LES FEMMES DANS LES AMBULANCES ET SUR LES CHAMPS DE BATAILLE
Sœur Biget. — Sœur Massin .,— Marguerite Meger-Favret. — Henriette Faber. — Françoise Klahr. — Mme Fichte. — Clémentine Hoffmann. — Claudine Potocka. — Florence Nightingale.
A partir de la Révolution,- le service de santé militaire prend de plus en plus d’importance. Les progrès des engins de destruction augmentent le nombre des blessés. A la place des armées de l’ancien régime, numériquement faibles et exclusivement composées de volontaires, c’est la nation entière qui se lève contre l’envahisseur.
Les Sœurs de Charité furent parmi les premières qui entendirent, comme un appel, les gémissements des blessés sur le champ de bataille. Ainsi, sœur Riget des Visitandines se rendit célèbre autant par son courage que par sa charité. Avant de se consacrer aux blessés militaires, elle avait déjà à son actif deux intrépides sauvetages. En 1805, elle arrachait au péril de sa vie une femme et deux enfants à un incendie ; en 1807, elle secourut un vieillard qui se noyait dans le Doubs. Elle était pourtant âgée de près de soixante ans, à cette époque, étant née le 27 octobre 1748 à Thoraize, près de Besançon.
Tout un contingent de soldats espagnols étant arrivés dans cette ville, elle leur prodigua ses soins. Mais c’est en 1814 qu’elle donna toute sa mesure. Pendant la campagne de France, en dépit de ses soixante-six ans, elle suivit les armées de Napoléon, parcourant les champs de bataille et secourant tous les blessés, amis ou ennemis. Elle devint populaire dans les deux camps. Napoléon la nomma chevalier de la Légion d’honneur. Les rois de Prusse et d’Espagne, les empereurs de Russie et d’Autriche lui envoyèrent des décorations. Le duc de Reggio, la rencontrant dans une ambulance, lui dit : « Vous êtes sœur Marthe, n’est-ce pas? Je vous connais depuis longtemps et mes soldats vous connaissent aussi. » Lors de sa promotion dans la Légion d’honneur, des soldats de toutes les nations lui donnèrent une fête. Elle reçut des sommes considérables, mais elle ne s’en servit que pour soulager les malades et mourut pauvre en 1824 (1).
(1) Guy : Les femmes françaises, p. 165-166. Paris. ,
Une autre religieuse, sœur Jeanne-Claire Massin, soigna pendant sept mois consécutifs les blessés à l’Hôtel-Dieu de Compiègne ; Napoléon I er lui offrit la croix de la Légion d’honneur, lorsqu’il visita l’hôpital. Mais elle le pria de la donner à un vieux soldat qui venait de subir une amputation. L’empereur céda à ses instances. La paix revenue, sœur Claire continua, son activité médicale à l’Hôtel-Dieu. Elle se distingua pendant les épidémies de choléra en 1832 et 1849. En 1852, elle accepta de Napoléon III la décoration qu’elle avait refusée trente-huit ans plus tôt ; elle mourut l’année suivante âgée de quatre-vingt-trois ans.
A la même époque il se trouva d’autres femmes compatissantes et dévouées. En 1830, l’Académie française décerna un prix de trois cents francs à Marguerite Favret, veuve Meyer, pour sa belle conduite pendant les sièges de Belfort en 1813 et 1815.
« Sans fortune et sans autre ressource que son ardent amour de l’humanité », dit le rapporteur, M. Perceval Grandmaison, « Marguerite Favret est devenue la Providence des malheureux dans la ville de Belfort ».
Une épidémie infestait les hôpitaux où affluait un grand nombre de militaires malades ou blessés d’Allemagne.
« La veuve Meyer se dévoue pour les secourir... rien ne la rebute, ni le dégoût des plaies, ni le danger du séjour. Elle apparaît comme un ange à tous les êtres souffrants, les console, les encourage, les assiste et contribue à les guérir. »
Bien curieuse est l’histoire d’Henriette Faber, chirurgien, que M. Grasilier a fait connaître au public français, d’après un texte espagnol (1).
