‹ Les femmes et le progrès des sciences médicalesChapitre 20 sur 37 · ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

ÉTATS-UNIS

La lutte pour l’admission des femmes à l’étude de la médecine. — Les premières femmes-médecins aux Etats-Unis. — Les femmes-médecins américaines pendant la grande guerre. — Statistique.

D r Elisabeth Blackwell

Pendant que miss Florence Nightingale, en Angleterre, jetait les fondements d’une nouvelle école d’infirmières, miss Blackwell répandait en Amérique la religion de la santé.

Elisabeth Blackwell naquit le 3 février 1821 à Bristol (Angleterre). Elle héritait d’une tradition intellectuelle : sa grand’mère, dont elle portait le nom, s’était déjà occupée d’obstétrique, de pharmacologie et de botanique. Agée de onze ans, elle suivit sa famille à New-York, puis à Cincinnati où son père mourut, laissant les siens sans ressources (1838). Elisabeth et ses deux sœurs aînées décidèrent, pour aider leur mère, d’ouvrir une école. C’était l’époque où l’on discutait passionnément la question de l’esclavage. Elisabeth s’intéressait aux problèmes sociaux ; elle se lia avec Mmé Harriet Beecher-Stowe (auteur de la Case de l’oncle Tom ) et avec Lucy Stone, féministe militante, qui devint la femme de son frère Henry. Une autre de ses amies, atteinte d’un cancer, lùi répétait souvent : « Vous avez la santé, vous aimez le travail ; pourquoi ne pas étudier la médecine. Si j’avais été traitée par une femme, mes pires souffrances m’eussent été épargnées. » Elisabeth demanda conseil à des médecins, amis de sa famille, qui tous lui répondirent : « Idée excellente, mais impossible à réaliser. » Beaucoup de femmes, aux Etats-Unis, exerçaient la médecine dans les campagnes, sans avoir fait d’études réguhères. Elisabeth, au contraire, voulut que la femme conquît ce droit aussi bien que l’homme, et que sa science fût officiellement

reconnue. Directrice d’une école communale dans le Kentucky, puis professeur dans un pensionnat de jeunes filles à Charlestown (Caroline du Sud), elle consacra ses veilles à l’étude de la médecine et de l’anatomie. Elle y fut encouragée par le plus éminent docteur de Charlestown, H.-S. Dikson, plus tard professeur de médecine à l’Université de New-York. Ce savant l’aida de ses conseils et l’admit au nombre de ses élèves. Elisabeth vint ensuite à Philadelphie où elle suivit les cours d’anatomie, de dissection et d’accouchement. Mais elle voulait être étudiante régulière. Elle adressa donc une demande à toutes les Facultés de médecine des Etats-Unis : « Je lance des flèches dans toutes les directions, sans savoir laquelle touchera le but », écrivait-elle alors à sa famille. Une seule réponse fut favorable : la Faculté de médecine de Genève (Etat de New-York) se déclarait prête à l’accueillir. Encore les professeurs avaient-ils cru prudent de soumettre au préalable la question aux étudiants. Ceux-ci s’engagèrent à ne rien faire ni rien dire qui pût faire regretter à la jeune fille sa résolution. Elisabeth fut d’abord en butte à la curiosité malveillante de la petite ville. Ses amis lui conseillèrent de revêtir des habits d’homme. « Non, répondit-elle, ce que j’entreprends est moins pour moi que pour les autres femmes ; je dois donc accomplir ma tâche comme femme, ou y renoncer. » Devant l’attitude calme et digne de la jeune étudiante, l’hostilité fit peu à peu place à la bienveillance. Le jour de la cérémonie du doctorat, on accourut de vingt milles à la ronde pour voir conférer ce titre à une femme. Dans son discours, le président constata « que l’application intelligente de Miss Blackwell avait exercé une influence salutaire sur ses condisciples» et que, cette année,les progrès dans la science médicale étaient plus marqués (janvier 1849)*

La thèse d’Elisabeth lui valut les plus grands éloges et fut imprimée aux frais de la Faculté.

