Rœderer, Œuvres, t. IV, p
avant eux, il y eut des mariages heureux, des unions durables, des maris se faisant un devoir de la dignité domestique et de la fidélité conjugale, et des femmes s'en faisant un honneur. On pourrait signaler de ces exceptions jusqu'en pleine Régence. Parmi les exemples qu'on peut citer depuis cette époque, comment omettre celui de la comtesse de Bonneval, Faimable, la discrète, la touchante compagne du noble et parfois séduisant aventurier dont l'humeur indomptable et vagabonde paralysa les bonnes qualités, et qui finit par mourir en Turquie sous le turban d'un pacha ; et l'admirable femme de l'héroïque comte de Plélo; et la digne et pieuse veuve du regrettable comte de Gisors?
Sous Louis XV lui-même, si le vice était assis sur lo trône, la vertu n'y était-elle pas assise à côté de lui sous la figure de cette épouse, de cette mère, de cette l'cine irréprochable, qui s'appela Marie Leczinska? Si la domination des favorites souilla la demeure royale, celte profanation ne trouva-t-elle pas sa réparation et son expiation dans la chambre, pure comme un sanctuaire, de Madame Louise, cette fille de France qui voulut vivre et mourir saintement sous la bure de la carmélite? On ne parle, quand il s'agit du dix-huitième siècle, que des courtisanes qui s'affichent; on oublie trop les honnêtes femmes qui s'effacent; on s'indigne justement contre une Chateauroux, une Pompadour, une Du Barry; on néglige de se consoler par le nom de tant d'autres qui opposèrent à la galanterie couronnée une honorable résistance, qui refusèrent de voir un honneur enviable dans le déshonneur envié, une marquise de Flamarens, une marquise de Flavacourt, une comtesse de Périgord, une comtesse de Séran.
Si la seconde moitié du dix-lmilièmo siècle nous montre des intérieurs désolés par toutes les discordes domestiques, des maris et des femmes luttant l'an contre l'autre dans des procès scandaleux et se dillamant à l'en vi avec la collaboration, on peut dire la complicité de leurs propres enfants, comme ce ménage du marquis de Mirabeau dont M. de Loménie a étalé sous nos yeux les plaies intimes et fouillé les sombres mystères, avec un talent d'historien et de moraliste qui ajoute à notre estime et à nos regrets, nous pouvons nous consoler de ces tristes spectacles et de ces sévères leçons en suivant, par exemple, le guide pieux qui nous fait pénétrer dans le manoir patriarcal, plein de douces vertus et de grâces décentes, qui abrite la famille Costa de Beauregard. Plusieurs familles, même dans la plus haute noblesse, s'étaient préservées de la contagion du siècle, s'étaient tenues à l'écart des dangers de la cour et professaient fièrement le culte des anciennes mœurs. Les mémoires du temps nous permettent de citer comme types de ces intérieurs heureux les Graon, les Maurepas, les Luynes, les Brienne, les Garaman, les Beaumont, les Broglie dont on disait à Metz, rapporte Rœderer, que la maxime de la famille était :« Aimez vos femmes et vos châteaux *. »
Pour en revenir directement à notre sujet, la première partie de cette Etude sera consacrée à peindie quelques-unes de ces honnêtes femmes qui ne se piquèrent de philosophie que dans leurs idées, mais point dans leurs actions, qui honorèrent leur temps et
l. Rœderer^ Œuvres, t. IV, p. 131.
leur sexe en une époque de déchéance du rang et de décadence du sexe, dont la hardiesse d'esprit futinof* fensive, et dont la noblesse de cœur fut salutaire, à la vertu et au bonheur desquelles rien n'eut manqué, si leur vertu eût été moins profane et si leur bonheur se fût élargi des espérances de la foi. Ce qui leur manqua, d'autres le possédèrent, quand unroi honnête homme et une reine honnête femme montèrent sur le trône et y réhabilitèrent par leur exemple la pudeur domestique et les vertus du foyer. Dans cette société condamnée aux purifications du fer et du sang, que le triomphe de la philosophie avait corrompue, que n'avait pu racheter l'exception de quelques familles où, sans la foi des anciens jours, s'était du moins conservée intacte la dignité des anciennes mœurs, il se trouva, pour l'expiation et pour l'exemple suprêmes dont l'échafaud de la Terreur fut l'autel, des victimes assez pures pour opposer les plus consolants martyres de la foi aux plus tristes crimes de la raison.
