LA MÉDECINE SACERDOTALE
Prêtres et prêtresses dans l’Antiquité. ■— Analogie des idées médicales chez les peuples historiques et chez les primitifs. — Psychothérapie dans les temples. — Songes. — La Pythie : ses oracles médicaux. —Déclin de la médecine sacerdotale.
Dans la thérapeutique des prêtres et des prêtresses, chez les peuples historiques, nous retrouvons les pratiques des guérisseuses primitives. La maladie est causée parles esprits mauvais ; pour guérir, il faut les chasser. L’homme doit s’assurer l’appui d’esprits très puissants qui le protégeront bien portant, et, malade, lui rendront la santé. Au fur et à mesure de l’évolution, le don de guérir, apanage de tous les dieux à l’origine, devient une particularité de tel ou tel d’entre eux. Des sanctuaires se créent, des collèges de prêtres se fondent et se transmettent un rituel. C’est la période de la médecine sacerdotale.
Etudions-la d’abord en Chaldée. Ce n’est pas la raison chronologique qui nous y invite. Sans doute, à en croire les plus récents auteurs, ce n’ést pas seulement aux Indes et en Chine, mais aussi en Chaldée qu’a lui la première aube de la civilisation.. Ce foyer lumineux répandait partout ses rayons et on retrouve les vestiges de ces civilisations en Egypte, en Grèce et chez d’autres peuples historiques. Mais on pourrait nous objecter que bien des peuples, Ârcadiens, Sumériens, Babyloniens, déferlèrent comme des vagues dans les plaines de Mésopotamie, et qu’il est bien difficile de discerner à travers tant d’apports successifs le vieux fond arcadien primitif.
L’ho mm e est relié au Cosmos par mille fils invisibles. D’étroites connexions existent entre le monde naturel visible et le monde surnaturel. Tout se tient, dès lors en interprétant conve-
nablement les phénomènes physiques, on pourra y reconnaître la manifestation des volontés divines. Tout est symbole ; cette pensée n’acquit nulle part plus de force que chez les Chaldéens. De là leur croyance aux présages.
C’est dans le sang, pensaient-ils, que la vie atteint son maximum de vigueur. Le foie, source du sang, devient ainsi la source de la vie elle-même et le siège de l’âme. Les divers aspects du foie révèlent delà sorte la nature profonde delà vie en relation étroite avec la divinité (1). D’autre part l’observation des phénomènes célestes fournissait également de précieuses indications. Mais seuls des êtres d’exception tel que le baru (voyant ou voyante), FAshipou (prêtre ou prêtresse magiciens) étaient capables de les interpréter. L’Ashipou était également qualifié pour combattre les mauvais génies s’attaquant à certaines régions du corps. Ceci lui serait impossible si sa mission n’était pas d’origine divine. C’est en effet du dieu Ea ou de son fils Marduk qu’il la tient. On comprend toute la valeur de ce symbole si on se rappelle que dans la cosmologie chaldéenne la déesse Tiamat(le chaos), mère d’Ea et principe du mal, a été vaincue par son petit-fils Marduk, le libérateur. Pour guérir un malade, il faut que FAshipou ‘triomphe du mauvais génie comme jadis Marduk triompha de Tiamat. Pour combattre un mal particulier (de dents par exemple) il faut en découvrir la cause.
La thérapeutique de FAshipou consiste en une incantation accompagnée d’une purification par le feu, et d’une sorte de confession. Neuburger (2) et après lui M. Le Port, en ont donné une analyse, Elle débute par une invocation aux grands dieux auxquels on expose l’état du malade. On énumère une série de péchés parmi lesquels on cherche le sien. Enfin, grâce à l’intervention du prêtre,le remède est prescrit par le dieu lui-même; le malade doit prendre une gousse d’ail, des dattes, un rameau chargé de fleurs, et les jeter au feu morceau par morceau, en murmurant des formules appropriées à chaque moment de l’opération.
