'ancien Moniteur. Séance de la Convention du 29 nivôse, t. ^3, p. 253.
" Pons de Verdun avait intéressé la Convention au sort de M"^^*^ de Bonchamps en disant : a La preuve que cette citoyenne n'avait aucune intention hostile, c'est qu'elle sauva la vie à 6.000 prisonniers patriotes près d'être fusillés dans la commune de Saint-Florent. Après son jugement, elle s'est déclarée enceinte ; en conséquence, le sursis a été ordonné. »
L'acte de générosité imputé à M'^^ de Bonchamps est une légende. C'est M. Haudaudine, négociant nantais, qui « imagina, pour la sauver, de signer et de faire signer, par beaucoup d'autres, un certificat attestant que c'était sur les instances de sa femme que M. de Bonchamps avait fait grâce aux prisonniers. Il est très vrai que M'^<^ de Bonchamps, sur la
Zoë, encore dans Tâge le plus tendre, se présenta au Comité révolutionnaire pour chercher Tordre de la misé en liberté de sa mère. Touchés de ses grâces enfantines, les employés, sans doute ce jour-là en belle humeur, voulurent la faire chanter, et la fille du héros royaliste fit entendre ce refrain : Vii^e le Roi! A bas la République^ ! Sa naïveté trouva cependant grâce, et M™*^ de Bonchamps recouvra sa liberté.
Villetard-, député de TYonne, dont son collègue avait sans doute gagné particulièrement le cœur par son éloquence, escalada la tribune : « Je demande, dit-il, que la Convention décrète, dès à présent, l'abolition de la peine de mort pour les femmes. »
Sa proposition fut renvoyée au Comité de législation'.
place de Saiut-Florcnt, avait chcrclu'; à caliiKu* la fureur des Vendéens; mais elle ne se trouvait pas auprès de sou mari, dont on la tenait éloignée, en lui cachant avec soin sa position. Toujours est-il que le généreux subterfuge de M. Haudaudiue »et de ses amis fut couronné de succès. » Vie populaire de M. de Bonchamps, Dentu, i845, p. 48. Voir dans VliUcrmédiaire, n^ du -lo avril 1910, l'intéressant article sur M. lïaudaudinc, le Régulus nantais, qui a donné son nom .1 nu nie rie Nantes.
» (Ihauveau. Vie de Bonchamps. Paris, 1817, pp. iî8eta49.
■* Il devint membre du Conseil des Cinq-Cenls, prit part au coup d'Etat, fut membre du Sénat, et vola, en 1814, la déchéance de Napoléon I"^
' Uéimpression du 1 ancien iWoni/ear,!. XXIV, pp. 207 etao8.
Toujours est-il que le texte du décret proposé par Pons de Verdun paraissait le lendemain dans le Bulletin des Lois\
L'auteur du décret, qui avait définitivement sacrifié le doux commerce des Muses au salut des futures mamans, a raconté que, dès que ce décret fut rendu, il courut à la Conciergerie et qu'il eut le bonheur d'arracher à la mort plusieurs femmes déjà condamnées ou sur le point de l'être, en leur conseillant de se déclarer enceintes.
En tout cas, les femmes enceintes, détenues en prison, allaient être mises en liberté.
C'est l'histoire de ces malheureuses, attendant toujours dans l'angoisse et l'épouvante le moment de la maternité, qu'il nous reste à faire.
Une infime courtisane, une malheureuse
fille des rues, une habitante des hôtels borgnes, ouvre la marche dans l'émouvant défilé qui va suivre. C'est Claire Sevin, veuve Loriot, faiseuse de modes ^ âgée de trente
i Bulletin des Lois^ an III, 3<^ trimestre, n» i36-756.
ans^ arrêtée le 12 décembre 93. On le voit, tous les rangs se mêlaient sur l'échafaud. Une courtisane mourait à côté d'un sage. Le peuple applaudissait également.
Le 3 brumaire, il avait été fait « par la section des Tuileries des visites domiciliaires, à l'efFet d'arrêter les filles prostituées qui sont le plus grand fléau des mœurs publiques auxquelles elles insultent, et l'opprobre de la société qu'elles flétrissent, et Claire Sevin et Catherine Halbourg, livrées à cette infâme
^ Voici son signalement que nous avons trouvé à la Préfecture de police :
Section des Tuileries
Le troisième jour du second mois de Van second de la République française, une et indivisible.
