‹ Les femmes sous La TerreurChapitre 18 sur 21 · LES GIRONDINS EN FUITE · texte numérisé non relu

LES GIRONDINS EN FUITE

Mais Charlotte Gorday, cette ombre de 93, nous a fait oublier un instant nos autres personnages. Voyons donc ce qu'ils devenaient tous au milieu de la tourmente révolutionnaire.

C'était un désastre.

Le poignard de Charlotte Corday, loin d'étancher le sang, avait agrandi la plaie.

C'était une guerre à mort que les partis se déclaraient.

Les malheureux girondins vaincus fuyaient de tous les côtés, tombaient un à un dans les bras de leurs ennemis et ne trouvaient de refuge contre la mort que dans la mort.

Corsas, Marchenna, Péthion, Lesage, Salies, Meiihan^

Kervélégan, Girey-Dupré, Riouffè^ Guadet, Gironst^ du Ghastel, Bergoing, Yalady, Lcmjuinais, Mallevault, Cassy, Larivière ayant essayé de se réunir à Gaen, et y ayant réussi en partie, se concertèrent pour gagner la Bretagne.

Mais, poursuivis, traqués, ils furent obligés de se cacher.

Alors on les vit, ces hommes qui avaient joui d'une immense popularité et avaient rempli le pays et l'Europe du bruit de leur éloquence, quitter les grandes routes, se dissimuler le jour dans les bois, ne marcher que la nuit et passer plusieurs heures enfouis sous les feuilles, pendant qu'autour d'eux on passait, les injuriant les menaçant, mettant leurs tètes à prix et qu'ils entendaient la générale battre dans les villages.

Au nombre de ces derniers étaiesnt trois girondins que nous avons suivis particulièrement et sur le sort desquels ^ trois femmes s'apitoyaient.

Buzot, Louvet et Barbaroux. ♦

De ces trois, Louvet seul avec Salles et Péthion, avaient conservé toute sa vigueur, les autres enduraient des souffrances inouïes et n'avançaient qu'avec peine. Buzot, afiaibli, avait été obligé de jeter ses armes et n'avait plus la force de suivre ses compagnons; Barbaroux, Barbaroux lui-même, le héros du 10 août, le roi des Marseillais, le fiancé de Gabrielle, le beau et ma-, gnifique Barbaroux, il s'affaissait sur lui-même, il s'appuyait sur le bras de Péthion ou de Louvet. Ses pieds écorchés marquaient de leur sang la place maudite où ils se posaient.

Prévenus que des gendarmes les attendaient au détour

d'un bois, ils songèrent un instant à attendre la mort où ils étaient plutôt que de se fatiguer de nouveau à courir après. Ce fut Barbaroux, Barbaroux, le plus malade de tous, qui releva leur courage abattu et leur parla de braver les gendarmes et la population ameutée contre eux.

Ils continuèrent leur route et se couchèrent dans l'herbe haute, les membres engourdis par la pluie, ils arrivèrent ainsi près de Quimpcr, où Kervélégan avait dû les prévenir et leur préparer un abri. Ils lui firent savoir qu'ils étaient aux portes de la ville et attendirent trente-deux heures la réponse. Trente-deux heures sans abri, sans nourriture, presque sans vêtement, à la pluie, au froid, exténués de fatigue et presque tous malades ou blessés.

Tous alors invoquaient la mort.

Cependant Kervélégan veillait, mais le messager envoyé par lui n'avait pu les trouver. Il les rencontra enfin et les conduisit chez un paysan où ils se réchauffèrent, se reposèrent et prirent quelque nourriture.

Cela fait, ils se séparèrent.

Salle, Cassy, Girez-Dupré et deux autres se dirigèrent chez Kervélégan. Buzot fut emmené par un citoyen de la ville. Péthion et Guadet reçurent l'hospitalité d'un autre citoyen. Quant à Louvet et à Barbaroux, ils entrèrent en ville et frappèrent à la porte d'une petite maison isolée au haut du faubourg. Ils avaient avec eux leur ami Rioufie.

— Où allons-nous? avait demandé celui-ci.

— Viens, dit Louvet, je suis invité dans cette maison par un billet anonyme, qui m'annonce le repos et la joie.

Il ne se trompait pas.

Un homme les suivait pour les protéger en cas d'attaque, et à peine eurent-ils heurté le bouton de la porte que celle-ci s'ouvrit toute grande et se referma soudain.

Louvet était dans les bras de Lodoïska.

La brave fille avait traversée mille périls pour arriver à son amant.

— Gabrielle est mourante^ dit-elle à Barbaroux^ sans cela elle serait ici avec moi.

Barbaroux essuya une larme.

— Et moi, je n'ai plus que quelques jours à vivre, répondit-il.

