IQO LES FEMMES ENCEINTES DEVANT LE TRIBUNAL
manifestement et volontairement et la probité et les loiSy et la femme malheureuse et imprévoyante que le hasarii et les circonstances ont engagé à se lier avec lui ^ parce quelle leur supposait des moyens honnêtes d^exister.
Paris, ce 29 pluviôse^ an V'.
BELISAy BoURGOINf
Bridan, Berthelemot.
Benvoyè au citoyen Pons, rapporteur, en V invitant de faire un prompt rapport sur ^affaire de ces quatre malheureuses qui gémissent dans les prisons depuis plus d'un an.
(Signé) Legendre, Regnauld de la Manche^ Cos-
NARD, GUILLERMIN, BUTRON-BORNIER, PalASNE^
Champeaux^ DevarSj Lozeau^ Babey\
Le style de cette pétition était, comme toujours, respectueux dans la forme, mais assez impérieux au fond. Les femmes Bélisa, Bourgoin, Bridan et Berthelemot déclaraient formellement qu'elles avaient eu recours à un mensonge dont le but était de soustraire leur vie au danger qui les menaçait. C'était aller à l'encontre des faveurs d'une loi qui garantissait leur libération et vouloir réellement mal disposer à leur égard des législateurs chargés de « statuer sur tout jugement
1 Arch. nat., Comité de Sûreté Générale. F' 46 13. Communication de M. Léonce Giasilier.
de mort rendu contre des femmes dont l'exécution a été suspendue pour cause de grossesse ». Les membres du Comité de Législation allaient, néanmoins, accueillir favorablement cette supplique, montrer qu'ils déposaient tout ressentiment et n'étaient remplis que du désir de faire le bien public, tant le vent avait tourné à la clémence !
Nous serions incomplet, si nous ne touchions ici un mot d'une jeune femme qui fut incarcérée en état de grossesse et qui peut rentrer dans notre sujet, bien qu'elle ne comparut pas devant le Tribunal révolutionnaire. Nous voulons parler de la femme de Lebon, ce décimateur de têtes, arrêté après le lo thermidor, dont on retarda une année entière le décret d'accusation, dont on fit traîner la procédure, en Famenant devant un tribunal ordinaire, comme un accusé prévenu d'un délit de la commune espèce !
Le (S fructidor — 25 août — , Elisabcth- Josèphc licguiez était arrêtée, à son tour, (( prévenue d'actes d'oppression », et conduite a Arras, où on l'emprisonnait avec sa fille
Pauline, âgée de deux ans. Elle était dans un état de grossesse avancée et fut enfermée à l'hospice de l'Humanité, puis de là à la maison de santé de la Providence*. Le proconsul d'Arras n'avait-il pas divisé ainsi les gens suspects : « Les mâles seront enfermés à la maison de l'Hôtel-Dieu et les femelles à la maison de la Providence » ? Toujours est-il que c'est là que, le 5 brumaire an lïl, la femme Lebon mit au monde un enfant, à qui l'on donna le prénom d'Emile.
Le 24 vendémiaire, le satellite du Comité de Salut public, le séide et compatriote de Robespierre et de Saint-Just, qui avait semé l'épouvante et la mort dans Arras, était jugé à Amiens et condamné à mort. Après avoir entendu son arrêt, il écrivait à sa femme une lettre où il parlait de ses enfants Pauline et Emile d'une façon vraiment touchante ; puis, il dînait comme à l'ordinaire, avalait deux verres d'eau-de-vie et partait pour l'échafaud. Il allait montrer moins de sang-froid devant la guillotine, quand il lui fallut monter comme acteur, qu'aux jours où il assistait, du haut d'un balcon de niveau avec l'échafaud, aux
1 A. Lecesne, Arras sous la Terreur. Sueur-Charruey, Arras, i883, p. 34-
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supplices des condamnés. Le bourreau, sans doute ce même Vermeille dont se servait Lebon lorsqu'il décimait la Somme, fut forcé de le soutenir pour monter sur la plate-forme. Il avait à peine trente ans.