Abordons maintenant avec respect ce second groupe d es f émîmes philosophes qui s'appelèrent, par exemple : la duchesse de Choiseul, la princesse de Beauveau, la marquise de Gréqui, M°»« Helvétius; puis nous apprendrons, de saintes et de martyres comme la duchesse d'Ayen, la vicomtesse de Noailles, M^^^ de Montagu, M°^« de La Fayette, dignes émules d'une Madame Elisabeth, le secret de cette vertu chrétienne, supérieure à la vertu profane d'une M"^" Roland de toute la hauteur du ciel. Cette vertu-là n'enseigne pas seulement à vivre, mais enseigne à mourir, même quand l'horreur d'une révolution ajoute à la difficulté de bien vivre et à. celle de bien mourir,
c|uand il n'y a plus de salons qu'en prison, quand le culte proscrit n'allume plus ses flambeaux furtifs que dans l'ombre des catacombes, quand le geôlier et le bourreau sont les deux seuls compagnons de la dernière heure, quand enfin le couvent de Fontenelle, de Voltaire, de Rousseau, n'est plus que le couvent de Sanson.
La duchesse de Choiseul nous a été révélée, il y a quelques années, par sa Correspondance avec la marquise du Deffand, publiée par M. le marquis de Saint- Aulaire.Ge fut une délicieuse surprise pour le monde lettré que la découverte de cette femme naturelle parmi tant de femmes artificielles ; et l'on respira avec un plaisir presque attendri ce parfum inattendu d'esprit délicat, de bon sens piquant, de raison ornée, de bonheur et de dévouement conjugal, qu'une rare modestie avait dérobé, en dehors de l'intimité, aux contemporains et qui avait gardé toute sa fraîcheur pour la postérité. Nous ne ferons pas à une personne d'autant plus charmante qu'elle semblait ignorer son charme, que l'admiration étonnait, qui ne prétendait qu'à ralfection des siens et au respect des autres, l'injure d'un éloge en règle. Nous nous bornerons à demander à deux témoignages contemporains l'impression juste de cette physionomie et de ce caractère.
Le premier croquis de cette figure, moins au point de vue physique qu'au point de vue moral, est dû à l'abbé Barthélémy, l'auteur du Voyage d'Anacharsis
le secrétaire intime, le factotum, Iq serviteur dévoué et l'ami fidèle de la famille de Clioiseul aux jours de prospérité et plus encore aux jours d'adversité, celui dont la correspondance, qui nous révèle une M°^^ de Choiseul inconnue, contient aussi des lettres qui nous font apparaître le savant et l'homme sous un jour piquant de bon sens enjoué et de malicieuse bonhomie. Attaché, dès le début de la prodigieuse fortune dont celui-ci était le seul à ne pas douter, en homme qui se sentait favori, et pour qui les scrupules n'étaient pas des obstacles, au duc de Choiseul, comte de Stainville, préludant au ministère par l'ambassade de Rome où, avant celle de Vienne, il donna la mesure de ses qualités et des défauts aimables qui ne le servirent pas moins que ses qualités, l'abbé écrivait dans ses Souvenirs, en songeant à la parfaite épouse que son mari appréciait sans la mériter :
« M™e de Stainville, à peine âgée de dix-huit ans. jouissait de cette profonde vénération qu'on n'actiorde communément quà un long exercice de vertus ; tout en elle inspirait de l'intérêt : son âge, sa figure, la délicatesse de sa santé, la vivacité qui animait ses paroles et ses actions, le désir de plaire, qu'il lui était facile de satisfaire, et dont elle rapportait le succès à un époux digne objet de sa tendresse et de son culte, cette extrême sensibilité qui la rendait heureuse ou malheureuse du bonheur ou du malheur des autres: enfin, cette