‹ Les femmes savantes; comédie en cinq actes. Ed. nouv., à l'usage des classesChapitre 89 sur 99 · CHRYSALE, CLITANDRE, HENRIETTE, MARTINE · texte numérisé non relu

CHRYSALE, CLITANDRE, HENRIETTE, MARTINE

CHRYSALE

Ah ! ma fille, je suis bien aise de vous voir ; Allons, venez-vous-en faire votre devoir, Et soumettre vos vœux aux volontés d'un père. Je veux, je veux ^ apprendre à vivre à votre mère : Et, pour la mieux braver, voilà, malgré ses dents % Martine que j'amène et rétablis céans.

HENRIETTE

Vos résolutions sont dignes de louange ;

Gardez que cette humeur, mon père, ne vous change :

Soyez ferme à vouloir ce que vous souhaitez.

Et ne vous laissez point séduire à vos bontés.

Ne vous relâchez pas, et faites bien en sorte

D'empêcher que sur vous ma mère ne l'emporte.

CHRYSALE

Comment ! me prenez-vous ici pour un benêt ?

HENRIETTE

M'en préserve le ciel !

CHRYSALE

Suis-je un fat, s'il vous plaît ?

HENRIETTE

Je ne dis pas cela.

CHRYSALE

Me croit-on incapable Des fermes sentiments d'un homme raisonnable ?

HENRIETTE

Non, mon père.

CHRYSALE

Est-ce donc qu'a l'âge où je me voi Je n'aurais pas l'esprit d'être maître chez moi?

1. Remarquez la plaisante répétition des mots volonté, je veux; Chrysale cherche à se monter la tète, i. Bien qu'elle doive me montrer le5 deuts, malgré elle. Cf. Sgan., xvii :

\<;i autres accidents

Qui nous viennent happer en dépit de nos dent).

0 4 LES lEMMES SAVANTEgr;

HENRIETTE

Si fait.

CHRYSALE

Et que j'aurais cette faiblesse d'âme . De me laisser mener par le nez à * ma femme ?

HENRIETTE

Eh I non, mon père.

CHRYSALE

Ouais ! Qu'est-ce donc que ceci ?

Je vous trouve plaisante à me parler ainsi.

HENRIETTE

Si je vous ai choqué, ce n'est pas mon envie.

CHRYSALE

Ma volonté céans doit être en tout suivie.

HENRIETTE

Fort bien, mon père.

CHRYSALE

Aucun, hors moi, dans la maison iN'a droit de commander.

HENRIETTE

Oui, VOUS avez raison.

C'est moi qui tiens le rang de chef de la famille.

HENRIETTE

D'accord.

CHRYSALE

C'est moi qui dois disposer de ma fille.

HENRIETTE

Eh 1 oui.

CHRYSALE

Le ciel me donne un plein pouvoir sur vous.

HENRIETTE

Qui vous dit le contraire ?

CHRYSALE

Et, pour prendre un époux, Je vous ferai bien voir que c'est à votre père Qu'il vous faut obéir, non pas à votre mère.

HENRIETTE

Hôlas ! vous flattez là les plus doux de mes vœux : Veuillez être obéi, c'est tout ce que je veux.

1. A pour par. Cf. Racine : « Je me bissai conduire à ce( aimable guide. •

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