‹ Les femmes et le progrès des sciences médicalesChapitre 25 sur 37 · ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ANGLETERRE

Admission des femmes anglaises à l’étude de la médecine. — Les premières

femmes-médecins. — L’activité des femmes anglaises en France, en Belgique, en Serbie et en Roumanie. — Statistique.

Les conférences que donna Elisabeth Black well en Angleterre étaient suivies avec beaucoup d’intérêt, mais l’auditrice la plus assidue et la plus attentive était Elisabeth Garrett (née le 9 juin 1836 à Aldeburgh dans le Sufïolk). Elle se lia d’amitié avec la conférencière et suivit son exemple. Comme aucune école de médecine ne voulait l’admettre, elle fit d’abord ses études d’infirmière et de sage-femme ; elle obtint la permission d’assister à des cours et expériences dans le Midlesex Hospital. Suffisamment préparée, elle réussit enfin à obtenir en 1865 de T «Apothicaries Society » de Londres le diplôme de licence en médecine avec autorisation de pratiquer. En effet, d’après la patente de Jacques I er (1617), tout étudiant qui a subi avec succès l’examen devant le jury composé de membres de la Société de Pharmacie est reconnu comme médecin. Elle put donc se faire inscrire sur la liste officielle des praticiens anglais, et en profita pour ouvrir à Marylebone un dispensaire pour femmes et enfants (1866). Puis, désireuse de compléter ses études, elle se rendit à Paris, se fit immatriculer à la Faculté de médecine et passa son doctorat (15 janvier 1870). Cependant, son exemple avait engagé trois autres jeunes filles à prendre leur premier grade en Angleterre. Mais dès quelles eurent subi les premiers examens, la Société de Pharmacie s’inquiéta. N’allait-on pas voir afflue; les étudiantes ? On leur refusa donc la permission de continuer leurs études. L’une des trois candidates, Françoise Morgan, alla comme Miss Garrett conquérir à l’étranger lés titres qu’on lui refusait en Angleterre ; elle partit pour Zurich. Promue docteur (1870), elle revint en Angleterre où elle reçut un accueil cordial d’Elisabeth Garrett rentrant elle-même de Paris pour reprendre son activité à Marylebone-dispensaire. Les deux jeunes doctoresses exercèrent ensemble et transformèrent peu à peu leur dispensaire en un hôpital (New Hospital for women) qui devait plus tard, considérablement agrandi, porter le nom de sa fondatrice.

L’année même de son retour, Elisabeth Garrett posa sa can-

LIPINSKA

dictature à l’inspectorat des écoles. Les pères et les maris de ses patientes formèrent un comité pour la soutenir ; elle obtint le chiffre de voix le plus élevé qu’on eût vu en cette occasion. Elle recueillit d’autres marques d’estime ; peu après, l’Assoçiation médicale britannique l’élut au nombre de ses membres ; pendant de longues années, elle fut seule à représenter les femmes dans cette société scientifique. En 1871, elle épousa James Georges Shelton Anderson dont la sympathie intelligente contribua à ses succès. Malgré sa nombreuse clientèle, elle accepta une chaire de pathologie interne à Y Ecole de médecine pour femmes (1875-1897) . dont elle fut plus tard la doyenne (1883-1903).

La création de cette institution était le résultat d’opiniâtres efforts poursuivis pendant plus de six années. En effet, tandis qu’Elisabeth Garrett allait étudier à Paris, d’autres de ses amies menaient la lutte en Angleterre pour ouvrir aux femmes les portes des Universités. Parmi elles, la plus énergique et la plus entreprenante fut Sophie Jex-Blake.

Née le 21 janvier 1840 à Hastings, Sophie Jex-Blake manifesta dès l’enfance une grande indépendance de caractère. A dix-huit ans, elle se lia avec Miss Ada Benson, la sœur de l’archevêque, qui la gagna au mouvement d’émancipation féminine. Pour acquérir une position indépendante, elle alla étudier au Queens’Collège qui venait de s’ouvrir. Son but alors était de devenir institutrice. Mais quand elle sortit de l’établissement avec un excellent certificat, Elisabeth Garrett lui suggéra de fairedes études universitaires, lui démontrant combien son exemple pourrait être utile à d’autres femmes. En attendant, Sophie Jex-Blake accepta un poste de professeur d’anglais en Allemagne, à Mannhein. Elle y resta trois ans au grand étonnement de son père, gentleman retraité, qui ne comprenait pas qu’une jeune fille aisée voulût gagner sa vie. Après l’Allemagne, Sophie visita les Etats-Unis. A Boston, elle fit la connaissance d’Emerson et de la doctoresse Lucy C. Sewall, médecin à « l’hôpital annexé à l’Ecole de médecine de la Nouvelle-Angleterre» pour les femmes (1865). Ses amis d’Amérique l’engageaient vivement à étudier la médecine. Sophie Jex-Blake se laissa persuader et après un court voyage en Angleterre pour convaincre ses parents elle revint en Amérique. Mais il ne lui fut pas possible de trouver à Boston une école disposée à l’admettre. L’Université de Harvard lui opposa également un refus. Sans sê laisser décourager, elle se rendit alors à New-York pour y fréquenter les cours de l’Ecole de médecine organisés par les sœurs Blackwell. Le docteur Moseley fut son professeur de dissection. Mais C est en Angleterre qu’elle voulut conquérir ses grades. - Elle reprit doncle chemin de sa patrie et sollicita son admission a la

