‹ Les femmes vengées, Volume 1Chapitre 14 sur 39 · LETTRE X · texte numérisé non relu

LETTRE X

1*' janvier att soir»

Ces gens-là ne sentent rien. Us n'ont •ni pitié ni délicatesse dans le cœur. Ce matin ^ ils ont voulu me faire embrasser Marie ! et sais-tu à quel propos ? parce que c'est aujoùrdliui le jour de Tan !...

Quoi) je aérais s^ezlAche ou assez m^ Hemi de mosi botilieur' pour detoir au hasard 'â^xxûeièie ce qui nedoit êtw que le gage d'un mutuel lamour ! mais quand la politesse luiaut^ foit me tendre ses deui:ioues^ et que, moi, je me feertl brûlé les lèvrçs à ce baiser; que lïi'eu restera+^I? -^ rien. Toute la volupté du baiser a^^eitbiîe, pei^ue dkhé la df^ constance puérile où mes lèvres auront rencontré son vissge! .. ; Quelle profe-*nation! . . * pour tobs les biensdu mondé^ je ne voudrais pas prostituer ainsi les plus chastes caresses dé TarnoXir!,.. Ce qu'il me faut c'est un baiser de flamnie, tm long^ baiser d'elle à moi, ^t non pës tme de ce» froidefe accolades- que Tûsage donne en des jour» ^nsacrés! ^ ' ' L'embrassCj^ V oomme peut lé feire le' premier venu! Tembrasser avec ïa foulé ^ en présence de la foule, dans une

ocçasiQiji que ni elle ni moi n'avonscker?

chéel c'est .à quoi je ne saurais mé rér soudre. Je Yie veux; rien d^elle , qui ne vienne d'dle et ne soit toiit à moi . .

Us s'étonnent encore de ne me voii?

{^rendre aucune part à tous ces petits jeux de société où, par pémtencoj, on s'évite ou se cherche, on se boude ou se. caresse!.,. Jeux misérables, qui,' en prodiguant fe baiser, luiôtent toute sa puissance; jeux infâmes, qui font de la passion la plus sérieuse un ignoble sujet de plaisanterie!,.,

Ah ! mon ami , que de gens (jui arment sont indignes d'aimer î Assurément ce M. Armand , ce fils d^ madame de Montalte, cet écolier desii^ième^ est amoureux d^ Marie. Mais si tu pouvais être témoin, comme moi , de l'iWsolence et de l'indélicatesse de son am^ur, ^ ne comprendrais pçis comment une

femme peut «e croire aimée ^ Tétant ainsi!... n. la potimiit d^élogies, il la flatte dans ée$ dé&uts^ il lui eragèi'e «a.

beauté, et pousse Taudace jusqu'à, lui presiser les mains dans les siennes... le.

malheureux! Ne dis pas que je me tropfipe : je Tai vu. Cest un geste qui.

lui est familier... soit qu'elle entre dans le salon , soit qi^'elle en sorte , il- se lève . et lui présente la main... Sa mèreprér tend /jue cela est de bonne compagnie.

Encore un de ces moïistruéui^ usages qui transforment^ en un eigae de politesse^ une des plus douces fevêuts de Taraour!...

Pardon^ Çaul, je t'ennuie. Excusemoi, désormais je me tairai sur toutes ces misères de -mon ame... Ènvoie-moi des journaux , afin que je ine retrempe aux. choses graves , et que j'élève mes idéé^ à la hauteur. des seuls intéi^éts qui

devraient npke toucher : 1 -avenir des.peu^ pies et le boûheur de moBj j^ys. B^nsc cette mauditfS Auvergne, je suM sevré de tout. Mon oncle ne reçoit pas ufltseql journal, sous pré^^xte que la politique trouWe 6ç>xk sommeil çtdétcmge Sîf^ digestions... hei^uyre homme l

Tu m'abo.nùeras à trois jdurmux , dont un littéraire. Adieu. Il est temps que je reprenne mes bâbîttidès <Je travail...