pureté d"àme qui ne lui permettait pas de soupçonner le mal. On était en même temps surpris de voir tant de lumières avec tant de simplicité. Elle rétléchissait dans un âge où Ton commence à peine à penser. Elle avait lu avec le même plaisir et la même utilité ceux de nos auteurs qui se sont le plus distingués par leur profondeur et par leur élégance. Mon amour pour les lettres m'attira son indulgence, ainsi que celle de son époux, et dès ce moment, je me dévouai à eux, sans prévoir les avantages d'un pareil dévouement. »
Ce portrait so rapporte à la fin de l'année 175b. A cette époque, Louise-Honorine Crozat du Ghâtel, petite-fille du fameux financier qui balança, sur la fin du règne de Louis XIV, le crédit et l'influence de Samuel Bernard, et peut lui servir de pendant, était à peine âgée de dix-liuit ans et venait d'épouser le comte de Stainville, qui n'en comptait guère plus de trente-cinq. En voici un autre, tracé à une époque très postérieure, en 1766, par la main d'un observateur peu indulgent, mais ici, comme tout le monde, gagné par un charme irrésistible et gantant sa griffe de velours.
« La duchesse de Choiseul n'est pas très jolie, mais elle a de beaux yeux. C'est un petit modèle en cire, à qui l'on n'a pas permis, pendant quelque temps, de parler, l'en jugeant incapable, et qui a de la timidité et de la modestie. La cour ne l'a pas guérie de cette modestie ; sa timidité est rachetée par le plus séduisant son de voix, que font oublier le tour le plus élégant et l'exquise propriété de l'expression. Oh! c'est bien la plus gentille, la plus aimable et la plus honnête petite créature qui soit jamais sortie d'un œuf de fée! »
Voilà ce que Horace Walpole écrivait, le 5 mai 1766, à propos de la femme du comte de Stainville, devenu duc de Choiseul, premier Ministre, non sans l'appui de M™® de Pompadour, dont il avait gagné les bonnes grâces par un service diversement apprécié, mais qu'il est difficile de trouver héroïque, et qui, tour à tour le plus frivole des hommes sérieux, le plus sérieux des hommes frivoles, élevé par une favorite qu'il avait osé flatter, renversé par une favorite qu'il osa mépriser, devait terminer sa carrière, pleine de contrastes et de contradictions, comme son caractère, au milieu d'une popularité inconnue jusque-là aux disgrâces.
Dès le 1 1 janvier, il avait confessé son faible à lady Hervey et s'était mis au rang des conquêtes de la duchesse de Choiseul, dans les termes suivants :
ce Ma dernière nouvelle passion que je crois la plus forte, c'est la duchesse de Choiseul; elle a une jolie figure, pas très jolie : toute sa personne est un petit modèle; gaie, modeste, pleine d'attention avec la plus heureuse propriété d'expressions, une remarquable promptitude de raison et de jugement, vous la prendriez pour la reine d'une allégorie, qu'on craint de voir finir, autant qu'un amoureux, si elle voulait en admettre un, pourrait souhaiter d"en voir la fin. »
Nous connaissons le sentiment unanime de sympathie et de respect qu'inspirèrent de tout temps, aux témoins les plus divers, les qualités aimables autant que solides de la duchesse de Choiseul ; maintenant c'est elle-même que nous voulons interroger sur elle-même, sans crainte qu'elle démente cette sincérité dont elle fit toujours profession; c'est aux révélations de ses lettres que certainement elle n'écrivait pas pour la postérité, que nous voulons devoir successivement les traits essentiels de sa physionomie morale ; c'est de ses propres aveux que nous voulons tenir le secret