CHAPITRE X
SUISSE, ALLEMAGNE, HOLLANDE DU XVH AU XVIII e SIÈCLE
La veuve du docteur Othon Brunfels exerce à Bâle. — Maria de Hilden à Genève. — Dorothée Erxleben, docteur en médecine de l’Université de Halle. — La Hollandaise Catherine-Gertrude Schraders découvrit le placenta prævia.
En Europe centrale comme en France, du xvi e siècle au xvm e siècle, plusieurs femmes se distinguèrent en médecine.
En Suisse, nous trouvons la preuve de l’existence des femmesmédecins déjà au xvi e siècle, dans le dossier d’un procès fait à Genève en 1494 et en 1495. Il s’agit d’une nommée Anne, Anna Medica, que l’on consulte en lui montrant l’urine des malades. En 1494, une de ces praticiennes, quædam medica, est séquestrée pour avoir soigné des pestiférés. En 1495, Maria medica demande une permission pour bâtir (1).
En 1557 exerçait à Bâle une femme : la veuve du docteur Othon Brunfels. Elle jouissait d’une grande vogue (2).
Plus connue a été Mme Fabri de Hilden.
Marie Colinet épousa en 1587 le célèbre chirurgien Fabri de Hilden qu’on a appelé l’Ambroise Paré allemand. Elle était originaire de Genève et c’est dans sa ville natale qu’elle fit la connaissance du jeune chirurgien venu pour y compléter ses études. Mme Fabri de Hilden devint l’élève de son mari, puis sa collaboratrice ; ses progrès en médecine furent si rapides qu’elle put bientôt le remplacer avec succès lorsqu’il était absent.
Fabri, dans maint passage de ses œuvres, vante l’habileté de sa femme et parle avec admiration de sa présence d’esprit. Un jour qu’il avait épuisé tous les moyens pour extraire une paillette d acier de 1 œil d’un patient, sa femme imagina un procédé excellent : « Pendant que je tiens les paupières ouvertes avec mes deux mains, ma femme approche un aimant aussi près que possible de 1 œil malade. Quand nous eûmes répété cette manœuvre plusieurs fois (car le malade ne pouvait supporter longtemps la lumière qui était nécessaire), le fragment de métal vint se fixer à l’aimant et nous le vîmes tous (3). » Une autre
G) L- Gautier : La médecine à Genève, p. 7. Genève, 1906.
(2) Félix Px-ATvn : Mémoires, p. 89, Genève, 1866
(3) Guil. Fabrici Hildani opéra. Cent. V, obs. 21. Francfort 1646
fois, on vint chercher le chirurgien pour un cas urgent. Il était à Soleure et le blessé ne pouvait pas attendre. Le patient était tombé à la renverse sur la garde de son épée et s’était brisé la neuvième et la dixième côte près de la colonne vertébrale, avec saillie des fragments. Maria de Hilden replaça adroitement les os, puis oignit le flanc d’huile rosacée, appliqua un cataplasme fait d’un mélange de farine d’orge, de poudre de roses, de fleurs de grenadier sauvage, de noix de cyprès, de racine de tormentille et d’un œuf entier. Puis elle appliqua pardessus des éclisses en bois et un coussinet pour maintenir les os fracturés en place, et entoùra le tout d’un bandage modérément serré. Les douleurs cessèrent. Le malade prit en outre une potion composée d’eau de prunelle et de berle {antiscorbutique) en parties égales (une gorgée deux fois par jour) et fut soumis à une diète sévère. Le pansement fut changé tous les jours. Le dixième jour, Fabri, de retour, trouvait le malade hors de danger. Quatre semaines après, la guérison était complète.
Maria de Hilden était très habile en obstétrique. Son mari lui apprit le procédé pour éviter l’opération césarienne dans les accouchements difficiles. « Ma femme, qui avait fait cette opération à Lausanne, à Paternac et ailleurs bien des fois et toujours avec succès, l’exécuta en ma présence. Elle oint les parties génitales de la malade et y introduit un petit sac chaud. Ayant ainsi réveillé la tonicité du muscle utérin, elle extrait petit à petit l’enfant, secondée par les efforts de la parturiente. En une demiheure, tout était bien fini (1). »
Le 20 octobre 1605, Maria de Hilden, en présence de son mari, extrait un fœtus mort, à demi-pourri, porté depuis trois mois. La mère guérit.
