LETTRE XXVII
S***, 1 5 janvier»
J'ai reçu, en son temps, votre aimable lettre datée du A courant, ma chère belle-sœur. Vos bonnes mtentions pour ma fille m'ont fait éprouver une vive satisfoction. Je vousen remercie beau-
SOS coup 2 ainsi que dé la bague et du^diall qui êont fort beau^ et dont Marie est en^ chantée. Elle vous embrassô trè^-tendrement et avec reconnàissance/sans oublier son cher oncle ^ qui est vraiment trop bon de fedre de pareils cadeaux à une pe^ tite morveuse. Il est vrai qu'elle est fort gentille de caractère et <]ue sa figure lui fait partout honneur; Tout le monde l'aime^ et vraiment elle est bien digue d'être aimée. Je vous temercie donc de tout ce que votre cher mari et voiis^ ma chère sœur^ voulez bien fairç pour mon enfant)^ dans la supposition ou elle se marierait avec son cousin.Maissi vous voc^ que je vous le dise^ j'ai bien peur que ce mariage-là ne se îasie jamais. Pour ma part^ jene m'y opposerai pa^; car^ comme vous 1ë dites^ ma fille est libre et doit être sa maîtresse dans cettéaf&ire. Mais e'e^ précisément à cause de cela que je crains.
Vous dite8 que son cousin l'aime^ et voua vous trompez, pèrmettez^moi de voué le dire. U la fuit plus- qu'il nela cherche, et souvent mêîtne il lui parle avec rudesse.
Je ne lui en ai jamais fiait le reproche , parce qu^ est mon neveu, qu'il est chez moi et que je ne voudrais pas lui &irè apercevoir que ses paroles sont souvent trop rudes. Peut-être prendrait-il mes observations en mauvaise part, car je vous assure que c'est un drôle de caractère. Quand je vouô dirai que je ne l'ai pas vil rire une seule fois depuis qu'il est chez nous, vous nelecroirezpas , et pourtant c'est l'exacte vérité. Depuis le reçu de votre aimable lettre et depuis que j'ai pensé qu'il ne serait pas impo^ible qu'il devînt mon geadre, j'ai parlé de lui à notre médecin. .Pardon si je vous dis cela, mais c'est qu'il ne m'avait pas l'air de trop bien se porter , et c'est désagréable.
(te ne se soucie pas^ surtout à la campagué^ où Ton a besoin.de distractions^ d'avpir un gendre toujours malade. Notre médecin^ qui a fait toutes sets études à Paris, et qui s'y connaît, m'a dit que ce cher neveu n'était pas sain. Yqus concevez. Je m'en doutais déjà j il est pâle, et ce n'est pas naturel à un garçon de son âge. Cependant j'aurais passé par là-dessus si Marie m'avait dit qu'elle l'aime. Je le lui ai demandé, en riant, pour ne pas avoir l'air de penser à ce mariage, et elle m'a ^ répondu qu'elle l'aime beaucoup comme son cousin; vous entendez, comme son cousin. J'ai voulu en savoir davantage, et elle m'a dit qu'elle ne me comprenait pas. Alors je lui ai parlé de M Armand, qu'elle voit d'un assez bon œil et qui est vraimeijt un joli garçon... Ont-ils un peu de fortune, ces Montalte? vous devez savoir cela , vous, ma chère sœur?
au reste ^ il» ont Fair aisé, et la mère du jeune homme est une femme fi3rt agréable. Le jeune homme est rempli dé moyens et d'une foule de petits talens d'agrément que ce pauvre Henri n'a pas, il s'en feut de tout. Enfin, j'ai donc parlé à Marie, toujours en riant, du fils de madame de Montalte, et elle s'est décontenancée tout de suite , et elle m'a dit en changeant de couleur deux ou trois fois : (( Mais M. Armand nfe pense pas à moi, mon père? w '
Je n'ai rien répondu; car, en définitive, je ne sais pas si ce jeune homme y pense sérieusement, qûoiqu^il la recherche un peu. Mais j'ai bien, vu au trouble* de Marie que son petit cœur en tient pour le jeune homme. Vous rafe dites de les sur«^ veiller; je vous assure, ma chère. sœur, qu'il n'y a rien & surveiller du tout; ma fille ne s'écartera jamais de son devoir.
Je i'ai élevée dans des principes qui l'ompécheroBt toiqûiirs de brendier. D'ailleurs Armand est un garçon qui aiin6 lé plaisir, mais qui est honnête^ et je.nelui ai jamais entendu dire à ma fille un mot plus haut que Fautre. D'abord je ne le souffiniraîa pas/ et Marie ne se laisserait manquer par pers<!mne. Elle a vraiment une raison au«<lessus de son âge.
Certainement je voudrais bien la voir établie^ et le parti' que vouS'm'<^ez, avec tous les avan^ges que vous 'feites^ me conviendrait mieux qu'un autre. Mais c'est pour elle- que ma fille se marie ; je ne l'ai pas mise au monde pour la rendre malheureuse ; et je ne la forcerai jamais à épouser un homme qui ne lui serait pas agréable.
D me reste à souhaiter, ma chère sœur, que Marie finisse par trouver son cousin I. U
à ^on goût I et qu'^n Tépousant elle profite d'un avantage dont TOu$ ne voudriez pa8 tout-à-feit la dépouiller , j'aime à le croire, au cas où elk: viendrait à en épouser im autre. En d^nitive, vous étés sa tante, et, dans la famille, on vous a toujours citée pour votre bon cœur et votre justice.
Laissons jaller les choses comme elles pourront, et, n'importe comment elles tournent, comptez sur la prof onde reconnaissance de Marie et de moi , et sur le dévouemait partkuiier de cdui qui se dit pour la vie v^tre affectionné beaufrère.
je présente bien mes devoirs à ce cher M. Cambon.