Mais bientôt, de nouveau, les fugitifs étaient traqués. Une fois encore ils se séparèrent et se jetèrent au-devant de nouveaux périls.

Meilhan, Bois, Cuyon, Gussy, de Ghastel, Girey-Dupré, Salles, Bergoing, Ma^henna et Riouffe firent préparer en secret une embarcation et livrèrent leur étrange destinée au sort d'une misérable barque de pèche.

Pélhion, Guadet, Buzot, pour ne pas se séparer de * Barbaroux mourant, restèrent à Quimper.

Louvet et Lodoïska les imitèrent et s'enfermèrent dans une c^i^umière que la jeune femme avait préparée d'avance pour les soustraire à tous les yeux.

Mais ce ne fut là encore que Taffaire de quelques jours. Il fallut fuir encore, sous peine d'être arrêtés et traînés à l'échafaud. Celte fois, il n'y avait pas d'asile à Quimper assez impénétrable pour les protéger. Us prirent courageusement leur parti, et une nuit, ils montèrent dans une chaloupe de pécheurs qui devait les conduire à bord d'un navire qui les attendait sur la côte.

Louvety Buzoty Pétliion et Barbaroux, Barbarôux toujours mourant, et Buzot qui ne valait guère mieux, se couchèrent à fond de cale, dissimulés sous des nattes de joncs, et c'est dans cette position qu'ils partirent au milieu de toute la flotte républicaine mouillée en ces parages, et composée de vingt-deux vaisseaux.

Ils furent sauvés... alors et débarquèrent près de Bordeaux, à Bec-d'Ambès.

Mais le dernier mot de leur destinée n'était pas écrit.

LES DRAMES DE LA œNVENTION 385

l'échâfaud de mabie-antoinette

Les ennemis de la République et ses amis trop modérés tombaient, un à un^ sous le coup de la justice populaire.

Le général Gustine venait de monter à Téchafaud; c'était Je tour de Marie-Antoinette.

Louis XYI était la personne de la royauté, dit un historien, sa femme en était le crime.

Sa personne avait payé de son sang sa naissance et les scandales de ses pères, la vraie coupable, à qui on eût pu pardonner, parce qu'elle était femme, mais coupable vraiment des trahisons de son règne et de la situation précaire de la France, menacée alors par toute l'Europe qu'elle avait ameutée contre elle, la vraie coupable allait mourir comme mouraient autour d'elle les courtisans de sa fortune et les salariés de sa puissance.

Condamnée par le tribunal révolutionnaire, elle monta sur la charrette fatale qui devait la conduire sur le lieu du supplice.

Reportons-nous à ce dernier jour d'une femme dont la vie a fait beaucoup de mal à nos pères, et dont la mort en a fait davantage à nous-mêmes.

La charrette, dans laquelle elle avait refusé de monter d'abord, l'emporta à travers le Pont-au-Ghange et les quartiers populeux de Paris.

La foule était grande autour de cette charrette qui conduisait la reine à la mort.

Sur son passage, aux fenêtres, sur les toits des maisons, partout on se pressait pour voir une dernière fois la femme qui avait voulu assassiner la révolution, et qui avait tué la monarchie.

Tous les sentiments se lisaient dans les traits de cette foule; les uns avaient peine à dissimuler leur joie, les autres étaient tristes, le plus grand nombre était calme et digne. Ceux-là condamnaient la reine et applaudissaient à son supplice tout en se sentant pris de pitié pour la femme qui était jeune, belle et sans dé« fense.

Ses joues passaient continuellement de pourpre à la pâleur et rélevaient les bouillonnements et les reflux de son sang. Malgré le soin qu*elle avait pris de sa robe dit un écrivain de cette triste journée, le délabremeni de sa robe, le linge grossier, l'étoffe commune, les pU froissés dé^^honoraient son rang. Les boucles de ses eh veux s'échappaient de son bonnet et fouettaient si tempes au souffle du vent. Ses yeux rouges et gonflé quoique secs, révélaient les longues inondations d'u

douleur épuisée de larmes. Elle se mordait par moments la lèvre inférieure avec les dents, comme quelqu'un qui comprime le cri d'une souflfrance aiguë.

C'est ainsi qu'elle traversa la rue Saint-Honoré et qu'elle arriva sur la place de la Révolution.

La charrette, entravée dans sa marche par la foule, allait au pas. On a parlé de regrets et de cris d'imprécations dans le sein de la nation. Mais si cette mort n'eût pas été l'effet du sentiment populaire, rien n'eût été alors plus facile que de délivrer la victime^

Pourquoi les royalistes, qui depuis se sont élevés avec tant d'indignation contre son sang versé, ne se sont-ils pas rués sur cette charrette et n'ont-ils pas emporté leur reine en lieu sûr ?