Elle exécuta .même avec rapidité une opération qui n’avait pas encore été effectuée à Berne. Appelée auprès d’une patricienne bernoise, elle opéra, à l’aide d’instruments, l’extraction d’un fœtus mort (29 avril 1629) (2).
En dépit de la grande réputation dont elle jouissait, Mme de Hilden resta toujours modeste. Elle s’excusait d’avoir pris la plume pour composer un ouvrage pieux, sorte de commentaire de laBible: Y. <a Alphabet nouveau et chrestien pour les jeunes apprentis » ; ce livre parut en 1638 après la mort de son mari qu’elle avait assisté avec un dévouement inlassable dans sa dernière maladie.
En reconnaissance de ses mérites, le Conseil de la ville de Berne lui conféra le titre de citoyenne bernoise.
(1) Guil. Fabr. Hildani opéra. Cent. VI, obs. 63, p. 57-57 78. Edit, de
Francfort, 1846. „ . __ , ,
(2) Lettre de Guillaume Fabri de Hilden au docteur Crafît de Neucbatel, 12 mai 1629.
Vers la même époque, en Allemagne, -des femmes étudiaient la médecine avec zèle. C’étaient, comme en France, surtout les dames de la haute société, telles, par exemple, la palatine de Neubourg et Anne-Sophie, femme de l’électeur de Saxe Auguste I er . Celle-ci excellait surtout en pharmacologie et en botanique, cultivant elle-même des plantes et préparant des médicaments pour les pauvres. Elle créa même à cet effet de grands jardins et fonda à Dresde une excellente pharmacie qui existait encore en 1830(1). Eléonore, princesse de Wurtemberg, inspira un manuel de thérapeutique où figuraient les remèdes qu’elle savait employés avec succès (2). En Silésie, la duchesse Eléonore-Marie-Rosalie de Troppau de Jagerndorf publia en 1600 un recuëil de médicaments contre presque toutes les maladies. Elle y traite aiussi de l’alimentation et de la diète des malades. Ce livre eut un grand succès et fut réédité à plusieurs reprises (3). • Au xvm e siècle, il parut sous un titre curieux : Grenade volontairement ouverte du Samaritain chrétien (4). Une dernière édition en fut enfin publiée à Stuttgart en deux volumes (1863), et E. Olsner (5) assure qu’aujourd’hui encore, ce livre n’a pas perdu tout intérêt. ' * •
Les historiens et bibliographes allemands citent encore plusieurs femmes versées dans les connaissances médicales. Haller parle d’un petit manuel de Barbe Weintraubin (6). E. Olsner (7) mentionne Elisabeth-Marguerite Heil, née Putz, qui s’occupait surtout de chimie, mais connaissait aussi très bien la médecine, et laissa un manuel d’obstétrique.
. Puis, Marguerite Sibylle von Lœser (née von Einsiedel), poète, théologienne, et en même temps passionnée pour la médecine. Elle savait par cœur le volumineux manuel de médecine de Sennert et faisait des expériences thérapeutiques.
Le premier auteur qui a voulu relever le niveau intellectuel des sages-femmes fut Justine Siegemundin. « Avant elle, l’art, des accouchements tiré de l’observation et de la comparaison des faits, était tout à créer (8).» « Quelques thèses latines et un petit nombre de traductions en langue vulgaire formaient tout le fond de cette partie de la médecine. »
(1) Harless : Verdienste der Frauen, p. 159-160. Gottingen,
(2) Marshall : Arzenei-Kistlein, p. 7-8. Leipzig. 1897
(3) Zerbst, 1613 ; Leipzig, 1618.
(4) Leipzig, 1709 ; Nuremberg, 1733.
(5) Die Leistungen deutscher Frauen auf wissemchaftlichen p. 68-70. Guhrau, 1S94.
(6) Arzneg buchlein, 1603, in-8°.
(7 ) Op. cit.
(8) Delacoux : op . cit, art. Siegemundin.
Gobieto, *
Un événement tout spécial décida de sa vocation. Fille d'Elias Di.ethich, pasteur à Ronnstoch, en Silésie, elle tomba, à vingt-trois ans, gravement malade. Des sages-femmes, consultées, crurent à une grossesse, alors qu’il s’agissait d’une rétention du sang menstruel. Effrayée des dangers que faisait courir aux patientes l’ignorance des sages-femmes, Justine résolut de se vouer à leur instruction.
