‹ Les femmes vengées, Volume 1Chapitre 10 sur 39 · LETTRE XIII · texte numérisé non relu

LETTRE XIII

9jr 'i^tnxi k flutii.

' S*% 20 décembre.

Sai^ttt à ^Uoi ^lle pasife «on t^mps ?

Le ^atatio dlp dessine ^ dané' F^rès-midi (^ touiehe du piànp; et^ le soir^ elle hk de la tapisserie. C'est là toute s^i scienice. Je me trompe, elle sait encore le nom

dé certaines fleurs; elk possède «uperieurement la danse ^ etéHe rfcst pas tont-^fiait inhabile à lire Pétt'arqnedanô le testte. Mais ne lui demande rten au-^elà de toutes ces belles cbioses : elle serait mùertte; chaque fois que j'ai voulu lui parler morale, histoire, politique, rèli*gion, elle a gardé un silet^ce honteux,..

Mon oncle est bien coupable ! est-ce avec une pareille éducatiôBt que- sa fille peut feire le bonheur d'un homme sensé ? !a voilà donc réduite à devenir réponse d'un campagnard auvergnat! Quel dommage!

avec tout Fesprit, toute Tintélligence que jè lui reconnais, cet esprit et cette intelligence étant 4éveloppés, elle eûtéÉé digne d'un prince. . . et elle esttoutau plua bonne à devenir la compagne d'^ixn écolier ou d'un rustre ! Cette pensée m'est ci-ueHë. Pourquoi ne Fai-jè pas vUè dix irris pltfs tôt ! je me serais dévoué à s0.n

instruction-, j'aurais façonné son esprit aux études sérieuses ; son jeune coeur se fût ému pour des objets nobles et vraiinentbeaui;:. Je lui eusse i^it aimer ce qui est seul grand et bon : Dieu et la vertu .

Ensuite, râttirant vers les choses communes de la vie , je lui eusse arraché, le voile menteur dont les jeunes filles couvrent leurs penchans. S^ns lui faire nti crime de la pudeur, je l'eusse mise en garde contre toutes les impostures. Le vrai, quand il n'e$t pas effronté, lui eût pary préférable au masque timide du mensonge. Jeune fille ^ elle eût continué d'être naïve , mais avec connaissance de cause; femme, elle eût partagé sans fatigue les travaux.de son mari; mère de fa*miile, on .reût applaudie dans ses enfans> à qui elle eût rendu les bienfaits d^'une éducation sérieuseet forte. Â côté de cela regarde son présent et son avenir. Elle

dessine, elle danse, elle touche du piano, elle arrose des fleurs, elle parle italien !

étant mariée, que saura-t-elle de plus ? A quoi sera-t-çlle bonne ? et si Thoramç qui réponse la laisse .veuve avec des enfens , comment dirigera-t*«lle Féduca-* tion de ses fils? comment les poussera-telle dans le monde? quels soins pourrat-elle apporter, non pas à Tau^njentation mais au iDaintienmème de leur fortune?

Malheureuses femmes! c'est moins leur faute que la nôtre. Durant de» siècles^ l'amour.de la domination nous a £àijtcom^ primer Tesspr de leur p^Misée et les tenir en continuelétat d'esclavage. Puis un jour d'ivresse est venu oîmousavoos dit à ces esclaves : « Vous êtes nos maîtres ! » et , toutes joyeq^es, elles ont usé de leur empire comme dês: enfans ou conune 4es folles. Remettons enfin chacun à sa place; et plutôt que de descendre plus bas que

les femmes ^ £eiigon$ monter les feinmes jusqu'à nous; il en est temps. JNous y gagnerons tous en dignité comme en bonheur.

Mais^ comme je Fespère, si l'avenir de l'humanité est une égale répartitioù de science«t de pouvoir entre les;deux sexes, n'est-il pas désolant pour moi d^être venu trop tôt pourprofiter d'un bien-être dont nos petits-enfens doivent jouir ? tous mes effot^ d'aujourd'hui à quoi aboutirontils? puis-jechanger en quelques îôois une nature dépravée par dix^huit ans de leçons mauvaises ? dès le bas-âge, on lui a montré le mensonge comme le comble delà vertu che2;}a femme. C!rois4u qu'elle en perde sitôt le souvenir?

Tout cela me rend la vie bien triste.

Mes Kvres ont cessé d'être meis amis ; je ne travaille plus, et c'est à peine si je pei^se. Moi d'une ame active , d'unea-

9T ractère grave^ mais nullement mélancolique y je reste des heures entières dans une oisiveté funeste^ quand^ par hasard^ je n'éclate pas en sanglots comme je le £ais en te traçant ces lignes...

Tu ne me reconnaîtnais plus. Au ton de mes lettres^ tu dois yoir à quel eicès de douleur^ je pourrais dire de décourargeo^t^Jf l9»paf;yçiWi..v O^Jijîl, àquj^ penses-tu donc deiiÉiftdttmander des descriptions de montagnes et de soleil qui se lève ou qui se couche? Ai-je Fesprit à tout cela? que m'importent les cascades ou les monts ^ le soleil ou la nuit? Tout occupé de ce qui. est en moi, je ne sais rien de ce qui est autour de moi; ie ne sais que mon désespoir et elle ! . . . Adieu.

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