Ils eussent été massacrés, dira-t-on, sans doute, mais si le peuple eût été avec eux la troupe eût été impuissante à les combattre.

Seulement ils savaient que ce n'était pas la troupe qui se serait tournée contre eux mais le peuple.

C'était donc bien un peuple qui immolait une reine, et non un tribunal arbitraire qui condamnait une femme. Elle monta sur l'échafaud et sa tète tomba.

Cette femme sut mourir:

Brissot, considéré comme le chef de la faction girondine, et que nous avons rencontré errant sur les routes, sans logement, sans pain, sans vêtements, était arrêté à Moulins et jeté dans les prisons de l'Abbaye.

Des autres girondins, les uns se cachaient toujours où ils pouvaient, poursuivis et traqués comme des bètes fauves, les autres, enfermés rue de Vaugirard, dans les prisons des Carmes, attendaient leur jugement.

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Bientôt ils furent transférés à la Conciergerie. Brissot et les députés arrêtés en présence furent remis à eux. Ils occupaient tout un quartier distinct du reste de la prison. C'était là qu'ils passaient leur vie, causant, discutant, s'apprenant à s'aimer et à mourir.

Au milieu d'eux était un jeune homme qui avait partagé leurs dangers sans partager leur gloire, et qui était appelé à partager leur fin sans que l'histoire en conservât la mémoire.

C'était René d'Aubersac.

René avait été arrêté en Picardie, alors qu'il se multipliait pour essayer de faire passer la frontière à plusieurs pi:oscrits et qu'il songeait à sauver Barbaroux, le fiancé de sa sœur.

Compromis avec les girondins, il n'avait rien à attendre du sort que la mort, et il l'attendait avec la sérénité du sage qui sait sa conscience inattaquable.

Que de morts déjà il avait à déplorer ; que de deuil dans son cœur.

Marguerite, trop frappée dans son honneur, s'était éteinte doucement dans les bras de Marcel.

Devenu veuf, le pauvre garçon était retourné à l'armée, et il était tombé tué par une balle ennemie, au cri de : Vive la République!

Montravel avait payé les convictions de sa jeunesse du prix de son sang et était monté sur l'échafaud.

Toute sa famille était morte et dispersée, tous ses amis tombaient les uns après les autres.

Il pouvait mourir.

Il se le disait du moins, quoique, malgré lui, cette pensée amena chaque fois une larme à ses yeux.

Gabrielle , Thérèse et Bideauré vivaient ; Gabrielle malade, Thérèse que le chagrin tuait, Bideauré que Tàge et les infirmités couchaient vers la tombe.

Il y avait encore un autre être qui vivait, un petit être qui avait fait la joie du père et de la mère et qui maintenant faisait leur désespoir.

Mais il n'y avait rien à faire contre le sort, qu'à se résigner, et René d'Aubersac, commes les autres victimes promises à Téchafaud, se résignait.

Il se résignait comme Fonfrède, comme Ducos, comme Brissot, comme Yergniaud.

Et plus qu'eux il paraissait insouciant.

Son attitude, en efiet, était l'insouciance, l'attitude extrême, dit un historien, non cette insouciance de l'homme qui ne s'élève pas jusqu'à la dignité, de son sort, et qui profane les trois plus saintes choses de la vie : là conscience, l'infortune et la mort; mais cette insouciance de l'homme grave qui juge sa propre situation,qui la domine et qui donne des distractions à sa vie jusqu'à l'heure où il la sacrifie à son devoir. Tel était Vergniaud dans la prison. Il ne paraissait le plus impassible de ses compagnons d'infortune que parce qu'il était le plus réfléchi et le plus grand. L'amitié avait un ascendant souverain sur son àme. La veille du jour où le procès de ses coaccusés s'ouvrît, il jeta dans la cour le poison qu'il avait porté depuis cinq mois sur lui, afin de mourir de la même mort que ses amis, et pour leur tenir compagnie jusqu'à l'échafaud.

Le 22 octobre on communique aux girondins leur acte d'accusation, le 26 leur procès commença.

Ils furent introduits dans la salle d'audience entre

deux haies de gendarmes. Ils étaient vingt-deux. Parmi eux on voyait : Boileau, Manvielle, Antiboux, René d'Aubersac et plusieurs autres, Carra Duprat, Lange de Perret, Lehardy, LasourC; Yigée, Valazé, Tabbé Fauchet.

Vergniaud était le dernier.

La foule qui se haussait pour distinguer les traits de ses héros éprouva une sorte de terreur à la vue du chef de la Gironde. Ce n'était plus lui, lui l'homme élégant et le tribun superbe. Les femmes se le rappelaient autrefois et devenaient rêveuses.