D’après ce qu’elle-même a raconté de sa vie, elle serait née à Lausanne et aurait été amenée par un oncle à Paris. Elevée au milieu des soldats, elle était pleine de compassion pour les blessés. Veuve d’un officier, elle prit des vêtements masculins, changea son prénom en celui d’Henri et subit avec succès l’examen de chirurgien militaire. En cette qualité, elle suivit l’armée, fut faite prisonnière. en Espagne; après la. signature de la paix, elle se rendit à Cuba où elle pratiqua comme un médecin espagnol! Cependant, son véritable sexe vint à être découvert ; on lui intenta un procès pour falsification de pièces d’état-civil. Elle fut condamnée à dix ans de réclusion et au bannissement. On la retrouve en 1825 en Floride où elle avait repris son métier de chirugien. Elle mourut Sœur de Charité dans un couvent de Vera-Cruz.
Dans d’autres pays, en Allemagne et en Autriche, se rencon-
(1) Léonce Grasilier : Henriette Faber, Paris, 1900, in-18.
trèrent aussi des femmes dévouées aux blessés. Françoise Klâhr, simple serrurière viennoise, leur consacra tout son temps après la bataille d’Austerlitz. Avec sa fille, âgée de six ans, et ses employés, elle secourut près de deux cents soldats, leur fournissant du linge, des habits, des vivres et des médicaments. Beaucoup lui durent la vie, et quelques-uns la liberté. En 1806, l’empereur François II lui conféra une médaille d’or.
Il nous faut citer également la femme du célèbre professeur de philosophie, Fichte. Elle soigna les blessés qui remplissaient les hôpitaux de Berlin après la bataille de Rosbach. La vocation d’un véritable médecin psychothérapeute s’éveilla en elle. Elle soutenait le courage des blessés et influençait leur moral. Elle leur distribuait aussi aliments, habits et médicaments.
La reine Louise dut une grande part de sa popularité à sa sollicitude pour les soldats qu’elle soignait elle-même.
A Colberg, la veuve Schâfer se conduisit d’une façon héroïque. C’est grâce à ces initiatives que naquit l’Association de secours aux blessés. Dès 1813 il s’en constitua une en Prusse sous le. nom de « Société féminine pour le bien de la patrie ». D’autres suivirent en 1814, en Bavièré notamment. En 1815 la plupart de ces sociétés furent dissoutes.
La Pologne fut soulevée par un grand mouvement national en 1830. Aussitôt la célèbre éducatrice des femmes polonaises, Clémentine Hoffmann (1798-1849), née Tanska, fonda la « Société de bienfaisance patriotique des dames polonaises » (29 décembre 1830)., Avant le commencement des hostilités, l’associations’occupa surtout de l’équipement des volontaires ; après les premières batailles, le rôle des dames changea ; elles se vouèrent avec une admirable sollicitude à la surveillance des hôpitaux.
« Ce fut un spectacle sublime de voir ces femmes de tout âge et de tout rang, après avoir déposé leur or et leurs bijoux sur l’autel de la patrie, veiller au chevet des blessés et des cholériques, porter dans les dortoirs des aliments préparés par elles, bander les plaies, étancher les blessures, présenter elles-mêmes les potions ordonnées, et distribuer dans cette enceinte de deuil et de mort quelques-unes de ces paroles qui consolent.» Clémentine Hoffmann surveillait tout, recevait des rapports réguliers de ses compagnes, trouvait des ressources et réglait les dépenses. Elle se prodiguait partout et se dévouait la première.
Pendant la durée de la Révolution, la Société disposa environ de quatre mille francs en argent comptant et de deux foie autant en linge, charpie, médicaments, etc. Le nombre de ses membres s’éleva jusqu’à quatre cents.
Après la prise de Varsovie, plusieurs dames durent quitter
la « Société » à cause de la position de leurs maris. Mme Hoffmann fut du nombre, elle remit la présidence à la veuve du général Sowinski qui fut glorieusement tué devant Varsovie. Ses compagnes, les larmes aux yeux, lui remirent une bague en or avec cette inscription : « La Société de bienfaisance patriotique de Varsovie à sa tutrice en chef. » La bague portait, avec une ancre, le millésime mémorable de 1831.
Une de ses collaboratrices, Claudine Potocka, est vénérée encore de nos jours en Pologne comme une sainte. Elle était dans le grand-duché de Posen quand la révolution du 29 novembre éclata. Aussitôt elle offrit à la cause nationale une partie de sa fortune ; puis elle se rendit sur les champs de bataille pour panser les blessés et les encourager. Quand le choléra commença à sévir, elle se rendit dans les hôpitaux ; toute frêle et d’une santé délicate, elle lutta contre le fléau sans manifester la moindre crainte. « Les médicaments offerts par sa main guérissaient plus promptement ; elle était, aux yeux des malades, investie d’un pouvoir surnaturel ; il est souvent arrivé que le cholérique, rassuré par sa présence, échappât à la mort. Le soldat blessé, étendu sur sa couche dernière,la demandait avant de fermer les yeux. «Que je la voie encore », disait-il, « et je mourrai en paix ». Claudine venait près de lui, et sa main dans celle du mourant, elle recueillait l’âme qui quittait ce monde (1) ».
