‹ Les femmes vengées, Volume 1Chapitre 17 sur 39 · LETTRE XXV · texte numérisé non relu

LETTRE XXV

Ce 9 jftnTier, midi.

J'ai4onni qudqticè keiirtSy majstée quelaoBUHeiliftous mes rèwi onC été tmlesy. et je me imppdfeatvoir pleccré {)liMtew»fois., . Moa irisage porte enocasr les traces de rnaimit.*. Oi^ £air, â je m ptw mf éviter même dan» mes aamyes f

Ce matin 3 quand j'ai cessé de t'écrire^ une femme entrait. Cette femme ^ c'est Catherine , une jeune servante, fort douce et fort attachée à ses maîtres. Elle m'apportait tm mot de Pians, un mot de ma tante ; au milieu des occupations de la fête, les domestiques avaient oublié de me le. remettre. D'ailleurs j'avais quitté le bal avec toute Fapparence d'un homme qui souffre , et lïfon oncle , me dit-elle, ayant aperçu de la lumière dans ma chambre, envoyait «avoir comment je me porte... Je rassurai cette excellente fille, et la priai d'offrir mes remerdmens .à mon onde. Elle sortit «pvç8 quelques: instans ide silétiice ■ où mon regwd la aoHidtait d^ftttmdfe^^ comme' si j'eusse. dierehé tn moi -^^Mez de oourage popr lui dire : « ftloii oiid^ est^ldonè le sétiA que ma santé inquiète^ nul autre que^ouset lùidang k maison

^83 ne prend-il intérêt à mon, malbeui"? »

Je me contins y et cependant qu'avais-jq besoin d'augmenter mes peines en parlant de Marie? C'était son père et non pas elle qui m'avait envoyé cette -domestique. Ok! non , Marie 9 la cruelle Marie n'avait pas remarqué mon absence; son visage ne s'en était pas at-* triste; elle avait > comme auparavant^ livré 9e» mains ^ sa taille, son haleine aux désirs effrontés des danseurs, et, pendant que je pleurais en te retraçant mon amour pour elle, elle souriait de bonheur ^i écoutant l'amour d'un au-* tre!.*

• J'ai eu tort de quitte^ ce. bal avant ta fin. Je n'aurais pas du l'abandonner seule à tous ces hommes. Devant moi peutr-ètre ils n'eussent point osé pousser leur hardiesse aussi Iqîu. Mais quelle

fopoe bumaiae n'eût été. accablée de ce que j'avai# déjà vu t

I}8 ont doDnè nïi bal^ te dîs-je^ un bal aveedeg waldes^ aveo des femmes qai' étalaient leur poitrine presque noe.

CeHes-ci venaient foire admirer la blsai^ cfaeurde leur gorge; celles-là le contour de leurs épaules; les moins audacieuses ne laissaient voir que leurs bras. . . Marie était décolletée.

Et les hommes dévoraient tout cela des yet}l^! ils pressaiept lès^maiidjs des femmes, ils respâraâent leur souffle /ils entouraient v^uptoeusement lataîtk des plus timides jeunes filles , qui roa* gissaient de plaisir et non dé honte!

Et ce bal^ sans antre but qu^ de célébrer la fomeuse victoire de ML Armand!

causé bien digne d'un effet aussi noble!

Tu aurais haussé tes gaules de pitié à

voir Tàir capable do tribmpàateqr.

Tout le inonde pwlaît de lui , maii lui piu6 que tout le inonde; la foule se prosternait devant sa gloire,; et lui^ {HTOSternait ipAns bas que là foule. En effet qui ^'admirerait pi» le prodige?

Un oison avait tué un aigle! ("1 )

Dès les deux heures de TaprèMnidi, iieure à laquelle on avait arrêté le pro* gramme de la fête, tous les domfestiques é& mon oncle s'étaient rq)andtis dans les environs pour annoncer à qui voulait l'entendre^ qu'na bal aurait lieu oc jour-là même à S^^* en l'honneur du coup de fusil tiré par ce monsieur. Les kivîtës se gardèrent bien dé manquer à l'appel, et le^ soir on ne savait plua où

( t ) Pitoyable jea de ipots qpi'viXL hoiii me > gra v^ i comme Henri, ne devrait pas se permettre , même au fort de la jalousie.