Faculté de médecine d’Edimbourg en qualité d’étudiante régulière. Elle fit valoir que les statuts ne s’y opposaient pas et que deux Universités étrangères, Zurich et Paris, s’étaient déjà prononcées dans ce sens. Elle avait un partisan dans le Sénat de l’Université : M. Masson, professeur de rhétorique et de littérature anglaise, qui la recommanda au doyen de la Faculté de médecine. Les différentes instances (Faculté, Sénat, Conseil Général de l’Université), consultées, émirent un avis favorable. Le doyen de Zurich fit part • du succès des étudiantes en Suisse. Le 12 novembre 1869, leConseil de l’Université prit les décisions suivantes: 1° Les femmes peuvent être admises à l’étude de la médecine ; 2° Les cours seront donnés séparément aux deux sexes. La partie semblait gagnée. En réalité la lutte ne faisait que commencer. Il existait un fort parti d’opposition. Plusieurs des membres du corps enseignant se lassèrent vite du travail supplémentaire que leur imposaient les cours des étudiantes. Sophie Jex-Blake et ses compagnes (elles étaient au nombre de huit) furent privées d’une partie des leçons. Plus grave encore fut la question des cours cliniques. Quand les étudiantes demandèrent leur admission à la Royal Infirmery Hospital l’attitude des étudiants, jusqu’alors courtoise, devint hostile et même grossière ; une pétition signée de cinq cents étudiants circula exigeant l’exclusion des étudiantes. On chercha à leur interdire l’accès des salles. Quelques groupes plus courageux ayant voulu prendre leur défense, il en résulta des bagarres. Un préparateur s’était montré particulièrement grossier. Sophie Jex-Blake lui répondit que son attitude ne pouvait s’expliquer que par un état d’ébriété complète. Il lui fit un procès qu’elle perdit. Mais l’opinion publique était pour elle. Une souscription fut organisée pour couvrir les frais de la justice (environ 1.000 livres).

Cependant certains professeurs menaient une guerre sourde contre les étudiantes. Une d’elles avait été classée troisième en chimie. Or, les quatre premières places donnent droit au titre de Hope-Scholar et à l’admission . gratuite aux laboratoires (Hope Scholarship fondation du professeur Hope). La jeune fille, ne pouvant travailler avec les étudiants, se voyait par cela même privée de ce privilège;on lui refusa même le titre. Un appel au Sénat académique resta sans succès, car les adversaires devenaient de plus en plus puissants. Ils cherchèrent à démontrer que le Conseil Général de l’Université, en prenant sa décision du 12 novembre 1869, avait outrepassé ses droits et il en demandèrent l’annulation. Mais le juge Gifford la reconnut valable ; ils ne se tinrent pas pour battus ; et comme à ce . moment Miss Jex-Blake soutenait que l’admission à TUniversité entraînait

celle aux examens de grade, ils firent appel. La Cour de Justice cassa l’arrêt du juge Gifford par 7 voix contre 5 ; désormais il n’était plus permis à l’Université d’admettre les femmes. Tout semblait donc perdu et Sophie Jex-Blake eut un instant l’idéed’aller continuer ses études à Zurich. Mais ç’eût été s’avouer vaincue. Elle décida donc de s’adresser à la Chambre des Communes ; si un député consentait à déposer un bill (projet de loi) autoris an t, les Universités à admettre les femmes, celles-ci pouvaient encore espérer.

Ce furent de nouvelles luttes. A peine surmontées, les difficultés semblaient renaître. Sir David Wedderburn s’était déclaré prêt à déposer le bill et Sophie Jex-Blake avait pu s’assurer l’appui d’un sous-secrétaire d’Etat lorsque la dissolution de la Chambre et l’arrivée au pouvoir du parti conservateur vint remettre les débats en question. Il fallut intéresser à la cause le nouveau gouvernerhent, trouver un autre partisan des étudiantes dans la nouvelle majorité. Infatigable, Sophie Jex-Blake réussit à s’assurer ces concours.

Ayant ainsi fait tout ce qui dépendait d’elle pour permettre aux femmes les études universitaires normales, Sophie Jex-Blake, en attendant les débats parlementaires, se préoccupa de la question pratique.

« Si les Facultés ne voulaient pas admettre les étudiantes, il fallait fonder une école spéciale pour femmes » à Londres.

Sophie Jex-Blake se mit aussitôt à l’œuvre. Elle trouva un immeuble au centre de la ville, près des bibliothèques et des musées, au N° 30 d’Henrietta Street (aujourd’hui Hunterstreet). . L’ouverture des cours eut lieu le 12 octobre 1874 ; 23 étudiantes se présentèrent. Au début, l’enseignement était purement théorique car les hôpitaux se refusaient à admettre les femmes et . c’est seulement trois ans plus tard que la direction de l’école obtint du Royal Free Hospital le droit d’y faire les cours cliniques aux étudiantes.

En même temps la lutte sur le terrain politique n’était pas abandonnée. Cédant aux instances de Miss Jex-Blake, sir W. Cowper Temple présenta à la Chambre des Communes un bill demandant aux Universités écossaises de mettre les étudiants et les étudiantes sur un pied d’égalité. L’un des signataires du bill était le professeur qui avait eu les huit étudiantes à son cours.

L’opinion publique en fut émue. Des polémiques s’engagèrent. 65 membres appuyèrent le bill ; quatre seulement en demandaient le rejet (trois professeurs de l’Université d’Edimbourg, et un de l’Université de Glasgow). Le bill passa et acquit force de loi le 12 août 1876. Les milieux politiques, comme le grand

public, étaient gagnés à la cause des étudiantes. L’« Ecole de médecine pour femmes » se développait rapidement. Voyant ainsi son œuvre en bon chemin, Sophie Jex-Blake put enfin songer à terminer ses études ; elle se rendit à Berne pour y passer ses examens. Comme sujet de thèse, elle choisit la fièvre puerpérale sur laquelle elle avait recueilli des observations à l'hôpital de Boston. Elle fut reçue docteur le 10 janvier 1877. Cette même année le « Collège de médecine » de Dublin reconnut F« Ecole de Médecine pour les femmes » de Londres et admit ses étudiantes aux examens. Le but tant désiré était atteint. Peu après le retour de Sophie Jex-Blake en Angleterre, une seconde victoire vint couronner ses efforts : le conseil académique, après avoir refusé à une étudiante en médecine l’admission aux examens de l’« Université de Londres » revint sur sa décision par 211 voix contre 132.

Ainsi les femmes purent conquérir les titres M. D. dans la capitale. Il s’agissait dès lors de vaincre les préjugés de l’Ecosse. Sophie Jex-Blake alla s’établir à Edimbourg où elle pratiqua. Comme l’Université restait fermée aux étudiantes, elle fonda en 1886 l’« Ecole de Médecine pour les femmes », qui fonctionna avec succès pendant plusieurs aimées. Une autre école pour les femmes fut organisée en 1889 sous la direction de Miss Elsie Inglis. Peu après, la Faculté de médecine d’Edimbourg ouvrit ses portes aux étudiantes (1894) en grande partie grâce à l’action du professeur Masson qui était depuis 25 ans le fidèle partisan des études universitaires féminines.