Parmi les traits les plus touchants, signalons. le soin qu’elle prit d’un militaire amputé des deux bras. Elle le sauva au péril de sa propre vie, le fit transporter à Dresde dans sa voiture en le soignant comme une mère.
Parmi toutes les femmes qui, au cours du xix e siècle, se sont penchées avec tendresse sur les blessés et ont veillé à leur bienêtre physique et moral, aucune n’est devenue si populaire que Miss Florence Nightingale.
C’est en Italie que la future «Amie des soldats » vit le jour, le 12 mai 1820, dans la ville dont elle porta le nom. L’enfance de Florence fut heureuse. Elle étudia sous la direction de son père, riche aristocrate du Yorkshire, et acquit une instruction qu’elle développa en visitant tour à tour l’Italie, la Grèce et l’Egypte. Elle s’intéressait vivement à la politique. C’est ainsi qu’en revenant d’Italie en 1838, elle discutait passionnément la question des réfugiés italiens dont elle avait vu plusieurs à Genève.
De tout temps, elle avait aimé les pauvres et les infirmes. Elle avait visité les asiles, les hôpitaux, les écoles de Londres, d’Edimbourg, et du continent. A vingt-cinq ans, elle était résolue à consacrer sa vie aux malades.
(1) L. Chodzko : Claudine Potocka, dans La Pologne illustrée. Paris.
C’était pour elle un appel irrésistible, un commandement moral, presque religieux : « Servir Dieu dans l’homme ». De multiples obstacles se dressaient sur sa route : sa santé fragile, les préjugés de sa famille, la difficulté de travailler dans les hôpitaux.
Le personnel féminin des hôpitaux d’alors se recrutait dans les classes inférieures de la société. Le contraste était grand entre la vulgarité des infirmières, leur mentalité de salariées professionnelles et le rôle que Miss Nightingale rêvait pour elles. La France et les autres pays n’étaient pas mieux partagés que l’Angleterre à cet égard. Comment relever le niveau de la profession d’infirmière ? Miss Nightingale en cherchait la solution lorsqu’elle entendit parler de Kaiserswerth et du pasteur Fliedner. Cet homme de bien s’était d’abord intéressé .aux détenus sortant de prison: En 1833 il avait construit à leur intention une maisonnette dans son jardin. Il y adjoignit trois ans plus tard une école, puis un hôpital avec des infirmières bénévoles. Ensuite, il construisit un orphelinat et fonda une école normale pour institutrices. Visiter Kaiserswerth, telle fut dès lors l’ambition de Miss Nightingale; En 1848 elle crut en avoir l’occasion, sa mère projetant une cure à Carlsbad ; mais le Voyage n’eut pas lieu. Ce n’est que deux ans plus tard, en revenant d’Egypte par l’Europe centrale, qu’elle put mettre son projet à exécution : « Avec la crainte avec laquelle un pèlerin voit le Cédron, je voyais le Rhin qui m’était plus cher que le Nil », écrivit-elle à une amie. Sa visite l’enchanta et, malgré toutes les objections de sa famille, elle revint l’année, suivante faire son apprentissage de diaconesse. La vie à Kaiserswerth était d’une sévérité toute Spartiate; onse levait à cinq heures le mâtin, la nourriture était fort simple, le travail ardu. Elle garda cependant de son stage un souvenir reconnaissant. Près de cinquante ans plus tard, elle en parle dans ces termes : « Je n’ai jamais vu un ton plus digne, une dévotion plus pure qu’à Kaiserswerth ; c’était d’autant plus remarquable que les diaconesses étaient toutes paysannes à l’exception de neuf. »
La famille de Miss Nightingale n’approuvait pas ses aspirations. Sa sœur la plaisantait : « Je te dis que tu vas te faire sage-femme. » Miss Nightingale compléta son instruction médicale par un court séjour à Paris dans la maison de la Providence, tenue par les Sœurs de la Charité (5, rue Oudinot). De retour en Angleterre, elle réorganisa la maison pour les institutrices (8, Harley Street), comme surintendante. Pendant qu’elle passait quelques jours de vacances dans la propriété de ses parents, une épidémie de choléra se déclara à Londres. Aussitôt elle regagna la capitale, et soigna les cholériques. On lui proposa le poste de surveillante générale des infirmières au King’s College Hospital. Déjà elle forgeait des plans de réforme quand survint l’événement décisif de son existence.