Aussitôt après avoir obtenu son diplôme, Elisabeth partit pour l’Europe afin d’y compléter ses études médicales. En Angleterre, elle éprouva quelque peine à se faire admettre dans les hôpitaux. Le directeur du Lying in Hospital de Birmingham lui répondit que « Dieu et la nature avaient indiqué l’incapacité de la femme en ces matières ». Elle fut plus heureuse à Londres où, grâce à l’appui du docteur Paget, elle put avoir accès à l’hôpital Saint-Barthélemy dans tous les services, sauf celui des maladies des femmes ; Mme Paget l’accueillit comme une amie ; c’est également lors de ce premier séjour à Londres qu’Elisabeth se ha intimement avec Florence Nightingale dont elle subit fortement l’influence (1). Puis elle se rendit à Paris. Elle fut admise

(1) National Biographg. Supplément, 1912-1921. Art. Elisabeth Blackwell.

comme élève interne à la Maternité tout en suivant des cours particuliers d’anatomie et de dissection. Elle obtint de fréquenter quelques autres hôpitaux. Malheureusement, au chevet d’un patient, elle contracta une ophtalmie purulente qui lui coûta un œil. Dès lors elle dut renoncer à se spécialiser dans la chirurgie, comme elle en avait l’intention.

De Paris, ellé alla visiter l’établissement hydrothérapique que Priessnitz avait installé à Grâfenberg dans les monts Sudètes (Silésie). L’aérothérapie et l’héliothérapie y étaient également pratiquées. A l’étude de ces agents physiques, il était tout indiqué de joindre la gymnastique et les mouvements respiratoires. A son retour en Angleterre, Elisabeth étudia la méthode de Lingg, que Géorgie venait d’introduire à Londres.

Munie des certificats de ses professeurs, Elisabeth alla s’établir à New-York où elle se spécialisa dans les maladies des femmes et des enfants. Il lui fallut beaucoup de courage pour vaincre l'hostilité de ses confrères.

La première fois qu’elle appela un collègue en consultation, elle le vit arpenter la chambre avec agitation : « Je ne sais ce que je dois faire », répétait-il, « le cas est extrêmement difficile ». Il ne s’agissait pas du patient, mais bien de savoir si un docteur pouvait conférer avec une femme-médecin sans manquer à l’honneur professionnel. Finalement, il se décida à donner son avis. Elle le suivit, le malade guérit. Dès lors, les médecins ne se refusèrent plus à se rencontrer en consultation avec Elisabeth.

Elle prit, comme Miss Nightingale, cette devise que « la santé est le suprême but de la médecine, son fondement et son couronnement ». Dans une série de conférences, elle s’efforça de répandre des principes d’hygiène et de gymnastique. Ces cours furent publiés en 1853 sous le titre Des lois de la vie. Cette même année, elle fonda un dispensaire pour les femmes et les enfants. Les indigents y recevaient gratuitement des consultations et des médica-, ments. L’œuvre prit de l’extension, et bientôt, on put recevoir des malades à demeure. Enfin, grâce à de nouvelles souscriptions, elle fonda un petit hôpital pour le traitement des maladies des femmes et des enfants (1858). Cet établissement agrandi devint plus tard 1’« Infirmerie de New-York du Collège médical pour femmes». Elisabeth put s’adjoindre deux collaboratrices : Mme Zakrzewska, et Emily Blackwell, sa sœur.

Dès 1847, Emily avait voulu suivre les traces de son aînée ; mais la Faculté de Genève avait refusé de l’inscrire ; le cas d’Elisabeth devait rester exceptionnel. Neuf autres Facultés la repoussèrent. Celle de Chicago l’admit, mais la Société médicale de l’Etat intervint et fit annuler la décision. Enfin, la Faculté de Cleveland consentit à l’accueillir et lui conféra le doctorat après

de brillants examens. Emily se rendit alors en Angleterre et en France. A Paris, elle suivit les cliniques des plus célèbres .médecins et chirurgiens à l’Hôtel-Dieu, àBeaujon, à Saint-Louis, à la Pitié et à la Maternité. En 1856, elle revint à New-York aider sa sœur, à laquelle elle succéda plus tard.