Içi,^ qus^d ils nç sont pas à^taide^^ ils s'en vont je ne sais où... Lar dbâsseja'u renard et 1^ pêche aux ti^uites pavaissarat être leur principale occupation. — ^ Bans sept o*;i huit jours il y axt^a grande chîfese sur les moutagnes^. Le rendez-vous est pris. Ils seront une bande. Tu peases b^n qu'ils partent sans moi. Ce joûf^lè je reste à iâ maison , seul avec Marife...

^eul avec elle! Il fendra bien que je lui

déclare mon amour ^ et qiie je conoaisse toute sa pensée... Ohî ce jour-là, Paul, si ma mère vivait encore , je lui dirais d'aller s'agenouiller dans quelque église bien sombre et d'y jtt'îep Dieb pour son fil3...

LETTl^E XXI.

9€ 0Uùt^HmtSi0ifiA€ IfumhtM k0l^ SOmrjpirs*

Paris , ce 4 janvier.

Votre tendresse pour Marie et l'intérêt de son avenir me font espérer, mon cher Darcey , que vous ne refuserez pas à M. Gambon et à moi le droit bien na^ turçl de contribuer au boi^heur dç cett^

chère enfant. C'est une idée qui est venue à mon excellent mari et dont il faut lui avoir toute l'obligation.

Ceci soit dit entré nous^ et que le plus absolu èilence soit gardé sur cette af&ire.

M. Càmbon serait dësôlë^ à cause de ses propres neveur; que la chose s'ébruitât.

Ce seraient des cria de l'autre monde dans toute sa femilie^ et c'est ce que prudemment il veut éviter.

Henri est plus qu'un neveu pour nous, vous le savez : c'est presque un fils; nous avona résolu de le marier. M. Cambon, soit faiblesse d'esprit^ soit toute autre raison qu'il vous plaira de supposer , ne veut pas fidre de testament : idée dfe.vieillard que vous aurez peut-?ètre peine à comi-r prendre, mais que moi )e compitinds à inerveille. Cependant il aime Henri pardessus tous ses parens et les miens : aussi ft'est-il occuppé de savoir comment il

nous serait possible de lui assurer^ après nous^ et sans tester ^. :uiie portion {4us forte que celle de nos autres neveux et nièces. Mais d'abord, à cause de Marie , que j'ainie beaucoup, }'ai rejeté aussi loin que possible la pensée d'un avantage énorme hit à Henri au préjudice de to^ tre fille . Mais M . Cambon a f adft tnre mes scrupulçs en me disanft que rien n'était plus fecile que d'arranger tout cela par \m msuriage entre Henri et sa cousine.

L'idée na^^a paru heureuse et j'en ai près-' qMe pleuré de joie; oui, mon cher Darcey, ce mariage aérait un grand bonheur pour nous tous ; votre charmante Marie n'au* fait pas à nous reprocher de l'avoir dépoi^illéed'^uae patrie de notre fortumâ.

Dana^oft contrat de mariage avec' H^enii n^us \m geai^atttirbiis, sur nos biens, ptsir hypothè(pajes,-een'l borna nnSe franc». q^ $on ns^i et eUe toucheraient sur le plus

clair de notre, succession y tout en partagéant le reste dans une portion égale avec les autres héritiers. . . Ce petit avantage doit vous sourire. Vous aimée votre fille. Henri l'aime aussi^ je le sais; vous vous en' êtes aperçu vous-même autrefois. Eh bien , ce que vous avez cessé de voir, existe encore et à un degré qui afflige. Car ce pauvre Henri en perd la raison.... Ah! c'est qu^il est, si cruel d'aimer, lorsqu'on n'a pas la certitude d'être aimé spi-^même!.. Mais, mon cher Darcey, quelle raison Marie pourrait^eUe avpir d'être indifférente à }a tendresse de son. cdusin?... Henri était cité, à Paris même, pour l'élégance de «es formes> la •régularité de $es traits > pour son esprit, son, jugement; c'est un homme remarquaUç en toutes choses. Comment Marie ne finiraitrélle pas par le trouver aimaille ?-^Il e^t grave? mais, mcm Dieu !

inoiwîherDarcey^ voulez-voufi; vous p&ét gendre et elle pour mari^ tin de ces jeunes évaporés, cerveaux de dix-huit ains , qui sortent des collèges et qui né sont bons qu'à dire et à faire des sottises !

