‹ Les femmes et le progrès des sciences médicalesChapitre 23 sur 37 · SUISSE · texte numérisé non relu

SUISSE

Admission des femmes aux Facultés de Médecine de Zurich, de Berne, de

Genève, de Lausanne, et de Bâle. — Activité de la Suisse pendant la

grande guerre. — Essais .de statistique.

Lorsqu’en 1863, le gouvernement russe interdit aux femmes de suivre les cours de l’Académie Militaire de Médecine de Saint- . Pétersbourg, lés étudiantes i russes tournèrent leurs regards vers un pays libre... la Suisse. .

A l’automne de 1864, le département de l’Instruction Publique de Zurich reçut une lettre de Saint-Pétersbourg dans laquelle une jeune fille, Maria Alexandrowna Kniaschnina demandait son admission aux cours de sciences naturelles, dans le but de faire des études de médecine. Le Sénat en référa au chef du département de l’Instruction Publique. Celui-ci laissa toute liberté aux professeurs'd’accepter ou non la candidate, et la jeune fille fut admise.

Malheureusement sa formation intellectuelle était insuffisante, et après quelques années d’études elle quitta Zurich sans diplôme.

En avril 1865, arriva à Zurich une autre étudiante : Nadiejda Souslova, beaucoup mieux préparée que sa devancière, car elle avait déjà suivi les cours de l’Académie Militaire de Médecine de Saint-Pétersbourg. La présence de deux étudiantes amena le Sénat à poser la question des études féminines supérieures. Une commission examina les points suivants : 1° Peut-on admettre les femmes aux études universitaires en général et aux études médicales en particulier ? 2° Si oui, faut-il reconnaître aux femmes tous les droits des étudiants ? Les avis étaient partagés. Mais Nadiejda Souslova, sérieuse et intelligente, acquit la sympathie de tous. Les étudiants se montrèrent courtois et les professëurs bienveillants. Après avoir passé les examens et obtenu le grade de docteur, elle se maria avec le professeur Erismann, et tous les deux partirent pour Saint-Pétersbourg. (Voir chap. xviit, Russie.)

L’élan était donné. Pendant le semestre d’hiver 1867-68, trois étudiantes arrivèrent à Zurich ; elles étaient cinq au semestre d’été, et trois ans plus tard, il y avait 18 étudiantes inscrites à la Faculté. Les Universités de l’Europe centrale, de Würzbourg entre autres, demandèrent au Sénat de Zurich si les con-

venances n’avaient pas souffert de l’admission des. femmes au cours d’anatomie. La Faculté de Zurich répondit en faveur des étudiantes : tous les sujets abordés sérieusement n’ont pas provoqué le moindre incident.

La période 1864-1870 eut une importance capitale pour l’admission des femmes aux études médicales dans les autres pays. Six étudiantes de Zurich passèrent les examens avec succès. Leurs thèses dénotaient une réelle valeur scientifique. En 1868. la première Suissesse, Marie Vôgtlin, s’inscrivit à la Faculté de médecine. Fille d’un pasteur, née en 1848 dans le canton d’Argovie, toute jeune, elle soignait les malades dans un petit hôpital d’enfants et visitait les indigents. Lorsqu’elle apprit qu’il y avait deux étudiantes à Zurich, elle prépara en cachette le baccalauréat pour s’inscrire à la Faculté de médecine. Elle s’attendait à quelques chicanes, mais les professeurs la traitèrent avec une grande bonté et les camarades avec simplicité. Craignant que la cause des étudiantes ne fût perdue du fait de l’insuffisance de leur formation intellectuelle, Marie Votglin adressa, avec cinq autres étudiantes en médecine, une pétition au Sénat, demandant, que seules, fussent admises les femmes qui auraient subi avec succès l’examen de maturité (baccalauréat). Les étudiants, à cette époque, protestaient contre la médiocre instruction des étudiantes russes, dont beaucoup étaient trop jeunes (16 à 17 ans) et ignoraient complètement l’allemand.