En 1899, Sophie Jex-Blake se retira à Rotherfield dans le Sussex où elle mourut le 7 janvier 1912. Dans la cathédrale de Saint-Gilles à Edimbourg, une plaque commémrative fut apposée :

« Sacred to the memory of Sophia Jex-Blake, M. D.,by whose energy, courage, self-sacrifice and persévérance the Science of Médecine and the Art of Healing were opened toWomenin Scotland ».

L’ « Ecole de médecine pour les femmes » à Londres continua à prospérer, et dès 1888, put se passer de tout subside (1). Parmi les élèves, quelques-unes se distinguèrent ; ainsi, miss Prideaux a reçu la médaille d’or pour l’anatomie (1881). Le corps enseignant était mixte, et comptait plusieurs anciennes élèves, comme par exemple Mme Mary Scharlieb, professeur de médecine légale. A l’âge de 20 ans, Mme Scharlieb avait suivi son mari à Calcutta

(1) De 1874 à 1882, 75 étudiantes terminèrent leurs études. Les années suivantes, le nombre d’élèves inscrites augmenta ; en 1889, le chiffre d’étudiantes était de 91.

et s’était intéressée aux femmes indigènes : beaucoup d’entre elles mouraient faute de soins, car les préjugés de caste défendaient de faire appel à un médecin homme, surtout pour les accouchements. Vivement impressionnée par les souffrances de ces' malheureuses, elle étudia l’obstétrique dans les hôpitaux angloindiens. Grâce à une permission spéciale, elle put suivre des cours de médecine et en 1877, le Collège médical de Madras lui délivra l’autorisation de pratiquer. Elle se rendit à Londres et fut la première qui ait subi les examens de doctorat dans la capitale. De retour aux Indes, elle y fut l’apôtre de la médecine féminine jusqu’en 1887. Pour raison de santé, elle dut quitter l’Inde définitivement. Depuis, elle se fixa à Londres et se spécialisa dans les maladies des femmes. Pendant une quarantaine d’années^ elle a contribué à l’éclat de l’« Ecole de médecine pour les femmes » dont elle a présidé le jubilé en 1924 (1). Aujourd’hui encore, bien qu’octogénaire, elle reçoit des malades dans son cabinet de consultations. Etudiante, j’ai eu l’occasion d’admirer en 1899 son habileté de chirurgienne pendant une opération césarienne.

L’opinion publique étant favorable, les femmes-médecins purent ouvrir successivement sept hôpitaux et dispensaires (à Londres, le «Nouvel Hôpital pour femmes» ; à Bristol, le «Dispensaire pour femmes et enfants » ; puis à Edimbourg, Leeds, Manchester, Notting Hill, etc...). Elles obtinrent aussi des postes officiels. Ainsi Miss Clark fut nommée médecin de 1’ « Hôpital pour les femmes» de Birmingham (1883). Miss Shone et Miss Cradock furent nommées médecins des postes à Londres et à Liverpool.

Toutefois les femmes-docteurs n’étaient pas admises dans les associations médicales corporatives, sauf Elisabeth Garrett qui fut l’objet d’une heureuse exception. C’est pourquoi, elles fondèrent en 1888 l’association des « Femmes-Médecins Diplômées » ; la nouvelle société progressa rapidement et le nombre des membres augmenta à mesure que l’école de médecine pour femmes délivrait des diplômes M. D.

L’Ecole elle-même dut être agrandie en 1898 devant le nombre croissant de ses élèves, v. ■

L’annuaire des médecins mentionnait en 1901, 212 femmes pratiquant la. médecine et la chirurgie ; en 1911, il en relevait 495. Même augmentation chez les dentistes qui passent de 140 (1901) à 250 (1911) , assistantes comprises.

En mars 1914, 83 doctoresses étaient médecins des écoles dépendant du Ministère de l’Instruction publique. D’autres services publics faisaient appel aux femmes-médecins, ainsi, l’ins-

■ (1) Medical Journal and Record, 3 sep. 1924, p. 238.

pectorat des prisons, le Ministère des Postes pour son personnel féminin, les hôpitaux, infirmeries et asiles officiels ainsi que les stations de quarantaine. On leur demandait aussi des conférences sur l’hygiène et la santé publique.

La sympathie qui entourait les doctoresses anglaises trouva sa consécration dans les tragiques événements de 1914 à 1918. Aux premiers coups de feu, des milliers de femmes abandonnèrent tout, comme jadis Florence Nightingale, pour soigner les blessés.

Quand les armées allemandes envahirent la Belgique, Mme Stobart se mit à la disposition de la Croix-Rouge belge. Elle fut chargée d’établir un hôpital à Bruxelles. La « Women ’s Impérial Service League » et la « S. John Ambulance Association » fournirent les fonds et le matériel nécessaires. Mme Stobart, désireuse d’arrêter sur place les détails de l’organisation, se rendit à Bruxelles et commença à installer les services dans le bâtiment de l’Université. En même temps, un hôpital organisé par la duchesse de Sutherland s’établissait à Namur.

Mais les événements militaires vinrent bientôt contrecarrer leurs plans. Les troupes allemandes avançaient irrésistiblement : l’hôpital anglais de Namur fut envahi (1) ; à Bruxelles, au lieu de Belges ou d’Anglais, Mme Stobart vit affluer dans ses salles des blessés allemands. Il était dès lors inutile de faire venir sa formation sanitaire, et pour éviter son arrivée, elle se décida à regagner l’Angleterre en compagnie de son mari et du chapelain de l’hôpital. Elle obtint du gouverneur général allemand trois passeports. Les voyageurs furent cependant arrêtés à Hasselt sous l’inculpation d’espionnage, conduits à Tongres, jugés et condamnés à être fusillés dans les vingt-quatre heures. Ils purent • s’échapper et atteindre les lignes alliées.