(Note de VÉditeur.)

loger les iiinombrables admirateur» du

merVeilleut fait d'armes.

Marie resta une heure trois quarts à sia toilette!,.

Le bal ebmmença surles huit heures.

C'était une incroyable ivresse- Une joie folle ëclatait dans les discours, comme sur les visages. Tous le» hommes , le jarret tendu , la tête haute , passaient in^ solemment la revue des femmes ; et de leur coté, les femmes^ rendant imjpudeur pour insolence, se disputaient effrontément la gloire de danser la première contredainse avec le tueur d'aigle... Il piàralt que ce n'est pas chose indi^renté que dé savoir avec qui Ton dansera cette première contredanse^ L'usage y attache un grand prix ; hommes et femmes en tirent d^amoureusés conséquences. . .

La préférée de M. Armand fut Marie." Fière de ce publie hommîagè, elle porta

les yeux tout autour d'elle^ sans 4oùte pour dire aux femmes : « Admirez mon Jbonheur ! » Elle me vit. J'ignore quelle iinpression lui «fit la sévérité de mon regard : j'avais déjà quitté U salle»,..'

Mais Wentôt, impatient de la revoir, je rentrai et m'assis dans un coin assez obscur, moi seul souffrant au iDuilieu de la gaieté générale; enfin la musique cessa.

Danseurs et (fenseuses cherchèrent où s'usseoir. Elle revenait heurtée par la foule, entraînée par son danseur. Le hasard les amena vei^ moi ; circonstance que le trouble delà €êté l'empêcha de remarquer jl'^ord.

Prête à prendre' place sur tme. des chaises restées vides à mon côté, elle m'aperçut, fit un mouvement de crainte, puis se releva drcnte, immobile, puis regarda, je ne saison, je ne sais qui; et bien vite, sous prétexte de saluer: une jeune

fiUe de son âge avec qui elle avait déjjk causé peinant le bal , elle alla s'as^ôir à qcK^qae distance de moi... deux chaises inoccupées et trois femmes assises nous séparèrent l'une de Fautre.

Cette marque inattendue de mépris m'atterra. Mais de la stupéfaction je passai rapidement au désespoir. Je me levai furiet»9 décidé à lut reprocher publique^ ment, son insulte... Par bonheur/ quelqu'un me saisit par le brgs et me dit :

K II ne £aut pas te gêner si tu es malade :

n^fes domestiques ont feit ta chambre. »

Je reconnus la voi:^ de mon oncle y et y sans le regarder^ sans même lui adresser tin mot, je in -enfuis du salon pour la seconde fois. . •

Long-Cemps j^errai par la campi^gne.

Le Iroid était vif , k» terre sèche et âpîre. Je me sourviens encore que , pour ne pas eotendfre le bruit des violons, je me plai--

sais à feire crier les glaçons sous mes bottes. Mais Finfernale musique éclatait plus que lecri de mes pas^ plus haut que le haut tumulte de mes pensées. Le silence de la campagne^ le sili^cede la nuit^ l'éloigné^ ment^tout contribuait à m'apporter plus distincts encore ces concerts de joie que je voulais fuir. . . et puis , par mes souf* frances loin d^elle , je m'étais apa?çu qu'il valait encore. mieux être là;.,, ce M, Armand ne pouvmt-il pas feire tourner mon absence au profit de son amour?

Ivprsque je revins , une foule de domestiques se tenaient à la p<Hte du salon^ d'où ils admiraient naïvement le bal.

