LETTRE XXXIV
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S***, ce lo février.
J'avais déjà 80ngé à fuir. Le désespoir m'en avait donné le conseil bien avant ta prudence. Mais la perdre, l'&bandonner à l'amour d'un ^utre^ me paraissait au-dessus^ des forces humaines. Et puis
su
absent, elle m'oublierait... Cette pensée me brisait le cœur. Qu'elle me déteste si elle veut, mais au moins qu'elle ne m'oublie pas !.. :
Tu dis que moi, en m'éloignant-, je l'oublierai peut-être... Tu as bien raisoh de douter, car je ne crois pas possible de chasser de moi l'amour funeste qui m'obsède, qui me fatigue sans relâche , qui s'attache à mes jours, à mes nuits, à tous les instans de mon existence. . .
Cependant je dois à mon honneur et à ton amitié surtout de quitter l'Auvergne , quoique je désespère de recouvrer le repos, n'importe où j'a:ille. Une foule de poètes^ ont vanté l'absence comme un remède certain contre l'amour. Mais de quel amour parlaient-ils, et quels hommes était-ce que ces poètes ? avaient-rils aimé, et leur passion, combattu sept
mois y ft!était-eile accrue de tous les ef* forts tentes pour l'affaiblir ?. , . Oh! Paul , ne piense pas que je me guérisse. Mais sois sûr que mon courage restera digne de tes conseils. Je partirai /je fuirai, dussé-je laisser ici toute ma raison. . . Ce qui m'effraie 'par avance, c'est, le jour des adieux... J'ai envie de la quitter sans la voir ; de m'en aller uh matin et de ne plus revenir^ J'écrirais ensuite qu'on me renvoyât mes maUes et je m'excuserais de n'avoir rien dit à mon oncle.
Je trouverai aisément quelque motif...
CHii, j'aime mieux cela 5 car lui dire : Je pars '.recevoir ses adieux et lui donner les miens, c'est ce que je ne pourrais faire sans pousser des sanglots... Et quelle idée prendrait-elle de moi, elle qui ne pleurerait pas ? que penserait mon oncle, que penserait surtout cette madame de Mpntalte^ la dernière femme aux yeux
de. qui je voudrais laisser paraître mon
amour!
Je te Tavâis écrit , et ce' n'était point une • fausse nouvelle , ils devaient partir cette madame de Montalte et son fils. . .
Leurs malles étaient &ites. Mais les supplications démon oncle, les prières de Marie et une lettre que le lendemain ils reçurent de ma tante, tout cela les retint. Ik ont renoncé à ce projet et ne cachent pais que leur intention est dé rester éndore six semaines, deux mois, ou même tout le printemps... Comprendstu quelque chose à l'indiscrétion de ces gens qui viennent s'établir ici coinme dans une auberge; et te rends-tu bien compte de l'empressement qu'on met à les retenir , parce qu'il plaît à ma tante d'avoir connu, je ne sais où, cette madame de Montalte!... ces choses -là sont fiaîtes exprès pour moi. Sans eux, saris ce fils
2«7 Montalte surtout y j'aurais pu me faire aimer de Marie... de cette Marie à laquelle j'ai donné mon cœur si follement, lorsque ma raison me la montrait indigne de ma tendresse par tous les défauts de son éducation et de sa nature! . . .
Ce qui m^a perdu y je te Tai dit \ la voyant jeune, je Tai crue facile au bien j j'ai cru possible d'en faire une fenmie intelligente et sérieuse j une femme à pensées plus hautes que ne sontcommu- .nément les pensées de son sexe ; j'ai voulu élever son ame au niveau de la nôtre , grandir son esprit à la hauteur du siècle où nous vivons; je l'ai voulue coïnme je voudrais toutes les femmes j sincère, grave, laborieuse, sensible sans faiblesse, forte sans rudesse, digne en toute cho^e de l'émancipation lùorale et physique à laquelle son sexe a droit comme nous; I. M
capable enfin d'être Y égale de son mari^
non pluç 3a sujette ! !
Était-ce donc un si grand crime que d'avoir voulu cela, et Dieu devaif-il permettre que j'en fusse aussi cruellement puni?
Et pour comble de nàalheur, il faut encote que, je la fuie!
J'ignore où j'irai j... le plus loin sera toujours trop près. . . Cependant je répugne à quitter là France,... je voyagerai dans le Midi. Je ne connais aucune de' nos grandes villes; je les visiterai, seul, triste, abandonné...
Adieu. Mon départ ne d^^dçlu^que de toi. Va trouver ma tante„ dis-lui qu'elle te, remette six niUle f rancs j l'année entière de mes revenus qu'elle a du toucher fin décembre. Si elle résiste.
montre-lui ces quelques lignes^ où je te fsis mon mandataire près d'elle et où je l'assure de mon entier dévouement.
Dépéche-tpi.