‹ Les femmes et le progrès des sciences médicalesChapitre 7 sur 37 · ET LES FEMMES EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

ET LES FEMMES EN ALLEMAGNE

Conception de la maladie analogue à celle des primitifs. — Guérisseuses et

voyantes dans les épopées. — Leur thérapeutique à l’époque des invasions. —

Exercice de la médecine par les nonnes. — Sainte Hildegarde, fondatrice

des sciences naturelles et de la psychothérapie.

Laissons les régions du soleil et allons vers le nord. Aux pays des brumes, de nouveaux peuples ont surgi. Chez les Germains, nous rencontrons la même conception de la maladie et les mêmes pratiques médicales que chez les primitifs. La médecine s’y trouve sous la protection de la déesse Eir, et les légendes héroïques allemandes parlent de femmes sauvages des forêts et des eaux, comme de génies connaissant l’art de guérir.

C’est d’une « wilde » que le vieux Waté du chant de Gudrun apprend la science médicale. D’après un vieux poème allemand, une « ondine » guérit le héros Abor. Blessé dans une lutte, il alla près d’une fontaine située dans un bois, et bientôt une « ondine » y arriva aussi. Elle eut pitié du chevalier blessé, l’emmena en son château, et lui donna tous les soins nécessaires : « Elle le baigna avec soin. — Du linge blanc et fin, — lui appliqua sur le corps. »

Aussi guérit-il très vite (1).

Dans un autre poème, une fille sauvage guérit les plaies de Dietrich de Berne. La littérature Scandinave offre maints traits analogues. Dans les Eddas, on trouve neuf femmes guérisseuses rassemblées autour de la sage Menglod, sur une roche élevée vers laquelle toutes les femmes malades viennent en pèlerinage. On y voit des dames blanches qui parcourent le pays en qualité de voyantes et de guérisseuses. Elles chantent les invocations et les bénédictions, elles écrivent les runes, elles interrogent le sort sur la destinée des malades, elles leur préparent des boissons médicinales, et les pratiques externes leur sont aussi connues (2).

Chez les Germains, il n’y avait pas de caste sacerdotale. Les chefs de clan assumaient les fonctions de prêtres dans les céré-

(1) Jacob Grimm : Aborund das Meerweib Zeitschrift fur deutsches Altertum, V, p. 7-8, 1845.

(2) Weinhold : Alt deutsches Leben, I, p. 385. Berlin, 1856

mordes publiques. Quant aux prêtresses, c’étaient plutôt des intermédiaires entre le monde surnaturel et les malades, comme chez les sauvages. Elles passaient pour interprètes de la divinité ; on leur attribuait le don de prédiction (1), car la divination et les présages étaient en honneur. Ainsi par exemple, au témoignage de Strabon (2), chez les Cimbres, des vieilles femmes recueillaient dans une chaudière d’airain le sang des prisonniers égorgés pour en tirer des présages. En vertu de leur art prophétique, les mères voyantes décidaient si une bataille devait être livrée ou non (3). Certaines femmes s’étaient acquis une véritable célébrité dans ce domaine, telle Velleda, qui s’était rendue fameuse par sa prédiction de la défaite romaine dans la guerre contre les Bataves. Elle demeurait cachée dans une tour. ' Comme la Pythie, elle n’accueillait pas directement les demandes ; un de ses parents était chargé de les lui transmettre, puis il communiquait la réponse. On l’honorait par toutes sortes de présents (4).

Les connaissances médicales des femmes servirent beaucoup les Germains, quand ils quittèrent leur pays pour descendre au sud et y engager des luttes sanglantes. Les femmes qui accompagnaient alors les armées et les tribus pansaient et lavaient les membres des blessés, elles y appliquaient des simples, des emplâtres et prononçaient des incantations.

Dans la littérature Scandinave, ce sont les sagas qui au cours des descriptions de batailles, nous mentionnent la part prise par les femmes dans le traitement des blessés.

Voici un épisode de la Hromundarsaga : Un adversaire ouvre le ventre de Hromund Greipsson. Hromund refoule ses intestins dans la cavité abdominale, en rapproche les parois, les maintient ainsi à l’aide d’une bande et court de nouveau à la lutte. Après la bataille, sa Svanhvit bien-aimée examine la blessure et la suture magistralement. Soigné par elle, par Hagal, homme plein d’expérience, et par l’intelligente femme de ce dernier, il est bientôt guéri totalement (5).

Après la bataille de Siklastad, nous raconte une autre saga, le scalde Thormod Kolbrunarskald, grièvement frappé, arriva dans une cabane où étaient couchés nombre de blessés. Une femme était occupée à les panser, à laver leurs plaies avec l’eau chaude, et sur le feu bouillaient dans un chaudron des plantes odorantes, qu’elle donnait en infusions aux guerriers (6).

(1) Weinhold : op cit., I., p. 63.

Page 1