‹ Les femmes et le progrès des sciences médicalesChapitre 22 sur 37 · RUSSIE · texte numérisé non relu

RUSSIE

Les premières étudiantes russes s’inscrivent à la Faculté de médecine de Zurich. Pourquoi ? — Les cours pour les sages-femmes supérieures, créés en 1872, sont transformés en cours de médecine pour les femmes. •— Les étudiantes se distinguent àans les hôpitaux militaires à Jassy et Braïloff (guerre avec la Turquie). — Victimes du typhus à Bulgareni. — La fermeture des cours de médecine pour les femmes en 1882. — Institut médical pour les femmes en 1897. - — Ouverture d’une nouvelle Faculté de médecine pour les femmes en 1910 à Kharkov (Ukraine). —La Grande guerre. — Essai de statistique.

Située sur les confins de l’Asie, la Russie subissait les influences orientales. Jusqu’au xvn e siècle la femme mena dans le terem une vie de réclusion la plus complète. Pierre le Grand abolit les terems et Catherine II créa des « instituts de demoiselles ».

En 1857, une réforme se fît dans l’enseignement secondaire des jeunes filles russes. L’impératrice, épouse d’Alexandre II, et sa tante, Hélène Pavlovna, toutes deux favorables à l’émancipation des femmes, profitèrent des dispositions de l’empereur pour lui demander la fondation d’un lycée de jeunes filles à Saint-Pétersbourg. Le programme en était presque identique à celui des lycées de garçons, et les études fort sérieuses. Au sortir du lycée, quelques jeunes filles désireuses d’étudier la médecine s’adressèrent au Ministre de la guerre dont dépendait l’Académie de Médecine. Dans les provinces éloignées, les paysans mouraient faute de soins. La presse s’en émut, et prônait les études médicales des femmes; en 1861, les candidates furent admises aux cours de l’Académie Militaire de Médecine. L’une d’elles, Mme Roudneva, fut boursière des Cosaques Bachkir. Ce corps de troupe, de religion mahométane, désirait assurer à ses femmes les soins d’une doctoresse. En 1863, le gouvernement interdit aux fe mm es de suivre les cours de médecine. Exceptionnellement, la seule Mme Roudneva fut autorisée à finir ses études ; en 1868, elle obtint son diplôme de docteur ; et elle exerça dans son pays avec beaucoup de succès ; elle mourut à Staraïa-Roussa, dans le gouvernement de Novgorod, en mai 1899.

Quelques autres étudiantes se rendirent en Suisse pour continuer leurs études de médecine.

La première Russe qui s’inscrivit à la Faculté de Médecine

de Zurich était Nadiejda Souslova. Elle était née en 1843, au village de Panine, gouvernement de Nijnni-Novgorod, de parents paysans. Elle suivit pendant deux ans les cours de 1 Académie médico-chirurgicale. En 1862, elle publia une étude sur les Transformations des sensations tactiles par le courant électrique.

Deux ans après la fermeture des cours de médecine à Saint- Pétersbourg, elle se rendit en 1865 à l’Université de Zurich. Elève brillante, elle présenta une thèse sur les ganglions lymphatiques.

En 1868, elle repassa ses examens à- Saint-Pétersbourg, pour y exercer.

Son exemple fut suivi par Marie Bokoff (voir chap. « Suisse »).

