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docteur ne peut plus dire un mot sans rire aux éclats, que M- Flanqueite patauge et ne peut plus finir ses phiases, enhn qu6 îo négociant eo lorgnettes a les yeux hors de la tète, il quitte doucement la table, prend son chapeaa, et disparait.
VH AMOIHIEUX DE8INTERE986
Pénétrons maintenant dans la jolie maison, élégante et confortable du boulevard Malesherbe, habitée par la charmante Emma et cette dame au long nez, qu'on lui a donnée pour tutrice.
Depuis que la jeune fille a rencontré son cousin dans le parc de Monceaux, où il lui a avoué si franchement qu'il Taimait, où il lui a dit que jamais il n^aimerait une autre femme, Emma n'est plus la même, elle est devenue; pensive, rêveuse, elle se plait dans la solitude pour y interroger son cœur ; elle avait toujours éprouvé un secret penchant pour son cousin; mais on lui en disait tant de mal, on le lui peignait comme un
si mauvais sujet, qu'elle cherchait à le bannir de sr pensée lorsqu'il s'obstinait à y revenir.
Et puis, Félix ne lui avait pas encore dit qu'il Tai"* mait; elle le croyait au contraire sans cesse occupé de danseuses ou de femmes de théâtre; elle n'avait donc alors aucune raison pour nourrir au fond de son âme ce doux sentiment qui lui parlait en faveur de son cou* sin. Depuis qu'elle a rencontré Félix dans le parc do Monceaux, c'est bien différent! Tout est changé pour elle : elle sait qu'elle est aimée, adorée de celui au* quel elle pensait; et ce que lui a dit la ^petite mendiante a vivement augmenté ce penchant qu'elle éprouve pour son cousin. Elle ne peut plus croire tant ' de défauts à quelqu'un qui se montre si bon pour les malheureux. D'ailleurs, si Félix a été étourdi, mauvais sujet même, n'a-t-il pas dit qu'il était corrigé, et que maintenant il ne songeait plus qu'à travailler I
Voilà ce que dit souvent la jeune Emma à madame . Sarget lorsque celle-ci refuse de retourner se promener dans, le parc de Monceaux, en s'écriant :
— Nous pourrions y rencontrer encore votre cousin Félix ; il ne manquerait pas de venir vous parler, et je ne veux pas que vous entendiez les sottises, les extrar vagancos que vous débite ce monsieur.
— Mais madame, mon cousin ne dit pas de sot* Uses... Trouvez-vous donc que ce soit une extravagance de m'aimer? car voilà ce qu'il me dit.
— Vous aimer! Vous croyez cela, ma chère enfant, rous vous laissez prendre aux grandes phrases de ce jibertinl Mais ce n'est pas tous quUl aime, c'est Yotrc ibrtune, et pas autre chose I...
— Et pourquoi donc ne youlez-vous pas qu'il m*aime réellement, moi?
— Parce que les hommes qui courent après toutes les femmes ne sont pas capables d*en aimer une véritablement.
— Mais puisque mon cousin est corrigé, puisqu'il ne songe plus qu'à tra?ailler... que ses chefs sont contents de lui maintenant. . .
— Vous croyez celai... parce qu'il nous Ta dit... bon répondant... Qui a bu boirai... Chassez le naturel il revient au galop!... Vous savez que les proverbes sont la sagesse des nations I
— Non, madame, je ne le savais pas.
— Tenez, Emma, un jeune homme qui est digne de fixer vos regards, c'est M. Saint-Estève. Ah I voilà quelqu'un qui a de bonnes façons, qui est aimable... qui ne va que dans le beau monde... 11 ne se roule pas dans les coulisses avec des figurantes. Il est riche, il est très-joli garçon... Voilà un parti digne de vous, et il vous aime véritablement, ce jeune homme-là. Ce n*est pas pour votre fortune qu'il vous fait la cour.
— Qui est-ce qui vous prouve cela, madame ?
— Parce que ce monsieur, possédant quinze mille
francs de rente^ est déjà riche, et ne tient pas à trouver de la fortune chez la personne qu*il épousera. Il me Ta dit lui-même plusieurs fois.
— Mais je ne Taime pas, moi, ce M. Saint-Estève, il a Tair fatl...
— lia l'air comme il faut, mademoiselle; il n^a pas, il est vrai, le débraillé de ces coureurs d'estaminet I... Mais il ne sent pas le tabac, et cela fait son éloge.
L'année du deuil étant expirée, madame Sarget engagea M. Saint-Estève à venir les voir plus souvent; puis, changeant de batteries, elle se dit : « Il faut aller nous promener au parc de Monceaux, mais nous emmènerons M. Samt-Estève avec nous, de cette façon Félix verra qu'il y a un cavalier, un soupirant près d'Emma, et cela lui ôtera toute espérance de se faire aimer de sa cousine.
Nous savons que ce plan avait parfaitement réussi. Emma avait été très-contrariée de voir M. Saint-Estève renir se promener avec elles, mais elle n'avait pas pu s'y opposer; seulement elle avait refusé d'accepter son bras; et ce n'était pas sans dessein que, devant la petite mendiante, elle avait dit qu'elle préférait aller toute seule... Quelque chose lui faisait deviner que la petite fille rapporterait ses paroles à son cousin. Les femmes ont la prescience poyr ce qui concerne le cœur; nous autres hommes nous n'avons que la science, et encore!...
Cependant M. Saint-Estève, dont on ne veut pas prendre le bras, ne se rebute pas pour cela; il devient très-assidu chez madame Sarget, il ne se passe presque point de jour sans que ces dames neo:ecoivent sa visite. La tutrice d'Emma accueille fort bien ce jeune homme; elle le traite déjà comme le futur époux de sa pupille, bien que celui-ci n'ait encore obtenu aucune réponse salisfaisante de celle à qui il fait la cour.