Le citoyen concierge de la prison de la Co^nciergerie recevra et gardera jusqu'à nouvel ordre la nommée Claire Sevin veuve Loriot :
Natif de Amiens, âgée de trente ans;
Taille de cinq pieds ;
Front étroit ;
Cheveux, sourcils châtains ;
Yeux bleus ;
Nez pointu ;
Bouche moyenne ;
Menton fourchu ;
Profession : femme publique.
Demeurant lors de son arrestation rue de Valois, prévenue d'avoir crié : Vive le Roi ! Vive la Reine ! Vive Louis A' Vil! et d'avoir arraché la cocarde nationale de son bonnet.
Certifié, etc..
(signé) CiiAHUONMEU, commissaire de police.
Arch. de la Préfecture de police, carton 5, pièce a8i.
trafic de leur individu, ayant été arrêtées et conduites au corps de garde du poste central de la section des Tuileries, y restèrent en arrestation jusqu'au moment où on voulut les conduire à la maison d'arrêt delà Salpêtrière ; c'est alors que la nommée Loriot cria avec fureur : Vwe le Roy ! Vwe la Reine ! L'un des citoyens de garde lui aïant représenté le délit qu'elle commettait, elle répondit qu'elle n'était pas soûle, que c'était sa façon de penser et qu'elle se moquait de tout. Conduite pardevant le commissaire de police, elle arracha la cocarde de son bonnet ».
Glaire Sevin comparut devant le redoutable Tribunal révolutionnaire. Fouquier-Tinville, avec des tremblements d'indignation, fit lecture, après les questions d'usage, d'un acte d'accusation où il avait donné toute carrière à son éloquence mélo-dramatique : jamais il n'avait accumulé, dans un réquisitoire, des périodes aussi pompeuses sur la tyrannie, ni de pareilles phrases à grand orchestre sur les vices effroyables de la monarchie :
(( Le délit commis par ces deux prostituées et surtout par la Halbourg pourrait prouver encore, s'il en était besoin, que le despotisme a toujours été l'ennemi des mœurs publiques,
que la prostitution était un des moïens qu'il emploiait pour affermir son empire et perpétuer l'esclavage des citoïens par Tappât du libertinage et de la débauche, que Ion ne peut plus douter que les repaires de prostitution ne soient les asiles ordinaires de ces contrerévolutionnaires qui paient leurs infâmes plaisirs avec For de Pitt et que toutes ces prostituées, non contentes d'être l'opprobre de leur sexe qu'elles avilissent, les pestes de la société qu'elles corrompent, le fléau de la jeunesse qu'elles dégradent par le vice ou qu'elles empoisonnent au sein de leurs honteux plaisirs, sont encore les troupes auxiliaires de ces conspirateurs célèbres, des Marie- Antoinette et des Dubarry qui, en partageant leurs mœurs dissolues, les avaient encore associées à leurs complots pour leur recruter des scélérats dignes de seconder leurs crimes \ »
La veuve Loriot, sur ce fougueux mouvement d'éloquence, fut condamnée à la peine de mort, « comme prévenue de propos et de cris tendant à la dissolution de la République
* Acte d'accusation rédigé par Fouquicr-Tius'illc contre claire Sevin, veuve Loriot et Catherine Ilalhourg^ lo 19 friiiiiiif an II. Arch. nat. W "ioi, u" 3'io.
l3o LES FEMMES ENCEINTES DEVANT LE TRIBUNAL
et au rétablissement de la Royauté, aussi d'avoir arraché et insulté à la cocarde nationale * ».
Espérant gagner du temps, la pauvre femme se déclara enceinte. La sage-femme Paquin, attachée pour ce service à la Conciergerie, l'emmena dans une pièce voisine du guichet, où les deux médecins Théry et Naury procédèrent à l'examen. Elle leur dit « qu'elle était grosse de deux mois, qu'elle avait vu, il y a six semaines, très peu, que depuis elle avait eu des envies». Les médecins trouvèrent « la figure, les seins, le ventre, la matrice dans leur état naturel », et déclarèrent qu'ils ne reconnaissaient aucun symptôme de grossesse, mais que, vu la date récente de la conception, ils ne pouvaient « assurer d'une manière positive sur son état^ ».