D’autres aspirantes aux études supérieures constituèrent un comité pour réclamer la réouverture des cours. La présidente, Mme Conradi, adressa, en 1864, une pétition au premier Congrès des médecins et des professeurs de sciences naturelles. La docte assemblée l’approuva à l’unanimité et la transmit au Ministre. La réponse se fit longtemps attendre pour n’accorder enfin qu’une demi-satisfaction : des conférences de littérature russe et de sciences naturelles étaient organisées. Plus tard, la Société fit l’acquisition d’une maison. Mais à peine s’y était-elle installée que les cours furent fermés (1866). Le motif invoqué était l’agitation politique. Il en résulta un nouvel exode des étudiantes vers l’étranger. Cependant les milieux universitaires russes se rendaient parfaitement compte combien les femmes-médecins faisaient défaut dans les campagnes reculées, où, faute de gynécologistes et d’accoucheurs, la mortalité des femmes en couches et des enfants était considérable. 24 professeurs dont 14 de l’Académie, 4 médecins des hôpitaux et 4 consultants de l’hôpital militaire Nicolas offrirent de faire gratuitement les cours. Sous la pression de l’opinion publique, le gouvernement étudia la question. Une délégation demanda au Ministre de la guerre d’autoriser les étudiantes à suivre les cours de l’Ecole militaire de Médecine. Cette fois encore le résultat ne fut pas tout à fait celui qu’on espérait : le décret impérial n’autorisait que des cours d’obstétrique (1872). Plusieurs étudiantes, déçues, partirent pour l’étranger. Il y eut cependant 109 candidates dont 80 furent reçues.

Les cours devaient durer quatre années, à titre d’essai. Pour être admise à les suivre, il fallait avoir plus de vingt ans, présenter un diplôme de baccalauréat ès lettres et ès sciences, avoir l’autorisation de ses parents, un certificat de bonne vie et mœurs débvré par la police et subir l’examen d’admission. Chaque élève reçut un règlement ; la moindre infraction entraînait l’exclusion.

Il fallait obéir d’une manière absolue aux supérieurs, ne pas s’absenter sans avoir obtenu un congé régulier, s’habiller en costume réglementaire, ne pas porter les cheveux courts.

Les leçons avaient lieu à l’Ecole militaire d’après le même programme et par les mêmes professeurs que pour les étudiants, mais à part. Il était expressément défendu de parler aux étudiants dans l’enceinte de l’établissement. Officiellement, il s’agissait de former des sages-femmes. Ainsi, un jour pendant une leçon de physiologie, alors que le professeur traitait des nerfs du cœur, un haut fonctionnaire entra dans l’amphithéâtre. Changeant aussitôt de sujet, le professeur parla de la physiologie de la grossesse. La même comédie se répéta à la leçon de botanique : le professeur faisait l’étude systématique d’un groupe de plantes lorsque la porte s’ouvrit et qu’un uniforme apparut. A l’instant même, il ne fut plus question que des herbes employées durant la grossesse.

Les plus petits détails soulevaient des complications inouïes. Les étudiantes demandèrent par exemple l’autorisation de fonder une bibliothèque commune pour faciliter l’achat de livres coûteux. Les autorités refusèrent. En vain les étudiantes présentèrentelles de nombreuses pétitions, appuyées par tous les professeurs. Des années s’écoulèrent. Enfin, on leur permit de placer au secrétariat une « armoire pour les livrés » qu’on défendit sévèrement d’appeler bibliothèque. On en rit dans la capitale ; les auteurs envoyèrent leurs livres avec la dédicace: «Pour l’armoire aux livres des étudiantes en médecine ».

Malgré toutes ces mesquineries on travaillait ferme. Aussi les examens furent-ils brillamment passés en présence du Ministre de la Guerre qui se montra enchanté.

Dès la troisième année (1875) on permit aux étudiantes de suivre les cliniques. Enfin le gouvernement accorda une cinquième année pour compléter le programme ; ce furent dès lors les « Cours de médecine pour les femmes ».

En toutes circonstances les étudiantes étaient aidées par leurs collègues et par les professeurs. La lutte pour la vie était rude. Issue de petits bourgeois ou même de paysans, toute-cette jeunesse ne pouvait rester à la charge des parents. Aux travaux scientifiques il fallait donc joindre une profession lucrative. On donnait des répétitions, on faisait des traductions ou des copies ; on travaillait dans les imprimeries ou comme télégraphiste. Quand la disette était complète, on vivait de pain noir, de thé et de cigarettes. Mais qu’importe la misère quand on a l’avenir devant soi ? Le soir, tandis que le samovar chantait sa chanson monotone, on se confiait ses rêves et ses espérances, et au milieu

des nuages de fumée on réformait la société et le monde entier. Le dimanche on allait respirer l’air pur dans les îles de la Néva, et l’on rentrait, rompue de saine fatigue, avec des brassées de fleurs des champs qu’on allait mettre sous les icônes.