La guerre venait d’éclater entre l’Angleterre et la France d’une part, la Russie de l’autre. Les troupes franco-anglaises débarquèrent en Crimée et; le 20 septembre 1854, réussirent à expulser les Russes de leur position très forte de l’Alma. La nouvelle de la victoire enthousiasma le public anglais. Mais sa joie fut troublée par les détails qui arrivaient du théâtre des hostilités. Le correspondant du Times à Constantinople, M. Russel, dans sa lettre du 30 septembre, attira l’attention sur le fonctionnement défectueux du service sanitaire.
Une seconde lettre faisait appel aux Anglais demeurés chez eux. « Ne se trouvera-t-il personne parmi ceux qui jouissent d’une heureuse existence au foyer familial pour venir en aide à nos soldats? » Dans le Times du 13 octobre, il déclarait le service sanitaire français supérieur à l’anglais ; il y avait plus de chirurgiens. Des Sœurs de la Charité les accompagnaient et soignaient les malades, «tandis que nous traitons nos blessés comme les sauvages du Dahomey ».
A peine l’article avait-il paru que nombre de femmes offrirent leurs services. Le 14, Miss Nightingale écrivit au secrétaire d’Etat (ministère de guerre), M. Sidney Herbert. Elle proposait d’organiser une équipe d’infirmières dont elle prendrait la direction. Grâce à son énergie et à son esprit d’organisation, grâce aussi à l’appui de sir Herbert, elle exécuta son plan en moins d’une semaine ; et le 21 octobre, elle quittait Londres, emmenant trente-huit infirmières. Son entreprise excita un vif intérêt dans le public anglais ; cependant des polémiques s’engagèrent. Des protestants faisaient grief à Miss Nightingale d’avoir trop de catholiques parmi ses infirmières. Les catholiques, de leur côté, lui reprochaient de jouer « le rôle d’un cardinal ». Elle eut connaissance de ces attaques sur le bateau qui l’emmenait à Constantinople ; elle en fut douloureusement surprise, d’autant plus qu’elle évitait des conflits religieux entre ses infirmières.
A^Scutari, où elle débarqua le 4 novembre, elle eut besoin de toute sa fermeté pour ne pas se décourager ; tout semblait conspirer contre elle. Les officiers supérieurs voyaient d’un mauvais œil cette innovation : des femmes à l’armée ! Cela ne s’était jamais vu et l’un d’eux dit : «Bientôt elles vont venir nous apprendre à nous battre. » Plus grave que cette mauvaise humeur de grognard était la jalousie des médecins militaires. Sans l’intervention de sir Herbert, ils eussent fait échouer l’entreprise. Mais le secrétaire d’Etat soutint énergiquement Miss Nightingale. Les infirmières étaient aussi une source de difficultés ; une d’elles dut être renvoyée et remplacée par une diaconesse de Kaiserswerth en séjour à Constantinople. Sur les six qui Venaient de « St John’s Hospital », quatre renoncèrent à poursuivre une tâche si
ardue. Miss Nightingale tenait d’ailleurs moins à la quantité qu’à la qualité de ses collaboratrices. Elle fut même fort peu satisfaite quand sir Herbert lui annonça l’arrivée de 46 nouvelles infirmières ; elle tenait à en contrôler elle-même le recrutement.
Quant à l’organisation, tout était à créer. On manquait de draps, on manquait de linge. L’approvisionnement était défectueux tant en ce qui concerne les vivres que les remèdes. Dans les salles, l’air était irrespirable. Remédier à tout cela, c’eût déjà été une tâche considérable en temps de paix ; mais l’arrivée de Miss Nightingale coïncidait avec une grande affluence de blessés. La bataille de Balaclava avait été livrée le 25 Octobre ; de Balaclava à Scutari le trajet durait huit jours et demi ; pendant ce laps de temps la mortalité s’éleva à 74 pour 100. Puis le 5 novembre, ce fut la bataille d’Inkermann ; les blessés arrivèrent de nouveau en nombre considérable.
Miss Nightingale fait face à tout ; elle réorganise, elle réforme, elle installe de nouvelles cuisines, de nouvelles buanderies, elle veille à ce que ni les vivres ni les habits ne fassent défaut. .4 côté de son rôle de chef, elle trouve le moyen de se consacrer personnellement aux blessés; elle exerce sur eux l’ascendant moral qui lui a valu le surnom d’ « Amie des Soldats ».