Pendant que Mme Stobart gagnait l’Angleterre, Edith Cavell continuait à soigner les blessés sans distinction, amis ou ennemis. Le 5 août (1914), au moment où elle faisait un pansement à un blessé allemand, plusieurs soldats prussiens entrèrent dans l’hôpital, déchirèrent le bandage qu’elle tenait, et jetèrent Nurse Cavell en prison. Malgré l’intervention de l’ambassade américaine, elle fut condamnée à mort sous l’inculpation d’avoir caché des soldats alliés. Elle fut fusillée au Tir national.

Affligée par la mort d’Edith Cavell, Mme Stobart trouva à Londres le personnel de son hôpital prêt à partir. Sans prendre le moindre repos, elle le conduisit à Anvers. La grande salle de concerts, de la rue de l’Harmonie, fut aussitôt transformée en ambulance, qui fonctionna jusqu’en octobre. Le service médical était dirigé par la doctoresse Miss Stoney. Le 8 octobre 1914,

(1) W. G. Macphebson : Medical Service dwing the opérations. London»

le bombardement commença. Pendant 18 heures, une grêle d’obus s’abattit sur la ville. Impossible de mettre les blessés en sécurité, même relative. Il fallut évacuer l’hôpital, et les civières passèrent le pont de bateaux sur l’Escaut, trente minutes avant que le génie belge ne le fît sauter.

Pendant que la doctorésse Stoney et Mme Stobart soignaient les blessés à Anvers, les doctoresses Louisa Garrett Anderson et Flora Murray installaient un hôpital de 100 lits à l’hôtel Claridge à Paris, sous les auspices de la Croix-Rouge française.

Les blessés affectionnaient beaucoup les doctoresses anglaises ; et les salles d’hôpital, ornées de plantes et de fleurs, ressemblaient à un « home » plutôt qu’à une clinique. Les amis apportaient des fruits et des friandises aux malades sans régime. Mais en no-, vembre 1914, voulant s’éloigner du front, on transporta l’hôpital à Wimereux.

En outre, fonctionnait à Cherbourg un hôpital installé dans un ancien château, organisé par Mme Stobart, après la défaite belge.

Pendant ce temps, on cherchait une installation pour une formation écossaise qui était prête à venir en France. L’Association de Suffragettes écossaises organisa des hôpitaux dont le personnel était entièrement féminin, depuis le médecin-chef jusqu’aux chauffeurs. L’âme de cette entreprise fut Miss Elsie Inglis.

Deuxième fille de John Inglis, employé à la Compagnie des Indes Orientales et de Harriett Thompson, elle naquit à Rainital (Inde) le 6 août 1864. Jusqu’à sa douzième année, son enfance s’écoula dans l’Inde; puis sa famille vint s’établir en Ecosse. Elsie était très encouragée dans ses études par son père. Elle étudia la .médecine à Edimbourg et à Glasgow, et compléta ■ ses études à Dublin. Aussitôt celles-ci terminées, elle fut nommée chirurgien de « New Hospital for Women » à Londres, puis chirurgien adjoint à 1’ « Hôpital Brunksfîeld » pour femmes et enfants, à Edimbourg. Dans cette ville, elle fonda, en 1889, la seconde école de médecine pour femmes. Malgré ses nombreuses occupations, elle se mit à exercer, d’abord avec la doctoresse Jessie Mac Gregor, puis toute seule. Ce fut grâce à ses efforts persévérants qu’on organisa en 1901 1’ «Hôpital pour femmes». Portant le plus vif intérêt aux questions sociales, elle fonda l’Association écossaise pour le Suffrage féminin. A la déclaration de guerre, les suffragettes mirent au service du pays toute l’énergie qu’elles employaient peu de jours auparavant.à combattre le gouvernement, qui, de son côté, avait spontanément remis leurs chefs en liberté (1).

(1) W. G. Macpherson : Medical Service p. 167-169 et passim. Londres, 1922-1924.

(History oî the great war),

Quand la doctoresse EIsie Ingiis offrit ses services au Ministère de Guerre (War office), on lui répondit : « Restez tranquille » (Sit still). Repoussée par- le gouvernement britannique, EIsie fut reçue avec empressement par la Croix-Rouge française. Elle fit part à ses amis de l’urgence qu’il y avait à établir des hôpitaux sur le front ; aussitôt les dons affluèrent et s’élevèrent à 200.000 $. La première formation (7 doctoresses et 30 infirmières) fut envoyée le 4 décembre 1914 avec la chirurgienne en chef, Mlle Françoise Ivens. Arrivées à Calais par une forte tempête, elles y installèrent un hôpital pour les réfugiés belges, ravagés par le typhus. La mortalité diminua rapidement.

La doctoresse Hutchinson qui était à la tête de l’hôpital de Calais se rendit à Paris pour voir l’emplacement destiné à recevoir la première formation écossaise : l’Abbaye de Royaumont offerte aux Croix-Rouges par M. Edouard Gouin. Le premier convoi de blessés arriva le 14 janvier 1915 [En deux ans, 2.527 malades y furent soignés, (voir chap. xx, France).] Au printemps de la même année, les « Unit Ecossaises » envoyèrent à l’Abbaye de Royaumont un car avec un matériel de Rayons X, et aussi une ambulance volante de 50 lits. Pendant les batailles de la Somme (juillet 1916) 3 ambulances volantes recueillaient les blessés pour les amener à l’abbaye de Royaumont.

Pendant que le chirurgien Miss Ivens, travaillait à Royaumont, Miss Ingiis continuait à organiser de nouvelles formations. Le second hôpital écossais vint s’établir à Troyes sous la direction de la doctoresse Mac Ilroy. Il était installé sous les tentes. Il fut envoyé à Ghevgeli, près du front, puis à Salonique (1916) avec le corps expéditionnaire français.

L’activité généreuse des doctoresses écossaises fit que la Croix- Rouge française leur demanda de créer encore une formation à Alger. Pendant les deux années qu’a fonctionné cet hôpital (janvier 1915-janvier 1917), on y soigna 2.870 malades et on y fit 2.508 opérations (1).

La présidente des « Unit Ecossaises » après avoir envoyé ces formations au front se rendit elle-même en Serbie. Et dès le 2 janvier 1915, elle augmenta son contingent serbe d’une nouvelle formation.

Cet hôpital, conçu sur les mêmes plans que celui de Royaumont, vint s’installer à Kragujevatz sous la direction de la doctoresse Eleanor Soltan. Il comptait 570 lits.

