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CHAPITRE VIII

FRANCE BU XVI « SIÈCLE A LA RÉVOLUTION XVI e ET XVII e SIÈCLES

Les chirurgiennes. — Etudes d’anatomie par les femmes. -— Loyse Bourgeois : sa vocation pour la médecine, ses écrits : obstétrique, gynécologie et pathologie interne. La haute conception de son art. — Manuel pour les sagesfemmes de Marguerite du Tertre de la Marche. — Edit du 8 août 1694. — Arrêt de la cour d’appel de Tournay du 13 novembre 1698.

La Faculté de Paris avait remporté la victoire dans sa lutte contre les femmes-médecins. Restaient les chirurgiennes. Mais quand leur corporation fut déchue à son tour et que ses membres furent abaissés au rang de simples artisans, la lutte pour la vie devint plus difficile. Beaucoup de chirurgiens se montrèrent dès lors hostiles à leurs collègues féminins qui leur faisaient concurrence. De plus, la corporation soumise à la Faculté dut subir son influence dans la question féministe. Aussi en 1484, les lettres patentes de Charles VIII retirèrent-elles aux femmes le droit d’exercer le métier de chirurgienne ; on faisait toutefois preuve de quelque tolérance à l’égard des veuves de chirurgiens.

Cependant si les facultés et les édits royaux pouvaient interdire aux femmes la pratique de la médecine, ils ne pouvaient pas les empêcher de l’étudier.

A la Renaissance, nombre de femmes s’intéressé .'ent à la médecine. Le célèbre médecin bâlois Félix Plater qui avait étudié la médecine à Montpellier vers 1550, dit dans ses mémoires : « Les dissections étaient alors présidées par un professeur ; un barbier maniait le scalpel. Outre les étudiants, l’assistance se composait de seigneurs et de bourgeois, de dames aussi, même quand on disséquait un homme (1). » Les dames éclairées de ce temps possédaient des livres médicaux. C’est ainsi que figurait, dans la bibliothèque de Diane de Poitiers, l’ouvrage d’Ambroise Paré : La manière de traiter les playes et les accidents d’icelles.

Ce n’est qu’à la fin du xvi e siècle, que nous voyons une femmemédecin de vocation. Loyse Bourgeois naquit en 1563. Ses parents, bourgeois aisés, étaient propriétaires de plusieurs maisons près de la porte Buci. Intelligente et instruite, elle épousa

(1) Plater : Mémoires. Genève, 1866.

à vingt et un ans Martin Boursier, chirurgien de l’armée du roi, élève d’Ambroise Paré. Pendant la guerre civile, le quartier de la. porte Buci fut mis au pillage par les soldats du roi de Navarre, dans la nuit du 31 octobre au 1 er novembre 1590. Complètement ruinée, pour subvenir à l’entretien de sa mère et de ses trois enfants, Mme Boursier étudia l’obstétrique sous la direction de son mari. Après des débuts difficiles, sa clientèle se composant alors de petites gens, elle obtint en 1599 le diplôme de sagefemme jurée. Dès lors, sa réputation s’accrut rapidement ; plusieurs dames de la haute société firent appel à ses services. Elle parvint enfin auprès de la reine et, à partir du mois d’août 1601, jusqu’en 1627, elle resta attachée à la cour. Elle fut la première décorée par Marie de Médicis du chaperon de velours alors que les deux sages-femmes dé Catherine de Médicis n’avaient droit qu’au collet et à une chaîne d’or. A la naissance de son sixième enfant, Henri IV lui fit une pension de trois cents éc us et pourvut d’üne charge chacun de ses deux fils. Le premier et princi-. pal ouvrage de Loyse Boursier a pour titre : Observations diverses sur la stérilité, perte de fruict, fécondité, accouchements et maladies des femmes et des enfants nouveaux naiz ; amplement traitées et heureusement practiquées par Loyse Bourgeois, dite Boursier, sage-femme de la Boyne. Œuvre utile et nécessaire à toute personne. Dédié à la Boyne. A Paris chez A. Saugrain, rue Saint-Jacques, à la Nef d’Argent devant saint Benoist, 1609.