Tous ces bonnes gens se rangèrent pour me laisser l'entrée libre ; mais , à leiir grande surprise , je m'étaldis au milieu d'eux dans l'espérance de voir tout sans être remarqué, de personne. . •

Mais on dirait que dans la fixité du re«

gard de l'homme qui aime il y a quelque chose qui attire et force k l'attention la £emme la-plus iûdiffércnte... A|es yeux n'étaient pas attachés sur ^e depuis i^m d'une minute^ qu^elIe tooma la,tèle (fe mon côté !*. Son visage exprimait uàe bonté mélancolique; son œil, humide^t doux, était plein d'enivrantes consolations... Était-ce coquetterie ou pitié du cœiir? oht Paul, c'était coquetterie, sois en sûr! elle'me sourit tristement comme si (elle eût voiilu me dite: «Je vous causé bien du chagrim , Henri, mais c'est malgré moi ; . : devant tout ce monde^ il feut que je feigne d^êt^'e heureuse. . . »

Oui, Paul, ce perfide sourire me disait cela, et moi j'eus la faiblesse d'y croire. . . dès ce moment il me devint impos^lè dé rester hors du bal. D'ailleurs je la voyais' parler et je voulais l'entendre, je voulais savoir si dans ses paroles je re-

trouverais quelque chose de ce que mV vait dit son regard.. .

Je mé glissai dans la foulé; j'arrivai sans bruit derrière elle. Alors elle ne dansait pas^ quoiqu'elle fût debout, et déjà prête à s'élancer. Ses pieds ijnpatiens battaient la mesure : oi^ voyait que cette femme, aime passionnément la danse. Mais son tour n'était pas ^çore venu. M*. Armand dansait, lui. Te dire l'espèce* de figure que faisait ce monsieur, je ne le puis : m#n érudition ne s'étçnd pas si loin ; bref, il dansait. Une jeune fille, voisine de Marie, se. pencha à son oreille et lui dit avec émotion : Vois donc comme M. Armand danse bien, ma chère !

-T- Comme un ange, répondit-elle. Gracieux et léger! c'est un plaisir de le voir.

Yoilà ce qu'ellerépondit^.Paul! je ne t*en impose pas.

M. Armand l'entendit sans doute, car

ilreprit stiwitôt: « Je \¥al9é encore mieux que je ne danse ^ mesâeinoisdles , et si maclemoiseUe Marie le pennet > à la première walse nous. . .

Marie ne lui laissa pas le temps dV cheVejr. -^Detputmoncœur^ moniieiir; il y a si peu dé cavaliers qui ne fetignent pas leor walseuse! et puis la walse, c'est amusant , ah ! j'en suis folle !..

Sa voix tremblait de plaisir, et si j'a^ vais ptt examiner son.visage ( mais je me tenais immobile derrîè»e elle)^ j'y aurais lu, j'en suis certain^ tout l'enthousii^me de la passion. . •

Enfin, ce fut à eWed^ aller en ocrant.

(J'ai rencontré pourtant, un des mots sacramentels de . cette science maudite ; pardonnennoi. ) Vive et joyeuse, elle s'élança; et lorsque la danse l'eut ramenée vis-à-vi» de moi , lorsqu'elle m'eut trouvé devant elle^ son visage allumé par

le pïaîsir ne changea pas de couleur; «es pteds ne devinrent pas plus lourds ; les mcmfeuietts oiiduleux de son corps ne' perdirent rien dé leur folle volupté.

Elle dansait enfin d'un air aussi content que si la voir danser eut du me ravir d'admiration ; d^un air au^i peu embar^ rassëque si, tout à Theure, elle n'eut pas dit à M. ArmaïKl : «J'aime ledbons wûlseurè, nous walserpns ensemble ! »

A l'instant même un étranger, qui passait près de moi , me- demanda, je ne sais à quel projios, |>ourquoî je n6 dansais point, ie cherchais une réponse qui lui ôtât la fentaisie de me £aiire à l'avenir une pareille.question, lorsque Marie, sa figura achevée, daigna prendre le soin de m^exctiser elle^mênxe. « Mon cousin, » ne. danse jc^mais dit-elle, cela le fatigue etreûnuie. »

Appèsquoi osant m'adresser la parole:

« Essayez-vous donc un peu^ Henri j je » vous assure que la danse vous amuserait » beaucoup. Il n'y a que le premier pas >) qui coûte. Allons^ voulez-vous diemser » a^vec moi la prochaîne ? je vous invite. »

— Parlez-vous sérieusement ou par moquerie?luidemandai-je enm'efforçant de paraître calme. Mais le son de ma voix dut me trahir : je sentais mes lèvres trembler. . . Elle ne me répondit mot. Les danses recommencèrent.