Le lendemain, « un huissier du jury d'accusation se présentait à la prison de la Providence et déclarait à la femme Lebon qu'elle était libre. Elle fit un paquet de ses bardes, descendit, portant le petit Emile et tenant par la main Pauline. Sur son passage personne ne dit mot. Au greffe de la prison, elle trouva son frère Abraham qui se jeta sur elle en sanglotant : c'est ainsi qu'elle apprit la mort de son mari. Le jour même, elle prenait la voiture de Saint-Pol avec son frère et ses deux orphelins : elle arriva le soir chez sa mère et s'enferma pour pleurer. Depuis lors, on n'entendit plus parler d'elle \ »
^ G, Lenolrc. Vieilles maisons, vieux papiers, 4" série, p. 27.
Nous pourrions encore signaler une femme qui iit ses couches au Plessis. Le fait découle d'un rapport du concierge de cette prison : « La nommée Catherine Keilfer a senti dos douleurs pour accoucher, à la chute du jour ; le nK-dcciii a fait dcuiaudor aussitôt la sage-femme, nouunée par li (itoscn Rufiiu, qui est venue de suite, mais les douleurs continuent toujours ; on espère que dans la journé<î elle sera lieurcusemcnt délivrée. » Uappovt de lilunchclaine du 1 1 brumaire an III, Arch. nul., \'^ 3.^99-19. (Communication de M. Léonce Grasilier.) Quelle était cette femme Kcin'cr ? Il y a lieu de croire qu'il s'agit d'une nommée Marguerite Scheillci-, épouse de
Nous revenons à notre sujet.
Gomme le Tribunal révolutionnaire, dont il n'était qu'une annexe, l'Hospice national ne pouvait exister que durant une période de troubles et de violences. Un décret rendu par la Convention le 22 fructidor an II avait préparé sa suppression, et le 16 nivôse an III, — 5 janvier 179^ — la Commission des Secours publics exposait en détail à celle des administrations civiles, police et tribunaux, les raisons justifiant la suppression de cette institution anormale qui comptait environ quinze mois d'existence \ Les bâtiments du ci-devant Evèché étaient réunis au grand hospice de l'Humanité pour y établir une clinique externe.
Le jour de Pâques 1802, après dix ans de silence, nos pères entendaient retentir dans les airs les joyeuses volées du bourdon de l'église métropolitaine de Notre-Dame, et une salve de cent coups de canon annonçait au peuple la promulgation du Concordat et le
Charles-Louis Desfossés, âgée de trente-deuxans, arrêtéepour « participation aux complots du tyran », incarcérée à la Petite- Force le 3o brumaire an II, puis à Saint-Lazare le 28 pluviôse, enfin à la Conciergerie le 7 thermidor et exécutée le 8 du même mois. Arch, de la Préfecture de police. Répertoire Labat.
* Voir M. Léon Le Grand, loc. cit., p. 4i-
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relèvement des autels. Le rétablissement du siège archiépiscopal de Paris ramenait dans l'ancien palais ses hôtes naturels qui en étaient chassés de nouveau au mois de juillet i83i, où, dans des scènes qui rappelaient certaines mascarades de 1793, on vit une bande populaire saccager le vieil établissement et parodier les exercices du culte au milieu des rires de la foule.
L'infirmerie de la maison d'arrêt du Plessis fut choisie pour recueillir les malades qui restaient à l'hospice.
Cette prison de la Terreur n'avait pas la mine sinistre, rébarbative, de Sainte-Pélagie ou de la Conciergerie, hérissée de mâchicoulis, percée de fenêtres à doubles grilles, dont le séjour ne justifiait que trop le frisson qu'on éprouvait en y entrant. Le régime y était assez libéral ; même au temps de la plus forte Terreur, les détenus vivaient dans une sorte de liberté relative.
C'était l'ancien collège, fondé vers l'an 1822 par Geoffroy du Plessis, notaire du pape et secrétaire de Pliilippe le Long. Tombé en ruines au xvii' siècle, il avait été presque complètement restauré en 164G par l'architecte Lemercier qui en avait fait un bel immeuble
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aux nobles lignes, avec porte charretière ouvrant sur la rue Saint-Jacques \
Le 28 ventôse — 18 mars 1795 — la Commission des administrations civile, police et tribunaux adressait au concierge de l'Hospice national Tordre de transférer au Plessis les soixante-cinq détenus que comptait encore FEvèché ; le lendemain, des chariots, et d'autres moyens de transports plus doux « tels que fiacres, brancards, chaises à porteur " » pour les malades gravement atteints, enlevaient à l'Evêché ses derniers détenus, parmi lesquels figuraient six femmes venant d'accoucher ou bénéficiant d'un sursis à la suite d'une déclaration de grossesse, la veuve Loriot, et les citoyennes Bourgoin, Bélisa-Bastin, Berthelemot, Bridan et Combe ^, et celui aussi qui les avait incarcérées, Fouquier-Tinvillequela justice révolutionnaire promenait de prison
^ Occupés après la Révolution parles Facultés de théologie, des lettres et des sciences, puis par l'Ecole normale de 1826 à 1847, ses bâtiments furent rasés à cette dernière date pour la construction du lycée Louis-le-Grand.
