LETTRE XXXII
• S***, ce 23 janvier.
Si ma réponse , que vous exigiez prompte /s'est fait attendre, n^eri accusez y monsieur , ni mon courage ni ma volonté. Votre lettré ne m'a jpoînt trouvée à Cusseté II a fallu qu'elle vînt me
chercher à la campagne , à deux lieues de la grande route. C'est là toute la cause d'un retard bien involontaire.
Mais est-ce bien vous qui m'écrivez encore ! j'espér^s qw irpus -aviei renoncé à me poursuivre de votre fausse tendresse pour votre fils^ et que l'expérience du malheur vous avait appris à plaindre^ si ce n'est à respecter , celle dont tous les maux viennent de vous! Ne serez-vous donc jamais las des coups que vous me portei; depuis vingt ans! Âh ! monsieur^ que vous êtes cruel envers moi et que vous me faites payer cher l'instant de fol orgueil oii je vous Uvrai ma main et ma fortune en échange de votre pauvreté que je crçy ais honorable^ çt du nom des MontaJtej qmç je cççjyms noble! Faute cruelle quj çut m^ vanité pomc compliçç! Mais, q^oi! pour t^ çgarewem d'un JPflr, YÎngt; wuéeis d^ larmes ^t ^'ei^piations ne
yotti attffîsentr^les pas ! quoi l je i)'ai pa$ encore racheté à y 06 yeux le crime de vous avoir connu > de vous avoir choisi pour ëpoux^ quand j'étais libre et fiUe heureuse chez des parens quim'aimaienti Combien de temps vous plaira-t41 donc de prolonger ces tortures auxquelles vous m'avez condaipnée si inhumainement dés le [premier mois démon mariage!
Vous parlez des sacrifices affheux ifue vous vous imposez depuis quinze a fis I Dés sacrifices^ dites-vous? et quds sont* ils ?... Pe vivre loin de moi? mais cela fut votre première pensée. Ce fot d'une séparation que vous me menaçâtes ans* ritôt que lé malheur m'eut fiait votre femme ! . . . Serait-ce de ne pas voir votre fils? mais le malheureux fnfent ne reçut jamais de vous la mmndre caresse } jamais je ne vous vis lui sourire : accourait-il à ^ow^ le pauyre petit, lesbrap ouverts pour
vous embrasser (car enfin, moùsîeur, vous êtes son père ), vous le repoussiez avec dédain, en osant lui reprocher la conduite de sa mère ! . . . Oh !• monsieur^ qu'il y a de lâches calculs au fond du cœur detîertains hommes ! ... Je fus longtemps, à savoir, où tendaient vos odieux soupçons;, long-temps je vous crus de bonne foi dans vos scènes de jalousie...
et je vous plaignais de mettre en doute la pureté de votre femme. Je m'en affligeais sincèrement pour vous. . Quelle ame honnête se fût doutée qu'en m'épousant vous n'aviez d'autre dessein que de me quitter , et qu'en m'accusant d'une infiaimie, en me menaçant des tribunaux, votre intention n'était que de m'effrayer pour arriver plus aisément à m'enlever ma fortune ! . . . Vous me laissiez le choix entre une rupture à l'amiable ou le scandale d'une séparation juridique'; vous me
lai^ez le choix encore entre la misère et mon erifent... Yous savez ce que je choisis. Mais, pauvre comme vous m^avez faite , qu'espérez-vous de moi et que puis-je vous donner encore en échange de mon fils ? Vous aviez pourtant cessé vos persécutions. Six mois s'étaient pas* ses sans que j'eusse à souffrir de vos let*tres; je vous croyais résigné; vous viviez à Londres... honorablement peutnêtre.
L'abandon presque entier de ma fortune vous avait été fait à la condition expresse que vous ne remettriez jamais le pied en France! Et vous voilà à Paris! vous voilà à ma porte, prêt à y frapper, au nom de votre fils, au nom de votre misère, dites-vous, et des sacrifices â^cux que vous vous imposez dépuis quinze
ans!