Elle publia en 1690 un opuscule rempli d’excellents conseils tirées de sa pratique. Ce livre est rédigé sous forme de conversation entre une sage-femme, Justine, et son élève, Christine. Il est tout à fait supérieur à ceux des contemporains et il fut successivement imprimé à Berlin en 1690, 1692, 1708, 1720 et 1756, traduit en hollandais en 1691 par Solingen. C’est un traité complet sur les accouchements. La première partie en a pour objet les organes génitaux de la femme, décrits avec autant de précision que le permettaient les connaissances de ce temps. La méthode qui règne dans la description indique suffisamment que Justine Siegemundin n’ignorait point l’anatomie humaine, ni l’anatomie comparée. Une deuxième partie en est consacrée à l’iconographie du foetus, dans le sein de la mère. Les diverses périodes de la grossesse y sont indiquées avec une exactitude qui dénote une grande expérience. Enfin, dans une troisième partie se trouvent exposés les principes de l’art et les considérations qui découlent de ces mêmes principes. Ce livre fut écrit en allemand : c’est pourquoi la plupart des auteurs le passèrent sous silence (le latin était alors la langue scientifique). Cependant, il fut critiqué par le professeur Petermann, de Leipzig ; mais la Faculté de Médecine de Francfort sur l’Oder approuva les idées de Justine Siegemundin, qui devint, enl695, accoucheuse de la margravine de Brandebourg.
Une autre femme publia encore un livre sur l’obstétrique : Maria-Elisabeth Guldenapfel, dite Hohenburgin. Née en 1675 à Eisleben, elle fut célèbre au début duxvm e siècle comme femmemédecin et écrivain médical. U Enseignement des sages-femmes parut en 1700. Le but de l’auteur était de faciliter les premières études sur le mécanisme de l’accouchement : c’est pour cela que les cas compliqués n’y sont pas mentionnés. La première partie en est constituée par l’exposé clair et précis des principes de l’art ; elle est tout à fait à la portée des élèves. La seconde partie traite des accouchements difficiles. Aucune spéculation théorique n’y est exposée, ce qui suffit à distinguer cet ouvrage de ceux qui paraissaient alors en Allemagne. Après la publication de ce livre, Maria-Elisabeth Guldenapfel alla s’établir à Brunswick où elle exerça, comme elle l’avait fait à Eisleben.
Presque en même temps paraissait un ouvrage latin, Medulla medicinæ (1), dû à Hélène-Aldegonde de Nolde qui s’adonnait à l’étude de la médecine rationnelle et pratique.
A la même époque vivait une saxonne, Christine-Régine Hellwig, née Kratreustein. Suivant Paullin, cette femme intelligente, poétesse et musicienne de talent, s’intéressa aussi beaucoup à la médecine et à la thérapeutique et n’y manquait pas d’expérience (2).
Plusieurs procédés opératoires furent perfectionnés par Barabra Wiedemann d’Augsbourg. Elle perfectionna aussi les instruments en usage pour les accouchements, et on lui doit un Guide de la sage-femme chrétienne (1738).
Mais la plus illustre de toutes les femmes-médecins d’Allemagne fut Mme Dorothée Erxleben. Elle naquit à Quedlimbourg le 13 novembre 1715. Son père, le docteur, Chrétien-Polycarpe Leporin, donnait lui-même à son frère aîné des leçons auxquelles il permettait à la fillette d’assister, bien qu’elle fût de chétive santé. Il remarqua bientôt que Dorothée aimait l’étude et que sa contitution délicate, au lieu d’en souffrir, s’en améliorait. Il l’encouragea au travail et, sous sa direction, Dorothée fit des progrès rapides. Le recteur de Quedlimbourg, Eckard, fut chargé de lui apprendre le latin et conçut bientôt la meilleure opinion de sa jeune élève. A cette époque, Laure Bassi passait brillamment en Italie son doctorat en philosophie. Quand la nouvelle en parvint à Quedlimbourg, le recteur se disposait justement à renvoyer à Dorothée ses devoirs latins corrigés. Il y joignit une lettre en cette langue « Je soyaite », écrivait-il, « noble jeune fille, que tu acquières une aussi grande réputation par ton instruction et que tu obtiennes' une fois le titre de docteur, même si ce n’est pas dans une solennité académique (3). » Ce vœu ne semblait pas près de se réaliser. Quand son frère partit pour l’Université de Halle, Dorothée regretta amèrement que son sexe l’empêchât de poursuivre les études commencées. « Oh 1 si j’avais été assez heureuse », s’écriait-elle, « pour pouvoir, comme une abeille diligente, butiner le miel dans le jardin des muses et le rapporter à ma cellule ! » Un événement imprévu vint lui permettre de réaliser ses aspirations. A l’avènement de Frédéric II, des envoyés vinrent à Quedlimbourg, comme dans toutes les villes de Prusse, pour recevoir le serment de fidélité au nouveau monarque. La jeune fille leur fut présentée. Emerveillés de son intelligence,
(1) Wahrendorf, 1702, in-8°.