Bientôt l’utilité des femmes-médecins devint incontestable : lorsque la Suisse envoya un secours médical sur le champ de bataille de Belfort (1870), une élève de Zurich, Mme Bokoff femme d’unmédecin de Saint-Pétersbourg, y prit une part active. Elle dirigeait l’hôpital à Héricourt et acquit, par son dévouement, la reconnaissance des blessés et de leurs familles. Pendant ce temps, la première Suissesse mentionnée, Mlle Marie Vôgtlin, continua ses études. En 1872, elle obtint le grade de docteur après avoir subi avec succès l’examen d’Etat. Sa thèse traitait Des modifications des organes génitaux pendant Vaccouchement. Pour compléter ses études, elle se rendit à la clinique du professeur Winckel à Dresde. «Cette année de Dresde », disait-elle, « a été pour moi d’une haute importance ; sous l’œil d’un maître sévère, mais très bon, j’ai tant appris que j’ai pu, en 1874, commencer ma pratique médicale. » Une nombreuse clientèle afflua à son cabinet. Fort estimée de ses collègues, elle épousa M. Heim,, professeur de géologie à l’Université de Zurich. Bien que mère de deux enfants, elle continua d’exercer. A l’occasion de ses vingt-cinq ans d’actfvité médicale ses amies réunirent des fonds pour disposer d’un lit à l’hôpital de Zurich. Elle contribua activement à la fondation d’une école d’infir-

mières à laquelle fut attaché un hôpital féminin. Regrettée de tous, elle mourut en 1928.

Pendant que Marie Vôgblin terminait ses études, de nouvelles étudiantes arrivèrent de Russie et, persécutées dans leur pays, prirent part au mouvement révolutionnaire. Dès que le gouvernement russe en fut informé, un oukase du tzar enjoignit aux jeunes filles de quitter Zurich au plus tard le 1 er janvier 1874. Cette mesure, ainsi que l’institution d’un examen d’admission réduisit considérablement le nombre des étudiantes. Il n’y en avait plus qu’une en 1878, et plus du tout l’année suivante. La crise fut de courte durée. En 1880, les étudiantes reprirent le chemin de Zurich.

Les étrangères n’étaient pas les seules à suivre les cours de l’Université de Zurich ; peu à peu, des Suissesses se joignirent à elles; la seconde fut Caroliné Farner de Stumheim (1842-1913).* En 1871, elle vint étudier la médecine à Zurich.

Elle passa son doctorat avec distinction en 1877. En 1886, elle fonda une clinique gratuite pour femmes; et en 1887, l’office de placement « Fraternité » à Urnâsch. Elle légua les dmx tiers de sa fortune à la fondation dite « Anna-Caroline » qui a pour but de faciliter les études aux jeunes Suissesses ; en outre, dans son testament elle offrit sa maison de Zurich, « Zum Ehrenberg », pour y installer un club féminin.

La troisième Suissesse docteur en médecine fut Mlle Anna Herr, née à Olten* le 22 mars 1863, fille d’un fabricant. Elle vint à Zurich à 16 ans pour préparer l’Ecole des Arts décoratifs. Puis, elle entra au séminaire des institutrices zurichoises pour préparer l’examen de maturité. Elle s’inscrivit à la Faculté de médecine et se passionna pour la chirurgie.

En.. 1892, elle fut reçue docteur avec une thèse sur les fractures de la base du crâne. Elle compléta ses études par des voyages scientifiques à Londres, Paris, Vienne, Berlin, Tübingen, s’intéressa particulièrement à la gynécologie chirurgicale et à l’obstétrique. De retour en Suisse, elle reprit la clientèle de son amie et collègue Mme Heim Vôgtlin ; elle fonda, en 1901, une école d’infirmières. Dans ce but, elle fit dans toute la Suisse une tournée de conférences pour obtenir les fonds nécessaires. Un hôpital pour femmes y était annexé, dont elle fut la directrice et le chirurgien en chef. Elle exerçait un grand ascendant moral sur tout son entourage. Membre de la Commission officielle d’hygiène scolaire, elle succomba à un empoisonnement du sang, pendant l’épidémie de grippe espagnole, le 9 décembre 1916 (1).