D’après la première intention de l’auteur, les Observations devaient former un traité d’obstétrique. Dans le premier volume, qui forme à lui seul un livre complet, Mme Boursier passe en revue les symptômes les plus importants de la grossesse, l’accouchement normal et pathologique, les maladies des femmes, consécutives aux couches et les maladies des nourrissons. Bien qu’on y trouve nombre d’observations personnelles, elles sont subordonnées au plan général.

Dix ans après en paraissait une traduction latine (1), bientôt suivie d’une traduction allemande (2), puis d’une traduction hollandaise (3). En France même, le grand succès obtenu par la première édition décida Mme Boursier à en publier une seconde en trois volumes. A quelques nouveaux chapitres théoriques traitant de questions obstétricales viennent s’ajouter un grand nombre d’observations sur des cas curieux :

D une femme de qui on croyait l’enfant mort depuis sept mois jusqu’à neuf, sans qu’il remuât aucunement. — D’une damoiselle

(1) Oppenheim, 1619, m-8\

(2) Francfort, 1621.

(3) 1658 et 17G0.

que j’accouchai de deux enfants, l’un mort et à demi pourri, ■l’autre vif et sain. — D’une fe mm e où je fus appelée, laquelle avait commencé le travail depuis neuf jours et comment elle accoucha heureusement. — D’une femme que j’accouchai de deux enfants, laquelle devenait folle courant les rues le cinquième jour de ses couches, et comment elle, tombant en pareil accident, en fut retirée, etc., etc. L’une des plus curieuses observations donne la description d’un fœtus momifié ; elle est intitulée :

« Je certifie d’avoir vu l’enfant de Pierre de Sens, sur lequel feu M. d’Alibourg a écrit. »

Quelques chapitres sont destinés aux sages-femmes. Tel est le chapitre vi : « Comment il faut que la sage-femme se gouverne, à un accouchement avant terme », et le chapitre xn : « Pour celles qui accouchent de deux enfants, comment la sagefemme s’y doit gouverner ».

A la fin du deuxième volume des Observations se trouvent quelques écrits autobiographiques. C’est d’abord le récit intitulé : « Comment j’ai appris l’art de sage-femme », puis un autre : « Comment j’ai eu l’honneur de parvenir au Service de la Reine ». Vient ensuite l’histoire des six couches de Marie de Médicis sous le titre : « Récit véritable de la naissance de messeigneurs et dames les enfants de France avec les particularités qui y ont esté et pouvaient estre remarquées. » Elle à été réimprimée en 1881 par de la Place (1) et en 1890 par Witkowski.

Le « Récit véritable » est suivi d’üne œuvre qui touche de nouveau l’obstétrique, tout en gardant uù caractère un peu personnel. C’est l’« Instruction à ma troisième fille » dont nous reparlerons tout à l’heure.

Comme manuel d’obstétrique, les Observations ont joui pendant longtemps d’une grande réputation et sont devenues le « vademecum » des sages-femmes. Les savants modernes les ont appréciées dé façon très flatteuse. Tout en faisant quelques réserves sur les théories de Louise Roursier, le docteur Chéreau s’exprime ainsi : « Les conseils que donne cette femme distinguée sont presque tous marqués par la plus mûre expérience. » Pour Waldeyer, le livre est caractérisé « par un esprit.d’observation pénétrant et par une lucidité merveilleuse ». Enfin, d’après Siebold, l’auteur s’y montre « la digne élève d’un maître tel qu’Ambroise Paré, les faits qui y sont décrits sont encore aujourd’hui des modèles d’ohK servation rigoureuse... Intéressantes sont les règles pour le traitement des accouchements par la face, qu’elle récommande de ne pas confondre avec celles du siège : bien soutenir les contractions

(1) Pièces intéressantes et peu connues pour servir à l’histoire nouvelle. Bruxelles, 1781.

pour en conserver l’énergie, ménager la face et faire en sorte que l’expulsion s’opère rapidement (1) ». Le mérite principal de Mme Boursier consiste, pour cet auteur, « à avoir recommandéd’une manière pressante la version par les pieds, là où l’intervention était nécessaire, dans la présentation transversale et dans les cas d’hémorragies mettant en danger les jours de la femme ». Il n’est plus question dans son livre de version sur la tête, et depuis Louise Boursier, cette manœuvre disparaît en France.