. Écoutez-moi, M. de Montalte, et s'il vous reste quelque pitié dans le cœur.
après m'a voir entenduey vous ne poU^ mreE pas un seul soupir fusëiez-vous .
aussi à plaindre que votre lettre Toa«« draitine le Saàre croire.... Cinq ans j'ai humilié ma tète sous Totre nuiin^ et cela sans iimrmuTer une seule . fols contte votre tyi^miie; cinq ans vous m'avez réduite au tôle abject d'une servante; cinq ans vous m'avez maltraitée de paroles et cle gestes (car vous m'avez battue ^ monsieur^ comme un méchant homme que vous êtes) ; cinq ans j'ai étouffé mes cris sur là bouche de mon fik; cinq ans j'ai mené une vie. si funeste ^ qt'un forçat eût pris pitié de moi..« Eh bien!
pendant ces cinq ans de martjf^re, nul^ excepté vous et moî^ n'a su mon malheur; je l'ai caché même à ma mère. . i Je fleurais ^ je sanglotais la nuit^ dans ma chambre, en berçant mon fils, et le matin^ à mes ptirens> je montrais tm visage
S39 heuïôtiî. Eîccèpté voù^^ ttomm«z-moltine «eule pèrisénne qui m'ait vue verêet une larme... Si ce n'e^t là sùuffrir, diteë*m<>i ce qu^est là souffrance, car je île te compi^ends plus... Enfiu, à force de m'exercer à Urié joie menteuse , qui dacfaàit Vds màùvars ti>aitemens et meé âbgoi^s, qui. contentait ma mère et le monde, à fotoè de joUerle ^ersotmage du bonheur, je vins à bout (tout cela poûï* vott^^hort^ neur)de me fairede la ^ieté Une habitude telle (^ ), que chacun citait ttotre toëttëge
( t ) Ceci jïDtis 6ï|ji(ltië nàtafélleM'ekit ro|)iàioù que yn^damc de Monlalte arait eue. d'abord ; de M. Par cey. On "voit qu'elle lui prêta son propre caractère à elle, s'imaginant que ce qu'elle faisait il pouVait le faire. De là son erreur : « Sous l'éclat perpétuel de sa joie (écrit-elle , lettre yrii) « peroe l'étude etl'efTdrt* Pour un oui e^ttentif^ le mensonge du fotid se révèle par r^jEAgération de la forme». M. Darcvy rit ,trap haut et trop souvent pour être franchement g ai» j^é; tpis en lui un homme qui ^ est fait du rire un système ,
comme un exemple.de concorde. Les plus clairvoyans s'y trompaient , . et à présent mêpae, aux yeux de mes amis les plu^ intimes , aux yeux de mon fils surtout^, je. passé encore pour une femme heureuse 5 car si Iç pauvre enfant me voyait pleurer,, il me • demanderait la cause d^ mes larmes. . . et que lui répondraisrje, moi qui lui ^i toujours appris à honorer son père ?
Ge n'est pas tout : après la séparation libre à laquelle vous m'avez forcée par menace d'un procès infamant, et à laquelle j'ai dû consentir par respect pour ma réputation , par respect pour vous et par pitié pour mon fils ; après cette
une nécessité , peut-être pour s'étourdir sur quelque grand malheur ; peut-être... Mais tu ne m'as pas envoyée à S*** pour y surprendre des sebrets de famille, etc., etc.
.{Note de l'Éditeur.)
5Ui 6èpwe»ûon achetée au prix de ma tcft^ tunef a|)rè8 la vente <de mes biens > dilapidés par. vous^ sous le prétexte de fonder en Angleterre une entreprise commerciale (croyanjcç que fai accréditée de tout mon pouvoir dans Fesprit public; quoique je n'eusse^ pas grande foi en vos paroles); après tous ces sacrifices^ (pie&e a été ma conduite? voulez-vous le savoiry vous qui Qsea vous plaindre?
Reduilje par vous à un modique revenu de douze ]cents francs^ qui n'était que le dixième de ma fortune passée ^ j'ai donné à mon .fils une éducation* aussi complète que j'aurais» pu le £aire aVeo mon ancienne aisance f j'ai Vendu mes robetfpour lui acheter des livres 5 je me suis privée de tout pour payer tes maî-^ très ; j'ai vécu de larmes pour le néur-* rir; et. lorsque de mauvbises spéculations/ ou quelque chose de pis, vous eurëiit imis^ I. i6