Je vous crois trop rtûsonnable pour , cela.

Ne dites rien à nos jeunes gens de cet avantage décent miUefrancs que M. Gam* hpn veut leur assurer par contrat de niariage. Si votre fille doit épouse?r mon neveu, il est plus convenable, pour lui comme pour elle , que Marie ignore ces détails d'argent. Henri , d'ailleurs, avec le caractère que je lui connais (catractère noble et généreux ) , s'indignerait à la pensée que Marie a pu céder à un intérêt de fortune. Le mariage ne se ferait pas*, soyez-ensûr . Mais vous, moucher Dârcey, tout en cachant à Marie l'avantage pécuniaire qu'elle trouverait dans cette union.

»e la dëtoarùez ptaédtêinfeêf M& cousin.

Vous étés boB père j » ûon > ce ne sera jamais vàwqm mettrez une opposition aériecise ao iKmtieur 4e votre , fille ; ce ne peut être, n'est-il pas vrai ? Allons^ cher beau-frère; du courage! et s'ils s'aiinent, marionsrles bien vite. S'ils s'aiment , vous entendez bien, c'est la con<]Ution premièrei de leur bonheur. Marie doit être libre. Mais il ne;&ut pas non plus qu'on lui répète tout le jour que Henri esVun original et un sauvage: absurdités cruelles qui. finiraient par lui faii:e haïr l!homme le mieux feit pour être aimé!

Veuillefi5> je vous prie, remettre le p^ tit mot ci-inclus à madame de Montalt-e^ elle verra par-là que je vous ai écrit ; mais qu'elle ne «aché point à quel sujet! Si elle vous interroge, trouvez quelque prétexte^ Puisque le, but de ma

lettre doit être un* secret pour Henri et .

votrfe fîUe, à plus forte raison faut^il le taire aux personnes étrangères à la Camille ... A propos, je y ous remercie beaùcoupde l'accu^ que vous avez bien voulu feire à cette chère et vieille amie, qm est comme une sœur pour moi. Je vous en suis reconnaisante, mon .cher Darcey/plus que vous ne sauriez croire.

Votrebon cœur en cette occasion ne s^est pas démenti et vous êtes bien toujours le meilleur des hommes. Toute l'amitié, quelque vive qu'elle soit , que vous avez tépcioignée à madame de Montalte , croyez que je vous la rends au centuple.

Adieu. M. Cambon se joint à moi pour voufrdiremille'ChosesafiBectueuses. Nous embrassons aussi notre charmante petite nièce, dont j'ai reçu une trè^olie lettre pour mes étrennes. Pour les siennes , je hii envoie un beauschall; son oncle, une

\6i petite bagae éndî^mans. J'espère! . . . Elle wccvra tout cela demain par la diligence; itdkitr. .

Ma<kûnié de Montalte n'a-t-elle pa^ amené son fils avec elle? il paraît (fae ce jeune homme est bien de sa personne, quoiqueétourdiet surtout fort téméraire, comme le sont, d'habitude messieurs les écoliers. Savez-vous , mon cher Darcey, ' que vos devoirs de père deviennent difficiles avec des collégiens logés chez vous?

^n conscience je vous plains ; toujours l'œil au guet, l'oreille tendue, je vous vois là jouer un rôle bien contraire à vôtre natore tranquille j et cependant, je le conçois, j'aurais une fille de l'âge de Marie que des écoliers de l'âge du jeune Montalte m'inquiéteraient assez pour être sans cesse sur leurs talons. Quefairç à cela ? on nous a surveillés , nous surveillons les autres.

N. B. M, Cambonentretieat taût qu'il peut votre bonne amitié : c'est avec la plus grande circonspection qu'il entame chaque jour votre excellent cadeau de la forme d'Auvergne. . .

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