‹ Les femmes enceintes devant le tribunal révolutionnaire, d'après des documents inéditsChapitre 2 sur 25 · OU SE DISANT ENCEINTES, GUILLOTINÉES, FUSILLÉES OU NOYÉES · texte numérisé non relu

OU SE DISANT ENCEINTES, GUILLOTINÉES, FUSILLÉES OU NOYÉES

C'était à l'Evêché qu'on envoyait les condamnées qui faisaient une déclaration de grossesse. Les médecins, assistés de la citoyenne Prioux, sage-femme, dressaient un procès-verbal dont les conclusions étaient soumises à l'accusateur public. Si elles étaient défavorables, on passait outre, et le bourreau remplissait son office. Si les condamnées étaient reconnues être en état de grossesse, on accordait aux futures mamans un sursis jusqu'à Faccouchement. Puis on envoyait l'enfant à peine dans les langes à l'hospice, et la mère, toute chancelante encore, à l'échafaud. C'est dire assez que nous touchons ici aux plus grands crimes de la Révolution, à des crimes qui resteront une souillure à l'honneur de la République.

La Révolution atteignait son apogée.

Trente ou quarante têtes tombaient quotidiennement. Pas une charrette qui ne contînt un noble, un bourgeois, un prêtre, un parlementaire, un homme du peuple ; la grande dame avec la femme de chambre, la jeune fdle ou la vierge avec la courtisane.

Les exécutions sur la place du Trône n'effrayaient plus, n'étonnaient plus personne. Le peuple regardait, muet, indifférent ou terrifié, ne comprenant plus rien au sphinx de la Terreur qui demandait des têtes et encore des têtes, qui déterrait les monarques à Saint-Denis et jetait la poussière des rois morts au visage des rois vivants, qui fauchait cette belle moisson d'intelligence en fleur, les Vergniaud, les Danton, les Camille Desmoulins, les André Ghénier, qui tuait le génie, qui tuait la beauté, qui tuait la femme, qui tuait toujours. Et que dire de ces femmes grosses à qui Carrier faisait descendre le flot silencieux de la Loire pour les déporter au delà de l'Atlantique, ces femmes que ne sauvait pas le fruit innocent de leurs entrailles et qu'aurait dû rendre inviolable avec elles un reste de la nature et de riiumanité ?

Malgré ses apologistes qui prêchent l'effacement et l'oubli, la Terreur se lavera diffîci-

lement de rinciilpation qui pèse sur elle, d'avoir fait périr des femmes enceintes, d'avoir traîné, toutes chancelantes encore, à Téchafaud, des malheureuses qui venaient d'accoucher \ d'avoir chargé un fleuve d'ensevelir des femmes, des femmes grosses ! et des enfants.

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