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Madame de Montagu. p

2. Vie de M^^ la duchesse d'Ayen, par M^e de La Fayette, p. 22.

constance importante de leur vie. M'^^ de Montagu, ;^jmc ([q La Fayette, M"^*" de Grammont, dignes lill^s d'une telle mère, dignes élevés d'une telle maîtresse, trouveront et citeront de mémoire le verset appropiir, et f[ue leur érudition religieuse édifiera des prêtres Llanchis sous le harnois. La duchesse d'Aven fréquentait les sacrements avec une ferveur qui lui taisait trouver toujours trop rares ces intimes entrevues avec Dieu de la communion. Mais sa dévotion n'avait rien de banal, et elle ne permit pas que ses filles s'approchassent de la table eucharistique avant d'avoir fourni à ses scrupules les plus incontestables témoignages de leur préparation. II était déjà question d'un établissement pour les deux sœurs aînées, et on agitait. dans les conciliaI)ules discrets des chefs de la famille, des projets d'union pour elles avec le vicomte de Noaillcs et le marquis de La Fayette, eux-mêmes fort jeunes encore, que ni la future vicomtesse, ni la future marquise n'avaient pas encore été admises à faire leur première communion.

Cette solennité qui consacre Tinitiation à la vie religieuse ne précéda que de peu de temps le mariage de la vicomtesse de Noailles ; et la marquise de La Fayette, qui épousa, le il avril 1775, à quatorze ans et demi, un mari de dix-sept ans, ne lit, sur l'avis maternel, sa première communion qu'à seize ans. peu de temps avant de devenir mère elle-même pour la première fois d'une lille (15 décembre 1775i. Chez cette personne d'une imagination ardente, dune générosité profonde, deslin^'c à un rôle héroïque, la maturité du coeur avait précédé celle de l'esprit, et sa mère, rassurée depuis longtemps sur ses sentiments, avait tenu a l'être de même sur ses idées et à voir disparaître jusqu'au dernier les doutes

qui avaient un moment obscurci et troublé cette raison bientôt si ferme, éclairée bientôt par une foi si sereine.

Nous abandonnons un moment les filles de M"^<^ la duchesse d'Ayen pour revenir à elle et ne plus la quitter qu'au moment où, couronnant par le sacrifice suprême les mérites de sa vie, elle monta sur l'échafaud pour monter au ciel. Intelligence éclairée autant que cœur droit, âme généreuse autant que pieuse, la duchesse d'xA.yen était peu disposée par son caractère et ses traditions à l'enthousiasme politique qui, en 1789, enivra tant d'hommes et tant de femmes ; elle avait su faire cependant tous les sacrifices que permettaient ses scrupules, et qu'inspirait l'esprit de patience, de concorde et de paix qui dominait toutes ses actions, à des illusions qu'elle ne partageait pas.

Lors des premiers événements de 89, auxquels son gendre préféré avait pris une part si notable, comme lors de sa chevaleresque campagne au profit de l'émancipation américaine, elle n'avait pas le moins du monde blâmé sa fille du plus légitime des entraînements, et s'était associée au contraire à ce dévouement passionné pour son mari qui lui avait fait trouver sa gloire là où était son devoir. Grâce à elle une famille divisée, comme tant d'autres en ce moment, d'opinions, était demeurée unie par cette estime et cette affection qui devraient toujours résister aux divergences politiques. Grâce encore à son influence tutélaire qui lui survécut quand elle ne fut plus, la concorde de la famille résista à bien plus que des dissidences d'idées, et la tempête révolutionnaire ne déracina pas les sentiments qu'elle avait de bonne heure

semés dans rame de ses filles, et dont elle avait eusuite cultivé les germes de façon à défier toute secousse.

