‹ Les femmes savantes; comédie en cinq actes. Ed. nouv., à l'usage des classesChapitre 90 sur 99 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

PHILAMINTE , BÉLISE , ARMANDE , TRISSOTIN , UN NOTAIRE , CHRYSALE , CLITANDRE , HENRIETTE , MARTINE.

PHILAMINTE, au notaire.

Vous ne sauriez changer votre style sauvage ^,

Et nous faire un contrat qui soit en beau langage 7

LE NOTAIRE

Notre style est très bon : et je serais un sot, Madame, de vouloir y changer un seul mot.

BÉLISE

Ah 1 quelle barbarie au milieu de la France î Mais au moins, en faveur, monsieur, de la science, Veuillez, au lieu d'écus, de livres et de francs, Nous exprimer la dot en mii.es et talents. Et dater par les mots d'ides et de calendes ^.

LE NOTAIRE

Moi ? Si j'allais, madame, accorder vos demandes, Je me ferais siffler de tous mes compagnons.

PHILAMINTE

De cette barbarie en vain nous nous plaignons.

1. Ce n'est pas là un solécisme, mais simplement un archaïsme. Cf. Régnier, Sat.XlY:

Hais qu'est-il de besoin de las aller choquer T

i. c'est une épithëte chère à Philamiiite, Elle a condamné plus haut. rimpropriété d'un mot sauvage et bas.

3. Dans une satire en prose, intitulée le Barbon, Balzac nous parle d'un homme qui a la manie d'exprimer les sommes d'argent en mines et taUnls. « Je vous laisse à penser si un homme de cette humeur date ses lettres du premier et du ■vingtième du mois, ou bien des calendes et des ides... Il compte son âge quelquefois par lustres^i quelquefois par Olympiades, etc. »

Allons, monsieur, prenez la table pour écrire.

(Apercevant Martine.) Ah ! ah ! cette impudente ose encor se produire ! Pourquoi donc, s'il vous plaît, la ramener chez moi ?

CHRYSALE

Tantôt avec loisir on vous dira pourquoi : Nous avons maintenant autre chose à conclure.

LE NOTAIRE

Procédons au contrat. Où donc est la future ?

PniLAMINTE.

Celle que je marie est la cadette.

LE NOTAIRE

Bon.

CHRYSALE, montrant Henriette.

Oui, la voilà, monsieur : Henriette est son nom.

LE NOTAIRE

Fort uien. Et le futur ?

PHILAMINTE, montrant Trissotin.

L'époux que je lui donne Est monsieur.

CHRYSALE, montrant Clitandre

Et celui, moi, qu'en propre personne, Je prétends qu'elle épouse, est monsieur.

LE NOTAIRE

Deux époux ?

C'est trop pour la coutume.

PHILAMINTE, du notaire.

Oi^i vous arrêtez-vous ?

Mettez, mettez, monsieur, Trissotin pour mon gendre.

CHRYSALE

Pour mon gendre, mettez, mettez, monsieur, Clitandre.

LE NOTAIRE

Mettez-vous donc d'accord ; et, d'un jugement mûr, Voyez à convenir entre vous du futur.

PHILAMINTE

Suivez, suivez, monsieur, lechoix où je m'arrête.

CDRYSALE.

Faites, faites, monsieur, les choses à ma tôte.

LE NOTAIRE

l>ites-moi donc à qui j'obéirai des deux.

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