Les occasions de déclarer sa flamme ne manquent point au beau Saint-Estève, qui trouve souvent Emma dans son jardin , taudis que la dame au long nez reste dans le salon.
Ce monsieur vient encore, avec la permission de madame Sarget, d'aller rejoindre la jeune fille qui est en train de soigner ses fleurs et fait une petite moue très-prononcée en voyant le jeune homme qui vient la troubler dans cette douce occupation.
M. Saint-Estève, qui voit Emma se laire un bouquet, ne manque-pas de s'écrier dès qu'il peut en être entendu :
— Oà f eut-on êCrs mtiix qnafu sm, de sa fa-mille!...
La jeune fdle relève la tête, regarde ce monsieur d'une fa(;on presque impertinente, et répond :
— Qu'est-ce que cela veut dire, monsieur?
— Comment, mademoiselle, vous me demandez ce
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que cela veut dire?... Mais il me semble que cela va tout seul!...
— Qu'est-ce qui va toul seul?
— Cette citatkon... que je crois avoir faite assez «i -propos d'un morceau de musique bien connu...
Et M. Saint-Estève se met à chanter :
— OU peut-on être mwix f OU peut-oti être mieux quau sein de sa famille!...
— Oh merci, monsieur, mais ce n'était pas la peine de chanter...
— Or, mademoiselle, je vous trouve parmi des fleurs... vous en êtes une autre, par conséquent vous êtes au sein de votre famille... c'est bien clair...
— Ah! oui, avec rcxplication on finit par comprendre...
— Parce que votre modestie vous empêchait de vous classer parmi les fleurs... et pourtant vous êtes la plus belle de toutes...
— Oh! monsieur, si vous saviez combien les' compliments m'ennuient, vous vous dispenseriez de m'en laire.
— Mais je ne vous fais pas de compliments... je vous dis une vérité.
— Mon cousin Félix ne me fait pas de compliments, lui... aussi j'aime beaucoup sa conversation.
M. Saint-Estève se mordait toujours les lèvres avec
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dépit quand Emma lui parlait de son cousin Félix. Il s'écrie :
— Mademoiselle, je ne me compare à ce monsieur .en aucune façon I... Il a sans doute beaucoup plut d'esprit que moi...
— Oh I mon cousin ne vfec pas à faire de l'esprit, monsieur!...
— Mais ce dont je suis certain, c'est qu'il ne vous aime pas avec cette sincérité... ce désintéressement qui me ferait vous préférer à toutes les femmes, lors même que vous seriez pauvre... que vous ne seriez qu'une modeste ouvrière, obligée de vivre de son travaill...
— Vous m'épouseriez si je n'étais qu'une pauvre ouvrière?... Ohl p^r exemple je ne crois pas cela, monsieur!...
-^ Âhl charmante Emma, je serais bien plus heu« reux 4u contraire, car vous verriez que c'est vous seule que j'aime... et puis, possédant, moi, quelque fortune, je pourrais vous enrichir, vous la faire parta* ger... Ah ! je vous le répèle, si vous ne possédiez rien, tous mes vœux seraient comblés!...
— Vous ne tenez donc pas à l'argent?
— Fi donc!... Qu'est-ce que Targent auprès de l'amour!... Un vil métal qui sert trop souvent à satisiaire les vices, les passions mauvaises... Un doux re-
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gard de celle que Ton aime, Toilà le premier des trésors!...
Madame Sarget, qui venait de quitter le salon pour aller rejoindre les jeunes gens et qui a entendu les dernières paroles prononcées par Saint-Estève, s'écrie -
— Oh! comme voilà bien des sentiments d^amoureux... mépriser la fortune !••• Certainement je ne dis pas qu'il faille l'idolâtrer; mais enfin elle ne nuit pas au bonheur, bien au contraire elle y contribue... L'amour, c^est fort bien... mais cela ne suffit pas... Ce n'est pas avec de Pamour que Ton achète des cachemires et des dentelles à sa femme. ••
— Grâce au ciel, madame, je suis assez riche pour satisfaire aux goâts d'une personne aussi bien élevée que mademoiselle... Et si elle était pauvre, je serais bien plus heureux, car elle me devrait tout!...
— Tout cela prouve votre désintéressement, jeune homme, et je n'en ai jamais douté, moi. Vous aimez Emma pour elle... c'est bien, cela... mais j'en suis bien fâchée, il faudra se résoudre à la trouver riche... très-riche même... bien plus que vous ne pensez...
— Quoi! madame?...
— Oui, oui, c'est une surprise que nous réservons à son futur époux... Faites en sorte que mademoiselle se décide à accepter votre main, et vous verrez!...
— Vous entendez, mademoiselle. ». serez-vous toujours si cruelle?
— Monsieur, je vous ai déjà dit que j'étais trop jeune, et que je ne voulais pas encore me marier.
Saint«*Estève s'incline et s'éloigne en faisant un superbe geste dramatique... Madame Sarget le reconduit en lui disant :
— Patience! patience... les jeunes filles refusAnt un jour, puis Yeulent bien le lendemain 1
LES FEMMES, LE JEU ET LE YIN S?l
Le lendemain de cette conversation avec M. Saint- Estève, Emma, tout en déjeunant avec madame Sargety lui dit :
— Madame, pourquoi doncuvez-vous annoncé hier à ce M. Saint-Estève que je serai beaucoup plus riche qu^on ne le pense?
— Mais, ma chère amie, parce que cela * ne peut pas manquer. Âvez-vous donc oublié ce que votre frère Victorin est venu faire ici il y a trois mois ?
— II est venu me prier de lui prêter cent trente mille francs pour une opération de commerce qui de*