Par jugement du 24 frimaire, la veuve Loriot était transférée provisoirement à l'hospice de l'Évèché où elle accouchait au mois d'août 1794-
L'heure fatale avait sonné inéluctable. La
i Jugement du 11 frimaire an II. Arch. nat., W 3oi, no 320,
2 Certificat du 23 frimaire an II. Arch. nat., W 3oi, n*^ 320.
FEMMES ENCEINTES ECHAPPEES A LA GUILLOTINE ijl
pauvre femme allait être traînée à Féchafaud. Mais, (( au moment où on la venait chercher pour être conduite à la guillotine, elle tenta d'escalader une muraille pour se sauver ; presque sur le haut, le pied lui manqua, elle tomba et se cassa la cuisse ; cet événement fit retarder son exécution ^ ».
La veuve Loriot végétait toujours en prison quand, le 29 fructidor, elle crut le moment venu d'adresser un appel éploré à la pitié des membres du Comité de législation pour demander la cassation de son jugement et sa mise en liberté.
Représentants^
Pour vous intéresser en ma faveur, je ne devrais que vous faire le récit de mes malheurs et la manière dont fai échappé deux fois à la mort, à laquelle les partisans de Robespierre m'avaient condamnée. Votre loi du vingt-trois de ce mois a déjà ranimé mes espérances, il ne vous reste plus qu'à mettre le comble à votre ouvrage en ordonnant que la malheureuse et f ose dire l'innocente Claire Se vin sera mise en liberté. Justes représentants, jetez un coup d' œil sur la pièce qui m' a fait condamner à mort et voyez si elle n'est pas plutôt à ma décharge, un propos tenu dans la
* Mention mise en marge de la supplique do la le m me Loriot.
l32 LES FEMMES ENCEINTES DEVANT LE TRIBUNAL
colère, ayant la tête perdue^ propos quefaidésavoué dans mon bon sens. Voilà la base d'un jugement inique qui m'a ravie à la société. Ecoutez la voix de V innocence ; Je le proteste, oui, je suis innocente, jamais, depuis que fai le don de la réflexion, d' autres sentiments que ceux d'amour et d'attachement à la République, une et indivisible et impérissable, ne m'ont animée ; prononcez sur mon sort, représentants. Mon prétendu crime a bien été expié par deux ans a peu près de prison, les maux que fai soufferts par une jambe cassée. Mais je ne le regrette pas, puisque je leur suis redevable de la vie. Je vous conjure, de lire en entier ma pétition et la pièce ci-jointe Les détails sont nécessaires à connaître; rendezmoi à la société, rendez une infortunée à sa famille; la justice, tout parle en sa faveur. Les temps ont changé, la mort n"* est plus à V ordre du jour, ce sont les vertus.
(signé) Claire Se vain (sic).
La pièce suivante était jointe à cette supplique :
Citoyens, Président,
Je demeurais pour mon malheur dans un hôtel garniy mais j'y vivais tranquille et uniquement occupée d'un petit travail qui me faisait vivre... Elle renouvelle le récit de ses infortunes et termine en implorant... encore une fois l'humanité, la sensibilité, et, j'ose le dire la justice de la Con-
FEMMES ENCEINTES ÉCHAPPÉES A LA GUILLOTINE l33
vention pour une femme qui n'eut jamais dans le cœur que V amour de sa patrie et La soumission la plus parfaite pour ceux qui sont tout à la fois les représentants, les soutiens, et les défenseurs,
(signé) Claire Se vin, veuve Loriot.
Ce 29 fructidor, l'an 1^ de la République *.
Une copie du jugement, jointe à cette pièce dans le dossier des Archives, prouve que la supplique de la malheureuse femme, qui se donnait toutes les vertus d'une pure républicaine, ne s égara pas dans les bureaux.
Toujours est-il que, le 9 floréal an II, la veuve Loriot, qui avait été transférée le 28 ventôse de l'hospice de l'Archevêché au Piessis, était mise en liberté ^ et reprenait, sans doute, sur les boulevards parisiens le commerce de ses charmes.
C'est le tour d'une femme appartenant à la noblesse, M"»'' Anne-Marie-Louise Thomas, née en 1763, femme de M. Mégret de Sérilly, trésorier de l'extraordinaire des guerres. Elle avait été arrêtée et écrouée à la Conciergerie le 25 germinal (i/j avril) et était entrée à
* Arch. fifit., \) III uG8, (Communication de M. Ailiort Savin»'.