Elisabeth fut rappelée en Europe. A l’instigation de Sophie Jex-Blake, l’Ecole de médecine pour femmes venait de se fonder à Londres. Le comité s’adressa à Elisabeth Blackwell pour lui confier la chaire de gynécologie. Malgré ses longues années de; pratique aux Etats-Unis, Elisabeth était restée Anglaise de cœur. Elle accepta donc avec plaisir. Elle fut un professeur remarquable qui forma beaucoup d’élèves et dont le nom restera toujours attaché au développement de l’Ecole londonnienne de médecine pour femmes. A ses dons pédagogiques,elle joignait les qualités d’un écrivain.

Outre l’ouvrage déjà mentionné Des lois de la vie, elle publia plusieurs écrits de valeur. Alors qu’elle demeurait à Londres, parut la Religion de la Santé, titre qu’explique la conclusion :

« Bientôt nous reconnaîtrons que la loi divine par rapport au corps humain est identique à la loi divine par rapport à l’àme humaine. Alors, et seulement alors, nous comprendrons La Religion de la Santé (1871).'» Une note annexée au livre annonçait la fondation d’une Société de la Santé dans le but de répandre et propager l’hygiène ; les personnes qui s’y intéressaient étaient priées, de correspondre avec l’auteur. Puis ce furent V Education morale de la Jeunesse (1879)-; U Influence des femmes dans la médecine (1889) ; Le Christianisme dans la médecine (1892). Son dernier ouvrage est une autobiographie : Pioneer voork in opening the medical profession lo women (Œuvre de pionnière pour ouvrir aux femmes la carrière médicale). Des extraits des ouvrages précédents ont été réimprimés en 1902.

Quand l’état de sa santé l’obligea à renoncer à son enseignement, elle se retira dans sa charmante propriété de Rockhouse à Hastings, où elle est morte le 31 mai 1910.

Aux Etats-Unis, l’exemple d’Elisabeth Blackwell n’avait pas tardé à porter ses fruits. Des jeunes fdles de plus en plus nombreuses aspiraient • à étudier la médecine. Comme les Facultés américaines leur restaient fermées, il parut alors nécessaire de fonder une école spéciale pour les femmes. La première idée de ce . collège appartient au docteur Bartholomé Tussel, médecin renommé du comté de Chester, et ce fut son ami W. J. Muller qui fournit les fonds. De huit au début, le nombre des élèves s’éleva, rapidement à quarante. L’une d’elles, Anna Preston, devint plus tard professeur et doyenne de l’école. Les débuts de la nouvelle

école furent difficiles ; les étudiantes travaillaient ardemment quand la guerre civile éclata ; il fallut la fermer. Anna Preston continua toutefois à gagner des amis à la nouvelle institution, et, avec leur concours, fonda un hôpital. Ce fut là que les cours recommencèrent en 1862. Le corps enseignant comptait plusieurs anciennes élèves. La chaire de gynécologie fut confiée à Miss Elisabeth Shattuck, rentrée de la Maternité de Paris avec un diplôme d’obstétrique et plusieurs prix ; la chaire de physiologie et d’hygiène à Miss Cleveland. L’hostilité des milieux médicaux ne désarmait pas, malgré le succès de l’école. Lorsque trente étudiantes obtinrent enfin la permission de fréquenter l’hôpital de Pensylvanie, elles y trouvèrent, de la part des édudiants, un accueil malveillant et même injurieux. Un meeting de protestation contre l’enseignement mixte réunit professeurs et étudiants. Anna Preston, au nom du collège, répondit que la science est impersonnelle et que tout le monde peut et doit travailler à soulager l’humanité souffrante.

Peu à peu les femmes gagnèrent du terrain : l’hôpital ophtalmologique de Wills (1869), le nouvel hôpital orthopédique (1872), l’infirmerie pour les maladies nerveuses (1875), le collège de pharmacie de Philadelphie, le service d’ophtalmologie et d’otologie du dispensaire de Philadelphie et enfin, l’hôpital de Philadelphie (1878) leur furent ouverts. Cependant, les médecins mettaient leurs collègues femmes à l’index. Les organisateurs des Congrès médicaux de Washington (1870, 1871, 1872) refusèrent de les admettre. Néanmoins, cette opposition ne se prolongea pas : Sarah Haskett Stevenson put être déléguée de Chicago au Congrès de 1876. La même aimée, la Société du comité de Montgomery admit au nombre de ses membres une doctoresse, Anna Lukens, diplômée de Philadelphie. Enfin, en 1877, les portes des Congrès s’ouvrirent toutes grandes devant elles.