La première femme qui ait terminé ses « Cours de médecine pour femmes» en 1877, fut Mme Schabanoff qui avait déjà fait ses deux premières années à Helsingfors ; elle entra comme assistante à l’hôpital des enfants (fondation du « Prince Oldenbourg »). Les autres étudiantes plus jeunes se préparaient aux examens quand éclata la guerre russo-turque.

Elles demandèrent aussitôt une place dans les hôpitaux militaires. 25 d’entre elles prirent place dans les ambulances au même titre que les chirurgiens d’armée. Elles partirent pour Sassy, Braülofï et les postes de secours de Bulgareni. Plusieurs y furent victimes du typhus.

A Bulgareni, en août 1878, quatre étudiantes attachées au 63 e hôpital militaire eurent à soigner plus de 9.000 blessés et travaillèrent plus de 18 heures par jour. On vit des étudiantes de cinquième année faire sous la direction des professeurs les opérations les plus sérieuses, telles que l’amputation de la cuisse, ou la désarticulation de l’épaule'. Des docteurs qui, avant la guerre étaient hostiles aux femmes-médecins, devinrent leurs chaleureux partisans. Les correspondants de guerre parlèrent d’elles avec éloges dans les journaux, et l’empereur Alexandre II les gratifia d’une médaille d’or attachée au ruban de Saint-Georges.

Après la démobilisation, les ambulancières se présentèrent aux examens ; toutes furent reçues avec succès en novembre 1878. L’empereur Alexandre II leur conféra le titre de médecin. Les Zemstwas (conseils généraux des départements) leur offrirent des places et bientôt 42 femmes furent attachées à des hôpitaux régionaux (1882). Des municipalités réclamèrent aussi des femmesmédecins surtout dans les provinces musulmanes de l’empire. Enfin 12 doctoresses furent chargées d’enseigner aux «Cours de médecine pour femmes ».

Il était désormais incontestablement démontré qu’en Russie les femmes-médecins étaient très utiles. Et pourtant, brusquement, le gouvernement décida la fermeture des Cours de médecine pour femmes (1882). Il autorisait toutefois les élèves inscrites à terminer leurs études et à passer leur doctorat en 1887.

La municipalité de Saint-Pétersbourg demanda le maintien des cours. La presse publia de chaleureux articles en faveur dés étudiantes. Le docteur Hertzenstein évoqua dans le Medilzinskïi Viesinik (Messager médical) la pénurie de médecins dont souffrait l’Empire (14.000 pour 90.000.000 d’âmes) et leur répar-

— loi —

tition inégale ; il établit l’augmentation des cas de variole, de fièvre typhoïde, de syphilis; il fit valoir le chiffre élevé de la mortalité. Tout fut inutile.

Après la promotion de 1887 eut lieu la clôture définitive. A cette époque, on comptait 409 doctoresses dans les différents gouvernements de l’Empire. Quand elles célébrèrent le dixième anniversaire de leur existence professionnelle, elles reçurent maint témoignage d’estime de leurs collègues et de reconnaissance de leurs patients. Elles furent acceptées dans toutes les sociétés scientifiques. La presse, les municipalités, lesZemtswas, le grand public se mirent à envoyer pétition sur pétition pour demander la réouverture des cours médicaux pour femmes. Longtemps ces tentatives restèrent infructueuses. La municipalité de Saint-Pétersbourg offrit une allocation annuelle et un immeuble, pourvu qu’on lui attribuât l’institution au lieu de la faire dépendre du Ministère de la Guerre. Le Conseil d’Etat appuya sa demande, les dons affluèrent et se montèrent bientôt à 700.000 roubles. L’Institut médical féminin de Saint-Pétersbourg ouvrit ses portes en 1897. A cette occasion, la générale Chaniavsky, née Rodstvennaïa, a offert 50.000 roubles or pour l’entretien des cours.