de cette force morale, de cette autorité, de cette dignité, de cette vertu dont on ne constate pas le contraste avec la fragilité du corps qui servait d'enveloppe à une âme si énergique, avec les grandeurs d'un rang voisin de l'éclat suprême, avec les amertumes d'une disgrâce aussi profonde que le triomphe avait été haut, enfin avec les blessures secrètes d'un bonheur apparent, sans éprouver une admiration parfois attendrie par la pitié. Quelle avait été, dans la formation morale de cette femme si intéressante, la part de l'éducation reçue, de l'influence maternelle, par
exemple? M^*'^ de Ghoiseul nous le dit; elle dut peu aux autres, beaucoup à elle-même. Elle écrivait à M°^° du Deffand ;
«Vous croyez que mon éducation a été excellente, parce que ma mère a été une femme d'esprit ; mais cette éducation a été la plus nulle de toutes ,, et c'est peut-être encore ce qu'elle a eu de mieux, car au moins ne m"a-t-on pas donné les erreurs des autres. Si j'ai acquis quelque chose, je ne le dois ni aux préceptes, ni aux livres, mais à quelques disgrâces. Peut-être l'école du malheur est-elle la meilleure de toutes quand ces malheurs ne sont pas de nature à avilir rame ou que l'àme n'est pas de trempe à se laisser avilir. Les passions peut-être sont le plus grand des maîtres comme le plus grand des obstacles, c'est la force proportionnée à la résistance... »
A un autre endroit, M°^^ de Ghoiseul nous révèle le principe dominant, la maxime dirigeante que lui répétait souvent sa mère, et dans laquelle se résuma toute son éducation, plus négative que positive, comme on va voir : « Ma fille^ n'ayez pas de goûts. » Il y a de la sagesse dans cette maxime, surtout quand on la prend dans le sens que lui donne ï Imitation, à laquelle sans doute elle était empruntée : « Fili^ sta sine electione. » Mais cette recette de direction mystique qui signifie : « Soyez soumis à tout, soyez prêts à tout ; ne substituez pas à l'action de la grâce, qui veut une âme docile, au souffle d'en haut, qui est doux aux humbles et rude aux rebelles, l'orgueil de la volonté humaine, Tégoïsme de vos préférences », avait été détournée par la frivolité du dix-huitième siècle vers un sens, tout profane et presque épicurien, d'indifférence commode à toutes choses.
. M°^^ de Ghoiseul ne Tentendit pas tout à fait ainsi; elle fut sans goûts, c'est-à-dire sans choix trop arrêté,
ài6 LES FEMMES PHILOSOPHES
sans prédilection trop passionnée, moins par indifférence que par raison ; mais elle ne réduisit pas son initiative aux bornes étroites de la passivité ; elle demeura une âme active, et sur certains points, singulièrement résolue ; elle ne s'endormit point sur le commode oreiller de cette morale abaissée qui consistait à se laisser vivre, à se laisser aller à la dérive des événements et des passions; elle évita notamment de partager les préjugés de sa société en ce qui touche deux points essentiels : elle se garda du fétichisme philosophique; elle refusa son hommage à cette morne et aveugle idole des boudoirs de son temps : V ennui. Nulle part ailleurs que dans ses lettres, on ne trouve de plus dures vérités à l'adresse de Voltaire et de Rousseau, qu'elle juge sainement, sévèrement, et vis-à-vis desquels elle garde une indépendance qui va jusqu'au pei'siflage. Nulle part non plus la maladie à la m.ode, ce goût du néant, ce vide moral auquel correspond physiquement et médicalement l'affection étrange appelée « vapeurs », n'ont été plus finement analysés, plus exactement décrits et plus sensément combattus.