A Philadelphie, l’opposition fut plus forte. Ce n’est qu’en 1890 qu’une femme représenta la Société du comté au Congrès médical international de Berlin ; elle était professeur de physiologie. Pourtant la Société médicale du Nord, la Société de neurologie et la Société de médecine légale et de jurisprudence avaient déjà admis, six ans auparavant, des femmes-médecins. Ce fut la Société obstétricale de Philadelphie qui se rendit la dernière. En 1892, elle admit Anne Broomal, dont la devancière au Collège, Miss Eveline Cleveland, avait toujours été refusée depuis 1877.

Malgré l’ostracisme des sociétés savantes, le Collège prospérait. Il fut transféré dans un magnifique immeuble ; puis, on lui adjoignit un laboratoire de physiologie, installé sous la direction d’une spécialiste. Grâce au don de M. Joseph James, une chaire de gynécologie fut fondée. Une amie fit cadeau à l’Association

LIPINSKA

chrétienne des jeunes filles du Collège d’une grande maison où les élèves trouvèrent logement et pension à bon marché. En 1895, un nouvel hôpital fut construit et, l’année suivante, on inaugura le laboratoire de bactériologie. Pendant ce temps, le recrutement des élèves devint plus sévère ; des examens d’entrée furent rendus obligatoires, la durée des études portée à trois ans, puis à quatre. Le corps enseignant qui, au début, se composait de six professeurs seulement, comptait vers 1898 quarante-cinq membres (conférenciers, démonstrateurs de cliniques, et assistants y compris). La plupart des nations étaient représentées parmi les élèves. Les anciennes étudiantes ont fondé une société médicale : Alumnal medical Society, qui possédait un journal.

L’histoire des différentes conquêtes réalisées par les élèves du Collège de Philadelphie résume en quelque sorte l’histoire de toutes les femmes-médecins américaines.

La première femme admise en Pensylvanie dans un hôpital fut Eveline Cleveland, professeur au Collège. Elle fut nommée gynécologiste aü service des aliénées. Deux ans plus tard, A. Bennett devint médecin chef à l’asile des aliénées à Norristown ; Margaret Cleaves, après avoir rempli les fonctions de médecinassistant à l’asile des aliénés de Jowa, fut appelée au poste de médecin-chef à l’asile de Harrisbourg. L’assistance publique confia à plusieurs doctoresses des emplois dans les prisons, les refuges, les établissements d’enfants anormaux, etc. Enfin les hôpitaux admirent les femmes en qualité d’internes d’abord, ensuite comme médecins de service ; citons la Maternité, la Philadelphia lying in Charity, la Polyclinique, l’hôpital allemand, l’hôpital presbytérien.

En 1893, cent trente-trois hôpitaux, instituts et dispensaires avaient dans leur personnel médical des doctoresses du Collège.

Le Collège de Philadelphie est le plus renommé de tous les collèges médicaux de femmès aux Etats-Unis. Disons quelques mots des établissements similaires.

Le plus ancien d’entre eux est celui de Boston. Une société avait fondé dans cette ville une maternité et une école de médecine pour les femmes (1878). Le 27 mai 1886, le Sénat de Boston l’autorisa à prendre le titre d’« Ecole de médecine pour les femmes de la Nouvelle-Angleterre ». Cinq ans après, douze élèves en sortirent avec le grade de docteur. Puis, l’école fusionna avec un institut homéopathique ; le nouvel établissement s’appela:dès lors «Boston University School of Medecine for women » et comptait vers 1895 trente professeurs titulaires et adjoints et une centaine d’élèves.