Les partisans de l’instruction médicale pour - les femmes pouvaient désormais se déclarer satisfaits ; les matières enseignées devaient correspondre point par point aux programmes des Facultés de médecine.

Un bel immeuble fut construit pour l’Institut et ses laboratoires. En 1901, des cours cliniques furent organisés et les étudiantes autorisées à fréquenter un service spécial à l’hôpital de Saint-Pierre et Saint-Paul. Un internat était annexé à l’établissement ; on pouvait y loger 120 personnes.

Dès le début les demandes d’admission affluèrent ; 264 candidates se présentèrent la première année, 188 furent reçues. Entre 1898 et 1899 la situation officielle des femmes-médecins fut réglée par une mesure législative publiée dans le « Messager officiel ». Outre le droit de pratiquer, on leur reconnut celai d’être médecins des municipalités, des hôpitaux, et des lycées de jeunes filles. Deux ans avant cette consécration officielle, Saint-Pétersbourg avait déjà une doctoresse, assistante de la clinique chirurgicale des enfants à l’Académie de médecine. En 1897, 55 étaient médecins dans les hôpitaux de Saint-Pétersbourg (1). On a remarqué que dans les dispensaires municipaux, le nombre des malades traitées par les doctoresses était supérieur à celui des patients traités par les médecins. Il y avait beaucoup de femmes-

(1) Dr Kosakevitck in International congress of women, 1899, t. III.

médecins spécialistes, des oculistes, des dermatologistes. Deux doctoresses avaient un hôpital privé, une autre un établissement de massage rationnel et de gymnastique médicale. Une autre encore dirigeait avee son mari, également médecin, une maison de santé pour enfants anormaux. Mme Yolkoff étendit son activité en organisant la première exposition d’hygiène féminine en Russie (1900). Mme Schabanoff, spécialiste des maladies d’enfants, institua un service de psychologie et d’hygiène de l’enfance. Elle se consacra à la pédiatrie. Pour se mettre au courant des progrès de la pédiatrie à l’étranger, elle fit de nombreux voyages scientifiques. De retour à Saint-Pétersbourg, elle fonda une société de prévoyance de l’enfance. En outre, elle créa deux dispensaires en dehors de la ville pour le traitement des maladies chroniques des enfants puis un sanatorium antituberculeux près de Windawa, au bord de la mer. Présidente dès 1895, de la « Société des Femmes », elle lutta activement contre la famine et les inondations qui ravageaient la Russie. En 1908, elle présida-le « Congrès des Femmes » réuni à Pétrograd. Toujours préoccupée de médecine sociale et ennemie de la guerre, elle prit part au Congrès de La Haye. En 1912, on l’a élue membre honoraire du « Conseil international for women » qui se tenait à Stockholm. En 1925, elle fut promue juge du tribunal de l’« Union médicale » de Léningrad. D’autres honneurs lui étaient réservés ; elle fut membre honoraire de la « Société de pédiatrie ».

Malgré sa très nombreuse clientèle, elle écrivit dans des revues littéraires et sociales. Ses travaux médicaux sont : 1° De Vacide urique en rapport avec la diète chez l’enfant ; 2° Sur le traitement du rachitisme par le phosphore ; 3° Premiers soins à donner dans les accidents divers ; 4° Sur la prévoyance des maladies chroniques de l’enfance , et sur la manière de les combattre ; 5° Sur l’efficacité de l’inoculation dans la variole ; 6° Sur le traitemènt du typhus par l’hydrothérapie ; 7° Sur l’importance de la Goutte de lait; 8° A propos du 50 e anniversaire de Véducation médicale féminine en Russie ; 9° Sur la vieillesse , etc...

Elle fît aussi de nombreuses conférences sur l’hygiène et des cours aüx infirmières. Actuellement, elle est médecin en chef de l’hôpital « Raufus » pour enfants (ancienne fondation du « Prince Oldenbourg »). En 1928, on a fêté son anniversaire : 80 ans. En 1929, elle fut nommée membre honoraire de l’Académie des « Sciences Sociales de Philadelphie ». On lui a donné le surnom d’« héroïne du travail ».