- Arch. de la l'rrfeclurc de police . Ucpcj luiic Labal.
l34 LES FEMMES ENCEINTES DEVANT LE TRIBUNAL
rArchevêchc le 5 floréal an II. Le 21 floréal, le jour même on Madame Elisabeth, avec cette angélique sérénité qui ne l'avait pas abandonnée un seul instant de sa vie, porta sa tète sur Féchafaud, elle fut condamnée à mort comme « complice de Gapet et de sa femme », ainsi que M. Mégret d'Etigny, son beau-frère\
Le Moniteur du 28 floréal (12 mai) l'indique comme ayant été guillotinée. Elle échappa cependant. Gomme elle était enceinte, il fut sursis à son exécution.
La visite eut lieu dans le greffe, immédiatement après sa déclaration. La pièce qui la constate est signée Thomas Sérilly , Goffmhal et Grebauval, substitut de l'accusateur public. M°^^ de Sérilly s'était dite enceinte de six semaines ^
1 Mégret d'Etigny (Antoine- Jean-Marie), ci-devant sous-aidemajor du régiment des gardes-françaises, entré le 5 floréal an II à l'Archevêché, condamné à mort par jugement du 21 floréal an II, Arch. nat., W 363.
2 « Nous, officiers de santé assermentés au Tribunal criminel révolutionnaire, assistés de la citoyenne Paquin, sagefemme pour le Tribunal, sur la réquisition de l'accusateur publique [sic], nous nous sommes transportés en la maison dite la Conciergerie pour y voir et visiter la nommée Anne- Marie-Louise Thomas, femme Cerilly {sic), condamnée à mort ce jourdhui par jugement dudit Tribunal, afin d'y constater l'état de grossesse de six semaines, conformément à la déclaration.
« Après l'avoir visitée le plus scrupuleusement, tant des parties intérieures qu'extérieures, nous avons trouvé le col de la matrice très bas et dure (sic) et gonflé, le ventre tendu et gonflé, les seins douloureux et un peu élevés ; nous ayant
FEMMES ENCEINTES ECHAPPEES A LA GUILLOTINE l35
Dans le doute S l'officier assermenté, assisté de la sage-femme pour le Tribunal, renvoya la constatation décisive au cinquième mois de la grossesse. Le Tribunal, par jugement du 22 floréal, ordonna qu'il serait sursis à l'exécution, et M""^ de Sérilly fut transférée, le 26 floréal, de la Conciergerie à l'hospice de rArchevèché.
Deux mois et demi après, le 17 thermidor, alors que la clémence commençait à vider ces geôles que la Terreur n'avait pu épuiser, que
répondue {sic) sur les différentes questions que nous lui avons faites sur son état, qu'elle avait éprouvé quelques-uns des symptômes et accidents qu'éprouvent ordinairement les femmes dans le commencement de leur grossesse, nous avons reconnu que tous ces signes annonçaient bien un coramencem3nt de grossesse, que depuis près de deux mois elle n'avait pis vu ses règles ; mais comme tous ces signes et symptômes souvent en imposent et ne sont pas suffisants pour porter un jagement définitif, nous renvoyons à un terme plus éloigné qui est le cinquième mois, où la nature ni les symptômes ne peuvent plus en imposer, A Paris, le 21 floréal de l'an II de la République française, une et indivisible. » (signé) Paquin, veuve Prioux, Bayard. Arch. nat., W 363.
^ Notons que les seuls signes de certitude de la grossesse sont au nombre de quatre et sont tous fournis par l'organisme fœtal. Ils consistent dand la perception par l'accoucheur : lO des mouvements passifs, quinc peuvent être perçus que lorsque l'embryon a acquis un volume et un poids suffisants, c'est-à-dire vers le quatrième mois ; 1^ des mouvements actifs, qui ne peuvent être perçus avant le quatrième mois ; 3" des battements du cœur, perçus vers quatre mois et demi ; 40 dans la perception directe de l'œuf, en introduisant le doigt dans la cavité cervicale, exploration difficile et qu'il ne faut jamais pratiquer dans les cas normaux, mais qui permet d'atteindr(> et de rccunnailre les membranes.
l36 LES FEMMES ENCEINTES DEVANT LE TRIBUNAL
des prisons s'élevaient des cris, des chants de délivrance, M""' de Sérilly écrivait la lettre suivante au Comité de Sûreté générale pour demander son élargissement.
Aux Citoyens membres du Comité de Sûreté générale.