Puis, l’école de New-York vint s’ajouter aux précédentes. C’est

l’hôpital fondé par Elisabeth Blackwell qui en fut le noyau. Après l’école de Philadelphie, ce fut la plus fréquentée de toutes ; elle prit le nom de « Woman’s Medical College of the New-York Infirmary ». Le Collège médical féminin de Cleveland fut fondé une dizaine d’années après celui de Boston par Eleonora Augusta Seaman (1814-1869). Originaire de Middleburg (Vermont), ce n’est qu’au prix dès plus grandes difficultés qu’elle obtint le diplôme de docteur du Western Homéopathie Medical College de Cleveland (1860). Elle était alors mère de sept enfants et son état de santé était si mauvais qu’elle devait tous les jours se faire transporter au collège où un grand fauteuil l’attendait. Elle s’intéressait particulièrement à l’hydrothérapie et aux applications de l’électricité. Dans sa pratique, elle s’en servit avec succès. Lorsque le « Western Homéopathie Medical College » exclut les femmes, elle créa une institution homéopathique dont elle prit la direction et fut le professeur d’électro thérapie. Tous ceux qui l’approchaient étaient frappés de sa volonté et de son ardente sympathie pour les souffrances humaines (1).

A Chicago, le Collège médical féminin s’ouvrit, (en 1870), surtout grâce aux efforts des docteurs Beyford et Thomson. Trois cent quarante anciennes élèves du collège exerçaient en 1900, et parmi elles, la doctoresse Mary Thomson, ancienne élève des sœurs Blackwell.

C’est également en 1870 que des cours préparatoires furent inaugurés à l’Université de Michigan. Il en est sorti plus de quatre cents graduées. L’enseignement était mixte ; seules, les leçons d anatomie pratique étaient données aux deux sexes séparément.

Un collège médical pour femmes fut organisé à Baltimore en 1882. La section médicale « John Hopkins», de l’Universite, avait été fondée six ans plus tôt ; son hôpital date de 1889. Elle a bénéficié de deux legs se montant au total à quatre cent mille dollars, à condition qüe l’enseignement médical féminin y fût organisé. Depuis, plusieurs femmes y ont enseigné.

D’autres établissements réservés aux femmes ont été créés à Atlanda (1889), Minnéapolis, Saint-Louis (1891) ; Cincinnati en possède même deux dont l’un date de 1887, l’autre de 1891.

De toutes ces écoles, celle de Philadelphie est la plus renommée. À New-York, les études sont sérieuses. Dans les autres villes, elles sont un peu moins longues. Le corps enseignant de ces collèges comprenait non seulement des doctoresses, mais aussi des hommes célèbres. De tous ces collèges, en dix ans sortirent six cent trente femmes, docteurs en médecine, et la quéstion de la coéducation dans l’instruction supérieure se posa naturellement. La cause de la

(1) Medical Journal and Record. 24 déc. 1921.

femme-médecin était définitivementgagnée et, en 1893, une femme fut appelée pour la première fois à présider une société savante : ce fut Mme Mary Putnam, docteur en médecine, de Paris, présidente de la section de neurologie de l’Académie de New-York. Deux ans après, dans ce même Etat, des femmes furent nommées inspectrices médicales. Les emplois, d’assistantes s’ouvrirent aux femmes. Les Etats reculés du Far-West ne restèrent pas en arrière. C’est ainsi que, de 1888 à 1898, toutes les écoles médicales de l’Etat de Colorado accueillirent les étudiantes.

Enfin, pendant la guerre hispano-américaine (1898), on vit pour la première fois une femme à l’armée : la doctoresse Anita Newcomb Mac Gee qui fit campagne comme chirurgien militaire ; à la démobilisation, elle mérita les éloges de l’inspecteur général Sternberg. En 1899, on lui confia une mission particulièrement délicate. Il s’agissait d’aller vacciner les Indiens de l’Arizona. Pour vaincre leurs préjugés, la doctoresse dut recourir à l’autorité de son grade.

Quant au nombre des étudiantes, inscrites aux Facultés de Médecine,, leur nombre s’accroît régulièrement (1).