Une femme qui se distingua par ses travaux sur la médecine sociale fut Maria Pokrowskaja. Elle était née en 1852 à Nijny- Lomov, gouvernement de Penza. En 1870, elle reçut ses diplômes d institutrice. Malgré son amour pour la pédagogie, elle s’inscrivit

au Cours de médecine en 1876. Aussitôt ses études terminées (1881) pour être utile à la population rurale, elle se rendit comme médecin au district d’Opotehka, gouvernement de Pskov. Pouvaiton guérir des paysans dont les habitations, sans aération et remplies de fumée, entretenaient la maladie ? Dès lors, en 1888, elle s installa à Saint-Pétersbourg ; elle écrivit plusieurs livres, entre autres une étude sociale sur les Demeures des paysans (Kourinaja isba), cause des maladies des yeux et des voies respiratoires (1888) ; une autre étude sur VHabitation de Vouvrier à Saint-Pétersbourg (1895) ; une étude statistique sur les maladies et la mortalité de la population rurale causées par Veau potable, à laquelle se rattache une étude sur l’Oxygène et les matières organiques contenues dans Veau. En 1899, elle publia une étude sur les Moyens de lutter contre la prostitution. Elle collabora à beaucoup de revues scientifiques.

N’oublions pas une patromnesse ardente des études féminines médicales, docteur Marie Tarnowskaïa, femme du professeur de l’Université. Elle écrivit plusieurs études sur l’anthropologie et prit part à beaucoup de congrès scientifiques.

Le nombre des femmes-médecins en 1902 s’élevait en Russie à 557. Trois ans après (1905) il y en avait 692, dont beaucoup se distinguèrent pendant la guerre russo-japonaise ; et en 1910, 1489.

L’Institut de Saint-Pétersbourg ne pouvait suffir à l’empire. En 1910, la Société Médicale de Kharkov (Ukraine) fonda une Faculté de médecine pour les femmes.

En 1913, le chiffre des femmes-médecins dans tout l’empire était 2132. Quand la grande guerre éclata, beaucoup de femmesmédecins remplacèrent leurs collègues partis au front. Le Ministre de la guerre enrôla les doctoresses et même les étudiantes. Le Ministre des communications engagea des étudiantes de 5 e année comme médecins et chirurgiens pour son personnel.

Malgré tout, la pénurie de médecins se faisait sentir et venait encore compliquer la tâche écrasante du service sanitaire de l’armée russe. Les distances immenses, l’état défectueux des voies de communications et la mobilité du front empêchaient une évacuation régulière des blessés. Pour parer dans une certaine mesure à ces inconvénients, la Croix-Rouge russe avait organisé des colonnes volantes. Pour donner une idée de ces formations « nous décrirons celle qui était dirigée par une doctoresse assistée d’un économe, de deux aides-médecins femmes, de trois sœurs de charité, de dix infirmières ou brancardiers, d’une servante et d’un guide. Le détachement s’occupa d’abord des secours immédiats (pansements, extraction de balles ou d’éclats d’obus) et soigna ainsi pendant une quinzaine de jours les blessés à sa

portée, faisant près de 1.900 pansements ou opérations. Ensuite il se transforma en train sanitaire de 15 wagons, susceptibles de donner asile à environ 270 blessés. Puis il fonctionna comme détachement volant proprement dit, c’est-à-dire qu’il ramassait les blessés pour les transporter soit au poste d’évacuation, soit au premier train sanitaire qu’il rencontrait. Du 9 août 1914 au 13 septembre 1914, le détachement transporta 183 blessés et fît 1.495 pansements. Du 16 septembre au 1 er novembre 6.928 pansements (1).

Rien que sur le front’sud-ouest, du 1 er août 1914 au 1 er janvier 1918, la Croix-Rouge russe entretint 42 hôpitaux, 36 lazarets d’étapes, 45 lazarets mobiles, 6 lazarets pour maladies infectieuses, 27 détachements contre les épidémies, 19 sections psychiatriques, 60 détachements pour avant-postes et 6 détachements chirurgicaux (2).