Sa taille était lourde, son œil éteint, ses joues flasques et molles. L'insouciance de son caractère se reproduisait dans la nonchalance de son corps. Une sueur moite ruisselait sur son visage et collait ses cheveux sur ses tempes. Ce visage avait perdu les tons éclatants de la jeunesse et se recouvrait d'une teinte livide.

Il avait le même habit qu'à la Convention, mais cet habit était devenu trop étroit et se déchirait sur les épaules. Il s'était usé dans la prison, comme celui qui le portait, il avait vieilli et s'en allait par lambeaux.

Cet habit à lui seul était tout un poème, et quel poème, celui de la révolution française.

Le procès dura six jours, et le septième, le 30 octobre, ils furent condamnés à mort.

Ils entendirent leur condamnation sans broncher, et se montrèrent à la hauteur de leur haute situation.

Coupables de réticences et de faux politiques, ils se relevèrent par le mépris qu'ils firent de la mort et l'éloquence sublime que la douleur leur arracha.

Valazc se perça le cœur d'un poignard dissimulé sous ses vêtements et tomba mort au milieu de ses com-

LES DRAMES DE LA œNVENTION 391

pagnons. Les autres sont entraînés et ils rentrent sous la voûte de leur cachot.

Les échos retentissent et redisent l'hymne des Marseillais.

Partout on les entend ; la prison regorge de prisonniers qui ne comprennent que trop que le chant héroïque est ici un chant funèbre. Ils y répondent par des cris et des acclamations.

Au dehors, la foule qui attendait anxieuse l'issue du procès est repoussée et s'éloigne attristée et atterrée.

Au milieu d'eux est un vieillard qui marche péniblement et qui néanmoins trouve assez de force pour entraîner une jeune fille d'une grande beauté, mais le visage altéré par les larmes et bouleversé par le désespoir :

Bideauré et Thérèse.

— Ils l'ont condamné 1 s'écrie-t-elle.

— Cette condamnation n'était-elle pas prévue ? répond Bideauré.

— Lui, mourir î

— Eh bien d'autres avec lui.

— Monter sur l'échafaud l

— C'est la belle mort.

— Oh I j'en mourrai, moi aussi.

— Non, dit Bideauré, il faut que tu vives, tu sais bien qu'il faut que tu vives.

Et ayant traversé les ponts, ils se perdirent dans les ruelles du quartier de la rive gauche.

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Nous n'assisterons pas au repas funéraire des Girondins et nous passerons rapidement sur leurs derniers moments.

Ils moururent avec héroïsme et leur sang versé pour la liberté est la rosée fécondante qui fera un jour germer l'éternelle République.

— Qu'est-ce donc que la patrie, qu'est^e donc que l'humanité? est-ce cet amas de poussière animée qui est un homme aujourd'hui, qui sera de la boue demain ? s'écria Yergniaud : non ce n'est pas pour cette fange vivante, c'est pour l'âme de l'humanité et de la patrie que nous mouron-JÎ Mais 'que sommes-nous donc nousmêmes, sinon une parcelle de cette âme collective du genre humain ! Chaque homme aussi dont se compose

noire espèce a un esprit immortel, impérissable et confondu avec cette âme de la patrie et du genre humain, pour laquelle il est si beau et si doux de se dévouer, de souffrir et de nkourir. Voilà pourquoi nous ne sommes pas de semblables dupes, poursuivit-i), mais des êtres conséquents à leur instinct moral, et qui vont, après ce devoir accompli, vivre encore, souffrir ou jouir dans l'immortalité des destinées de l'humanité. Mourons donc, non avec confiance, mais avec certitude I Notre témoin de ce grand procès avec la mort, c'est notre conscience I notre juge, c'est ce grand être dout les siècles cherchent le nom, et nous servons les desseins comme des outils qu'il brise dans l'ouvrage, mais dont les débris tombent à ses pieds. La mort n'est que le plus puissant acte de la vie, car elle enfante une vie supérieure. S'il n'en était pas ainsi, ajouta-t-il avec plus de recueillement, il y aurait donc quelque chose de plus grand que Dieu. Ce serait l'homme juste, tel que nous, s'immolant sans récompense et sans avenir à sa patrie ! Cette supposition est une ineptie et un blasphème, je la repousse avec mépris et avec horreur... Non, Vergniaud n'est pas, plus grand que Dieu, mais Dieu est plus juste que Vergniaud, et ne Télévera demain sur un échafaud que pour le justifier et le venger dans l'avenir.

Le lendemain, cinq charrettes les prenaient à Ja Conciergerie, les emmenaient place de la Révolution, et les jetaient au pied de l'échafaud.

Ils s'embrassèrent et moururent.

Le même tombereau les emporta, la même fosse les ensevelit dans le cimetière de la Madeleine.