(1) En 1904, Arkansas avait 3 étudiantes immatriculées, et 2 diplômées ; à Los Angeles : 2 immatriculées ; à Stanford University, de San- Francisco : 11 étudiantes inscrites et 2 diplômées ; à r University California, de San-Francisco : 9 étudiantes inscrites et 3 diplômées ; à H jrvard University : 16 étudiantes et 1 diplômée ; à Chicago Medical School : 7 étudiantes ; au Rush-Medical Collège de Chicago : 24 étudiantes inscrites ; à l’Université Illinois, de Chicago : 11 étudiantes inscrites et 4 diplômées ; à Indiano-University (Indianapolis) : 7 étudiantes ; à State University, de Iowa (Iowa City) : 28 étudiantes et 3 diplômées ; à l’Université de Kansas : 7 étudiantes inscrites et 4 diplômées ; à l’University de « Maryland » de Baltimore : 22 étudiantes et 2 diplômées ; à Boston University : 20 étudiantes et 2 diplômées ; dans le Frifh Medical School (Boston) : 54 étudiantes ; au Collège Médical de Détroit : 8 étudiantes et 2 diplômées ; à l’University de Michigan « Ann’Arbor s : 28 étudiantes et 3 diplômées.

Total : 287 étudiantes et 41 diplômées.

En 1906, le nombre des étudiantes augmente progressivement dans les facultés de médecine, et plusieurs nouvelles villes universitaires leur ouvrent également leurs portes.

Dix ans plus tard, en 1916, nous trouvons, à Kansas-City, dans le Collège de Médecine et Chirurgie : 12 étudiantes inscrites et 4 diplômées ; à l’Université de Nibraska, à Omaha : 6 étudiantes et 1 diplômée ; à l’Université de Buffalo : 16 étudiantes et 6 diplômées ; à Cornell-University, de New- York : 29 étudiantes ; au Collège Médical d’homéopathie, à New-York : 38 étudiantes et 12 diplômées ; à l’Université de Syracuse, â New-York : 8 étudiantes et 2 diplômées ; à l’Université de Cincinnati : 9 étudiantes et 2 diplômées ; à l’Université de l’Etat d’Ohio, Colombus (Ohio) : 10 étudiantes et 2 diplômées ; à l’Université d’Oklahoma, (Okla) : 4 étudiantes ; à l’Université d’Orégon (Portland) : 3 étudiantes et 1 diplômée ; à l’Université Temple de Philadelphie : 4 étudiantes et 1 diplômée ; à l’Université de Pensvlvanie, à Philadelphie : 11 étudiantes et 1 diplômée ; au Collège Médical des Femmes à Philadelphie : 43 étudiantes et 17 diplômées ; à l’Université de Pittsbourg, à Pittsbourg : 10 étudiantes et 1 diplômée ; à l’Université de Sud Dakota, Vermillion : 1 étudiante ; à l’Université de Tenaessee, à Memphis : 5 étudiantes et 1 diplômée ; au Collège Médical Meharry à. Nash-ville : 3 étudiantes et 1 diplômée ; à l’Uni-

En 1904, il y avait 287 étudiantes et 41 diplômées.

En 1916, on comptait 461 étudiantes et 82 diplômées.

Quand les Etats-Unis entrèrent en guerre, la Croix-Rouge américaine enrôla successivement un nombreux personnel. Avec les Unions chrétiennes de Jeunes gens et l’Armée du Salut, elle ravitailla la Belgique éprouvée, et surtout les enfants au-dessous de quatorze ans. En France, elle organisa 20 dispensaires dans la zone du front pour la population civile. Elle assura des pansements à 2.000 hôpitaux militaires et des médicaments à 3.423 dispensaires. Elle aménagea des refuges et des hôpitaux pour enfants, secourut les réfugiés à Evian, reconstruisit des villages. En Pologne, en Russie, en Italie, dans les Balkans, en Roumanie, elle fut partout présente, pour soulager la détresse de populations entières.

Les doctoresses américaines ne restèrent pas indifférentes devant ce grand élan humanitaire. Mais la direction des hôpitaux militaires était confiée à des hommes, officiers le plus souvènt. Aussi à l’exemple de leurs collègues écossaises, voulurent-elles créera une œuvre entièrement féminine, les « Hôpitaux des Femmes Américaines ».