A côté de la Croix-Rouge soumise au contrôle officiel, l’Union des « Zemtwas » avait une activité privée très utile qui prit de plus en plus d’extension au cours de la guerre. A la révolution, on voulut créer une organisation unique, centralisée sous la dépendance directe du Ministre de la Guerre. Mais des comités locaux se formèrent un peu partout. Leurs rivalités et leurs dissensions engendrèrent bientôt une anarchie complète. Les sœurs de charité quittèrent en foule les ambulances. Malgré les pressants appels de la congrégation des sœurs de charité du front nord, lesmédecins restaient sans personnel sanitaire. On s’en prit même à l’emblème de la Croix-Rouge, dans lequel on voulait voir une marque d’antisémitisme, survivance d’ancien régime. Ces quelques détails illustrent la désorganisation qui régnait non seulement dans la politique, mais aussi dans le service sanitaire:

Quelques étudiantes, qui fonctionnaient comme médecins, contribuèrent à la création d’un service de santé rudimentaire dans les différentes armées qui combattaient les unes contre les autres (1918-19). D’autres se joignirent aux missions que des Croix- Rouges étrangères avaient envoyées dans le nord de la Russie et en Sibérie. C’est ainsi, qu’elles furent amenées à collaborer avec les Anglaises à bord du bateau hôpital Kalyan (septembre 1918). Mais la différence des langues occasionna dans le service, des difficultés presque insurmontables. Il en fut de même, dans la Perse du nord-ouest (3).

En 1926, dans l’Union Soviétique dont la population s’élève à 140 millions, il y avait 20.000 femmes-médecins. Le nombre

(1) Bulletin de l’Union des Zemtswas, n os 30-31, le r -15 janvier 1916

(2) Bulletin international de la Croix-Rouge, t. XLVIÏI, 1917 p ’ 125.

(3) Magphep.son : Medical services during the operations’, IV p 425

des nouvelles doctoresses en 1928-29 n’était que 5.877 ; le chiffre est réparti de la façon suivante entre les Républiques membres de l’Union : Russie, 4.214 ; Ukraine, 1.180 : Transcaucasie, 301 ; Ruthénie Rlanche, 182. Quant au nombre des étudiantes en médecine, il s’élevait à 13.005 pour toute l’Union, réparti comme suit : Russie, 9.243 ; Ukraine, 2.228 ; Transcaucasie, 881 ; Uzbekistan, 403 ; Ruthénie Rlanche, 250. (Communication de M. le docteur Tomanek, Société des Nations. Genève 8 février 1930) (1).

Les femmes-médecins russes jouissent des mêmes droits que les hommes et remplissent les fonctions de ifiédecins de toutes les catégories ; elles sont aussi bien professeurs à l’Institut de Médecine que médecins du dispensaire de campagne.

(1) A cette statistique communiquée par le docteur Tomanek, je joins celle qui m’a été envoyée par la « Société des Relations culturelles entre l’Union R. S. S. et l’étranger »,

En 1923, il y avait dans les 4 Instituts d’Ukraine, 4.347 étudiantes ; en 1924, 3.200 ; en 1925, 3.000 ; en 1926, 2.500 ; en 1927, 2.000. Quant aux diplômes délivrés en Ukraine à des femmes, ils furent de 174 pour Tannée 1925 ; de 105 en 1926 ; de 147, en 1927.

En Uzbékistan, il existe une Faculté de médecine à l’Université de l’Asie Centrale à Tachkent ; en outre, il y a plusieurs établissements d’enseignement pour la formation du personnel médical moyen.

A la Faculté de médecine de l’Université d’Etat de Russie Blanche, 438 étudiantes se sont inscrites de 1921 à 1928. On a délivré 53 diplômes à des femmes de 1926 à 1928 inclusivement (première promotion en 1926).

Parmi le personnel enseignant de la Faculté de médecine de Russie Blanche, il a 1 femme « privât docent » ; 9 assistantes ; 1 prosecteur ; 1 femme-médecin ordinaire ; 4 aspirantes.

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