A côté de FAshipou existait en outre l’Ashou, ancêtre du médecin laïque, qui dans les cas désespérés recourait au prêtre (3). Il est difficile d’établir la part qui revient à l’un et à l’autre dans les progrès de la médecine assyrio-babylonienne. On distinguait déjà les veines des artères, les muscles des nerfs ; on connaissait certaines fonctions physiologiques. Il est même certain, d’après M. Le Port, que les chirurgiens savaient faire les ligatures des artères.
(1) D’après R. Le Port : Les causes morales du mal physique dans la médecine assyrio-babylonienne, p. 47-48.
(2) Neurdrger : Geschichte der Medizin.
(3) R. Le Port : op. cit., p. 68.
La fe mm e jouait-elle un rôle dans la médecine assyrio-babylonienne ? Premièrement, nous connaissons l’existence de prêtresses de haut rang. Nabouâ, le dernier roi de la XI e dynastie des princes d’Assur et de Babylone, était fils d’une prêtresse de Sin (la lune) à Hanan (1). De plus on a signalé des femmes dans la pratique des songes dans les temples : Jamblique prétend que, pour interpréter leurs songes, les femmes allaient dormir dans le temple de la déesse Zarpanitu (2). La déesse apparaissait aux malades et prescrivait le remède, ce qui présume une intervention médicale des prêtresses. En obstétrique, elles donnaient quelques recettes pour les enfantements difficiles (3).
Les autres contrées de l’Orient présentent toutes, une phase de médecine sacerdotale. Aux Indes, les prêtres-médecins de l’époque védique s’occupaient de magie (4). (Pour plus de détails, voir chap. xxv.) En Perse, le Zend-Avesta est pénétré d’un esprit analogue. La maladie est quelque chose de démoniaque. Tout malade est un possédé. Beaucoup de cures s’effectuent au moyen d’herbes, d’autres au moyen de l’eau ; d’autres encore par la parole, car c’est par la parole divine que les malades sont le plus sûrement guéris (5).
Cette intervention surnaturelle ne fait pas non plus défaut à la médecine égyptienne. La preuve nous en est fournie par les papyrus de Leipzig (papyrus Ebers) ; de Berlin (papyrus Brugset) et de Londres pour ne citer que les plus importants. On peut leur assigner comme date une époque comprise entre le xvi e et le xiv e siècle avant J.-C. ; mais ils proviennent de compilations antérieures qui font remonter leurs sources jusqu’aux temps des Pyramides. La préface des papyrus Ebers renferme deux incantations générales, l’une pour les remèdes externes, l’autre pour les remèdes internes, en outre un grand nombre pour les cas spéciaux, contre les animaux nuisibles, etc. On pensait, remarque Loret (6), qu’il était aussi utile de guérir l’esprit du malade que de -soigner son corps. « Les incantations sont bonnes pour les remèdes, et les remèdes sont bons pour les incantations », dit un traité de médecine (7). Car il existait toute une littérature médicale depuis la plus haute antiquité. Manéthon rapporte qu’Athotis, second roi de la l re dynastie (4.000 ans avant J.-C.), écrivit six livres de médecine, et la pratiqua lui-même (8). Il
(1) Revue d’Assyr et d’Arch. orientale, XI, p. 170.
(2) Note de R. Le Port : op. cit, p. 32/
(3) R. Le Port : op. cit., p. 72.
(4) Neuburger : op. cit., p. 70.
(5) Neuburger : op. cit., p. 57.
(6) Loret : L’Egypte au temps des Pharaons, p. 235.
(7) Cité par. Loret ■: op. cit., p. 215.
(8) Loret : op. cit, p. 219.
existe un papyrus hiératique relatif aux maladies des femmes qui remonte aux environs de l’an 2.000 avant J.-C. (1). Enfin, d’après Clément d’Alexandrie, les six'derniers des quarante-deux livres hermétiques traitaient de la médecine (2). L’Egypte a marqué toutes les activités humaines de son empreinte. La médecine ne fit pas exception. La tradition écrite était l’objet d’un véritable culte. Le titre que porte une section du manuscrit de Berlin est à cet égard révélateur ; « Commencement du livre sur les gonflements ». Ce livre fut trouvé rédigé en écriture antique dans un coffre à livres sous les pieds d’une statue d’Anubis dans la ville d’Héliopolis. Ce livre fut réuni à la statue dans une vénération commune et on lui fit des offrandes (3).