Cependant le typhus exanthématique faisait rage dans la région de Valjevo où 7.000 cas étaient signalés. Une autre formation se mit en route. A sa tête, se trouvait la doctoresse Hutchin-

(1) Antonio de Novarro : loc. cit. London, 1917.

son qui avait fait ses preuves à Calais. A son passage à Malte les autorités britanniques la prièrent de consacrer quelques jours aux blessés anglais qui affluaient des Dardanelles. Parvenue à destination, elle installa à Yaljevo un hôpital de 250 lits.

Aussitôt arrivée en Serbie, Elsie Inglis ouvrit deux hôpitaux auxiliaires. Le premier, à Mladanowatz, reçut le nom de Nellie Fraser, en souvenir d’une infirmière morte du typhus. La direction en fut confiée à la doctoresse Mac Gregor. Le second hôpital alla s’établir à Lazarovatz, avec la doctoresse Hollway comme directrice. Il pouvait recevoir 400 malades (1).

Le 1 er avril 1915, se rendit aussi en Serbie Mme Stobart. Ayant terminé son organisation à Chërbourg, elle forma, à Londres, une mission sanitaire, ainsi que le lui avait demandé la « Serbian Relief found ». Arrivée à Kragujevatz (22 avril) avec sept femmes-médecins, 18 infirmières et 19 employées, elle apprit que les autorités voulaient envoyer à son hôpital non des typhiques mais des blessés. Cet hôpital fut officiellement.reconnu sous le nom de « Premier Hôpital Anglo-Serbe ». If était installé sous des tentes. Malgré les plus sévères précautions, il ne fut pas épargné par le typhus et on a enregistré plusieurs décès parmi le personnel de l’hôpital. L’épidémie, présentant des caractères très accusés, la mortalité était fort élevéé ; les conditions hygiéniques déplorables entravaient la lutte que les hôpitaux féminins menaient avec tant d’ardeur contre le fléau. Les avions austro-allemands jetaient des bombes dans le voisinage des hôpitaux. Mme Stobart installa plusieurs dispensaires aux environs de Kragujevatz. Vers la fin de l’été, le typhus cessa ses ravages. Mais au même moment, la situation militaire redevint menaçante. Le « Premier Hôpital Anglo-Serbe ». fut attaché à la division de Schumadia ; et Mme Stobart, assimilée à un commandant d’unité, reçut ses ordres directement de l’état-major. Le 1 er octobre 1915, la division fut envoyée vers le nord en -direction de Belgrade. On était alors plein d’espoir, malgré l’entrée en guerre de la Bulgarie aux côtés des adversaires. Les Serbes espéraient résister comme l’année précédente, appuyés cette fois par les alliés, massés à Salonique.

Mais bientôt, avec les premiers blessés, les mauvaises nouvelles commencèrent à affluer (1915) ; Belgrade venait de tomber ; l’immense armée austro-allemande envahissait le pays, et, les troupes serbes, malgré toute leur vaillance, ne pouvaient longtemps tenir tête sur trois fronts différents. Effectivement, l’ordre vint de se replier. Les blessés étaient de jour en jour plus nombreux. L’hôpital anglo-serbe se fixa d’abord à Palanka, puis

(1) Francis Evens : The part played by British medical women. Brit. Med. Journ., 18 août 1917.

à Krushevatz. La pression austro-allemande devenant toujours plus forte, Valjevo fut occupé par les ennemis; 1’ «Hôpital des Unit Ecossaises », fut pris, et la doctoresse Hutchinson envoyée en Hongrie. Le personnel de l’hôpital de Kragujevatz put gagner Novi-Bazar, Scutari et de là Brindisi. Une des doctoresses de l’hôpital « Anglo-Serbe », Miss Béatrice Coxon se joignit aux « Unit » et gagna avec elles l’Angleterre. Les autres continuèrent sous la direction de Mme Stobart à suivre la retraite de l’armée serbe. Le 22 novembre, à Prishtina, Mme Stobart reçut l’ordre de l’état-major de se diriger vers le Monténégro et de là en Angleterre. Quant à l’hôpital d’Elsie Inglis, il fut transporté de Kragujevatz à Krushevatz. Malgré l’avance des ennemis, et la prise de la ville (7 novembre 1915), il fonctionna jusqu’au milieu de février 1916 (1). À ce moment-là, Elsie Inglis fut envoyée d’abord en Hongrie, puis à Vienne, avec quelques graves blessés qu’elle pe voulait pas abandonner. Grâce à l’intervention de l’ambassadeur des Etats-Unis, Miss Inglis put regagner l’Angleterre par la Suisse. C’est à cette époque que j’ai eu le plaisir de rencontrer Elsie Inglis à Londres. Sans songer à se reposer, elle entreprit une tournée d’inspection des hôpitaux écossais. L’un d’fentre eux se trouvait encore dans les Balkans : sur la demande du gouvernement français, il avait quitté Troyes pour se joindre au corps expéditionnaire. Après avoir fonctionné à Ghevgeli, à 25 kilomètres du front, il s’installa à Salonique. Il comptait 300 lits et reçut en deux mois plus de 1.000 malades (juillet-août 1916). La dysenterie, la malaria et l’ictère infectieux sévissaient alors. Le service des rayons X traita un nombre considérable de cas par la haute fréquence et les massages électriques. La directrice de l’hôpital, la doctoresse Louise Mac IlrOy a reçu la Croix de guerre française.

Lors de la réorganisation de l’armée serbe, un nouvel « hôpital écossais » accompagna l’armée dè Macédoine. Cette formation confiée à la doctoresse Agnès Bennett avait déjà travaillé en Corse. Elle se fixa à Ostrovo. A cause de l’état des routés, on installa des postes de secours avancés où l’on pouvait traiter les blessés avant de les expédier à l’arrière. La colonne de transport, composée de six ambulances automobiles et d’une cuisine roulante, rendit de précieux services. Son dernier commandant fut Mme Harley, sœur du maréchal French, décorée de la Croix de guerre. Elle fut tuée par un éclat d’obus à Monastir (mars 1917) (2).

Quand la Roumanie entra en guerre, une armée russe fut chargée d’opérer à Dobroudja, en liaison avec les forces roumaines.

(1) National Biographg, art. Inglis.