Elle est d'elle, et à vingt-six ans, cette pénétrante lettre sur l'ennui adressée à M'^^ du Dcffand, que par un badinage plus d'une fois justifié par les puérilités de sa correspondante et sa raison précoce, elle appelait, en dépit d'un demi-siècle de différence d'âge, « sa petite fille. »
« Savez-vous pourquoi vous vous ennuyez tant, ma chère enfant? C'est justement par la peine que vous prenez d'éuiter, de prévoir, de combattre l'ennui; vivez au jour la journée, prenez le temps comme il vient; profitez de tous les moments, et avec cela vous verrez que vous ne vous en-
nuierez pas. Si les circonstances vous sont contraires, cédez au torrent et ne prétendez pas y résister; si l'on oppose une digue trop faible en raison du volume d'eau qu'elle doit contenir, elle sera brisée; mais ouvrez la digue, l'eau s'écoulera et la digue ne sera seulement pas endommagée; croyez-moi, le mal qu'on se résout à supporter est bientôt passé, et il n'en reste rien après lui; surtout évitez le malheur toujours dupe et superflu de la crainte. Celui-là n'est pas dans la nature des choses, il n'est que dans la nôtre, et nous doublons le mal par l'action rétroactive que nous lui donnons en le craignant. Je ne prétends pas vous dire que j'en sois déjà venue au point de suivre exactement la morale que je vous prêche; mais en vérité, à force de réflexion, et j'ose dire de courage, je suis bien près de la mettre en pratique; avec un cœur chaud, qui a besoin d'aliments, et une imagination vive, qui a besoin de pâture, j'étais plus disposée au malheur et à l'ennui que personne. Cependant je suis heureuse et je ne m'ennuie pas. Jugez de là, ma chère enfant, qu'il vous est possible aussi d'être heureuse, et soyez-la, je vous en prie i.»
M'"'^ du DcfTand, conformément à ce conseil, faisait effort pour être heureuse, et n'y réussissait pas, parce qu'elle cherchait le honheur hors d'elle-même, dans les choses et les personnes, qui surprennent ou trompent toujours, et qu'on ne peut point accommoder à son goût, au lieu de le chercher en elle-même, car le bonheur est en nous, puisqu'il ne réside que dans ridée que nous sommes heureux, idée que peuvent seulement permettre la paix de la conscience et le silence des passions. Mais si M'"^ du Deffand n'était pas heureuse, elle en convenait sans aigreur, sans récriminations; c'était une malade aimable, qui ne cherchait point à faire porter aux autres la peine de SCS désabusements, et qui mettait de la coquetterie,
1. Correspondance, etc., publiée par le marquis de Saint- Aulaire, t. I, p. 24.
étant ennuyée, à n'être pas du moins ennuyeuse. M°^« de Choiseul Ten félicitait et voyait dans ce pâle sourire un symptôme de guérison.
« Vous me parlez de votre tristesse avec la plus grande gaieté et de votre ennui de la façon la plus amusante du monde.Vous faites donc aussi du courage, ma chère enfant? C'est ce qu'on a de mieux à faire quand on n'en a pas. Entre en faire et en avoir, il y a loin ; mais c'est pourtant à force d'en faire qu'on en acquiert. Oh! comt)ien j'en ai fait dans ma vie!... Soupez peu, ouvrez vos fenêtres, promenez-vous en carrosse, et appréciez les choses et les gens. Avec cela vous aimerez peu, mais vous haïrez peu aussi. Vous n'aurez pas de grandes jouissances, mais vous n'aurez pas non plus de grands mécomptes, et vous ne serez plus triste et ennuyée et malade i... »
Ce qui avait mis de bonne heure M°^^ de Choiseul en garde contre l'ennui, ce qui lui faisait à la fois hiâmer et plaindre ses victimes, c'est que non seulement l'ennui était à ses yeux une défaillance morale, mais encore un dissolvant social. Il est impossible de plaire aux autres, quand on se déplaît à soi-même. . L'ennui engendre la misanthropie, l'hypocondrie, l'humeur enfin, ce fléau de l'intimité, cette peste des relations sociales. De là ce joli passage d'une lettre de M°^^ de Choiseul à M"^^ du Deffand, en date du 20 juin 1770 :
«Ah! mon Dieu! je pense bien comme vous sur l'humeur; c'est un défaut qui équivaut à tous les vices; il rend injuste, parce qu'on ne peut se justifier de ses propres torts que par son injustice; il rend haineux, parce que l'on hait ceux à qui on a fait injustice; il rend vindicatif, parce que le propre de la haine est la vengeance! il donne de la férocité au carac-