Une particularité de la mythologie égyptienne est à noter. On a remarqué que les dieux peuvent y être groupés par famille, le père, la mère et le fils. Dans cette triade, la mère préside aux arts magiques ainsi qu’aux maladies des femmes. Rien de plus naturel dès lors que d’admettre l’existence de grandes-prêtresses, surtout si nous nous remémorons que le pouvoir suprême a pu, en Egypte, être exercé par des femmes. Or, on sait les relations étroites du pharaon avec la divinité : avant d’être roi il est prêtre. Empruntons à sir George Frazer un curieux détail à ce propos : « Sous le gouvernement de ces papes thébains, qui comme leurs confrères du Moyen-Age, à Rome* alliaient le pouvoir spirituel au pouvoir temporel, le gouvernement central égyptien prit la forme d’une théocratie. Mais, chose assez étrange, la puissance appartenait en dernier ressort, non pas au « pape » lui-même, mais à une femme, l’épouse terrestre d’Amon-Râ. Ses fonctions étaient héréditaires et se transmettaient de droit de la mère à la fille. Quand les rois régnaient à Thèbes, la femme du dieu était ou bien la reine ou bien une princesse (4). » Une stèle du Musée du Louvre nous montre le roi Thoutmosis III accompagné de sa sœur Mouthétis, prêtresse des déesses Moulékis et Hathor. Ce document est illustré par un passage du Traité de médecine cité par Loret (5) : « Je suis sorti de l'Ecole de médecine d’Héliopolis , où les dieux du grand Temple m’ont indiqué leurs remèdes; Je suis sorti de l’Ecole gynécologique de Sais , où les Mères divines m’ont donné leurs recettes. » Or, Saïs était célèbre par le culte de la déesse Néit ; l’expression << Mères divines » ne peut s’entendre que de prêtresses-médecins.
Quant à l’obstétrique, l’accouchement était pratiqué par des
(1 ) Dict. des ont. grecques et romaines. Art. Médecine.
(2) Neuburger : op. cil., p. 35.
(3) Loret : op. cit., p. 221.
(4) Sir Georges Frazer : The Worship of Nature, p. 579.
(5) Loret : op. cit., p. 210.
femmes expérimentées, à la tête desquelles sé trouvaient des sages-femmes d’un rang supérieur (1).
L’Hellénisme nous fournira des preuves plus explicites encore quant au rôle médical des femmes, mais auparavant, examinons les récentes trouvailles archéologiques. Les fouilles de l’île de Crète ont fait surgir à nos yeux les vestiges d’une antique civilisation qui, plus de 2000 ans avant notre ère, jetait déjà un vif éclat. La Crète unissait l’Asie à l’Europe, formant un véritable centre d’échanges commerciaux et artistiques. Sa mythologie offre plusieurs particularités intéressantes. Les plus anciens habitants de la Crète avaient des idoles féminines (2). Plus tard apparurent trois types de déesses : la déesse nue, qui se retrouve en Orient ; la déesse aux lions, qui présente des affinités avec Cybèle, et la déesse aux serpents, probablement la même que la précédente (3). « La femme joue un grand rôle dans les cérémonies du culte et dans les fêtes publiques», affirme M. Glotz(4) : « elle est l’intermédiaire naturelle auprès des divinités (5), au point que les hommes revêtaient pour le service divin le costume sacertotal des femmes».
Même après les invasions qui, venant du Nord, s’abattirent sur l’île et modifièrent profondément son culte aussi bien que son caractère ethnique, la suprématie de la femme survécut, constate M. Burrows (6), partout où l’ancienne population prédominait ; partout encore où le culte s’était profondément enraciné dans les traditions de quelque sanctuaire local. Dans Aphrodite, la Double Déesse de Paphos en Chypre, et dans l’Eryx sicilienne nous retrouvons la déesse crétoise de la Production, Mère et pourtant Vierge.
