‹ Les femmes vengées, Volume 1Chapitre 22 sur 39 · LETTRE XXXI · texte numérisé non relu

LETTRE XXXI

S***, ce ai janvier.

Comme je te Favais écrit, mi quatrième ou cinquième bal se donna hier; elle y vint, mais elle né *dansa pas...

Tu crois que ce fut par pitié pour moi, ou par réflexion sur les choses

que je lui avais dites? point du tout, Paul ; elle ne dansa pas , parce qu'en s'élançant de la carriole où nous étions tpus pêle-mêle , son pied tourna et qu'elle eut une espèce d'entorse.

Cet accident très-involontaire, comme tu vois, la priva du bonheur de danser, mais né Fempêcha poiht de venir au bal. Elle y parut sans être costumée, il est vrai; simplement vêtue de ses habits de tous les jours, car les dames ne s'eiiibarquent pas toutes parées. Les cahots de la voiture froisseraient leur élégante toilette. Elles emportent leurs belles robes dans des cartons, je ne sais dans quoi, et ne s'affublent de tout cela qu'après le dîner.

. Marie avait eu bien soin de n'oublier

ni festons ni rubans; tout était prêt

pour la danse; mais la maudite entorse

fit rester la belle toilette dans les ciar-

tons.

Je ne lui adressai pas tin mot de la soirée... que lui aurais^jé dît ? à chaque minute une îôule déjeunes géms, M. Armand tout le premier , accouraient lui apporter des consolations. Autour de la chaise où elle était assise, on ne voyait que des hommes empressés à lui dire leur regret de ne .pas danser avec elle. ..

et elle souriait à leurs çqttjes flatteries !

Vers le milieu du bal, elle se retira dans la chambre qui lui était destinée.

Elle paraissait marcher. plus aisément, mais une profonde douleur avait pâli ses joues...

J'eus la faiblesse de la plaindre j je lui jetai un regard plein d'amour et de triste^... Mais ce tegàrd, où je lui disais tottte hiâ coWpaésîon poiù: Éës ïiiaut, put-èlle le comprehdfe , ïîeftte "feitihe

fifT qui n'a de sympathie pour ki maux de personne/cette femme sans ame et slnois €œur-j qui chante sans pitié loraqn''^e voit que moi«»mém£ je souffre ? . - .

C'était cette après-midi. Une affrense jalousie me dévoilait. Car je suisjalouit^ Paul, jaloux avec les plus cruc^ tourmens de cette passion horrible. J'avais vu au doi^ de JME. Armand une bagiie 1^* Marie à perdue ce matin ^ dans la voiture. M. Armand l'avait trouvée^ sans doute;., je ne puis interpréter cela aiitremeBit;mAis enfin il s'en parait cotume de son bien propire^ et quand je le teih contrai y il y appliquait ses lévites*..

Je m'enfuis dans le salon ^ ok d'fadbitttde on lie se réunit guère qwî 1* soir.

LÀy livré à mon désespoir^ je plétlrâdls seul... La porte s'ouvre. Je liie caché la tète dans mes desx mains... Au bruit ^ ses pas^ je k recotmus : c'était elle.

Je pensais qu'en me trouvant là^ die s'éloignerait bien vite; Mais non. Après quelques tiours silencieux daps la chambre, elle ine dit d'une voix assez douce (sa voix est doufce naturellement) : « Vous souffrez, mon cousin? »

Par ; un inconcevable désir de :Veri* geancé, il me sembla que Faven de ma douleur pouvait l'affliger elle-niêmé, et je me hâtai de répondre: « Ouî,je souf^ fre. » > . ■ i \ .... .• . .

-; ;lJn long silence s'ensuivit, e^ bientôt^ oubliant et mes larmes, et ma présence même, eHe se plaça devant son piano, et se mit à jouer, ea s'accomp^gnant de la voix... '. .• > r:

Cet excès dWen^ilité, de cruauté, je po^rmis dire, me rendit tout mon saiiig-fj[*oid. Mpv^ 9 . je. la .onéprisais Uof pour i'aiiper. . . Je sortis sans dQjijier aucun signe de cQlè.r<e ^ jpaaj» dans jo/on ia-

différence même elle put lire Texprewion de jnon juste dédain .«.. Ja malheureiiise l chanter quand elle me voit souffrir !

Mais qu'y a-t-il donc au fond de tous ces cœurs de femme , pour que l'attrait delà musique^ ou l'envie de faire briller leurs talens frivoles, étouffe en elles jusqu'au sentiment de la pitié \

O mon ami, combien tu leur rendais justice, quand tu me les montrais égoïstes, &usses^ insensibles, étrangères à toute passion noble, inhabiles à comprendre le bien, habiles seulement à mal faire !

et moi combien j'étais fou de les estimer dignes d'une condition plus haute que celle où les hommes les . ont sévèrement tenues durant des siècles! Oui, tu avais raison, leurs défauts, dont j'accusais upe éducation vicieuse, ne sont presque toujours que l'effet d'un mauvaisnaturd. Ce que, dans un esprit d'ordre et de justice.

je désirais qu'elles fussent ^ l'expérience me prouve qu'diles ne peuvent le devenir.

Ma tante elle-m^e, toute raisonnable et bonne que je la crois, manque encore de certaines qualijtés essentielleade Fame^ et ne possède tout au plus, qu'une ou deqx des qualités fortes de l'esprit. En général les femmes dont incomplètes.

Celles qui brillent par le jugement jpèchait par le cœur $ les^ unes^ comme cette frivole madame de Montalte y s6nt gaies et spiri{;uelles ^ mais faibles de caractère et dépourvues de raison ; les aiitres^ sem-^ blables à la fille de M. Pdrcey...

Adieu. Je n'^i pas la force de te redire tout le mal que je paisé d'elle. Je aens que la frapper , c'est me meurtrir le cœur.

Je t^vais demandé des conseils pcmr m'aider à vaincre cette folle passion /T^i ne in'en donnes aucun. Qud que soit le

23i moyen de guéirisoi]^ que tu m'offres, je Fem ploierai avecxecomiaiswiee} car de jour en jour le mal pénètre plu? avaat, et déjà r attaque aux sources de ma vie.

Je rouvre ma listtre pour te foire part d'une nouvelle qui, si elle se confirme, va changer mes résolutions et sans doute ma destinée. Un domestique m'assure à l'instant que les Montalte se disposent à nous quitter. .. Il a vu ce matin la mère préparer ses malles, et il a entendu le fils maudire ce brusque départ. Personne ne sait au juste pourquoi ils s'en vont si vite. L'important pour moi, c'est qu'ils partent. Mais je n'ose encore me flatter de ce bonheur... si c'en est un ^ car, Paul, eux absens, Marie en deviendra-t-elle plus digne de mon amour, et moi en serai-je moins digne de mon propre mépris?

Encore un coup, dis-moi donc ce qu'il

faut que je fasse. . . O Paull je sens qué^ débarrassé cTeux*, je vivrai plus tranquille ici... Avant qu'ils ne vinssent, je souffrais de mon amour , mais du moins ce n'était pas sans espérance.... Dieu veuille enfin que ces Montalte nous quittent]

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