Le résultat de ses efforts dépassa toutes les espérances. Au printemps, la mortalité à l’hôpital de Scutari était tombé de 42 pour cent à 22 pour 100. Voyant désormais l’œuvre en bon chemin, Miss Nightingale alla inspecter les hôpitaux de Crimée. Une opposition imprévue l’attendait. L’attestation officielle du Ministère de la Guerre dont elle était porteuse établissait sa qualité de surintendante de toutes les infirmières .en Turquie. Les médecins militaires s’autorisaient des deux derniers mots pour lui refuser toute compétence en Crimée !
Comme à Scutari, la nécessité d’une réorganisation s’imposait. Ce furent de nouvelles luttes, de nouvelles démarches, tant et si bien que Miss Nightingale tomba malade et dut retourner à Scutari, où elle se soigna. Sitôt rétablie, elle partagea son temps entre Constantinople et la Crimée. Pour éviter d’autres complications, le Ministre de la Guerre précisa les pouvoirs de Miss Nightingale : « Aucune dame, sœur ou infirmière ne peut être déplacée d’un hôpital à un autre, ou être introduite dans un service sans son autorisation » (16 mars 1856),
Cependant la guerre touchait à sa fin. La prise de Sébastopol (8 septembre 1855) avait décidé de la victoire. Les Russes, après quelques hésitations, durent se résigner à conclure la paix qui fut signée le 30 mars 1856. Miss Nightingale resta en Crimée jusqu’en juillet. Elle y organisa un restaurant, des salles de lecture, des cours pour les soldats. Elle lutta contre l’alcoohsme dans l’armée.
A son retour en Angleterre, elle reçut des remerciements personnels de la reine, accompagnés d’un magnifique cadeau. Le public l’accueillit comme une héroïne nationale ; le poète américain Longfellow célébra « la dame qui la lampe à la main » parcourait les salles de blessés. Des tableaux représentèrent cette femme élégante et délicate penchée sur le chevet des mourants. Dès le mois de décembre 1855, alors qu’elle était encore en Orient, une grande assemblée eut lieu à Londres en son honneur. Le duc de Cambridge présidait. Les assistants décidèrent la création d’un «Fonds Nightingale », qui fut remis à l’hôpital Saint-Thomas pour y créer une école d’infirmières.
La santé de Miss Nightingale, fort éprouvée, ne lui permit pas de prendre la direction de l’œuvre. Mais ses idées y présidèrent. Les débuts furent modestes : un appel parut dans les journaux en mai 1860 et le 24 juin, quinze candidates furent admises à l’essai. Le principe fondamental était celui de Kaiser s werth : la profession d’infirmière doit être une vocation; dans l’hôpital doit régner une atmosphère morale élevée pour agir efficacement sur l’esprit des malades ; pas de dilettantes. Mlle Nightingale avait pu se convaincre à Scutari de la nécessité d’une discipline ; elle disait souvent : « J’aimerais mieux être brigadier général et commander quatre mille soldats que quarante infirmières. »
L’école acquit de la renommée et envoya ses infirmières dans toute l’Angleterre et à l’étranger.
Le prince et la princesse de Prusse demandèrent à l’hôpital Saint-Thomas une directrice pour l’école d’infirmières qu’ils voulaient fonder à Berlin. Un simple détail statistique (on sait que Miss Nightingale était férue de statistique) montre l’influence intellectuelle et morale qu’éxerça l’institution. Dans le relevé de la population anglaise classée par professions, figuraient, en 186'l, 27.618 infirmières sous la rubrique générale : Domestiques ; en 1901,64.214 infirmières mentionnées cette fois sous la rubrique « Médecine » (1).
Miss Nightingale s’occupa aussi- beaucoup de-l’état sanitaire de l’armée aux Indes. Elle écrivit plusieurs ouvrages : Eastern hospitals and english nurses (1857), Notes on nursing (1858), Hints on hospitals (1859), How people may live and net die in India (1868), Introdudory notes on lying in institutions ( 1871).
Le livre intitulé Notes on nursing fut écrit à Constantinople. Minée par la fièvre de Crimée, Miss Nightingale traça des pages admirables sur les soins à donner aux malades. Cet ouvrage fut traduit dans presque toutes les langues européennes. Il a joué un rôle important dans l’histoire de l’hygiène et préparé, en une
(1) Edw. Cook : The Life of Flor. Nightingale, 2 vol. in-8°. Londres, 1913.