LA PETITE COUSINE
contraire de mes ordonnances... Est-ce que je tous ai prescrit de la graine de lin, 'moi?... Je vous ai dit: « Buvez du yin de quinquina... deux bonnes cuillerées par jour f du quinquina au madère. x> Cela vous rendrait de la force, cela redonnerait du ton à votre estomac, qui en a grand besoin. Au lieu de cela, vous vous mettez à la graine de lin I... Je renoncerai à vous soigner si vous continuez d'agir ainsi, je vous en préviens.
— Docteur, je craignais que ce vin de quinquina ne fût trop fort pour ma constitution délicate.
— Puisque je vous l'ordonnais, c'est que probablement il vous ét^it bon. Avez-vous confiance en moi, oui ou non?
M. Monlaurent balbutie un oui assez douteux, et murmure :
— Je prendrai du vin de quinquina.
— Et vous verrez que vous vous en trouverez bien. Ah I maintenant, mon cher monsieur Monlaurent, je vais m'acquitter d'une commission dont on m'a chargé près de vous. C'est un jeûne homme fort aimable, votre neveu Félix, que je viens de voir il n'y a qu'un instant. •• ,
— Mon neveu Félix ! ah 1 voilà un mauvais sujet ! J'en ai encore appris de belles sur son compte I Figurez-vous, docteur, qu'au mariage de son frère de lait où il servait de témoin, il s'est permis d'apporter de-
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vant le maire le marié ayant un pied chaussé et •*autre nu.
— Je sais cette anecdote, il me Ta contée.
— Et vous ne trouvez pas cela très-indécent? man- -quer de respect à l'autorité I
— L'autorité ne s'en est pas même aperçu! Et s'î n'avait pas pris ce parti-là, le mariage ne se serait pas fait.
— Je ne suis pas -de votre avis, monsieur le doc* teur, je n'excuse pas une telle inconvenance. Et de quelle commission vous a chargé ce mauvais garnement)
— Mon Dieu... je vous vois si mal disjiosé pour lui... je crains...
— Je ne puis plus être autrement pour mon neveu... Vous me trouverez de même un autre jour.
— Alors j'aime autant en finir tout de suite... d'ailleurs* cela presse. Votre neveu doit quatorze cents francs pour lesquels on le poursuit... il y a même prise de corps contre lui... Il cspcre donc que vous voudrez bien encore cette fois lui venir en aide et...
— Des dettes! encore des dettes! et il ose sladres^er à moi!... après avoicjuro... car il a juré qti'il n'en ferait plus, monsieur, lorsque l'année dernière jo payai les autres. Corbleu! est-ce qu'un honnête homme doit manquer à son serment?
«— Mais votre neveu est si jcune^ ,
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— Il n*y a pas d'excuses pour cela...
— Enfin, monsieur, il ne s'agît que d'une misérable somme, de quatorze cents francs, qu'est-ce que cela pour vousl
— Certainement je puis disposer de cette somme sans que cela me gène^ mais je ne veux pas encourager la mauvaise conduite... un garçon qui aime le vin, le jeu et les femmes! quelle horreur!
— Ehl mon Dieu, monsieur, il ne faut pas nous faire meilleurs que nous ne sommes ! nous avons tous ces goûts-là!...
— Non, monsieur, non, je ne les ai jamais eus, moi, monsieur, et je m'en fais gloire !...
— En tout cas, il me semble que vous ne vous en portez pas mieux pqur cela I . . .
— Je n'ai pas la goutte, moi, monsieur!
— Eh ! mon Dieu, tous les libertins ne l'ont pas Je ne manquerais pas d'exemples à vous citer. Mais revenons à votre neveu; vous ne voudrez pas laisser aller en prison le fils de votre sœur?
— Si, monsieur, je l'y laisserai aller, ce sera une bonne leçon pour lui!
En ce moment la jeune Emma entre dans le cabmet le son père, elle l'a entendu élever la voix, et après ftvoir salué le docteur, murmure :
— Qu'y a-t-il donc, mon père, comme vous paraissez agité... Est-ce que vous êtes en colère?
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