(1) Au moment ou Mie Herr terminait ses études, de nouvelles étudiantes affluaient a Zurich, et en 1890, elles étaient 43, dont 35 étrangères. L’annee suivante, le nombre reste à peu près stationnaire, pour remonter

Après la mort de Mlle Herr, la doctoresse Ottiker fut appelée à diriger l’hôpital de femmes. Née en 1889 à Rapperswil, elle fit ses études à Zurich et à Munich. Elle les compléta à Berlin, où elle travailla à l’hôpital de Wirchow. Elle avait eu l’intention d’exercer à Berne, mais, à peine installée, elle fut appelée à Zurich où elle dirigea l’Ecole des Infirmières et l’hôpital des femmes jusqu’à sa mort en 1923.

Elle fut remplacée par la doctoresse Anna Balteschwiller, qui, du vivant de Mlle Herr, était son assistante la plus dévouée. Dès 1910, elle dirigea le service radiologique de l’hôpital des femmes et fonda une clinique privée de gynécologie (1).

Berne suivit l’exemple de Zurich : des étudiantes entrées à l’Université sans aucune difficulté, quoique certains professeurs leur eussent été hostiles, furent admises officiellement en 1874. La première étudiante qui s’inscrivit à la Faculté de Berne était une Polonaise. Son exemple, fut suivi par d’autres étudiantes parmi lesquelles était une Suissesse, Mlle Anna Hotz. Sa mère était zurichoise, son père originaire de Bogota (Amérique du Sud). Après des études sérieuses elle obtint non seulement le doctorat, mais encore le diplôme d’Etat.

En 1912, une ancienne étudiante bernoise, Mme Grabois, se distingua comme chirurgienne pendant la guerre des Balkans, et dirigea en Serbie un hôpital militaire. Elle s’ÿ rendit avec une mission médicale suisse. A la même époque, une autre étudiante se distingua comme assistante d’anatomie pathologique à l’Université de Berne ; à la fondation de l’Université de Jérusalem, elle y fut appelée comme professeur (1921) (2).

Après Berne, Genève a ouvert ses portes aux étudiantes. La loi du 19 octobre 1872 qui transforme l’Académie en Université, en créant la Faculté de médecine, admit les femmes aux études

en 1892, à 64, dont 60 étrangères. Ce nombre augmente et atteint, en 1894, 80, dont 75 étrangères.

(1) Quant au nombre des étudiantes de la Faculté de Zurich dans ces dernières années, il fut de 71 en 1922; de 67, en 1923 ; de 78, en 1924; de 72 en 1925 et de 67 en 1926.

(2) La Faculté de médecine de Berne comptait, en 1873, 23 étudiantes et, après l’autorisation officielle, leur nombre s’éleva à 37. Une diminution se remarqua dans les années suivantes : en 1881 il n’y avait que 16 étudiantes, puis vint une augmentation sensible : en 1883, il y en avait 60. Ensuite, de nouveau, le chiffre descendit à 26 en 1895, pour augmenter rapidement car en 1904, il s’élevait à 407. Cinq ans après nous voyons seulement 209 étudiantes, en 1910, et cette diminution continua pendant la grande guerre.

En 1918, à la fin de la guerre, la Faculté de médecine de Berne comptait 29 étudiantes. Quatre ans plus tard, en 1922, elles sont 39 ; en 1924, elles sont 35. En 1925, le chiffre descend à 37, pour augmenter légèrement en 1926.

universitaires aux mêmes conditions que les étudiants. La première étudiante à l’Université de Genève fut une Russe, suivie de près par une Polonaise. Le premier grade de docteur en médecine a été délivré en 1881. Le nombre total des étudiantes n’était que de 6 (1).