Il est certain qu’en Crète les femmes pratiquaient la magie. A en croire M. Dussaud, toutes les statuettes provenant du sanctuaire de Cnosse représenteraient des magiciennes ou des charmeuses de serpents (7).
La mythologie hellénique montre l’analogie qui existe entre les idées médicales grecques et celles des primitifs. Pendant de longs siècles, de tous les points du monde antique, les malades accoururent en foule vers les temples d’Epidaure, de Pergame, de Cos et de Smyrne. Ces sanctuaires s’élevaient parfois dans le
(1) Neüburger : op. çit, p. 40.
(2) Glotz : La civilisation égéenne, p. 281.
(3) Le Père M.-J. Lagrange : La Crète ancienne, p. 97.
(4) Glotz : op. cit., p. 166.
(5) Glotz : op. cit., p. 306.
(6) Burrows : The discoveries in Creta. London, 1907.
(7) Le Père Lagrange : op. cit., p. 73.
voisinage de sources, minérales ; d’autres étaient construits sur les sommets de montagnes et entourés d’un bois sacré. Leur thérapeutique a survécu aux siècles : 1° Eloigner le malade du milieu où il a souffert. 2° Le placer dans un milieu absolument sain. 3° Engager le malade à se soumettre avec une confiance aveugle au traitement. 4° Préparer le malade à ce traitement au moyen d’un bain réparateur, et commencer ce traitement par la diète. Nous reconnaissons dans ces pratiques la base de la physiothérapie et de la psychothérapie d’aujourd’hui (1). Il y avait des prêtres et des prêtresses dans ces temples, dont le plus célèbre était celui d’Asclépios à Epidaure. Hygie, fille d’Esculape, est représentée aux côtés du dieu de la médecine tenant à la main le serpent emblématique, et le. faisant boire dans la coupe traditionnelle.
Par des purifications et des offrandes le malade se préparait à passer au moins une nuit dans ce sanctuaire. Vêtu du costume d’Asclépios (Esculape), un prêtre apparaissait brusquement au patient dans la lueur indécise du petit jour. Deux prêtresses l’accompagnaient, figurant les deux filles du dieu, Jaso et Panacée. Le-malade recueillait de leur bouche les arrêts divins, c’est-àdire le traitement approprié à sa maladie, que d’autres prêtres avaient au préalable diagnostiquée et étudiée. Des inscriptions dans , le temple mentionnaient la maladie ainsi que les remèdes.
Au dire des auteurs anciens, la célèbre Anyté, dont l’anthologie. grecque nous .a conservé quelques charmantes épigrammes sur une jeune fille morte prématurément, était prêtresse dans ce temple d’Epidaure, et une légende assurait entre autres que par son ministère le dieu avait rendu la vue à un habitant de Naupact.
Nombreux étaient d’ailleurs les sanctuaires où officiaient des grandes-prêtresses. Citons par exemple les hiérophantides d’Eleusis ; ou encore les prêtresses consacrées au culte de Déméter, dont le temple s’élevait sur le mont Elaïon, en Arcadie, (cette déesse avait aussi en Attique un sanctuaire desservi par de grandes-prêtresses). Citons également la Basilissa athénienne qui, aux jours d’Anthestéries, offrait des sacrifices pour le salut de l’Etat ; la grande-prêtresse de Dodone en Epire, où Zeus faisait entendre sa voix près du chêne sacré. A Argos, parmi les statues de héros qui se dressaient à l’entrée du temple d’Héra, se trouvait celle de la grande-prêtresse (2). Les années de son sacerdoce devinrent des dates, et Thucydite y rattache les faits historiques.
(1) Cf. Vercoutre : La médecine sacerdotale dans l’antiquité grecque, p. 2-5. Revue archéologique. Paris 1886.
(2) Pausanias : II, 17.
