LÀ COMTESSE DE MÀRSANNE ET SA NIÈCE
convenable, était tellement modeste, que rien n'annonçait en lui un homme qui voyage seulement pour son plaisir.
Un jour, la tante et la nièce s'étant aventurées plus avant dans les montagnes pour admirer un site magnifique, en franchissant un passage difficile, le pied avait glissé à la comtesse, qui allait descendre plus vite qu'elle ne le voulait une pente fort rapide; mais Adrienne avait poussé un cri, et presque aussitôt le jeune homme pâle, que l'on n'avait pas encore aperçu, était sorti de derrière un bouquet d*arbres et s'était élancé à temps pour empêcher madame de Marsanne de dégringoler.
La vieille dame, qui avait eu très-peur, remercia beaucoup celui qui l'avait arrêtée dans sa chute. La nièce en fit autant, car elle avait tremblé pour sa tante.
Le jeune homme répondit en* fort bons termes aux remerctments de ces dames ; sa manière de s'exprimer annonçait quelqu'un de très-bien élevé ; la comtesse n'avait pas trouvé mauvais que ce monsieur continuât de marcher près d'elles, tout en causant; et, dans la conversation, le jeune homme avait répondu aux questions un peu curieuses qu'elle lui avait adressées, qu'il se nom-
mait Saintclair; qu'ayant perdu ses parents et n'ayant point de fortune, il s'était vu forcé d'utiliser son talent pour le dessin, il donnait des leçons; puis, comme il dessinait aussi bien la figure que le paysage, il faisait des portraits au crayon, au fusain ou à l'aquarelle.
Les médecins lui avaient ordonné le séjour de Vichy pour rétablir sa santé un peu chancelante, et il se trouvait fort bien de ce séjour, ayant plusieurs fois pu utiliser son talent en faisant les portraits des étrangers qui venaient aux eaux.
Alors, comme si le hasard avait parfaitement arrangé les choses, il se trouva que la charmante Adrienne avait un goût très-prononcé pour le dessin.
Plusieurs fois, elle avait témoigné à sa tante le plaisir qu'elle goûterait à reproduire sur le papier les sites pittoresques qu'elle avait sous les yeux, et sa tante avait soupiré en lui répondant qu'elle regrettait bien que son peu de fortune ne lui eût pas permis de lui avoir tous les maîtres que Ton donne habituellement aux demoiselles bien nées.
Mais cette rencontre n*avait pas manqué d'augmenter la vocation de la jeune fille pour dessiner le paysage, et elle s'était écriée, un peu imprudemment peut-être :
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— Ahl monsieur... que vous èles heureux de savoir le dessin I . . . C'es( un talent que j'aurais bien voulu posséder; il me semble que Ton ne doil jamais s*ennuyer quand on peut, avec un crayon, copier tout ce qui nous plalt.
La musique, c'est bien agréable, assurément ; mais on ne peut pas emporter son piano à la promenade, tandis que l'on peut toujours avoir sur soi son carnet et des crayons.
A cela, le jeune Saintclair n'avait pas manqué de répondre que, pendant le séjour de ces dames à Yichy, il s'estimerait fort heureux de pouvoir don* ner des leçons de dessin à une personne qui avait tant de vocation pour cet art. Il avait ajouté qu'il le ferait sans intérêt, se trouvant trop heureux d'avoir fait la connaissance de personnes aussi distinguées; que, d'ailleurs, cela lui rendrait un vé^ ritable service, parce que, reçu chez la comtesse de Marsanne, cela lui ouvrait les portes de toutes les personnes du grand monde qui se trouvaient à Vichy.
Enfin, le jeune homme avait été si poli, si convenable, que la tante s'était laissé convaincre, et dès le lendemain sa nièce recevait des leçons de dessin de M. Saintclair.
La jolie demoiselle avait fait des progrès rapides.
11 est à remarquer qu'une élève iail loujoui*;» des progrès rapides quand son maître lui platf. Elle étudiait son dessin toute la journée; quand on allait en promenade, M. Saintclair accompagnait ces dames, et lorsqu'on découvrait un point de vue digne d'être saisi , on s'asseyait sur l'herbe. Adrienne ouvrait bien vile Talbum qu'elle ayait acheté, et, guidée par les conseils de son maître, se mettait à jcopier le paysage.
Madame de Marsanne se montrait peut-être imprudente en permettant au maître de dessin de les accompagner sans cesse. Mais celui-ci était si respectueux, si circonspect près de son élève, que cela devait éloigner toute crainte ; d'ailleurs, la tante assistait toujours aux leçons que prenait sa nièce et ne laissait jamais le jeûne Saintclair en tële-itète avec son élève.
Tout cela n'empêcha pas le maître de dessin de devenir bien triste, et la jeune fille de pousser un gros soupir, lorsque la comtesse annonça un matin à sa nièce que leur séjour à Vichy ne pouvait pas se prolonger plus longtemps, et que le lendemain elles retourneraient à Paris.
Le maître et l'élève s'étaient compris sans se parler ; on parle si bien avec les yeux ! Mais il n'y avait pas moyen d'éviter cette séparation; il fallut