(2) W. G. Macpherson : op. cit.

Une division serbe en faisait partie, et son gouvernement demanda qu’un hôpital écossais fût annexé à ses troupes : les doctoresses Elsie Inglis et Liban Chesney partirent aussitôt (août 1916). Le voyage via Arkhangel fut long et pénible. L’hôpital installé près du front à Méjidia reçut, en 18 jours, 300 patients (octobre 1916)! Mais il dut être évacué à cause de l’avance rapide des Bulgares. Un second hôpital à Bouboulmik, eut le même sort. La situation devint terrible. Plus d’aliments, plus de combustibles. Des routes encombrées de fuyards. Et la retraite se faisait de plus en plus précipitée. Au prix des plus grandes difficultés, le matériel fut transporté par étapes à Galatz et de là en Russie. Seule, une ambulance avec une cuisine roulante resta à Harsova, puis à Braïla, sous la direction de Miss Inglis. La révolution russe créa de nouvelles complications. Ce n’est qu’à grand’peine que la doctoresse put rejoindre à Hadji-Abdul les Serbes qu’on cherchait à expulser de Russie (août 1917). Epuisée par les fatigues et les privations, elle était déjà fort malade quand elle entreprit le voyage du retour, avec ses blessés serbes, qu’elle ne voulait pas quitter. Les quatorze jours de traversée, par gros temps, eurent raison de ses dernières forces. Elle sentait sa fin venir. Les Serbes pleuraient, agenouillés autour de son lit. La tempête hurlait, et les cordes du bateau s’étaient rompues. On s’approchait de Newcastle. (A la question : « Who eut our woorings ?, Elsie Inglis répondit « No one eut them, they broke... ») « La même main qui a rompu les cordes du vaisseau a rompu les miennes, et je pars... ». En effet, Elsie Inglis mourut un jour après son arrivée à Newcastle, le 26 novembre 1917 (1).

L’exemple d’Elsie Inglis n’était pas isolé. Les autres doctoresses n’étaient pas moins dévouées aux malades. Le Ministère de la Guerre Britannique (War office) qui, au début de la guerre, refusait les offres des doctoresses, avait déjà demandé, en 1915, à Louisa Garrett, Anderson et Flora Murray, d’organiser un hôpital de 500 lits à Londres, pour les convalescents. Le vieux workhouse de Saint-Gilles Blomsbury, en haut d’Endel Street, fut choisi. De 1916 à 1919, 4.407 hommes furent soignés dont 2.207 Canadiens, 2.000 Australiens et Néo-Zélafidais et 200 Américains. En comptant les services auxiliaires, il y avait près de 800 lits occupés.

Les doctoresses savaient allier l’esprit de précision féminin à leur hautes qualités scientifiques. En décembre 1916, Miss Francis Ivens, chirurgienne de l’hôpital de Royaumont, fit une communication à la Section chirurgicale de la Société Royale

(1) Dr Elsie Inglis by Lady Francis Balfpur. Bristish periodical Its,

de Médecine, sur les gangrènes gazeuses. Ses observations portaient sur 464 cas. Parmi les principaux facteurs, elle relevait la proximité du sol humide, la nature du projectile (les éclats d’obus étaient beaucoup plus dangereux que les balles), la pénétration dans la blessure de fragments d’étoffe. Sa contribution à l’étude de cette question fut très importante. Pour son dévouement aux blessés français, le gouvernement de la République lui décerna la croix de la Légion d’honneur.

La doctoresse Stoney fut engagée comme chef du service radiologique à l’hôpital militaire de Fulham. En neuf mois, elle y examina 4.357 cas et fit 5.530 radiographies. Elle traitait par la haute fréquence et le massage vibratoire. Chargée de la salle des malades atteints des troubles cardiaques et nerveux, elle étudia les rapports entre l’activité de la glande thyroïde et la tachycardie. Elle vit, dans les rayons X, une possibilité de traitement du goitre exophtalmique (1).

En parlant du dévouement des Anglaises: doctoresses, ambulancières et autres, nous ne pouvons pas oublier l’aristocratie anglaise : la comtesse Dudley organisa l’hôpital des « Volontaires australiens », qui fut le premier à arriver en France (5 septembre 1914) et comptait 200 lits. On dut à Lady Murray, l’hôpital installé au Tréport et portant le n° 10. Celui qui fonctionnait au Touquet Paris-Plage avait été envoyé par la duchesse de Westminster. Mais ce fut naturellement à la Croix-Rouge anglaise qu’incomba la tâche la plus importante. Cette société était, dès avant la guerre, en état de pourvoir aux éventualités. Elle disposait d’excellentes infirmières, toutes diplômées. La plus importante de ses formations, le Corps des Femmes Auxiliaires de l’Armée (Women’s Army Auxiliary Corps : W. A. A. C.) venait d’être reconstituée sur un modèle militaire. L’active et la réserve formaient dès lors, sous le patronage de la reine Alexandra, le « Service d’infirmières de l’Armée Royale » (Oueen’s Alexandra Royal Military Nursing Service : O. A. R. M. N. S.), auxquels venaient s’adjoindre les forces territoriales (Territorial Forces : T. F.). L’infirmière en chef du Q. A. R. M. N. S. était depuis avril 1910 Miss E. H. Becher. Miss S. Brown qui l’avait précédée dans ce poste (1906-1910), était à la tête des forces territorialesen août 1914. Il existait d’ailleurs d’autres sociétés reconnues : la Princess Christian’s Army Nursing Service, par exemple, ainsi que des détachements spéciaux pour l’aviation. Des détachements spéciaux étaient affectés à l’armée des Indes. A la déclaration de guerre, les volontaires affluèrent et furent réparties entre des

(Il Fr. Ivens : The part played by women in the ivar. British Med. Journal, 18 août 1917, p. 203-204.

formations spéciales (Yoluntary Aid Détachement: Y. A. D.). En août 1914, 516 infirmières partirent avec le corps expéditionnaire. A l’armistice, 51.440 infirmières travaillaient dans le service des lignes de communication et 954 dans les postes de triage des malades. Il y avait deux infirmières dans chaque train sanitaire (trois à partir de mai 1916) ; deux également sur chacune des péniches qui avaient été aménagées pour le transport des blessés sur les fleuves et les canaux.