Les frais du fossoyeur, parafés par le président qui

en autorisait le paiement à la trésorerie nationale, portaient ces mots : Pour vingt et un députés de la Gironde : les bières cent quarante-sept livres ; frais d'inhumation, soixante-trois livres, total deux cent dix.

Le 6 novembre, un homme qui avait joué aussi un grand rôle dant la Révolution et avait été Tami des Girondins, monta à son tour sur Téchafaud et mourut avec le stoïcisme d'un vrai républicain, repoussant les prêtres qui l'obsédaient et fixant les yeux vers l'avenir.

C'était le duc d'Orléans, le père de celui qui fut un jour Louis-Philippe.

Mais pendant que ces exécutions se succédaient, pendant que la tête des vingt-deux Girondins, tombait^ les autres, Buzot, Péthion, Barbaroux, Guadet, erraient dans les bois, ne marchant que la nuit, le jour se dissimulant à tous les regards et traqués comme des bêtes fauves dont la tête est mise à prix.

Pendant qu'ils essayaient d'échapper à la mort par la fuite, madame Roland, à^rarrestation de laquelle nous avons assisté, l'attendait au fond de sa prison.

Elle était à l'Abbaye depuis le 31 mai.

Elle savait qu'elle n'avait plus que la mort à espérer et elle l'attendait avec la résignation d'une âme grande et déjà éprouvée par le sort.

Voyant quelques amis qui la rassuraient sur le sort de son mari, qui eu le temps de se réfugier à Rouen, chez des amis sûrs, tranquille sur sa fille, que Gabrielle avait gardée et conduite chez madame Cruzé de la Touche, sa mère d'adoption, elle se recueille entièrement et fut tout au travail et à la réflexion.

Ayant su arracher à la complicité de ses geôliers quel-

ques feuilles de papier, de Tencre et une plume, elle passait ses nuits à écrire. Le lendemain elle dissimulait les feuillets noircis dans le corsage de sa robe et attendait avec impatience l'arrivée de Gabrielle et de deux ou trois amis sûrs qui, les dérobant à la surveillance de la prison, les emportaient pour les publier en des jours meilleurs.

Elle ne se doutait pas alors, la pauvre femme, que les quelques jours qui venaient de s'écouler pour elle dans la solitude de l'Abbaye et de ses pensées étaient encore de beaux jours pour elle, et qu'elle allait encore en connaître de plus douloureux.

Un matin on lui montra la liberté, les portes de sa prison furent ouvertes, eUe était dans la rue, elle était libre... Elle courut jusque cbez elle comme une folle, elle n'avait qu'une pensée, revoir sa fille. Elle arriva jusqu'au seuil de sa porte, elle n'eût pas le temps de la franchir, elle était arrêtée de nouveau et jetée à Sainte - Pélagie, où étaient alors enfermées toutes les prostituées de Paris.

Il lui fallut plusieurs semaines vivre dans la compagnie de ces femmes et à leur contact. Cène fut qu'à force de prières et de supplications qu'on l'isola et qu'on lui rendit une chambre dans laquelle il y avait une table et un grabat.

Madame Roland était alors le jouet des événements et l'instrument de lâches et de misérables, on ne lui pardonnait ni sa beauté, ni son génie, ni son patriotisme.

Les Girondins l'entraînaient dans leur chute sans que personne pût la sauver.

Camille Desmoulins, poussé par Lucile, faisait de vains efforts et courait de Robespierre à Danton, et de Danton à Robespierre.

Ni l'un ni l'autre ne pouvait rien.

Danton, qui avait perdu sa première femme et qui s'était remarié avec une autre qu'il aimait avec la même tendresse, tant chez cet homme la passion avait de force et de puissance, n'habitait plus Paris, se voyant débordé et dépassé par les fanatiques de la Montagne. Danton s'était dégoûté des affaires publiques et s'était en quelque sorte exilé. Vivant dans la famille de M. Ricordin, son beau-père, près de sa jeune femme et de ses enfants, Danton n'aspirait plus qu'à la vie calme et paisible du foyer.

Il était trop tôt ou trop tard, et Danton comptait sur la popularité qui s'attachait à son nom, mais toujours est-il que son crédit s'éteignait tous les jours et qu'il n'avait plus d'action dans les affaires du temps. Il eût tout fait pour sauver madame Roland, il n'en avait plus le pouvoir.

Après de vaines tentatives, il s'était replié sur luimême, ne quittant plus Arcis-sur-Aube, cessant toute correspondance, ne recevant plus-un journal, cherchant à oublier et à se faire oublier.

Quant à Robespierre, il restait mêlé aux affaires publiques et semblait toujours les dominer; mais en ce moment, il n'était que comparse et son rôle s'effaçait devant la puissance de la Conmiune et du tribunal révolutionnaire.

