LETTRE XXIX
9t ^iTttri à fhrtil.
S***, ce 17 janTier^
Depuis qu'ils ont donné ce maucËt bal^ les (knses se succèdent sans interruption. Tous les campagnards du voisinage se sont crus dans la- nécessité de tendre y chacun à son tour , la soirée
dansante où mon oncle les a invités en Thonneur deM. Armand. De deuxjom*s l'un au moins il nous tombe une féte^ à laquelle M^i^ies'empre^e.de courir. Tu conçois que M. Armand n'est pas le dernier à la suivre. Un jour je me suis obstiné à garder la maison ; mais j'ai tant souffert ce jour-là que le surlendemain je les accompagnai au bal... La solitude m'est devenue insupp6rta]ble. Il me faut des distractions. . * toutes cruelles qu'elles soient 9 je Içs préfère à la jalousie qui s'exerce sur des événemens probables et des chos^ absentes. . .
Je ne sais comment cela se £iit, mais elle ne payait pas fati^ée. Le ^plaisir qu'elle pi^évoitlui lait o^i^iUe^ 1«| fetijpe présente: £Uê Va méi}ie<: jusqu'en dune qu'uii second bftl la: .délasse .d'^n^pre^ jnier, et aiasi de 3uite..> Ui^y a ^«i^ les
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femmes pour éprouver et dire de pareil^ les chotes.
Hier, je lui -demandais : « Pourquoi aimek-^vous tant la danse?»-^(( C'est que danser me fait plaisir , me rëpondH^e en souriant. J'^ouye un grand bcmheur àtn-ajpter ainsi. » Je voulus lui dé»montrer qu'elle s'abusait^ « Ce n'est pieif -la .danse, repris^, que vous aimez, mais la toilette , Tempiessem^mt 'des hommes, le plaisir d'être regardée, d'ètré admirée de tous, sent parce que VOUÉ êtes befie^ soit parte qmievio»^ dnair ses avec grâce... Laide,^ mal vêtue, difr ferme., auriéE-vous le même pla^ir k paraître dans un bal .^ »
Elle réfléchît quelques secojtdesei tne 4it: « Je crois que j'y aurais le même plaisir, mon cousin. C'est pour la^dame seule que j'aime la danse, pour le mouvement qu'on s'y donne et noit pour les
motife que voua supposez. D'ailleurs ne vous ai-je pas entendu dire vingt fois que les femmes devraient se livrer à des exercices de corps; que cela endurcit au mal physique^ et peu à peu fortifie l'ame?... Eh bien, la danse est un'ezèr** cice comme un autre; seulement il est plus agréable qu'un autre^ et voilà tout.
T— «Agréable, je vous ai dit pourquoi • Les belles parures , l'envie de plaire, le compliment dé la foule; telles sont les véritables causes qui vous font aim^ 1< bal. Le reste n'est qu'un mensonge funeste où votre coquetterie dupe votre raison. , Croyez-moi, Marie, songez ser rieusement à ce que je vous dis là, et gardez-vous d'un plaisir* qui gâte votre eqpfrit et jette votre cœur dans des pensées presque coupables; . . »
Elle rougit beaucoup et me répondit ensuite avec tranquillité : « Je vous r^
mercie, mon cousin^ devosobservation»; je les croia foites dans mon seul intérêt ; mais vraiment vous vous trompez... si ce que vous dites était vrai, ma conscii^ce m'en aurait avertie , et jusqu'à présent eUe ne m'a reproché rien. . . Gepcoidant puisque vous le pensez, a »
Elle s'arrêta, puis reprit avec une vivacité surprenante : (^Oh, mon Dieu ! ce serait pourtant bien dommage de ne plus danser! »
Chère et douce Marie! se décideraitelle enfin à faire à mon amour le sacrifice d'un de ses goûts les plus vifs?
Aujourd'hui il y a eu relâche dans les danses, mais demain. . . demain on danse encore. Le. bal se donne à une demilieue d'ici. Tout le monde y va; irat-elle ? je n'ai pas osé lui en faire la question.
O Paul! dois-je me livrer à l'espé-
rance? crois-tu qu'elle m'aime?... ma pensée 8'efSb*aie À la poM9>^té d'im pareil bonheur. >. Aurais^je Inen la force de le porter ian& &iblir?«.. dtô^moi : ne penses-tu pas qpe^ pour le saliït de ma raison ^ la continuité du maUieur ferait préférable à une félioité si soui^aine et fi grande!