Actuellement, il y a 10 femmes-médecins qui exercent à Genève. Presque toutes pratiquent la médecine générale. Une seule s’est spécialisée pour les maladies des yeux ; elle est « privatdocent » à l’Université de Genève. Quelques femmes-médecins ont ajouté encore une activité pédagogique ou sociale ; par exemple, une d’elles donne des leçons d’hygiène à l’Ecole professionnelle et ménagère ; en même temps, elle est membre de la commission administrative de l’hôpital cantonal ; une autre fait partie'de la commission administrative de l’asile des aliénés de Bel-Air. Une autre encore, ancienne assistante du docteur Bard, s’est fait connaître par quelques publications scientifiques. Une des anciennes étudiantes de Genève, Mme Stern, a été appelée, il y a 3 ans, à Moscou pour occuper la chaire de physiologie à la Faculté de Médecine. Deux femmes-docteurs, anciennes élèves de Genève, sont-attachées à des Missions protestantes, l’une en Afrique, l’autre aux Indes.

A la fin de 1929, est morte une des premières'femmes-médecins pratiquant à Genève : Mme Saloz, née à Saint-Pétersbourg, de parents polonais, a été très estimée de ses collègues et très aimée de ses malades. Sa mort a provoqué des regrets dans tous les milieux.

Il faut rappeler aussi l’école du « Bon Secours » à laquelle est annexée une pouponnière fondée par le docteur Champendal. Marguerite Champendal est née le 6 juin 1870 au presbytère du Petit-Seconnex. Elle fit ses études à Genève; elle devint, peu avant son doctorat, assistante du professeur Vaucher à la-Maternité. Èllè compléta ses études à, Paris et s’installa à Genève en 1900. Dans son école d’infirmières, les études théoriques étaient très sérieuses et suivies d’un stage obligatoire à l’hôpital. Le

(1) En 1882, ce nombre resta stationnaire, pour diminuer l’année suivante.. En 1889, le chiffre des étudiantes s’éleva à 14. Une afflüence d’étrangères se produisit et en 1890, les étudiantes étaient au nombre de 45. En 1894, il y eut'52 élèves dont 2 Suissesses. L’augmentation continua; en 1900, on comptait. 115 étudiantes. En 1905-1906, la Faculté de médecine inscrivait 147 étudiantes et créait 20 docteurs. Les années suivantes le nombre d’étudiantes augmentait. En 1910-1911, on enregistrait 295 étudiantes et on décernait 42 diplômes de docteurs. L’année de la guerre, on nota une rapide diminution, les étrangères ne pouvant circuler librement. En 1914-1915, le nombre des étudiantes fut de 106 ; on ne délivra que 22 diplômes. La diminution persista les années suivantes ; en 1922, on enregistra 87étudiantes. Les deux années suivantes une légère diminution Enl924-1925, le chiffre d’ tudiantes s’éleva de nouveau à 47; en 1925-1926, la Faculté de Genève ne compta que 29 étudiantes.

résumé des cours qu’elle a donnés à Bourg a été publié sous le titre Ce que toute infirmière devrait savoir. Un autre livre, le Manuel des Mères eut un grand succès et atteint le 155 e mille. Pendant la guerre, elle fît en France à plusieurs reprises des conférences pour les infirmières et des cours sur la puériculture. Elle était membre assidu des séances cliniques de la Société médicale de Genève.

C’est elle qui a fondé la première Goutte de Lait. L’institution de Mlle Champendal réalisa un véritable progrès dans l’hygiène infantile à Genève. Elle est morte regrettée de tous en 1928.

En Suisse Romande, il y a encore des étudiantes à Lausanne. Déjà, en 1876, à titre exceptionnel, on a immatriculé une Suissesse à la Faculté de pharmacie. Mais ce n’est que dix ans plus tard, le 11 janvier 1886, que le Conseil d’Etat se prononçait en faveur de l’admission des étudiantes à la Faculté de médecine de Lausanne. Une étudiante s’y présenta, et pendant les trois premières années fut la seule femme à suivre les cours.