Quand vinrent les jours de la Terreur, ces jours qu'un chroniqueur du temps appelle les Jours ca,nicu' laires de la révolution, arrivée au maximum d'intensité de sa fièvre et de son exaltation, le bilan de la famille compta des dates sinistres, des vides sanglants. A la fin de l'année 1794, La Fayette, héros, puis dupe, puis victime d'événements qu'il n'avait pas plus que Mirabeau, que Dnmouriez, pu diriger après les avoir suscités, était prisonnier dans la citadelle d'Olmutz, flétri par ceux qui l'avaient exalté, captif de ceux auprès desquels il s'était réfugié. Sa femme, demeurée en France pour défendre les biens de ses enfants et surtout l'honneur de leur père proscrit, expiait dans une prison le crime de son courage et de sa fidélité, et échappée par miracle à la mort tragique qui avait moissonné dans son aïeule, sa mère et sa sœur, la fleur innocente de trois générations, n'attendait sa délivrance que pour aller partager dans une geôle autrichienne le sort de son mari et de ses compagnons. M°^^ de Montagu avait dû suivre son beau-père et son mari à travers les vicissitudes de l'émigration. M°^^ deGrammont et son mari, ce dernier après avoir donné au roi, le 10 août, d'héroïques marques de sa fidélité, erraient sur les frontières de cet exil de Suisse où le duc d'Aven, non moins courageux champion que son gendre de l'agonie de la royauté, avait trouvé un asile. A cette famille ainsi divisée et dispersée il demeura toujours, comme signe de ralliement après la perte de tous les autres, le signe de la foi chrétienne, et aux courtes et rares

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entrovaes des rendez-vous de leur exode, les sœurs fugitives se retrouvèrent toujours, vêtues du môme deuil, animées des mêmes regrets et des mêmes espérances, pour pleurer en commun les douleurs de leur cœur, et prier en commun les saintes de leur famille, dont il nous reste à raconter le martyre.

La duchesse d'Aven et la vicomtesse delSoailles, jusqu'au printemps de 1793, n eurent à craindre et à soutïrir que pour les autres la persécution qui préparait contre elles toutes ses rigueurs, ayant semblé d'abord les épargner. C'est M™'' de La Fayette et son mari qui. causaient leurs sollicitudes. Le mari gisait au fond d'un cachot et la femme, tout entière aux soucis de répouse, de la mère, de la chrétienne, se débattait vaillamment, à Chavaniac et au Puy, contre la menace d'un sort qui pouvait être pire. Le vicomte de Noailles était en Angleterre, où sa femme attendait pour le rejoindre qu'elle pût le faire sans dommage pour ses devoirs filiaux, sans préjudice pour ses devoirs maternels. Au 20 juin, la duchesse d'Aven et ses deux lîUes, la vicomtesse de Noailles et la marquise deGrammonl étaient encore à l'hôtel de Noailles sans y avoir été inquiétées. Mais jugeant avec raison de plus en plus dangereux le bruyant voisinage des Tuileries, de l'Assemblée et des Jacobins, elles avaient cherché un asile plus tranquille et plus sûr dans une petite maison du faubourg Saint-Germain, où elles subirent la nuit d'angoisse du 10 août.

Le duc d'Ayen et le marquis deGrammont, naturellement suspects, compromis d'ailleurs par leur dévouement courageux dans la dernière journée de la royauté, jugèrent bientôt le séjour de Paris incom-patihle avcr leur siircté et rai^mo celle des leurs, dans

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cet hôtel de Noailles, où il avait fallu, par ordre de l'ombrageuse Commune, réintégrer le domicile de la famille. M. et M™« de Grammont, dès le 2 septembre, étaient sortis, non sans peine, de Paris, et se cachaient en Franche-Comté. Le duc d'Ayen ne tarda pas à aller reprendre son asile de Suisse.

Pendant ce temps. M™'' d'Ayen et la vicomtesse de NoailleSj oublieuses de leurs intérêts, encore plus du danger, se partageaient entre Poissy. où habitnit ^jme d'Aguesseau, et Saint-Germain où le vieux maréchal de Noailles expira dans leurs bras après leur avoir dû les consolations de son agonie. Ce zèle pieux recevait sa récompense dans la satisfaction du devoir accompli, et s'il eût été capable de défaillance, il eut bien vite trouvé du réconfort aux exhortations et à l'exemple de ces pasteurs tenaces qui, dans l'ombre sourde des greniers ou des caves, nouvelles catacombes, allumaient furtivement, pour leurs ouailles fidèles, la lampe du sanctuaire.

