‹ Les femmes et les moeurs du BrésilChapitre 6 sur 18 · Desagravo, littéralement réparatim · texte numérisé non relu

Desagravo, littéralement réparatim

Ce mot consacré par la tradition rappelle une légende recueillie dans l'église même dos Militares.

D'après cette légende, un artiste portugais réparait les peintures d'un énorme christ suspendu à la muraille dune chapelle. Dans un accès de fureur stupide, l'artiste s'oublia au point de souffleté l'Homme-Dieu. Son impiété fut punie sur-le-champ, car le christ, s détachant de la muraille, tomba sur lui et l'écrasa.

sent à leur cou et au cou de la criança à laquelle elles donnent le sein.

Les moças superstitieuses et les orgueilleuses senhoras elles-mêmes ne craignent pas de venir s'y approvisionner d'armes surnaturelles contre les feiticeiros (sorciers) qu'elles peuvent rencontrer sur leur chemin.

Manoëla, cela va sans dire, était déjà amplement pourvue de ces appareils redoutables. Néanmoins, dans la crainte que les talismans qu'elle portait sur elle eussent perdu, avec le temps, de leur vertu, elle avait résolu de les remplacer par d'autres qui n'eussent pas encore servi.

Il est impossible de rencontrer une ignorance plus candide, n'est-il pas vrai?

Manoëla s'imaginait qu'étant cuirassée de neuf, elle repousserait plus efficacement les influences maléfiques qui voudraient s'interposer entre elle et le but qu'elle poursuivait.

Dédaignant donc les périaptes qu'elle avait respectés jusqu'alors, elle les jeta dans un ruisseau où un négrillon alla les ramasser. Elle fit emplette de deux pouces conjurateurs, de trois croissants de différentes dimensions, du même nombre de médailles bénites et d'une peinture grossière qui était censée représenter nossasenhora-da-Conceiçao , la patronne la plus fêtée de l'Empire.

Une fois ces objets passés au même cordon et suspendus pêle-mêle à son cou, la Mina fit une courte mais fervente prière sur les marches de l'église.

Elle se rendit ensuite à sa place habituelle où elle fut

accueillie par les chuchottements et les regards envieux de ses compagnes.

Déposant son taboleiro sur les dalles, Manoëla s'accroupit et fuma silencieusement un cigare.

En peu d'instants, les freguezes l'eurent débarrassée de ses figues et de ses oranges, tout en l'accablant de compliments flatteurs auxquels la négresse, visiblement préoccupée, ne répondait que par un sourire distrait.

Celui pour lequel, sans qu'il s'en doutât, elle s'était ainsi mise en frais extraordinaires d'élégance, déboucha vers les trois heures par la rue du Rosario et traversa la chaussée.

Manoëla tenait alors dans la main gauche le faisceau des amulettes. En apercevant le senhor, elle agita devant elle cet arsenal formidable, mais en ayant soin, toutefois, d'incliner vers la terre l'extrémité des pouces en bois et les pointes des cornalines. D'après ses idées superstitieuses, la Mina établissait ainsi entre eux un courant sympathique qui forcerait le senhor de s'approcher.

Une des quitandeiras comprit le but de ce manège, en suivant la direction des regards de Manoëla.

— Vois ! vois ! dit-elle à sa plus procha voisine, Manoëla est en train de creuser un sillon magique}.

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