L’exposé théorique est d’une grande valeur, relativement à son époque. De tous les accoucheurs anciens, sans en excepter J. Guillemeau, Loyse Boursier est peut-être celle qui a établi avec le plus d’exactitude les divers modes sous lesquels le fœtus peut se présenter dans le travail de la parturition. Elle ne compte pas moins de douze présentations, et elle indique les moyens propres à opérer l’extraction du fœtus.

Mais ce qui nous intérèsse tout particulièrement dans cet ouvrage, c’est que nous y trouvons toute une partie médicale. Elle est consacrée aux maladies des enfants et aux diverses affections qui ont rapport à l’art obstétrical. Dans le chapitre xxxvi, Loyse Boursier démontre la nécessité de connaître l’anatomie de l’utérus. Déjà, dans le premier volume, nous trouvons deux chapitres dont l’un est intitulé : « Des chutes ou relaxations de la matrice » ; le chapitre suivant expose comment on peut y remédier. Les déviations de l’utérus y sont divisées en plusieurs genres décrits d’après nature. Mme Boursier signale aussi l’influence des troubles menstruels sur l’appareil visuel. La réputation dont elle jouissait alors, lui valut d’être consultée comme un médecin. Une fois, notamment, une femme se plaignant de douleurs violentes dans la région vésicale se présenta chez elle en déclarant avoir consulté déjà une douzaine de sages-femmes ; mais aucune n’était parvenue à la guérir, ni même à reconnaître sa maladie. Loyse Boursier diagnostiqua un calcul vésical qui s’était engagé dans l’urètre. D’une façon aussi simple que hardie, elle le retira (2). Une autre fois, une dame vint chez elle, lui disant que sa fille, âgée de dix-sept ans, était atteinte du « grand mal ». Loyse Boursier ne voulut pas se prononcer avant d’avoir vu la malade. Après l’avoir écoutée attentivement, elle pensa que peut-être le changement d’air pourrait améliorer la santé de la jeune fille. Elle lui recommanda donc de rentrer dans son pays. En effet, ce retour suffit pour enrayer le mal.

On doit aussi à Loyse Boursier une heureuse innovation en

(1) Siebold : op. cit., p. 130.

(2) Loyse Bourgeois : op. cit, II, p. 191 - 193 .

thérapeutique. En plusieurs pages, elle traite de la chlorose à laquelle elle attribue une influence funeste sur la grossesse et la décrit de main de maître. Désolée de voir que « les médecins » ne faisaient rien pour les pauvres filles chlorotiques et que ces dernières étaient parfaitement guéries par des tablettes « qu’on vendait secrètement, fort cher, en ville », elle eut l’idée d’examiner ces tablettes et se convainquit que l’agent actif qu’elles renfermaient n’était autre que l’acier. Aussi, désirant être utile aux femmes indigentes atteintes d’anémie, elle leur donna le moyen de préparer à peu de frais des tablettes ou pilules.

« Il faut prendre de la limure d’acier, telle quantité que l’on voudra et la mettre dans un creuset, puis la placer entre les charbons de feu et souffler tant que le creuset et l’acier soient rouges comme charbons ; il devient fort noir ; il le faut bien pulvériser dans un mortier, le plus subtil que l’on pourra, en prendre quatre dragmes avec deux dragmes de cannelle fine, fort pulvérisée et passée, mêler cela ensemble avec quatre onces de bon sucre de Madère, y mettre fort peu d’eau, et quand le sucre est bien écumé, il faut mettre les poudres et mêle.r continuellement, à cause de l’acier qui demeurerait au fond. Il faut les cuire, puis les verser sur un papier où les faut paistrir des mains ou les battre d’une spatule, d’autant que qui les laisserait refroidir sans y toucher, elles se trouveraient toutes creuses. De la dose dont j’ai escrit, il s’en peut faire vingt-huit tablettes, lesquelles se donnent à prendre deux le jour, une en se levant et l’autre trois heures après disner. »

Loyse Boursier reconnut en outre que la chlorose est loin d’être l’apanage du sexe faible. Les hommes aussi y sont sujets, et à cette occasion elle nous raconte comment elle guérit deux patients masculins :