Le décret du 17 septembre 1793 les surprit aux premiers jours de leur retour à Paris ; et dès le commet-cement d'octobre la veuve du maréchal, sa belle-UUe et sa petite-fille furent consignées dans l'hôtel, sous la surveillance de gardiens encore indulgents. Elles purent recevoir des visites, et l'instituteur des enfants de la vicomtesse de Noailles, M. Grellet, répondant à ce secret désir qu'il avait deviné, leur procura la connaissance d'un de ces prêtres doués de l'esprit indomptable de l'Kvangile, qui, par un défi quotidien à la mort, continuaient, à la faveur de lliabit laïque, et des apparences peu suspectes d'un métier manuel, les plus délicates et les plus terribles fonctions de leur ministère, visitant le? prisoiuiiers, et accompagnant

les condamnés jusqu'à l'échafaud de leur invisible bénédiclion.

C'est une grâce que les dames de Noailles avaient demandée au P. Garrichon, qui, édifié de ce sangfroid dans la prévision, la leur promit bien avant qu'elles pussent craindre d'en avoir besoin. Ce moment arriva, vers le mois de mai 1794, où elles furent arrêtées dans le petit logement qu'elles habitaient après avoir été chassées de l'hôtel patrimonial.

Après avoir été promenées, pendant trois jours, de prison en prison, les geôliers alléguant l'encombrement ou contestant sur les irrégularités de ces arrestations où l'on négligeait déplus en plus les formes, elles reçurent enfm au Luxembourg la sinistre hospitalité de l'écrou. Elles étaient presque sans ressources, le joaillier qui avait acheté delà duchesse d'Ayen ce qui lui demeurait de diamants, ayant fait défaut au payement après le premier acompte, pour cause de condamnation révolutionnaire, et étant monté sur l'échafaud le lendemain même du marché

Le prix de quelques chiliens et bardes de la vicomtesse de Noailles, et le petit pécule du précepteur de ses enfants, qui vida sa bourse dans leur poche, leur servit à vivre en prison, où elles trouvèrent moyen de soulager par leurs soins et de fortifier par leur exemple la duchesse d'Orléans, leur compagne de captivité, qui n'était pas plus riche qu'elles, et par surcroît était malade. Les dames de Noailles firent au JiUxcmbourg une autre rencontre encore plus douloureuse pour elles.

« Elles y trouvèrent M. le maréchal et M^^e la maréchale de Moucliy, qui y étaient déjà détenus depuis cinq mois. On les logea dans un petit entresol très étroit, au-dessus de la

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chambre qu'occupaient leurs parents. Cette chambre était elle-même au-dessus de celle où était née la maréchale de Mouchy, (fui avait été Piralemcnt mariée au palais du Luxembourg. Triste rapprochement! Et quels entretiens devaientils avoir ensemble? Ces dames eurent la douleur, deux mois après, de voir le maréchal et la maréchale de Mouchy partir pour le supplice. Ils ne faisaient qu'en montrer le chemin t. »

La duchesse d'Aveu céda à la princesse malade, qui couchait sur un grabat, son lit de sangle et veilla une nuit sur deux au chevet de lauguste veuve. La vicomtesse de Noailles, tout en partageant avec sa mère ce pénible service, s'occupait, dans leurs plus vulgaires détails, des soins du ménage, levant le matin, après l'avoir couchée le soir, sa grand'mère la maréchale de Noailles, arrivée à ce degré d'âge et d'infirmité, où la vieillesse semble retourner à la puérilité, l'habillant, la peignant avec une filiale maternité, faisant les lits, lavant la vaisselle, trouvant le temps de prier, et le courage d'égayer de Tenjouement de sa vertu la mélancolie de cette vie cellulaire.

Deux fois par semaine, sous prétexte de prendre l'air, elle montait, à une heure convenue, à un étage du Luxembourg d'où elle apercevait, par une fenêtre, ses trois enfants, postés dans le jardin avec leur précepteur, à l'affût de son lointain baiser; parles allants etvenants, les entrants et sortants dans cette prison devenue l'hôtellerie deTéchafaud, elle apprenait et communiquait quelques nouvelles. Elle pouvait faire passer à sa sœur, M°^® de La Fayette, transférée de la prison de Brioude dans celle du Plessis, de ten-

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