Traduite au Tribunal révolutionnaire ainsi que mon mari par V effet d'un rapport fait par Héron sur des procès-verbaux qui constatent quil ne s'est rien trouvé de suspect dans nos papiers ou effets et que toutes les informations sur notre conduite nous ont été favorables^ nous avons paru devant ce tribunal oîi l'innocence était privée de tous moyens de défense. Innocents nous-mêjnes, nous avons éprouvé le mêmesort^ et jugés sans ête entendus^ sans avoir été interrogés sur nos actes d'accusation^ sans que notre défenseur pût dirt un mot ou produire une pièce en notre faveur ; réunis à vingt-trois personnes dont la plupart nous était étrangère ; fai eu le malheur de voir condamner mon mari aussi innocent que moi et de l'être moi-même. Je ne dois la vie qu'à ma grossesse et le moment ou je devais donner l'être à mon enjant était celui qui devait terminer mon existence si une heureuse révolution ne me faisait espérer de pouvoir appeler d'un jugement inique qui^ en envoyant des innocents a la mort^ prive de malheureux enfants de leurs parents. Les miens ne retrouveront pas l'excellent père qu'ils
ont eu le malheur de perdre, mais fai trop de confiance dans la justice du Comité et dans mon innocence pour ne pas espérer qu'un nouvel examen des pièces leur rendra leur mère et me permettra de jouir encore de Vestime de mes concitoyens que j'ose dire ri avoir pas cessé un moment de mériter.
Thomas Serilly.
A l'hospice National, ce 17 thermidor Van 1 de la Révublique française une et indivisible^
Quel fut le sort de cette supplique ? On ignore par suite de quelles circonstances, à quel moment M""" de Serilly fut mise en liberté. 11 ressort, en tout cas, d'une pièce des Archives qu'au 28 vendémiaire an III (19 octobre 1794) M"® de Serilly avait quitté l'Archevêché et s'était retirée ce rue Basse-des- Uemparts, Chaussée d'Antin » ^.
M"® de Serilly avait échappé à la guillotine. Son extrait mortuaire n'en avait pas moins été dressé, et ce fut cet extrait mortuaire à la main qu elle comparut plus blanche qu'une Parque, voilée de noir, le 29 germinal an III, dans le procès de Fouquier-Tinville.
» Arch. nat., Fi 4775-18.
^ Information faite par le Comité révolutionnaire du ^° arrondissement de Paris sur le civisme moral du citoyen 2iajr, économe de l'Archevêché. Arch. nat., F' 3499-19.
l38 LES FEMMFS ENCEINTES DEVANT LE TRIBUNAL
« Ce fut, écrit Wallon, comme une apparition de l'autre monde, venant témoigner, au nom des victimes, contre l'accusateur public et les juges qui se trouvaient à leur tour sur le banc des accusés*. »
La morte s'était placée en face des gradins :
Le 2 1 floréal^ mon mari et moi, et vingt autres personnes avons été condamnés à mort.
Il était dit dans Vacte d'accusation que mon mari et moi étions complices des conspirations du 28 février^ du 10 juin et du dix août. On se borna à nous demander nos noms, nos âges et nos qualités. Tels furent les débats, qui eurent lieu dans notre jugement. Dumas coupait la parole aux accusés ; aucun ne fut entendu.
Je n ai conservé la vie que parce que je déclarai que j'étais enceinte et que les chirurgiens U attestèrent.
J'ai vu là mon mari; j'y vois aujourd'hui ses assassins et ses bourreaux.
Et, déployant le papier qu'elle tenait à la main, toujours frémissante et superbe :
Voici, ajouta-t-elle, mon extrait mortuaire : il est du 21 floréal, jour de notre jugement à mort; il m'a été délivré par la police administrative -.
* Le Tribunal révolutionnaire. Pion, 1899, t. II, p. 148. 2 — Ardenne : « Je désire que Fouquier nous dise pourquoi
Echappée au désastre de toute une famille, M"^® de Sérilly était une femme de l'esprit le plus élevé et le plus distingué. Elle eut l'occasion de se rencontrer souvent à Passy avec le chevalier de Pange, dont le nom, associé à celui d'André Ghénier et gravé dans ses vers, est ainsi venu jusqu'à nous ; et l'élégant homme de lettres, pris de la plus noble compassion et de l'affection la plus dévouée pour cette survivante de la Terreur, encore dans toute la fraîcheur de ses charmes, l'épousa dans le courant de l'année 1795.