Depuis sa fondation jusqu’en 1905, la Faculté de médecine de Lausanne ne comptait que 50 élèves. En 1906, il y avait presque 200 étudiantes. En 1897, un poste officiel d’interne fut confié à une femme à la clinique chirurgicale. Enfin plusieurs étudiantes se sont succédées aux postes d’assistantes et de chef des travaux de physiologie.

Dès que les Facultés de médecine furent ouvertes aux femmes en Russie, les étudiantes repartirent dans leur pays. Un deuxième facteur, qui contribua à la diminution des étudiantes à Lausanne, fut la grande guerre. Ainsi, en 1922-23, il n’y avait que douze étudiantes. Dans ces dernières années leur nombre se releva et se maintint à une moyenne de 20.

Il y a actuellement 25 femmes-médecins autorisées à pratiquer dans le canton de Yaud dont 12 exercent à Lausanne. Quelquesunes en dehors de la pratique médicale, prennent part à la lutte anti-tuberculeuse. Une Neuchâteloise a été envoyée aux Indes, par la Mission médicale protestante.

Vers la même époque, Bâle admit les étudiantes. En 1890, 1891 et 1892 Bâle ne compte qu’une étudiante. En 1893 et 1894, ce nombre s’élève à trois. La première étudiante en médecine fut Mlle Emilie Frey, qui termina ses études en 1895, et fut promue docteur en médecine le 20 novembre 1896. Trois ans plus tard, s’est inscrite Mlle Adèle Weissenberger (Thommen). Le nombre des étudiantes qui ont passé l’examen d’Etat à Bâle fut de 1895 à 1918 de 22, et de 1918 à 1927 de 22 également. Le plus haut chif-

LIPINSKA

fre des diplômes délivrés a été de 6 en 1919. En somme, de 1896 à 1927, 29 femmes-docteurs ont été promues à la Faculté de Bâle. A l’Institut d’anatomie pathologique, il y a eu 8 assistantes. Dans les différentes cliniques de l’Université, depuis 1908, il y a eu 9 assistantes ; dans celle de chirurgie, depuis 1909, il y avait 7 assistantes; dans la clinique de dermatologie depuis 1923, 2; et dans la policlinique générale ou interne et la chirurgicale, une doctoresse.

Dans la clinique de « pédiatrie » il y eut 12 femmes-médecins comme assistantes. A la clinique d’ophtalmologie, depuis 1907, il y a 7 assistantes ; et à celle de maladies mentales et à l’hospice de Friedmatt, il y a 6 assistantes (1).

De 1871 à 1880, dans toutes les Facultés de la Suisse, avec des fléchissements plus ou moins notables, nous avons 100 étudiantes. Les années suivantes, le nombre des étudiantes en Suisse, augmente et entre 1901-1910 il dépasse 1100. Ensuite ce chiffre baisse pour descendre en 1927 à 200.

La Suisse, étant épargnée par l’effroyable tourmente de la grande guerre rendit de très grands services. Elle se consacra au soulagement des victimes. A la fin du mois d’octobre 1914, le Conseil Fédéral, sur la demande du Comité International de la Croix-Rouge suisse, proposa aux gouvernements français et allemand d’échanger des prisonniers de guerre gravement blessés. Le 2 mars 1915, les transports purent commencer. L’organisation matérielle incombait à la Croix-Rouge suisse. C’est ainsi que dans un train de grands blessés circulant entre l’Italie et l’Autriche, se trouvaient, outre le personnel militaire du Service sanitaire, une dame dirigeante de la Société avec son adjointe et quatre aides, sans compter six religieuses du couvent d’Ingenbohl (2).

Les femmes purent contribuer ainsi à adoucir bien des souffrances. Les douloureux convois se succédèrent mois par mois. En novembre 1916, 2.343 Allemands et 8.668 Français « grands blessés » avaient ainsi traversé la Suisse. Il y avait une autre catégorie de blessés moins gravement atteints, bien qu’inaptes au service de première ligne. Les gouvernements craignaient, s’ils les restituaient à l’adversaire, que, leur emploi dans les bureaux ne permît d’envoyer au front maint homme valide. L’idée

(1) Les études des femmes dans les Universités suisses, 1928. Edition Rascher et Cie, Zurich.