Avant de quitter définitivement la salle, j'épiai la dernière occasion de revoir son visage. Il était triste.

Pauvre enfant ! p«Qisai-je, je l'ai affligée. Comment réparer ma faute, et que lui dire pour qu'elle me pardonne!

Déjà , fou que je suis , je m'excitais à vaincre toute honte, à suivre le penchant de mon amour qui m'entraîjaait suppliantà ses pieds... Déjà je m'ouvrais

nn passage à travers la foule ^ je courais à Marie /les mains jointes, quand je crus reconnaître le véritable sujet de sa tristesse: on Walsait, et M. Armand , oublieux sans doute de l'engagement qu'il avait pris avec elle , remplaçait à Tofcbestre un musicien profondément endormi.— M/ Armand jouait de la flûte-

Comme je sortais à la hâte ^ j'entendis tout le monde se récrier et se pâmer d'aise sur les talens divers de cet illustre jeune homme. Il y a tout lieu de croire que Marie ne fut pas la dernière à lui payer son tribut d'admiration. —-Le musicien la consola de l'oubR du walseur.

Hetireuï M. Armand! . . t|ue suis^je auprès d'^un tel rival ? bien peu de x^hose.

Pour l'emporter sur lui, il me faudrait tuer deux aigles, ou jouer de deux in-*

fltrumens I et encore elle le préférerait à moi^ car je ne sais.ni walserni danser^ ni rimer dès chansons détestables!;., lui^ il. possède à fond toutes ces belles sciences... ..

On vientde jn^apporter des journâlix.

Je te remercie. Âdien. Je vais essayer de combattre par la politique un amour contre lequel ont échoué jusqu'à cette heure tous les efGarts de ma jpauvre raison! •.

Âhl mon Dieu tu m'en envoies six !

et oùveuxt-tij^ que je prenne le temps.de lire tout cela?

Pardon , Paul , pardon ,. j'ai tort. Tu as bien fait. Ne te lasse pas de m'eù enr voyer. Je ne suis au courant de rien- J'àibesoin de tire beaucoup. Je TQudîais lire lanuit^ le jour^ je voudrais* i. Hâas!

qu' osé-je vouloir , moi qui veux la haïr et qui ne peux que l'aimer! /

I^ETTRE XXVK

VMmh0vt^

S**, .10 janvier *^

Tu es Inaoi la femme raisomiable la moins sensée ^ l'amie k plus ennemie^ la bonne ame la plus mëdfi^nte^ et Te»cdlent earactkt» le plus difficile que je connaisse. Avec toi , sait-on jamais com-

iqent faire pour ne pas encourir tes reproches ? Je vais oii tu m'envoies , f observe ce que ta me dis d'observer, et tu n'es pas contente! PcJurquoi? — parce que mon fils est charmant! . . Je sais bien que c'est un peu ma &ute , niais mon Armand serait à recommencer que je ne le voudrais pas autrement qu'il n'est ^ conçois^tu? La bonne querelle que tu vas chercher là à sa mère! feut-il, parce que ton neveu n'est pas aimable y que mon fils cesse de plaire? en vérité^ je n'y consentirais de ma vie. D'ailleurs toimême, ma belle effarouchée, tu n'y consentirais pas non plus., si tu daignais réfléchir un instant à l'utilité dont il nous est dans la circonstance présente. Que voulions-nous savoir ? si Henri a^ne ta opièce?—^JLa présence seule de mon fils l'a rendu jaloux. Si .Marieaimel;on,nev,eu?— les soins de mon fils lui sont plus agréa-

bles qae ceux de personne. Conclus toimême. La pensée de &ire servir Armand à la<:onnaissance d'un amour qu'il t'importait de connaître , .ne me fut jamais venue très-certainement. En tout cas, elle m'eût répugné, et je l'eusse chassée bien loin. Mais puisque^ sans prémédi-.