Dès le mois de septembre 1915, des femmes commencent à remplacer des hommes transférés dans d’autres services. A l’exemple de l’armée américaine, bs services médicaux anglais voulurent former un personnel féminin spécialisé pour l’anesthésie. Des cours furent organisés à cet effet (janvier 1918). Mais le Service de santé du Ministère de la Guerre refusa aux membres des détachements auxiliaires l’admission aux cours, craignant le manque d’expérience professionnelle. Pourtant, à la fin du premier cours, 21 femmes dans les hôpitaux et 46 dans les postes de triage des malades étaient en mesuré d’assumer leurs nouvelles fonctions.

La Croix-Rouge britannique appréciait les doctoresses et leur confiait des postes importants. Une instruction du Conseil de l’armée fixe, en novembre 1917, les conditions auxquelles les doctoresses pourront être employées dans les différents services. L’organisation prévoit un contrôleur médical en chef pour les quartiers généraux de communications, avec un contrôleur médical-assistant à Boulogne pour la zone nord, à Rouen pour la zone sud. Sous leurs ordres, des femmes-médecins étaient employées à Boulogne, Calais, Saint-Omer, Etaples, Rouen et Dieppe, le Havre et Etretat, Abbeville. La doctoresse Laura Sandeman était alors contrôleur médical en chef (1).

Beaucoup de membres de la Croix-Rouge anglaise ont trouvé une mort glorieuse sous le feu de l’ennemi. Dans une seule année, en 1918, 41 infirmières furent blessées, et 9 tuées péndant le bombardement de l’hôpital canadien d’Etaples (19 mai) et de celui de Doullens (29 mai). Celles qui survivaient ont passé des moments terribles, par exemple, en accompagnant l’armée serbe en retraite ; elles traversaient avec difficulté les routes défoncées, les montagnes couvertes de neige du Monténégro et de l’Albanie. D’autres étaient exposées aux atteintes du typhus. On les voyait partout à l’œuvre ; en Egypte, en Mésopotamie, en Roumanie, en Perse, en Russie, etc...'

Outre les infirmières, les doctoresses continuaient à lutter

(1) W. G. Macpherson : op. cit, p. 169.

contre les épidémies, non seulement en Russie et Albanie mais aussi en Sardaigne, Malte et dans les Balkans.

La doctoresse Louise Mac Ilroy, pendant son séjour en Orient (chirurgienne en chef à Belgrade et à Salonique) eut à combattre une épidémie de dysenterie qui sévissait dans les hôpitaux.

On ne savait à quelle cause l’attribuer : l’eau était bouillie ou chimiquement stérilisée. Probablement la grande chaleur et l’abondance des mouches contribuaient à la propager. Après différents essais, la doctoresse adopta le traitement par le sulfate de magnésium, administré d’heure en heure. Si des évacuations trop fréquentes affaiblissaient dangereusement le malade, on interrompait le traitement pour quelques heures ; une piqûre de morphine provoquait le sommeil. Le résultat de ces observations fut consigné dans le Journal médical de Glasgow. Lors de l’offensive en Macédoine des blessés lui arrivèrent en grand nombre, la plupart étaient atteints depuis 24 ou 48 heures et les plaies, surtout celles du coude et du genou, commençaient à s’infecter. Elle prescrivit l’immersion dans un bain salin avant l’opération et les résultats furent favorables. Après les soldats blessés elle se consacra aux femmes et devint spécialiste de la gynécologie dans le 28 e hôpital général à Constantinople. Depuis, le Conseil de l’Université de Londres lui a confié la chaire d’obstétrique et de gynécologie (1).

La doctoresse Mac Ilroy n’était pas seule à s’occuper de recherches scientifiques. En 1918, Alice Evens a confirmé que le Micrococcus Melitensis et le Micrococcus abortus avaient les mêmes caractères bactériologiques.

Avec la paix revenue, les doctoresses anglaises obtiennent ainsi accès aux postes les plus importants. La doctoresse Catherine-Marie Chapmann est nommée chef du service radiologique à l’Infirmerie Royale de Glasgow (11 juin 1920) et « maître de conférences » à l’Université. L’Association londonienne de la Fédération des femmes-médecins tint son premier congrès à Londres le 9 novembre 1920. La docteresse Helen Chambers lit une communication sur l’irradiation (2).

En 1924, l’Ecole londonienne de médecine pour femmès fêta son jubilé. En 43 ans, 1300 étudiantes y ont pris leurs grades. Les services pdblics et privés font de plus en plus appel aux doctoresses. En mai 1925, l’hôpital des enfants à Edimbourg engagea une chirurgienne. Le Conseil municipal de Birmingham décida que l’inspection des prisonnières ou des femmes suspectes devait être effectuée par des femmes. La première titulaire du

(1) British Medical Journal, 15 octobre 1921, p. 1265.

(2) Medical Record, 18 décembre 1920.

poste fut Miss Nesta Helen Wells, docteur en médecine de Chorlton-sur-Medlock (1). La doctoresse E. Wilson fut attachée au Ministère de l’Instruction Publique et fut déléguée au Congrès de l’Association Internationale des Femmes-Médecins à Bologne (1928). C’est elle qui présenta le rapport sur l’Assistance en Angleterre aux enfants trouvés (Congrès de Bologne, 1928).

Les doctoresses sont particulièrement nombreuses en Ecosse. Alors que la population écossaise ne constitue que le 1 /7 du Royaume-Uni, elles forment le tiers du corps médical féminin.

Toutes les Universités de Grande-Bretagne accueillent les étudiantes en médecine (2).

(1) The Lancet, 4 juin et 6 août 1927.