(2) Habless : op. cit., p. 174.
(?) Adalbert von Haustein : Die Frau in der Geschichte des deutschen Geisteslebens, p. 97. Leipzig, 1899.
ils lui promirent de s’entremettre pour elle auprès du roi. Le 24 avril 1741, arriva une lettre fort aimable du jeune souverain dans laquelle il assurait de sa protection la jeune prodige. Munie de cette lettre et appuyée par de puissants protecteurs. Dorothée Leporin demanda à l’Université de Halle d’être admise à passer son doctorat. Sur ces entrefaites, son père mourut et elle se fiança avec le pasteur Jean-Chrétien Erxleben, ce qui ne l’empêcha pas de publier un ouvrage qu’elle venait d’écrire : Examen des causes qui éloignent les femmes de Vélude. Son père en avait fait la préface peu avant sa mort. Une nouvelle édition parut en 1749 (1).
Le pasteur Erxleben était veuf et père de quatre enfants. Aussi Dorothée fut-elle dès lors absorbée par ses devoirs familiaux, surtout quand elle devint à son tour mère de quatre enfants. Cependant, elle poursuivit ses études médicales et même exerça dans son entourage. Mais, dans sa pratique, elle fut rongée par le chagrin d’être confondue, sa vie durant, avec de vulgaires charlatans. Quand son mari mourut elle envoya donc une supplique au roi Frédéric II qui autorisa la Faculté de Halle à admettre Mme Erxleben aux épreuves du doctorat, s’il n’y avait pas d’objections importantes. Le 6 mai 1754, elle passa brillamment son examen qui dura deux heures et le 18 mai, un nouvel édit royal permettait à la Faculté de lui conférer le grade de docteur .comme à un étudiant régulier. La cérémonie solennelle eut lieu le 12 juin dans la maison du professeur Junker, doyen de la Faculté, en présence d’une nombreusé assistance. La candidate traita avec beaucoup de sagacité une question importante : « Comme quoi un traitement trop hâtif et trop agréable amène souvent une guérison peu sûre ». L’année suivante, elle traduisit elle-même en allemand, cet ouvrage écrit en latin avec des additions (2).
Pendant huit ans, Mme Erxleben jouit d’une renommée méritée et d’une pratique étendue. De toutes parts lui parvenaient des témoignages d’admiration. Ainsi Jean-Frédéric Raher, le poète poméranien, la célèbre en ces termes :
Honneur des femmes, gloire de VAllemagne La postérité t'élèvera des autels (3).
Mme Erxleben mourut le 13 juin 1762. Parmi ses quatre enfants,, son fils aîné Jean-Chrétien Polyeucte a contribué à rehausser
(1) Dubuc Funfzig sôhre Frauenfrage in Deulschland, p. 173. Leipzig,
(2) Halle. 1753, chez Gebauer, in-8°.
<3) Adalbert ^on Haustein : op. cit., p. 178. Leipzig, 1899.
l’éclat du nom. Malheureusement, déjà célèbre comme médecin et naturaliste, il mourut prématurément à l’âge de 33 ans en 1777.