Leur union devait être de courte durée. Le chevalier de Pange était enlevé aux lettres dans les premiers jours de septembre 1796, au printemps de son talent et de sa vie, à l'âge de trente-deux ans. On ne peut se défendre d'être attristé par ces rigoureuses préférences du destin qui semble quelquefois transformer la mort en une sorte de juge brutal appliquant avec colère la loi de destruction. Le brillant écrivain laissait à ses amis, c'est-àdire à tous ceux qui l'ont connu, le souvenir
la citoyenne Sérilly se trouve inscrite sur les registres des <i(!cès de la municipalité de Paris. »
— Fouquier : c Je l'ignore; c'étaient les huissiers qui consistaient les exécutions. » Audience du 29 germinal, 91'' témoin.
l4o LES FEMMES ENCEINTES DEVANT LE TRIBUNAL
d'un esprit distingué et celui d'une âme douce, sensible et pure *.
M^° de Sérilly, veuve pour la seconde fois, se remariait dix mois après avec le marquis Anne-Pierre de Montesquiou-Fezensac qui avait alors cinquante-six ans, un ancien maréchal de camp, un de ces gentilshommes, l'honneur et le modèle de notre pays, qui savait mêler la grâce à Torgueil et l'étude à la chevalerie, qui joignait à un esprit noble, sensible et délicat, une instruction solide et variée ^ Encore une fois la fatalité allait s'abattre sur cette heureuse union : le marquis de Montesquiou-Fezensac mourait d'une fièvre putride à Paris le 9 nivôse an Vil.
M""^ de Sérilly était veuve pour la troisième fois. Sa vie était brisée ; elle mourait ellemême au mois d'août 1799, à l'âge de trentesix ans, quand elle n'avait plus rien ni personne à aimer.
C'est aussi à son enfant qu'une autre,
i Marie-François-Denis-Thomas de Pange était né à Paris le 9 novembre 1764. Les Œuvres de François de Pange ont été recueillies et publiées par M. L. Becq de Fouquières.
2 On a de lui : Emilie ou les Joueurs, comédie, Paris, 1787; Du gouvernement des Finances de Paris, 1797 ; Coup d'œilsur la Révolution française ; Discours de réceotion à V Académie française.
FEMMES ENCEINTES ECHAPPEES A LA GUILLOTINE l4l
M^^ de Blamont, une femme réunissant les plus brillantes qualités du cœur et de l'esprit, fut redevable de la vie.
Louise-Sylvie de Ghamborant avait vingt ans. Elle était née au château de Villevert, commune d'Esse, près Gonfolens, le i8 juillet 1773^ dans la Charente, et habitait Bellae dans la Haute-Vienne. Son mari, Jacques-Philibert Barbier de Blamont, âgé de vingt-sept ans, avait été garde du roi.
Quelques semaines après leur mariage, tous deux étaient arrêtés comme suspects, et enfermés dans les prisons de Limoges, où leur lune de miel continua de se passer sous les verrous.
Le 3 février 94, le Comité de Sûreté générale renvoyait M'^'' de Blamont, enceinte de deux mois, devant le Tribunal révolutionnaire. On louait une carriole et deux bidets à un sieur Letrot, dit Parisien, et le lendemain, à 8 heures, elle partait pour Paris, avec ordre aux conducteurs de la transporter « doucement et avec l'humanité propre à des républiquains » ^
1 Elle était fille d'Éliennc de Charabor.mt. baron de Saint- Jiinien, soigneur fie Villevert et du petit Neuville, et de Louise de James. D"" Cl. (iigon. Les viclinips de la Terreur du département de la Charentey a" série, ('liarlp< T,;«v;ni/elle, Paris, i87i,p. 38.
2 Relation des citoyens Grcllier cl sian^^ti Ldhai 1 ,■. Airli.
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M"^^ de Blamont arrivait à Paris, accompagnée d'une lettre de recommandation du Gomité révolutionnaire de Gonfolens, dans laquelle ces messieurs demandaient à leur com père Fouquier-Tinville de rendre justice à leur dévouement, c'est-à-dire de payer cher les républicains de Gonfolens qui lui conduisaient (( leur mauvaise marchandise ». G'est ainsi que les patriotes charcutais qualifiaient la malheureuse femme enceinte qu'ils envoyaient au bourreau.
M"^^ de Blamont était immédiatement incarcérée à la Gonciergerie. Au bout de quarante jours, elle savait que son tour était venu. Le 19 mars, le geôlier lui avait dit qu'il était inutile qu'elle fît son lit, car son lit devait servir à une autre. Elle comparaissait, en effet, devant le Tribunal, comme « prévenue de correspondance et intelligence avec les ennemis de la République ».