Robespierre, sur la tête duquel on fait généralement retomber toutes les fautes et tous les crimes de la Ré-

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volution, était dans l'impossibilité de sauver madame Roland, qu'il avait connue autrefois, cp'il aimait et dont il eut été fier et heureux de sauver la tète.

Le fait parait incroyable; mais l'homme le plus puissant dans ces Journées néfastes, c'était Fouquier Tinville.

Robespierre ne pouvait rien sans se compromettre, et la preuve, c'est qu'il se compromit sans réussir. Après avoir reçu une lettre pathétique de madame Roland qui s'adressait à la fois à son cœur et à sa raison, il fit des démarches pour sai#er cette malheureuse femme et ne pût y parvenir.

Son sort devait s'accomplir jusqu'au bout , et de Sainte-Pélagie elle fut conduite à la Conciergerie dans une chambre infecte où elle coucha dans un lit sans draps.

Ce jour-là, c'était le 21 octobre (10 brumaire, an II), le jour même où les vingt-deux Girondins devenaient la proie de l'échafaud.

Éclairée alors sur le sort qui l'attendait, sa tranquillité n'en fut pas altérée, dit un des derniers témoins de sa vie; sans être dans la fleur de Tâge, elle était encore pleine d'agrément; elle était grande et d'une taille élégante ; sa physionomie était très-spirituelle , mais ses malheurs et une longue détention avaient laissé sur son visage des traces de mélancolie qui tempéraient sa vivacité naturelle; elle avait Vluno républicaine dans un corps pétri de grâce et façonné par une certaine prestance de cour.

Quelque chose de plus que ce qui se trouve ordinairecnent dans les yeux des femmes se peignait dans ses

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grands yeux noirs pleins d'expression et de douceur. Elle parlait souvent à la grille avec la liberté et le courage d'un grand homme. Ce langage républicain, sortant de la bouche d'une jolie femme française dont on préparait l'échafaud, était un des miracles de la Révolu tiou, auquel on n'était point encore accoutumé. Nous étions tous attentifs autour d'elle, dans une espèce d'admiration et de stupeur. Sa conversation était sérieuse sans être froide ; elle s'exprimait avec une pureté, une prosodie, qui faisaient de son langage une espèce de musique dont l'oreille n'était jamais rassasiée.

Elle ne parlait jamais des députés qui venaient de périr qu'avec respect, mais sans pitié offensante, et leur reprochait même de n'avoir pas pris des mesures assez fortes... Quelquefois aussi son sexe reprenait le dessus, et on voyait qu'elle avait pleuré au souvenir de sa fille et de son époux. Ce mélange d'amollissement naturel et de force la rendait plus intéressante. La femme qui la servait me dit un jour : « Devant vous, elle rassemble toutes ses forces; mais dans la chambre, elle reste quelquefois trois heures appuyée sur sa' fenêtre à pleurer. »

Pour être forte et vaillante, elle n'en était pas moins femme. Après la philosophe, l'épouse et la mère reparaissaient.

Son procès eut lieu, la condamnation ne se fit pas attendre.

L'arrêt portait : a Considérant que Marie-Jeanne Philipon, femme de Jean-Marie Roland, est convaincue d'être l'un des auteurs ou complices de cette conspiration.

a Le Tribunal/après avoir entendu Taccusateur public dans ses conclusions sur l'application de la loi, condamne Marie-Jeanne Philipon, etc., à la peine de mort, conformément à la loi du 16 décembre 1792...

« Déclare les biens de ladite femme Roland acquis à la République...

a Ordonne qu'à la diligence de l'accusateur public, le présent jugement sera, dans les vingt-quatre heures, mis à exécution sur la place publique de la Révolution de cette ville et imprimé et afBché dans toute l'étendue de la République, partout où besoin sera.

aPait et prononcé à l'audience publique, le 18 du mois de brumaire, l'an II de la République française, où étaient présents les citoyens René-François Dunan, vicepré^dent, faisant fonction de président; Gabriel Deliége, François-Joseph Danizot et Pierre-Noël Sublayras, juges, qui ont signé à la minute, avec Wolf, commisgreffier. ))

Le jour où elle fut condamnée, dit Rioufle, elle s'était habillée en blanc et avec soin; ses longs cheveux noirs tombaient épars Jusqu'à sa ceinture. Elle eût attendri les cœurs les plus féroces ; mais ces monstres en avaientils un? D'ailleurs, elle n'y prétendait pas; elle avait choisi cet habit comme symbole de la pureté de son àme.

a Après sa condamnation, elle repassa dans le guichet avec une vitesse qui tenait de la joie; elle indiqua par un signe démonstratif qu'elle était condanmée à mort. Associée à un homme que le même sort attendait, mais dont le courage n'égalait pas le sien, elle parvint à lui en donner avec une gaieté si douce et si vraie,

qu'elle lit nailre le rire sur ses lèvres à plusieurs reprises. »

Sur le chemin du Tribunal, elle avait rencontré Beugnot, avec qui elle avait eu autrefois quelques luttes de paroles. — « Adieu, lui dit-elle, faisons la paix ; il est temps. » Beugnot ne put retenir ses larmes; elle lui pressa les mains, en lui disant : courage !