En septembre 1917, la Croix-Rouge demanda deux hôpitaux pour la Roumanie, mais à cause de la révolution russe, on dut différer rembarquement ; 40 doctoresses ne s’en disposaient pas moins à partir. Le médecin-chef de l’armée se déclara prêt à engager des chirurgiennes en titre pour les services d’anesthésie, de radiologie et de laboratoire. L’hôpital général que l’Association des femmes avait installé à New-York fut mis à la disposition du Ministre de la guerre ; il était convenu qu’en cas de besoin, il fonc-

versité Baylar, à Dallas (Texas) : 1 étudiante ; à celle de Galveston (Texas) : 13 étudiantes et 2 diplômées ; à l’Université West-Virginia, à Morgantown (W. Va) : 1 étudiante ; à l’Université de Wiscousin, à Madison : 8 étudiantes ; à l’Université Stanford, (S. Francisco) : 20 étudiantes et 6 diplômées ; à l’Université de Californie (S. Francisco) : 14 étudiantes et 4 diplômées ; à l’Université de Harvard, 6 étudiantes et 1 diplômée ; à Loyala University School of Médecine Chicago : 8 étudiantes et 4 diplômées ; à Rush Collège, Chicago : 44 étudiantes et 11 diplômées ; à l’University of Illinois, Chicago : 11 étudiantes et 2 diplômées ; à Indiana University, Indianopolis : 3 étudiantes ; àl’University of Louisville, I.ouisville, Kentucky, 4 étudiantes et 1 diplômée ; à l’Université John’s» Hopkins, Baltimore : 42 étudiantes et 9 diplômées ; a Boston University : 11 étudiantes et 3 diplômées ; à Frifh Medical School, Boston : 31 étudiantes et 9 diplômées ; à Détroit Collège (Détroit) : 20 étudiantes et 4 diplômées ; à l’University of Michigan « Ann’Arbor » : 4 étudiantes ; à l’University of Minnesota, Minnéapolis : 9 étudiantes ; à l’University of Kansas : 12 étudiantes et 4 diplômées.

Total : 461 étudiantes et 82 diplômées.

Rapports universitaires : D’après le recensement de VAmerican Medical Direciory, le nombre total des femmes-médecins était de 1813, ce qui formait 3,73 pour 100 du corps médical. ( Medical Record, 21 août 1917, p. 681.) Parmi elles, 519 pratiquaient la gynécologie, 143 l’obstétrique.

tionnerait comme les autres hôpitaux militaires et les doctoresses seraient alors assimilées à des premiers lieutenants (1). La fin de la guerre empêcha les femmes-médecins américaines de réaliser leurs aspirations. Plusieurs d’entre elles servirent cependant dans les hôpitaux militaires des armées alliées, et trois d’entre elles, Caroline Fruley, Lee Edward et Anna Sholley furent décorées de la Croix de guerre française ainsi qu’une infirmière, Miss Mac Keen (2).

Les doctoresses ayant fourni la preuve de leur valeur professionnelle, quelques grandes universités, qui avaient jusque-là refusé d’admettre les femmes, ouvrirent leurs portes aux étudiantes : en 1916, l’Université de Columbia de New^York ; Harvard suivit en 1917 ; puis Yales en 1918.

Au total, en 1924, nous trouvons 1.007 étudiantes immatriculées dans les Facultés des Etats-Unis et 156 ayant reçu le diplôme-de médecins. En 1923, 954 étudiantes sont inscrites et 214 reçoivent le diplôme. En 1925, il y a 1.933 immatriculées et 212 diplômées (3).

Actuellement, la profession de femme-médecin offre, aux Etats- Unis, un champ d’activité illimité. Souvent la doctoresse est Considérée comme une praticienne et comme fonctionnaire (4).

Le service de l’hygiène publique emploie beaucoup de,femmesdocteurs. Certaines s’occupent de l’inspection des aliments dans les hôpitaux . D’autres sont attachées au service des soldats mutilés, et plus spécialement à leur rééducation physique et mentale. Elles sont au nombre de 400 (5).

(1) Boston Medical and S journ ., 1917, GLXXVII D 7

(2) Medical Record, 16 nov. 1918, p. 869 ’ •

(3) (Communiqué par State Departement of Washington).

(4) Medical Record, 27 juillet 1918. y

{b) Medical Record, 11 juin 1921.

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