Le xvn e siècle est une belle période dans l’histoire de la Hollande. Après avoir vaillamment conquis son indépendance sur l’Espagne, la jeune république fut admise dans le concert européen. Elle n’hésita pas à tenir tête à l’Angleterre, puis à la France.Des centaines Je vaisseaux, apportèrent des richesses dans ses ports. A l’intérieur, la prospérité s’accrût. Ce développement économique fut accompagné d’un grand essor intellectuel. La Hollande devint la terre de liberté où l’on put imprimer ce que l’on n’osait dire ailleurs. Les femmes prirent part à ce mouvement d’idées. Une des plus célèbres fut Maria Schürmann. Née à Cologne en 1607, cette ancêtre des féministes vint s’installer en Hollande où elle écrivit un livre pour démontrer l’aptitude de la femme aux travaux scientifiques. Elle se distingua par sa beauté, son charme et son habileté dans tous les travaux féminins. Elle parlait douze langues et refusa d’épouser le.poète hollandais Cats pour pouvoir se consacrer entièrement à ses travaux scientifiques. Comblée d’éloges par les hommes célèbres de l’époque, notamment Gassendi, elle fit de sa maison d’Utrecht le centre des plus brillants esprits du temps. Le cardinal de Richelieu l’appréciait beaucoup. Elle s’intéressait aussi à la médecine et publia entre autre : Pourquoi le Christ a-t-il guéri les aveugles tantôt au moyen de la salive , tantôt par d’autres moyens ? Elle mourut en 1678.
Si Mlle Schürmann est venue d’Allemagne, nous avons une véritable Hollandaise qui se distingua en médecine et n’emprunta pas sa science aux peuples voisins.
Catherine-Gertrude Schraders, veuve d’Ernest-Wilhem Cramer, découvrit cliniquement le placenta prævia longtemps avant qu’il eût été démontré sur la table de dissection. Elle appartenait à une des familles notables de Dokkum. En 1693, après la mort de son mari qui était chirurgien, elle se consacra à assister les femmes en couches. Elle devint vite excellente sage-femme et savait se rendre très exactement compte de la nature des cas. La version lui était connue dans tous ses détails et elle était parfaitement au courant du crochet, qu’au besoin même elle maniait. Maintes. fois elle sauva des accouchées que d’autres sages-femmes ou des médecins accoucheurs déclaraient perdues. Lorsqu’en 1701 elle se vit pour la première fois en présence d’un placenta prævia, elle sut immédiatement, par.exploration interne, se rendre compte, de sa situation anatomique et en même temps
elle trouva la voie à suivre dans ce cas inattendu, si bien que sa méthode est encore maintenant approuvée. « Quand j’eus examiné le cas», écrit-elle dans son Journal (août 1701), «je trouvai l’arrière-faix en avant de l’enfant, mais adhérent, ce dont je n’avais jamais entendu parler et ce qui ne m’était j am ais arrivé, je fus obligée de l’écarter ; l’enfant se trouva alors en travers de l’orifice : je le tournai et parvins avec beaucoup de peine à l’extraire par les pieds ; mais l’enfant était déjà mort et la mère mourut une demi-heure après. »
Le 1 er décembre 1724, Gerrit Creemers de Ternaart vient la consulter. « Ma femme, dit-il, a. de continuelles pertes de sang depuis quinze jours au point dé tomber dans des syncopes mortelles. » Mme Cramer déclare qu’il faut immédiatement procéder à l’accouchement. Comme sa collègue s’y refuse elle se rend elle-même auprès de la patiente. Selon son attente, elle trouva le placenta adhérent à la partie inférieure de l’utérus, elle le détacfta et termina l’accouchement. L’enfant était déjà mort mais la mère fut sauvée.. Si l’opération avait été retardée si peu .que ce fût, une hémorragie emportait la malade.
Son Journal rapporte plus de quatre mille accouchements faits par elle ou bien dans lesquels elle a été appelée en consultation. Dans ce nombre, le docteur Geijl, son biographe, n’a pas pu relever plus de six ou sept cas de placenta prævia accompagnés de complications graves ; chaque fois elle-a agi avec le plus grand tact. Comme Portai, elle a donc non seulement indiqué l’anatomie du placenta, mais reconnu exactement le danger clinique qu’il présente et compris le moyen d’y parer.
La littérature médicale hollandaise compte encore au xvni e siècle un petit ouvrage dû à une femme. Il traite du danger qu’il y a à laisser dormir les nouvelles accouchées. L’auteur, Bette, née à Amersfort en 1698, consacra une grande partie de sa fortune à fonder une Maternité qu’elle administra elle-même avec autant de zèle que d’habileté. Elle a joui d’une célébrité méritée.'