Quand sa condamnation fut prononcée, elle s'inclina gracieusement devant ses juges : — a Je vous remercie, leur dit-elle, de m'avoir trouvée digne de partager le sort des grands hommes que vous avez assassinés. »

Le 8 novembre, madame Roland monta dans la charrette. C'était la dernière de toutes celles qui ce jour-là prenait le chemin de la place de la Révolution. Elle se trouva placée à côté d'un vieillard nommé Lanarche, ancien directeur de la fabrication des assignats. Ce vieillard était infirme et avait la tète faible. Il pleurait. Madame Roland, toute la route, le consola.

Elle était vêtue d'une robe blanche. Ses cheveux noirs, coupés par derrière, pendaient sur ses épaules et faisaient ressortir l'éclat animé de son teint que rafraîchissait le vent de novembre. Ce teint, parait-il, avait conservé tout l'éclat de la jeunesse, comme son air se faisait toujours remarquer par la simplicité et le naturel des premières années.

Arrivée sur la place de la Révolution , elle attendit son tour avec calme, puis, entendant les sanglots de son compagnon qui devait mourir après elle.

— Passez le premier, lui dit-elle, je saurai attendre.

Elle suivit le vieillard au lieu de le précéder, et gravit les degrés de l'échafaud.

— Liberté, fit-elle, jetant un regard plein de troable mais empreint d'une ^prême résignation sur une immense statue de la liberté qui s'élevait au milieu de la place, que de crimes on commet en ton nom?

Sa tête roula dans le panier.

Son corps fut jeté dans les fossés de Glamart, son esprit survivra dans tous les temps. Sa mémoire restera pour aprendre aux femmes des générations futures que Ton peut être épouse et mère, et jouer à la fois un rôle dans l'histoire. Ame républicaine, dégagée des sots préjugés et des superstitions folles des femmes de tous les temps, elle appartient à l'avenir dont elle sera le type immortel. Les femmes faibles et ignorantes l'ont méprisée, cela devait être. Les prêtres l'ont calomniée, c'est là sa gloire. Que la liberté nous tienne en réserve une autre madame Roland et la République sera plus forte pour lutter contre ses ennemis.

Gouvernement idéal, République universelle, ère nouvelle et sublime, nous t'attendons (1).

Pendant que madame Roland tombait, que devenaient Roland, Barbaroux, Guadet, Péthion, Louvet, Valady, Salles, Buzot, ceux qui par la fuite et au prix de mille souffrances avaient échappé jusque-là au glaive de Sanson?

Où étaient-ils alors? En quel lieu cachaient-ils une vie traquée et mise à prix?

Arrivés au Bec-d'Ambès, ils s'étaient réfugiés chez le brave père de l'un d'eux, Guadet, mais cernés bientôt par Tallien, le futur mari de Thérézîa Cabarus, Tallien,

(4) Ceci a été publié pour la première fois en '1869.

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féroee montagnard alors, et demain l'assassin de Robe^ierre, ils prirent encore la Mte et arrivèrent à Saint- Emilion.

Le père de Gnadet^ vieillard de soixante-douze ans, les reçoit, mais Tallien était sur lenr piste, il leur âJlnt aussitôt abandonner la maison hospitalière.

Ou fuir, cette fois ?

Ils étaient perdus sans ressources. Mais l'amour veillait sur eux.

Gabrielle d'Aubersae, qui avait accompagné madame Roland jus<iu'à l'échafaud, qui avait marché derrière la charrette et ne s'était éloignée qu'au moment où ses forces l'avaient trahie, arrivait subitement à Saint-Emilion pour rejoindre Barbaroux.

Avec elle il y avait une autre femme, nommée madame Bouquey, femme enthousiaste et dévouée, bellesœur de Guadet, qu'elle avait su intéresser au sort de son beau-frère.

Les deux femmes se concertèrent, se remuèrent, et au moment où les soldat? de Tallien s'avançaieait pour saisir Barbaroux, Guadet, Louvet, Salles, Petii|pn, Yalades et Buzot, grâce à elles, un souterrain s'0uwait au milieu de la liuit pour les recevoir.

Cette nouvelle situation dura plusieurs semaines.

Madame Bouquey et Gabrielle veillaient du dehors sur les prisonniers et leur apportaient des aliments.

Quelquefois, quand elles croyaient moins au danger, elles les faisaient sortir et respirer un ppu d'air pur, puis, au premier bruit, ils rentraient dans leur refuge.