Les études médicales depuis la gra de femmes de plus en plus élevé ; par en 1923,28 étudiantes ; en 1924,44 ; i «liantes ; enfin, en 1926, il y a de i

(2) Bulletin international des Soc. c

nde guerre comptent à Bâle un nombre exemple, en 1922, il y a 24 étudiantes ; en 1925, ce chiffre diminue, il y a 41 éturaveau 44 étudiantes.

la Croix-Rouge, janvier 1917, p. 120»

surgit de les hospitaliser en Suisse. Le projet primitif visait un nombre restreint de soldats tuberculeux. L’œuvre prit un développement de plus en plus considérable. Les femmes n’eurent pas à intervenir pour les soins purement médicaux qui dépendaient du Service sanitaire de l’Armée à Berne. Par contre. on fît appel à leur concours pour maintenir le moral des internés. Le médecin d’armée, colonel Hauser, chargea officiellement la directrice du « Bien du Soldat », Mlle Spiller à Kilchberg près de Zurich, d’organiser des « Foyers du Soldat » où les internés trouvaient de petites bibbothèques et tout ce qu’il fallait pour leur correspondance ; un restaurant sans alcool était également à leur disposition. Beaucoup de femmes de la Société s’occupèrent des évacués du Nord de la France. Ces malheureux, brusquement arrachés à leurs foyers, entassés dans des wagons, puis emmenés vers une destination inconnue, ignoraient tout du sort qui leur était réservé. Les angoisses qui les torturaient jointes aux fatigues d’un voyage interminable, avaient réduit la plupart d’entre eux à un état de prostration complète. Leur convoi offrait le plus lamentable aspect. A leur arrivée en Suisse, à Schaffhouse, beaucoup hésitaient à quitter le train allemand ne pouvant croire qu’ils fussent libres. « L’infirmerie de Schaffhouse a vu défiler des misèressans nom. Beaucoup d’enfants étaient malades. Ils toussaient. Ils avaient de la fièvre. D’autres étaient épuisés. Et c’était une pitié que ces pauvres corps minables, que les mères, au cours de leur exode, n’avaient pu soigner. Beaucoup de rapatriés arrivaient avec une angine qui avait particubèrement sévi dans les casernes de Rastadt. Tous les membres du Comité de secours en furent atteints à leur tour, plus ou moins gravement. Une jeune fille, Marguerite Biedermann, en est morte.

« Elle avait 24 ans. Elle était la fille unique du président du Conseil des Bourgeois. Artiste peintre, elle renonça à l’art pour se consacrer au soin des malades. Toujours sur la brèche pendant quatre mois, elle consacrait souvent ses nuits au travail, accompagnant les malheureux jusqu’à Genève pour pouvoir encore les réconforter durant le trajet. Elle contracta la maladie, mais tout à son œuvre ne songeait pas à se soigner. Elle dut s’arrêter enfin et souffrit plusieurs semaines avant de mourir (1). »

A Genève, une infirmerie spéciale avait été installée pour les rapatriés. Beaucoup de dames volontaires s’occupèrent de ceux qui ne pouvaient regagner immédiatement la France.

En dirigeant ces diverses œuvres les doctoresses suisses furent amenées, comme leurs collègues masculins, à envisager de plus

(1) Cî. Noëlle Roger : Le cortège des victimes, p. 27-29. Genève, 1916.

en plus la médecine sous son aspect social. Une semblable évolution s’est d’ailleurs dessinée partout après la guerre. Ainsi furent fondées des œuvres telles que l’Association de Secours aux Enfants (Save the Children Fund) dont le siège fut transféré de Londres à Genève.

La plupart des écoles d’infirmières sont dirigées par des femmesdocteurs. Les doctoresses suisses prennent part aux réunions scientifiques. Deux déléguées ont été envoyées au Congrès international des femmes-médecins à Bologne en 1928 (1).

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