Correspondance, etc., p
tore le plus doux, de la dureté au cœur le plus sensible ; il rend léger, parce qu'il change l'amour en haine; il rend inconséquent parce qu'il rend léger, il donne l'apparence de la fausseté parce qu'il rend inconséquent. Si j'avais une prière à adresser à Dieu, je lui dirais tous les matins: Mon Dieu! gardez-moi de l'humeur que je pourrais avoir et de celle que je pourrais donner ^ ! »
M"'^ de Ghoiscul, si pratique, si ferme, si décisive dans ses conseils sur l'ennui, ne Tétait pas moins dans son appréciation impartiale, et, pour le temps surtout, d'une critique supérieure, des personnages célèbres dont le prestige aveuglait tant d'hommes et surtout tant de femmes autour d'elle. Il existe d'admirables lettres d'elle sur Rousseau et sur Voltaire.
« Je ne serais pas du tout étonnée qu'on me prouvât que Rousseau n'est pas un honnête homme ; et je parie bien, par parenthèse, que ma petite fille (3/me cfu Deffand) ne le serait pas plus que moi. Mais je pourrais l'èti-e davantage, si l'en me prouvait qu'un homme toujours subjugué par sa vanité, qui s'est fait singulier pour se rendre célèbre, qui s'est toujours refusé au doux plaisir de la reconnaissance pour se soustraire à la plus légère obligation; qui a prêché toutes les nations, leur criant : « Écoutez, je suis l'oracle de la vérité, mes manières bizarres ne sont que la marque de ma simplicité, dont la candeur de mon front est le symbole; je suis le fa-t bricateur des vertus, l'essence de toute justice... » et de là, portant le trouble dans les sociétés, a fini par lever l'étendard de la révolte dans son propre pays, a souffle le feu de la discorde entre ses concitoyens, les a armés les uns contre les autres, en répandant des écrits séditieux dans le peuple; je serais bien étonnée, dis-je que cet homme fût un honnête homme!... Rousseau est peut-être un des auteurs qui ont le plus d'esprit, qui a écrit avec le plus de chaleur, dont l'éloquence est la plus séduisante;... il nous a prêché une bonne