‹ Les femmes savantes; comédie en cinq actes. Ed. nouv., à l'usage des classesChapitre 91 sur 99 · ACTE, V SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE, V SCÈNE III

PHILAMINTE, à Chrysale.

Uuoi donc ! vous combattrez les choses que je veux I

CHRYSALE

Je ne saurais souffrir qu'on ne cherche ma fille

Que pour l'amour du bien qu'on voit dans ma famille.

PHILAMINTE

Vraiment, à votre bien on songe bien ici !

Et c'est là, pour un sage, un fort digne souci !

CHRYSALE

Enfin pour son époux j'ai fait choix de Clitandre.

PHILAMINTE, montrant Trissotin.

Et moi pour son époux voici qui je veux prendre. Mon choix sera suivi, c'est un point résolu '.

CHRYSALE

Ouais ! vous le prenez là d'un ton bien absolu !

MARTINE

Ce n'est point à la femme à prescrire, etje sommes Pour céder le dessus en toute chose aux hommes *.

CHRYSALE

C'est bien dit.

MARTINE. I

Mon congé cent fois me fût-il hoc •, ■ La poule ne doit point chanter devant le coq *.

Sans doute.

I. Ces façons de parler sont ordinaires à Philaminte. Voyez plus haut, II, vin : La contestation est ici superflue Et de tout point chez moi l'aiïaire est résolue.

S. Martine, à partir de ce moment, va développer cette idée : la femme doit obéissance au mari. Ce n'était pas encore un article du code, mais on la trouve eiprimée à cha(]ue instant dans nos anciennes poésies, farces ou fabliaux. C'est là que Molière ira prendre quelques-uns des dictons qu'il met dans la boucbe de Martine.

3. Le sens de cette locution n'est pas douieux. Elle signifie : mon congé me fut-il assuré. Mais on en explique l'origine de diverses faç' ns. Les uns la tirent du jeu de hoc, c'est-à-dire d'uu jeu où l'on dit hoc en jouant une carte dont on est sûr. D'après Génin hoc signitiait croc dans l'ancienne langue, « un hoc à tanneur, de quoi l'on trait les cuirs hors de l'eaue. » Eoc serait alors le nom de l'instiument mis pour celui du butiu qu'il procure. Moland croit que hoc est tout sinipieraent le mot latin, resté dans le sens île cela, ce qui est tout prêt. Celte opinion nous parait la plus •vraisemblable: le mot hoc subsiste dans des locutions proverbiales employées uar ceux-mèmes qui ignorent le latin, par exemple ab hoc et ab hac.

C'est chose qui moult me déplaît Quand poule chante et cuq se tait.

(JEAS DB Mbi'îc.)

MARTINE

Et nous voyons que d'un homme on se gausse Quand sa femme chez lui porte le haut-de-chausse.

CHRYSALE

11 est vrai.

MARTINE

Si j'avais un mari, je le dis, Je voudrais qu'il se fit le maître du logis. Je ne l'aimerais point s'il faisait le jocrisse ; Et, si je contestais contre lui par caprice, Si je parlais trop haut, je trouverais fort bon Qu'avec quelques soufflets il rabaissât mon ton.

CHRYSALE

C'est parler comme il faut.

MARTINE

Monsieur est raisonnabla De vouloir pour sa fille un mari convenable.

CHRYSALE

Oui.

MARTINE

Par quelle raison, jeune et bien fait * qu'il est, Lui refuser Clilandre ! Et pourquoi, s'il vous plaît, Lui bailler un savant qui sans cesse épilogue ? Il lui faut un mari, non pas un pédagogue ; Et, ne voulant savoir le grais '^ ni le latin, Elle n'a pas besoin de monsieur Trissotin.

CHRYSALE

Fort bien.

PHILAMINTE

Il faut souffrir qu'elle jase à son aise.

MARTINE

Les savants ne sont bons que pour prêcher en chaise'; Et pour mon mari, moi, mille fois je l'ai dit, Je ne voudrais jamais prendre un homme d'esprit. L'esprit n'est point du tout ce qu'il faut en ménage.

1. Nuus avons déjà eu l'occasion de montrer que le mot ^ue s'euic oki souvea comme l'allemand als, pour servir d'intermédiiiire entre le verbe e> /r» viluro ou la propriéié d'une personne. L'exemple est frappant ici.

î. C'était la prononciation populaire. (Cf. lei/s.)

3. Pour châtre {cathedra). Cette confusion de l'R et de l'S remonte haut. Théodore de .Bèrc nous apprend que de son temps les Parisiens disaient pêze, mâze. Mazie, pour pèrp, mire, Marie. Sous Louis XIV on disait encore non une chaire de droit, mais une chaise de droit, une chaise de théologie (Cf. en latin les doubles formes honos, honor, arbos et arbor, etc.).

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