« Je dirai que je donnai du fera prendre à deux gentilhommes, l’un desquels, étant un jour à mon logis, tomba en faiblesse ; il fallut l’asseoir bas, lui donner du vin et lui frotter les tempes de vinaigre. Je fus le voir quand il fut revenu à soi ; il dit que depuis un temps qu’il avait eu une grande fâcherie, cela lui avait été ordinaire, je m’informai où lui tenait le mal, il me conta tous les mêmes accidents qui arrivent aux filles et aux femmes. Je conjecturai que ces remèdes-là lui pourraient profiter. Je lui en donnai dont il guérit parfaitement. Il retourna eii Gascogne d’où il était, son mal venait d’une fille qu’on n’avait pas voulu lui donner. Il ne put se résoudre à ce coup ; à quelque temps il retomba au même mal. Il me pria de lui envoyer des remèdes, ce que je fis, il guérit derechef, et connaissant la cause de son mal se résolut de ne se plus fâcher. J’en donnai aussi à un gentilhomme de Normandie, qui avait eu une grande fâcherie d’af-

faires, qui était tombé au même accident,il fut guéri de même(l).»

L’auteur des Observations se faisait une haute idée de son art. Dans les « Instructions à ma troisième fille », nous lisons :

« Il faut avoir la crainte de Dieu tout entière, de laquelle vous procéderont toutes sortes de bénédictions, l’entière charité et l’extrême envie de bien faire... Apprenez jusquesau dernier jour de votre vie et pour ce faire, il faut une grande humilité, car les personnes orgueilleuses ne gagnent pas le cœur de ceux qui sçavent des secrets. Ne vous hazardez en vostre vie d’expérimenter aucun remède qu’on vous aye enseigné sur pauvre ny riche si vous n’estes asseurée de la qualité du remède et qu’il ne puisse faire mal. Ne cachez les bons remèdes que vous scaurez aux médecins et personnes sages... »

« Ne retenez jamais la membrane amnios (dite la coiffe de l’enfant de laquelle aucuns enfants viennent couverts la teste et les épaules) d’autant que les sorciers s’en servent. » Et là-dessus, l’auteur de raconter comment elle déclina la proposition des sorciers qui voulaient se procurer cette membrane à prix d’argent.

« Ne recevez en vostre vie fille ou femme pour accoucher en vostre maison. Je vous le recommande : ne pensez pas que ce soit moindre péché que d’être Tecéleur de biens dérobés. »

«Je vous diray, ma fille,qu’il ne faut point vous estonner de voir méprisé l’estât de sage-femme, ni que cela vous refroidisse d’en rechercher les perfections, lesquelles sont incompréhensibles à ceux qui les - méprisent, ni vous estonner si vous voyez en cet estât des personnes indignes du nom ; cela n’amoindrit ni le savoir ni l’honneur de celles qui le méritent. »

Dans toutes ces recommandations, le bon sens s’allie à une morale irréprochable. A ces qualités Loyse Boursier joignait encore un véritable don d’écrivain. En tête de son livre, figurent, suivant l’usage du temps, différentes pièces de vers, hommages de poètes contemporains. L’une d’elles, toutefois, est une réponse de l’auteur aux attaques de ses ennemis :

Au Mesdisant

Envieux, si lu as l’audaee De t’attaquer à mes écrits Fay moy paroistre en quelle place Tu as mieux fait que je ne dis

<1) Loyse Bourgeois : op. cit, I, 23-24.

Ma pratlique n’est un langage Ce sont véritables effects C’est à son port faire naufrage.

De parler sans venir aux faits.

(Elle fait allusion à la polémique qu’elle soutint contre les médecins à la suite de l’autopsie de Marie de Bourbon-Montpensier, nièce du roi, emportée en quelques heures par une péritonite puerpérale.)

Cette vivacité est une des caractéristiques de son style. De plus les images et comparaisons dont ses œuvres abondent pourraient se trouver sous la plume d’un poète.