Les griefs reprochés à la malheureuse femme perdraient à ne pas être cités dans le texte original :
nat., W 338-609. Cité par M. Pierre Gaumy, Un groupe d'habitants de la région de Rochechouart devant le Tribunal révotionnaire, Rochechouart, 1906, p. 67. C'est à cet intéressant ouvrage que nous allons emprunter maints détails qui vont suivre.
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(( La femme Blamont, ex-noble, a un frère au nombre des scélérats réunis sous les drapeaux de Vienne et de Berlin ; elle a entretenu des correspondances avec lui, ainsi que le prouve une lettre datée d'Ath, dans laquelle il lui fait le tableau de sa situation en ces termes : gilet {centre de biche^ les boutons jaunes avec trois fleurs de lys^ un grand chapeau avec une cocarde et un plumet blanc ^ nos drapeaux portent pour devise : Sans Peur et Sans Reproche^ et tout à notre Roy' . » C'était, évidemment, un crime irrémissible qui réclamait un châtiment exemplaire, d'autant plus que cette lettre, mise à la charge de l'accusée, était à l'adresse de sa mère.
Le verdict fut la mort. En raison de sa grossesse, M""" de Blamont bénéficia d'un sursis. Conduite à l'infirmerie de la Conciergerie, elle voyait aussitôt arriver trois hommes et une femme : c'étaient les médecins Bayard, Théry et Naury, avec la sage-femme Paquin, qui, après un magistral examen, déclaraient reconnaître chez M"'° de Blamont tous les signes d'une grossesse d'environ trois mois ^
* Acte d'accusation du 20 ventôse an II. Arch nat., W 338, n» 609.
* « Nous soussigné, officier de santé, assermenté au tri bunal révolutionnaire de Paris.
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Fouquier-Tinville donnait aussitôt l'ordre de la transférer à l'Archevêché.
Quelle put être l'existence de la m alheureuse femme, enfermée pendant cinq mois de ventôse à thermidor, étendue sur son lit de sangle, attendant l'heure de la maternité? Elle devait se dire que chaque moment la rapprochait de la fin, et quelle fin! A chaque minute du jour, dans ce va-et-vient de la mort, elle en avait l'image présente; nulle espérance d'y échapper. On raconte, cependant, qu'une femme, M""" Guyot, l'infirmière en chef de l'Archevêché, une de ces natures généreuses que l'infortune séduit et que le danger attire, tenta quelque chose pour l'arracher aux bourreaux ^ Ce qui est certain, c'est que la femme
« Sur le réquisitoire de l'accusateur public, nous nous sommes transporté en la maison d'arrêt dite de la Conciergerie, où nous avons vu et visité la femme Blamont, assisté de la citoyenne Marie-Françoise Paquin, veuve Prioux, sagefemme aussi assermentée au susdit tribunal.
« Il est résulté de la visite que nous avons reconnu tous les signes et symptômes de grossesse d'environ trois mois chez la susdite femme Blamont.
« Nous réservant par une seconde visite au terme et dans le cours du cinquième mois de la grossesse à prononcer définitivement, termes auxquels ni les symptômes ni la nature ne peuvent plus en imposer à l'art.
Fait à Paris, ce vingt-huit ventôse de l'an II de la République française, une et indivisible (signé) Bayard, officier de santé, Paquin, veuve Prioux, Théry, Naury. »
^ M, L. de Saint-Hugues raconte une étrange anecdote, une tentative d'évasion concernant M^*^ de Blamont :
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de cœur qu'était M""^ Guyot fit tout pour lui adoucir le dur régime de la prison.