Pausanias nous a conservé le récit d’une cérémonie mystique à Athènes. Deux jeunes filles habitant près du temple d’Athéna Poliade, se préparent à la cérémonie par le jeûne. La nuit de la fête étant venue, la prêtresse d’Athéna leur remet un objet qu’elles chargent sur leur tête, et dont toutes trois ignorent la nature. Puis elles le transportent à travers l’enceinte sacrée. Non loin du temple d’Aphrodite se trouve un souterrain ; elles y descendent et y déposent leur fardeau pour en prendre un second enveloppé dans un voile. Deux autres jeunes filles leur succèdent alors, qu’ori ramène à leur place vers l’Acropole (1).
Nous savons qu’Artémis, tout en guérissant les maladies, pouvait en donner. Ses prêtresses traitaient par une sorte d’homéopathie : le fenouil passait par exemple pour guérir la morsure des serpents, parce que les serpents mangent du fenouil (ce qui est parfaitement faux).
Mais de tous les sanctuaires de Grèce c’est certainement Delphes gui a joué le plus grand rôle. Il est intéressant de noter qu’à l’origine il n’était pas consacré à Apollon, mais bien à la Terre et à Poséidon. La déesse, nous dit Pausanias, rendait ses oracles en personne. Au temps de Plutarque, l’antique, divinité avait encore son enceinte sacrée au sud du grand temple d’Apollon (2).
La Pythie était souvent consultée en cas de maladie. La manière dont elle donnait ses conseils nous permet de la rapprocher des guérisseuses de l’Australie et de l’Asie.
Le consultant qui, avant de pénétrer dans le sanctuaire, s’y était préparé par une purification et par des sacrifices, n’interrogeait pas directement la prêtresse. Il remettait au prêtre chargé d’écrire la réponse de la Pythie une tablette sur laquelle était tracée sa demande, et, le front couronné de laurier, un rameau d’olivier en main, il attendait l’oracle.
Alors la Pythie apparaissait à ses regards au milieu d’un nuage d’encens. Elle avait auparavant mâché des feuilles de laurier. Le trépied sur lequel elle était assise livrait passage aux émanations de la source Cassatis. Dans cet état de surexcitation nerveuse, comme la magicienne primitive, elle pouvait mieux ressentir les symptômes des maladies et prescrire le traitement. Enfin, elle proférait quelques paroles relatives à la maladie : Le dieu s’était fait entendre ! En parlant de la médecine sacerdotale grecque, nous ne pouvons omettre Rome, puisque l’influence grecque s’y exerçait bien avant la conquête de la Grèce par les armes romaines. Le dieu Esculape a été honoré sur
(1) Pausanias : IL, 27.
(2) Plutarque : De Pythiæ oraculis, 17.
les bords du Tibre dès 293 avant J.-C. Mais auparavant il n’est pas douteux que les prêtres étrusques jouaient un grand rôle chez les Romains ; le mot medicus vient très probablement de l’osque meddix. Réfutons donc l’opinion de Pline l’Ancien, qui croyait que pendant six siècles, ses compatriotes s’étaient passés de médecins.
L’éclat d’abord si vif qùe jetait la médecine sacerdotale grecque pâlit de plus en plus, pour s’éteindre enfin tout à fait, alors que le génie hellénique était encore plein de force et de vigueur. A quoi attribuer ce déclin ? En premier lieu à la concurrence des différents sanctuaires ' : chaque dieu se vit bientôt attribuer les vertus d’Asclépios ou d’Apollon, et les prêtres s’efforcèrent d’attirer la clientèle par tous les moyens. En second lieu, à la pénétration des cultes orientaux (Isis, Sérapis, etc.). Enfin et surtout, aux progrès de la pensée critique. Déjà, quelques philosophes avaient esquissé une théorie sur Delphes, selon laquelle la prêtresse était inspirée par certaines exhalaisons ou vapeurs dues à la nature et à la configuration du terrain (1). Plutarque chercha à expliquer la décadence de la Pythie en admettant que ces émanations avaient cessé au cours des siècles. On voit toute l’importance de cette évolution de l’esprit, l’élément rationnel l’emporte sur l’élément mystique. Comme principe d’explication, la cause physique est substituée à la volonté de quelque être surnaturel. Nous entrons dans l’ère de la médecine laïque.
(1) Frazer : op. cit, p. 322.