tation de ma part, le séjour de mon fils a pli me mettre sur ta voie de la vérité , j'accepte ce que le hasard m'offre si bénévolement et je m'en applaudis à cause de toi. Quant aux craintes que tu montres, elles sont ii^ustes et cruelles. Je suis là, je veille; je suis mère. Sois sans inquiétude. Du jour où je m'apercevrais que Armand est sérieusement épris d'une jeune fille qu'il ne doit ni ne peut épouser, nous quitterions. S*** à l'instant même. Mais tout cela n'est que pur cnfiantillage. Ainsi rassure-toi. D'ailleurs Armand court sans cesse; et quand ri

SOÔ

n'est pas sur les montagnes^ il est en visite cj^ez les jeunes giens du yoiçiqoge.

MetSr-toi donc l'ame en r^ptos. Qu^9t à Marie, elle a deux gardions sévères »

Henri et moi, qui m'épuise en.Kiîsonnemens de toute espèce pour lui faire admirer son infiniment peu admirablecou* sins; mais j'ai beau dire, elle le redoute comme la peste. Elle en est vemieaii point de ne pouvoir plus lever les yeux sur lui. C'est à peine si elle ose le regarder plu^ haut que les pieds. Qudquefpis je ne sais s'il faut enpleurer ou ea riw,

Te figures-tu cela ! ils'est avisé, de lui dir^ qu'une jeune fijfe bien élevée m 4oit jamais se perm^txedç fixer 9^9 y^ux sur les yeux d'un homme ( il disait cela pour Armand , qu'elle avaî^rçg^rdé u^e ou deux n^inutçs de suite, pçïidant.une histoire fort lattaçhaqte conitée avjeç beaucoup d'ame par mon f^ls). Depuis^

mi

ce moment Tobëissante et craintive Marie ne lève plus les yeux «ur wn cou- 3in, qui se désespère et se mord les doigts de sa sottise; et si elle a quelque autre homme à regarder, c'est furtivement, à la dérobée , qu'elle lance son timide coup d'œil. Pris dans le piège qu'il tepdait pour Armand, le malheureux Henri foit une mine cent fois plus piteqse que le renard de la fable. J'en . suis fâchée pour toi, ma bonne Sophie, mais ton neveu n'entend rien à se faire aimer. Et à ta place , et comme je te l'ai déjà conseillé, je lui écrirais des'y prendre d'une autre façon. Venus de toi , de pareils avis seraient peut-être mieux écoutés que les miens, dont il fait Un mépris pro^ fond. Ce qui ne m'empêche pas de prêcher Marie en faveur de cet ingrat philosophe » de tous les sages je plus incapable de sagesse, bien que tu me l'aies^

vanté comme un phénix de raison. Mafs tu meTas rfeVfl/îte'presqu'aussitôt; c'est une justice qu'il faut rendre à ton impartialité' comn^e à ton bon goût.

Adieu.

J'allais terminer ma lettre sans te parler de M. deMontalte, que tu crois avoir rencontré à Paris. Où avais-tu les yeux ce jour-là? tu n'as pas vu M. de Montalte depuis quinze ans , et je te défierais bien de le reconnaître. Au reste , il est si peu, en France, que ce matin encofe j^ai reçu une lettre de lai , datée de Londres. ïl ne se passe guère quinze jours sans qu'il m'écrive. H est désespéré de voir qu'une absence si cruellement sentie par lui et moî se prolonge au-delà dé toutes mes prévisions; mais sa fortune, l'avenir de son fils, exigent cette'séparation,qui ne peut pas toujours durer cependant. Si ses interminables^

affaires ne sont pas finies d'ici à quatre ou cinq ans, nous nous déciderons peut-être à l'aller joindre , malgré mon horreur pour la mer, pour les Anglais, pour la bière, pour les brouillards, et malgré mon amour pour la France , où Dieu m'a faîte heureuse en m'y donnant une famille, un fils et une amie telle que toi.

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