Heureusement pour M"*^ de Blamont, arrive Thermidor, ce coup d'Etat de la modération, cette insurrection du dégoût, de la miséricorde et de la peur : la malheureuse jeune femme pouvait donc respirer un instant et attendre des jours meilleurs. Le 17 thermidor, alors parvenue au dernier terme de sa grossesse, elle écrivait cette lettre aux mem-
« M°*^ Guyot, chef infirmière de l'hospice de l'Archevêché, écrit-il, avait formé le projet d'enlever Marie-Antoinette. Pour y parvenir, elle avait fait solliciter, sous prétexte de maladie, le transfèrement de Sa Majesté à l'hospice établi à l'Archevêché, où M. Ray avait déjà, avec M. Giraud, chirurgien de l'Hôtel-Dieu, forcé et descellé un barreau d'une croisée donnant sous une voûte qui communiquait à la Seine, du côté de l'île Saint-Louis. Le barbare Fouquier-Tinvillo, craignant que sa victime ne lui échappât, ne voulut jamais consentir au transfèrement. Alors M""" Guyot, ne pouvant faire mieux et bravant tous les dangers, résolut de porter à l'infortunée Reine les choses les plus nécessaires et dont elle manquait totalement. Elle lit en sorte de lier connaissance avec la concierge : étant parvenue à ce dessein, elle lui lit accepter un goûter et Unit par étourdir sa raison avec du vin de Paccaret dont lui avait fait présent un sénateur encore existant. Oubliant sa surveillance, cette femme s'endormit. M*"*^ Guyot alors remit à Marie-Antoinette un déshabillé blanc garni et y joignit toutes les bardes qui pouvaient lui être utiles. M"*" de Blamont, dernière héritière de la maison de Chamboran, âgée de 19 à ao ans, enceinte de quelques mois et condamnée à mort sans motif, sans raison quelconque, devait être enlevée avec la Reine. M"*" de Blamont recouvrit par suite sa liberté. » Marie-Antoinette d'Autriche, reine de France. Recueil historiffue des principaux événements arrivés à cette auguste princesse, suivis de ceux dont f.ouis XVII fut victime au Temple, etc., Vauffuclin, Paris, iSf"), pp. 47-49'
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bres du Comité de Sûreté générale pour demander son élargissement :
(( Aux citoyens membres du Comité de Sûreté Générale,
(( Amenée à la Conciergerie à la fin de pluviôse sans pouvoir en pénétrer la cause, je ne Fappris qu'un mois après mon acte d'accusation, et je vis avec surprise que le seul tort qu'on m'imputât fut d'avoir reçu, il y a trois ans, des lettres d'une tante religieuse qui me donnait sur la religion des conseils qui tenaient à son opinion. J'avais dix-sept ans alors et je ne voyais pas ma tante ; je ne lui répondis même pas, et cependant j'ai été condamnée sans qu'on me fasse aucun autre reproche, sans avoir pu me défendre et après qu'on eut imposé silence à mon défenseur.
(( Enceinte alors, je suis revenue à l'hospice où j'attendais avec effroi le moment si cher à toutes les mères, celui de donner la vie à mon enfant, lorsqu'une heureuse révolution, permettant à l'innocence de se montrer avec confiance, a ranimé mes espérances. J'espère trop de la justice du Comité pour ne pas me flatter qu'après cet exposé simple mais vrai des faits, il ordcnne une revision de pièces
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sur lesquelles j'ai été jugée. L'examen le plus scrupuleux n'a rien dont je puisse être effrayée. Sûre de mon innocence, je l'attends comme une grâce et l'espère de la justice et de riiumanité qui ne voudra pas voir périr une femme innocente.
{Signé) : Ghamborant-Blamont.
« A riiospice national, ce 17 thermidor, l'an II de la République Française, une et indivisible \ »
Toujours emprisonnée, toujours en proie à l'angoisse qui l'étreignait, le 24 thermidor, M""" de Blamont mettait au monde l'enfant à qui elle était redevable de la vie.
On connaît le rapport fait par Pons de Verdun sur les suppliques des condamnés. Celle de M"** de Blamont, si simple, si touchante, avait été accueillie favorablement, et la malheureuse mère fut mise en liberté. Elle quittait immédiatement Paris, emmenant le petit être qui lui avait sauvé la vie. Elle revint à Bellac, où elle retrouvait son mari, qui, élargi des prisons de Limoges le 21 brumaire, après
1 Arch. nal.f F'' 4638. Document cité par M. Pierre Gauiny,
lue. cil.j \}\>, 190 et 19 r .
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4o6 jours de détention, était rendu aussi à la liberté.
M. de Blamont devint maire de Bellac sous la Restauration et mourut un peu après i83o*. M"^ de Blamont vécut depuis sans histoire; sa vie s'écoula douce et paisible, dans le pays de son mari, où elle mourut le 29 décembre 1864, âgée de près de 91 ans 2. De toutes les personnes ayant comparu devant le Tribunal révolutionnaire, c'est vraisemblablement elle qui disparut la dernière.
Ici prend place une anecdote que nous devons relater comme fait curieux, qui rappelle les escamotages de Robespierre et du sabotier Courtois et éclaire d'un jour nouveau la moralité des incorruptibles révolutionnaires.
Parmi les papiers relatifs à M™*" de Blamont se trouve l'arrêté suivant du Comité de Sûreté générale.