2 Lettre des membres de la Commission administrative au citoyen Dumesnil, commandant la gendarmerie près les tribunaux et maisons d'arrêt. Arch. nat., F"^ 3299-19.
^ Lettre d'Aumoîit, chargé provisoire de la Commission nationale des administrations civiles, police et tribunaux, au concierge de la maison du Plessis, du 28 ventôse an III. Arch. delà Préfecture de police, carton 19, pièce 36'2.
en prison dans toutes les geôles de la capitale où avaient été appelées sur lui les malédictions du cieP.
Le soir même de l'arrivée des détenus, un incident se produisait au Plessis. Le concierge voyait arriver, vers les sept heures du soir, quatre médecins et deux infirmiers porteurs d'une immense manne, remplie de fioles, de flacons d'élixir, d'une collection d'herbes médicinales. C'étaient les remèdes que les médecins de l'Archevêché « avaient ordonnés à la visite du matin pour les différents malades » . Le brave geôlier fit observer aux officiers de santé, qu'il y avait des médecins attachés à la maison d'arrêt^, et que leur intervention était contraire à tous les règlements.
Ne voulant rien entendre, les nouveaux venus pénétrèrent de force dans le laboratoire de la pharmacie. C'est alors que s'engagea une violente discussion, où, les arguments de la rhétorique épuisés, l'énergique geôlier eut recours à ceux de la nature pour expulser les
* Pendant vingt jours <ni lavait laisse à la (>()iuuiM'gi;ric ; do là, il avait passé à Sainto-l\'lagi(î le 4 IVuctidor, d'où ou l'avait transfcTÔ au Plessis le 9 brumaire; puis il avait passé à rArchevèché à la lin du même mois. Arch. de la Préfecture de police. Répertoire La bat.
■* C'étaient Soupe et Guilbcrt.
quatre anciens médecins de rArchevêché qui ne pouvaient se consoler de la perte de leurs fonctions officielles \
On était au printemps de 1793, au moment charmant de l'année — floréal ! — où la nature en son langage, en ses fleurs ressuscitées, en son soleil brillant, vainqueur, semble dire que la mort n'est plus. Les détenus qui remplissaient les nombreuses prisons de la France commençaient à espérer la liberté ou du moins cessaient de craindre l'échafaud . Un flot irrésistible montait d'ailleurs, comme une puissante marée, un mouvement général de pitié et de clémence.
Le 9 floréal, le Comité de Sûreté générale ouvrait ses mains pleines de pardon pour les femmes qui avaient fait une déclaration de grossesse.
Le Comité de Législation, devenu le Comité de la clémence, dans sa séance du 28 avril 1 793, signait l'arrêté qu'on va lire :
^ « Je me trouvais bien surpris de les voir, un quart d'heure après, dans le laboratoire de l'infirmerie pour y déposer les différents remèdes qu'ils avaient apportés ; craignant de me compromettre, j'ai pris des moyens violents et parvins à les expulser, » Lettre du concierge de la maison Justice-Egalité aux membres de la Commission des administrations civiles, du 3o ventôse an III. Arch. nat., F'' 33oi. Communication de M. Léonce Grasilier.
Les Comités de Législation et de Sûreté générale réunis, délibérant en vertu de l'article trois de la loi du 23 germinal an III de la République^ arrêtent que les citoyennes Bourgoin^ Belisa-Bastin^ Bridan^ Berthelemot, Combe, Claire Sevin, veuve Loriot, détenues dans la maison d'arrêt du Plessis, Victoire Salmon, détenue dans la maison d'arrêt de Port-Libre^ y Monique Moure, détenue dans la maison de justice du Tribunal criminel du département des Alpes-Maritimes à Nice, et Catherine Covilles, détenue dans la maison de justice à Arras, seront mises sur le champ en liberté et que les confiscations prononcées contre elles n'auront plus lieu.
