Mémoires de l'abbé Morellet, t. I, p
MADAME HELYETIUS 347
prononcent point comme les autres les mots de mon mari, ma femme, mes enfants. »
Après la mort de son mari, qui fit passer en d'autres mains les terres où elle avait répandu ses Lienfaits, M°^^ Helvétius se retira à Auteuil, dans une maison que ne fréquenta pas le monde, qu'elle n'aimait pas, mais où une hospitalité familière, presque maternelle, dont ses vingt mille livres de rentes lui permettaient le luxe, qui était son unique plaisir, attira et retint auprès d'elle les amis dont elle ne pouvait se passer. L'abbé Morellct, Turgot, Chamfort, Franklin y furent souvent ses hôtes. L'al^hé de la Roche et Cabanis y furent ses commensaux. Le superflu de son inépuisable bonté, elle Fémiettait à toute une colonie d'animaux domestiques et favoris, ses oiseaux, ses chiens et surtout ses chats, qui n'étaient pas moins de dix-huit, oisifs, voluptueux, se caressant égoïstement à elle, comme eut dit Rivarol, et que Morellet nous montre « mangeant tout ce qu'ils attrapent, ne faisant rien que tenir leurs mains dans leurs robes fourrées et se chauffer au soleil, et laissant la maison s'infester de souris ».
C'est laque M™^ Helvétius vécut jusqu'à la fni du siècle, dans une solitude ornée d'amis et une retraite heureuse. C'est là qu'à propos de sa liaison avec, on peut dire de son adoption de Cabanis, l'auteur d'un magistral portrait de ce dernier i, a peint « cette femme respectable, belle encore malgré son grand âge, douée d'une grâce rare et d'une exquise bonté, spirituelle sans aucun savoir, vertueuse avec facilité, se