(2) En 1925-1926, il y avait en Grande-Bretagne 1.402 étudiantes en médecine inscrites et 1.157 diplômées. Ce chiffre est réparti de façon suivante entre les Universités : Birmingham, 42 étudiantes inscrites, 10 diplômées ; Bristol, 25 étudiantes, 6 diplômées ; Cambridge, 7 étudiantes, 10 diplômées ; Durham, 38 étudiantes, 11 diplômées ; Leéds : 33 étudiantes, .19 diplômées ; Liverpool, 44 étudiantes, l2l diplômées ; à Londres dans les diverses Facultés : Charing-Gross, 67 étudiantes, 38 diplômées, East-London,

1 étudiante ; King-Gollege, 53 étudiantes ; Kings College Hospital Medical Shool, 80 étudiantes, .72 diplômées ; London Hospital Medical School, 16 étudiantes, 14 diplômées ; School of Medicine for Woomen, 315 étudiantes, 46 diplômées ; Royal Dental Hospital School, 24 étudiantes, 52 diplômées ; S. Margaret Hospital School, 82 étudiantes, 67 diplômées ; University College, 42 étudiantes, 19 diplômées, Universitv College Hospital Medical School, 59 étudiantes, 59 diplômées ; Westminster Hospital Medical School, 38 étudiantes, 23 diplômées ; S. Bartholomeus Hospital Medical College, 29 étudiantes, 152 diplômées ; S. Georges Hospital Medical School,

2 étudiantes, 31 diplômées; Ihomas Hospital Med cal School, 20étudiantes, 94 diplômées. Ce qui fait au total : 775 étudiantes et 903 diplômées. A Manchester, 64 étudiantes, 22 diplômées ; Oxford, 14 étudiantes ; Sheffield, 18 étudiantes, 6 diplômées.

Cardiff, 29 étudiantes, 14 diplômées ; Swansea, 1 étudiahte.

Aberdeen, 34 étudiantes, 4 diplômées ; Edimbourg, 129 étudiantes, 20 diplômées ; Glasgow, 128 étudiantes, 3 diplômées ; S. Andrews University, 22 étudiantes, 8 diplômées.

Ensuite de 1926-1927, le nombre des étudiantes en médecine et des doc¬

toresses en Grande-Bretagne subit d’insensibles oscillations. A Birmingham, nous voyons 36 étudiantes, 13 diplômées ; Bristol, 22 étudiantes, 8 diplômées ; Cambridge, 10 étudiantes, 4 diplômées ; Durham-College of Medecine, 31 étudiantes, 9 diplômées ; Leeds University, 32 étudiantes, 16 diplômées ; Liverpool, 41 étudiantes, 126 diplômées ; à Londres, le total de 683 étudiantes, 937 diplômées est divisé en diverses écoles, à savoir : S. Bartholomeus College, 161 diplômées ; Charing Cross University, 45 étudiantes, 38 diplômées ; Middlesex Hospital College, 2 étudiantes, 79‘diplômées ; Kings College, 54 étudiantes, 79 diplômées ; Kings College Hospital Medical Shool, 67 étudiantes, 66 diplômées ; Hygien and Tropic Medecine School, 49 diplômées ; London Tropic Medecine School, 9 étudiantes, 140 diplômées ; London School Medicine for Women, 298 étudiantes, 62 diplômées ; Royal Dental Hospital School, 68 diplômées ; S. Margarets Hospital Medical School, 57 étudiantes, 57 diplômées ; S. Georges Hospital Medical School, 21 diplômées ; University College, 44 étudiantes, 30 diplômées • University College Hospital Medical School, 59 étudiantes, 74 diplômées S Thomas Hospital Medical School, 72 diplômées ; Westminster Hospital Medical School, 30 étudiantes, 20 diplômées ; à Manchester, 49 étudiantes 20 diplômées ; Oxford, 8 étudiantes ; Reading, 1 étudiante ; Sheffield, 17 étudiantes, 5 diplômées.

Cardiff, 32 étudiantes, 24 diplômées.

Aberdeen, 41 étudiantes, 10 diplômées : Edimbourg, 107 étudiantes, 18 diplômées ; Glasgow, 112 étudiantes, 13 diplômées ; S. Andrews University, 14 étudiantes, 12 diplômées.

Ce qui nous donne un total de 1.236 étudiantes et de 1.215 diplômées.

Dans l’année suivante ce chiffre diminue encore un peu et nous vovons qu’au courant de l’année universitaire 1927-1928 seulement 1.148 étudiantes ont été inscrites aux diverses Facultés de médecine de Grande-Bretagne et 1.106 obtinrent des diplômes de médecins.

Ces chiffres se répartissent de façon suivante : Birmingham, 31 étudiantes inscrites, 6 diplômées ; Bristol, 27 étudiantes, 5 diplômées ; Cambridge, 12 étudiantes, 5 diplômées ; Durham College of Medecine, 27 étudiantes, 11 diplômées ; Leeds University, 33 étudiantes, 15 diplômées ; Liverpool, 41 étudiantes, 111 diplômées ; à Londres, le nombre total des étudiantes était de 628 et celui des diplômées 824 dans les établissements suivants : S. Bartholomews, 149 diplômées ; Charing Cross, 54 étudiantes, 39 diplômées ; Middlesex Hospital Medical School, 30 diplômées ; Kings College, 61 étudiantes ; Kings College Hospital Medical School, 66 étudiantes, 54 diplômées ; Hygien and Tropi ■ Medecine School, 2 étudiantes ; London Tropic Medecine School, 2 étudiantes, 131 diplômées; London School of Medecine for Women, 278 étudiantes, 43 diplômées ; Royal Dental Hospital School, 12 étudiantes, 23 diplômées ; S. Margaret Hospital Medical School, 33 étudiantes, 45 diplômées ; S. George Hospital Medical School, 24 diplômées ; University College Hospital Medical School, 55 étudiantes, 63 diplômées ; S. Thomas Hospital Medical School, 65 diplômées ; Westminster Hospital Medical School, 31 étudiantes, 18 diplômées.

Manchester, 42 étudiantes, 24 diplômées ; Oxford, 6 étudiantes ; Sheffield, 16 étudiantes, 4 diplômées.

Cardiff, 29 étudiantes, 31 diplômées.

Aberdeen, 21 étudiantes, 12 diplômées ; Edimbourg, 115 étudiantes, 23 diplômées ; Glasgow, 107 étudiantes, 26 diplômées ; S. Andrews University, 11 étudiantes, 9 diplômées.

Non seulement en Angleterre mais aussi dans les Dominions beaucoup de femmes exercent la médecine. Au Canada, à Ontario il y a une école de médecine pour femmes. En Australie, notamment à Melbourne, à Sydney, et dans d’autres-villes ; il y a beaucoup de femmes exerçant la médecine.

LIPINSKA

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