Les membres composant les Comités de Législation et de Sûreté générale :
(Signé) Pons de Verdun, Durand- Maillanne , Vigneron, Personne, Azema, L.-B, Genevois, La Plaigne, Lanjuinais, Pémartin, J.-B. Ro-
VÈRE, AUGUIS, MONNAYOU, MaTHIEU, GuFFROY,
Courtois, Delcroy^,
Le même esprit qui faisait absoudre les uns devait porter à condamner les autres. Le mo-
i Traduction révolutionnaire do Port-Royal, et ceci nous indique sa situation, vulgairement appelée aussi la Bourbe de la rue de ce nom. Les femmes occupaient un bàtimcul si'p.trcpar un guichet. Rien n'y indiquait la prison : point de grilles, point de verrous, un simple loquet aux portes. Le régime qui régissait Port-Libre fut, avec des variations et des vicissitudes diverses, le régime-type des prisons dîtes muscadines.
2 Arch. de la Préfecture de police. Extrait du registre des arrêtés du Comité de Législation. Carton 3o, pièce 73.
ment était venu de prouver à la France que la Convention nationale n'était pas complice des assassins. Après celui de l'horrible noyeur de Nantes, le jugement de Lebon et de Fouquier-Tinville avait été réclamé, comme marquant la fin du Tribunal révolutionnaire. Huit jours après l'arrêté du Comité de Législation qui mettait en liberté les dernières détenues dont la grossesse ou la déclaration de grossesse avaient retardé le dénouement fatal, l'ex-accusateur public, pâle et livide, sous les huées de la multitude, montait à son tour sur Féchafaud, auquel, pendant si longtemps, il avait servi la pâture, *et courbait la tête sous le puissant triangle d'acier. L'exécuteur des hautes œuvres, plongeant la main dans l'horrible panier, saisit sa tête par les cheveux, et, la tenant à bout de bras, fit le tour de l'échafaud pour la montrer au peuple. Ce fut une longue respiration de la foule. Puis des applaudissements s'élevèrent de l'océan de tètes qui entouraient la guillotine, et les chapeaux ondulèrent comme des vagues noires sur la place de Grève, dernier asile de l'échafaud, comme pour saluer la fin du sanglant Tribunal.
Le drame ne s'arrête point là. Ces têtes fauchées, ces femmes supprimées en pleine jeunesse ou en pleine force d'âge laissaient des enfants.
Quel fut le sort des enfants des femmes guillotinées et des femmes enceintes qui échap pèrent à l'instrument de mort?
Tous les historiens se contentent de dire sur ce point qu'ils étaient envoyés aux Enfants- Trouvés.
Or, nous avons compulsé, à l'hospice des Enfants-Assistés, les registres des Enfants- Trouvés et aussi les feuilles d'entrée et de dépôt ensevelies depuis plus de cent ans dans les liasses vermoulues, et nous n'avons pu constater aucune mention d'enfant provenant de FArchevôché.
Nous savions pertinemment que la femme
LE SORT DES ENFANTS 2o3
Roger avait accouché à TArchevêché à la fin de germinal. Or, ni dans le courant de ce mois, ni dans le cours de celui qui précède et des deux qui suivent, il n'est fait mention sur les registres et les feuilles d'entrée d'un dépôt d'enfant provenant de Thospice-prison où la mère avait accouché*. L'enfant Roger mourut-il aussitôt après sa naissance ? Fut-il réclamé par la famille ? On l'ignore.
Les Archives nous fournissent, par contre, une gerbe de documents pleins d'intérêt sur ce qu'il advint de l'enfant de M^^ de Blamont après sa naissance. Nous savons qu'il était né quinze jours après thermidor.
Durant son rétablissement, ignorant ce qu'il adviendrait d'elle, séparée de son mari, de sa famille, de ses parents, dont on avait confisqué les biens au profit de la République, M^^ de Blamont songea à assurer l'avenir de cet enfant, en le confiant, après sa disparition éventuelle, à une personne de son rang, ]y|me Marie Broutin, âgée de trente-quatre ans, veuve de M. de Souville^, capitaine de vais-
* Mention de la provenance est toujours consignt'C sur les registres.
^ lilt non de Sonvillo, comme l'écrit M. Pierre Gaumy, à qui nous devons de précieux renseignements sur le sort de l'enfant de M"" de Blamont.