Mais les pauvres femme;* furent trahies. Il: &Uul qait-

ter le souterrain et fuir de nouveau. Nul ne savait où il allait. La séparation ressembla à un adieu suprême, dit un historien. Valades prit la route des Pyrénées. La mort l'attendait. Il marchait en aveugle au-devant de son sort. Barbaroux^ Péthion, Buzot, liant leur vie ou leur mort dans une indissoluble amitié, se dirigèrent à travers champs du côté des Landes de Bordeaux, espérant faire perdre leurs traces dans ce désert. Guadet, Salles et Louvet passèrent cette première journée .dans une carrière. Un ami de Guadet devait venir les prendre, à l'entrée de la nuit, pour les conduire à six lieues de là, dans la maison d'une femme riche, dont Guadet avait plaidé la cause et sauvé jadis la fortune. L'ami manqua de courage et ne vint pas. Guadet et ses amis partirent seuls et comme au hasard. Le froid, la neige, la pluie glaçaient leurs membres mal couverts. Arrivés enfin à quatre heures du matin à la porte de sa cliente, Guadet frappe, se nomme, il est repoussé. U revient désespéré près de ses amis. U trouve Louvet évanoui de faim et de froid au pied d'un arbre. Guadet ^retourne à la maison et implore en vain, d'abord un lit^ puis du feu, puis un verre de vin pour un ami expirant. L'ingratitude laisse gémir et mourir sans réponse. Guadet revint encore ; ses soins et ceux de Salles réchauffent Louvet. Celui-ci prend une résolution désespérée qui le sauve. Poursuivi par l'image de l'ami qu'il a laissé à Paris, il se décide à le revoir ou à périr. Il embrasse Salles et Guadet; partage avec eux quelques assignats qui leur restent, et se traîne seul sur la route de Paris.

La nuit suivante, Guadet, Salles, Péthion, Buzot, Barbaroux, se retrouvaient dan? la maison d'un ouvriei'.

404 EUGÈNE MOHET

C'est là seulement qu'ils apprirent la mort des vingtdeux Girondins, que leurs amis avaient pu jusque-là leur cacher.

— Et René d'Âubersac? demanda Barbaroux à Gabrielle.

— Désigné pour mourir avec eux, ils Font jusqu'ici épargné.

Et comme Barbaroux eut un sourire de satisfaction.

— Oh! ce n'est que quelques jours de répis, fit-elle, il attend la mort à la Conciergerie, et peut-être, à l'heure où nous parions, sa destinée s'accomplit-elle.

Et essuyant une larme qui, malgré elle, s'échappait de ses yeux :

— ^ Nous nous sommes fait nos adieux, dit la sœur de René; il m'a dit : Sœur, rejoins Barbaroux, sauve-le si tu peux; tu ne peux plus rien pour moi, et ta vue ne ferait qu'attrister mes derniers moments.

— Bon et excellent ami, s'écria Barbaroux oubliant un instant ses douleurs pour celles de celui qu'il se plaisait déjà à appeler son beau-frère.

Quelques jours après, les fugitifs apprirent une autre mort qu'ils ignoraient, celle de madame Roland; ils faillirent en mourir de chagrin.

Buzot surtout en fut inconsolable, et il fallut lui arracher le couteau avec lequel il voulait se suicider.

Une semaine s écoula durant laquelle ils parvinrent encore à échapper aux poursuites.

Mais la maison du père de Guadet est envahie. Salles et Guadet sont piis, enchaînés, conduits à Bordeaux et guillotinés.

Ceux qui restent apprennent cette arrestation, cette mort, et cette nouvelle les foudroie.

— Allons, se dirent-ils, courage, fuyons encore.

Ils quittent leur retraite, munis d'un pain, d'un morceau de viande, de quelques poignées de pois verts; ils marchent toute la nuit et arrivent près d'un village nommé Gastillon.

Là, un d'eux croit qu'il est découvert, il est à bout de forces, il perd la tête, il se tire un coup de pistolet et tombe baigné dans «on sang.

Ce malheureux, c'était Barbaroux.

On se précipite sur lui, on l'interroge, on devine Barbaroux, et le glaive du bourreau achève l'œuvre du pistolet.

Le jour même où la belle tête de Barbaroux tombait, rame de Gabrielle s'exhalait.

Les Girondins, dont presque tous étaient ses amis, madame Roland qu'elle aimait comme sa mère, son frère qui disputait à l'échafaud la dernière heure de sa vie, Barbaroux, traîné mourant à la guillotine, c'était trop pour elle. Elle mourut en quelque sojle du même coup qui frappait tous les siens.

Quelques jours après, deux nouveaux cadavres étaient trouvés dans un champ dé blé ; c'étaient ceux de Péthion et de Buzot.

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