Rappelons ici les jolis passages de l’« Instruction à ma fille » : cette image des « charlatans qui se servent d’un remède comme selle à tous chevaux » ; ou bien cette autre : « Quand les sagesfemmes mouraient, leurs clientes en menaient grand deuil et priaient Dieu de ne plus leur envoyer d’enfants. Maintenant plusieurs s’en servent comme d’une femme de vendange où tous les ans on change de vendangeuse : tant tenu, tant payé. »

Nous pouvons encore citer la phrase suivante :

« Du reste, quand vous aurez fait votre charge devant Dieu, moquez-vous de tout ce qu’on pourra dire; votre conscience est un fort rempart. »

Parfois, elle se sert d’expressions encore plus imagées. Ainsi au vingt et unième chapitre des Observations (De quelle façon doivent vivre les accouchées), elle dit des femmes villageoises :

« Car si l’on ne donne à ces estomacs forts, tôt après l’accouchement, un grand potage à l’oignon ou aux œufs ou une grande soupe au lait, leur estomac fait comme des moulins qui moudrent à vide (1). »

Ailleurs, elles sont inattendues. Pourrait-on supposer que la rupture de la poche des eaux puisse se prêter à une aussi jolie comparaison que celle-ci :

« Il faut rompre les membranes qui environnent l’enfant ainsi que l’on ferait d’une porte pour sauver unè maison du feu (2). »

Il nous reste à mentionner les « Secrets de Loyse Bourgeois ». Ils sont consignés dans le troisième volume des Observations et, contiennent une longue série d’ordonnances médicales contre les maladies les plus diverses. Un grand nombre portent l’empreinte de l’époque. D’autres prescriptions sont très judicieuses. Ainsi la hargne (le ténia) est traitée déjà par elle par le rhizome de fougère mâle ; et le traitement de la goutte par les bains formiques, qu’elle indique, a été employée par certains médecins il y a encore bien peu de temps.

Cl) Loyse Bourgeois : op. cit, I, 130-131.

(2) Op. cit, I, 65.

Loyse Boursier mourut en 1636 après avoir consacré les neuf dernières années de sa vie à ses écrits.

Deux ans après sa mort naissait l’auteur de V Instruction familière et très facile faite par questions et réponses louchant toutes les choses principales qu’une sage-femme doit savoir pour l’exercice de son art (1). Marguerite du Tertre, dame de la Marche, y distingue «les choses que la sage-femme doit savoir, qui précèdent l’accouchement, les choses qui arrivent dans le temps de l’accouchement dont la sage-femme doit avoir connaissance; les choses qui suivent l’accouchement dont la connaissance est nécessaire à la sage-femme ». La version par les pieds est recommandée partout ; l’auteur conseille de faire l’extraction par un seul pied, on épargne ainsi beaucoup de temps et de douleurs à la parturiente. Mme de la Marche insiste sur cette manière de procéder, surtout dans les présentations pelviennes. Cet ouyrage fut approuvé par une commission de docteurs régents à la Faculté de Médecine de Paris. Siebold trouve qu’il est écrit « avec beaucoup d’ordre ; on n’y dit ni trop, ni trop peu ; il en est résulté qu’il a été très utile dans son temps. Les progrès réalisés dans l’art des sages-femmes sont très appréciables, si on compare ce livre avec celui qu’écrivit, dix-sept ans plus tôt, pour les sages-femmes, Charles de Saint-Germain, docteur en médecine, Parisien. »

Marguerite de la Marche mourut en 1706, à Orléans suivant Witkowski, à Paris suivant Delacoux.

Parmi les dames de la haute société du xvn e siècle, citons la marquise Dauphin de Sartre, épouse du marquis Rubias d’Estoublon. C’était une femme qui brillait par son esprit, son intelligence et son savoir. Elle connaissait bien les mathématiques, l’histoire naturelle et s’occupait beaucoup « de la médecine et de l’action des médicaments (2) ». Elle mourut à Arles en 1685..

Cependant, la lutte contre les femmes-médecins continuait. Le 8 août 1694, il fut défendu « même aux veuves des maîtres chirurgiens d’exercer à moins qu’elles n’eussent d’enfants ou serviteurs capables de le faire ». En province, nous trouvons pourtant quelques traces de femmes exerçant la médecine : un arrêt de la cour d’appel de Tournay, daté du 13 novembre 1698, permet à une Marie-Jeanne d’Assonville de guérir les hémorroïdes avec un onguent secret et certifié merveilleux. Cet arrêt fut la conclusion d’un procès en appel des maîtres chirurgiens de Lille contre cette guérisseuse, pour exercice illégal (3).

(1) Paris, 1677, in-4*.

(2) Junker : Centur. fémin. érudit., p. 67 et sq.

(3) Voir Pinault : Recueil d’arrêts notables du Parlement de Tournau, p. 223-224. Valenciennes, 1709.

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