LETTRE XXXV
9$ màhumt Si0fhig €Mmh0n k4^mt%.
Paris, ce i5 férrier.
Je pensais à vous, et j'étais triste^ lorsque la présence inattendue de votre incroyable ami le mélancolique m'a Èait bien vite sourire. Devant la profonde douleur de cet honime^ quelle femme
oserait avouer ses pauvres chagrins, surtout s'ils n'ont (Fautrc cause que le silence opiniâtre d'un neveu qu'elle aime!
n a commencé par se foire des excusés à lui-même sur la mission dont il avait bien voulu se charger. S'occuper d'objete aussi méprisables que For et l'argent lui semblait le comble de là sottise. U fallait tovUe l'amitië^ qu'il daigne avoir pour vous , pour- le décider à jme pareille démarche. .. Il en aurait dit bien d'autres sur.se chapitre, si tout à coup il ne s'était souvenu que je ne- suis pas tout-à-feit sa dupe. Il y a long-temps que je sais à quoi m'çn tenir sur ses belles phrases.
Mais je lui pardonne son dédain pour lea choses terrestres et son étrange appétit de larmes, à cause de vous et aussi à cause de la bonne foi qu'il y met. Un autre jôUr,.
oîi je àerafi à peu près heureuse,. je vous donnerai la clef de ce caractère , qufr
malgré Votre haute raison, vous, Henri, yous ne pouvez pas comprendre si Ton ne vous y aide, tant.il y a de franchise dans votre esprit et. de vertu dans votre dme. ' .
. Vous partez donc, Henri?.», et vous parte? sans m'écrire? mais où allez vous T bien loin? oh! non, n'allez pas trop loin, je* vous en prie, afin quelles lettres de ceux à qui yoUs êtes cher vous, puissent consoler, souvent de Finsensibilité des personnes qui ^'étaient pas capables (jle vou^ comprendre ! . .
. Dieu m'est témoin que œ mariage était tQufe mon espérance, et; que pour son accomplîssénient j'ai £iit toutcequlKi* mainementil m'était posâble dé faire...
Partez donc, puisque l'îndifféirence de votre cousine vona condamne à la fuite ;.
partez, mais revenez guéri, heureux.,.
Peut-être alors serai-jè moi-même con-
tente de vous revoir , et fière de mêler mon «ourire au vôtre. . .
D'abo]çd je ne voulais pas vous engager à m'ëcrire. Tant de fois ^ et depuis si long-temps , vous ni'avez privée de la douceur de votre correspondance ! Je rougissais de; vous deinbnder encore des preuves d'un attadheinent que vous sém-^ blëz ne plus avoir ! je voulais vous laisser dans votre Ssiuie envers' moi ; je ne voulais pas solliciter votre repentir } mais je devine jCpmbien il doit èlre pénible^ quand on est coupable^ de gairder sa faute sur son cœur, et de n'os^ «n ftiire l'aveu par crainte de n'être pas pardonné; . . . cette crainte-là , aveas-vous pu Favoir un moment? et si *vôus Tàvez eue/pouvez-voiî&bîen l'avoir encore?...
Mais je vous répète, Henri, que je vous excuse; que vôtre silence ne m'a point offensée; que, tout en désirant,
vos lettres, je souhaitais qu'elles ne me vinssent pas; . . car vos tourmens n'étaient pas de ceux que Ton console, et vous m'auriez &it verser bien des larmes sans que toutes les miennes pussent effacer la trace d'une seule des vôtres ! Ainsi y vous avez bien fait de ne pas m'écrire, cela valait mieux, je vous en remercie , vous avez eu pitié de mon cœur. ^ . Mais , maintenant que vous voilà décidé à rompre avec votrexousine, maintenant que votre douleur s'est fait une raison, et que vous n'avez plus à m'affliger de vos peines > causons ensemble, voulez- vous?
comme deux bons amis qui se retrouvent après une longue absence . . . Oubliez que je suis une femme (puisque c'est une femme qui vous a rendu malheureqx), oubliez surtout que je suis votre tante (puisque ce litre vous impose, par sa grarvité presque maternelle) 3 mais sou-
venez-vous que j'ai droit à votre coniiance/ comme W)U8. avez droit à mon inaltérable tendresse.^
La. traite que je vous envoie «qr M, B***, banquier, à Clermont, n'est payable que le 15 mars;, il m'a été impossible de Fobtenir pour une échéance plus rapprochée. Mais on m'a dit que M. B*** vous l'escompterait lui-même , si vous tenez à partir tout dé suite. Mon Dieu y conurie je stiis désolée de tout ce qui vous arrive, et comme j'aurais voulu vous voir heureux !... Mais ne parlons plus de cela , et écrivej:-moi aussitôt votre arrivée dans quelque ville.
Dites-moi combien de temps vous croyez donner à vos distractions de voyage. Je suis bien curieuse, penserezvous ? Eh ! non , Henri , ce n'est pas curiosité , mais paresse. Moi , qui ne bouge jamais de ma chambre , je suis bien aise
de savoir si c'est un mois ou six que vous comptez ainsi me jEaire voyager derrière vous , à cheval , ou à côté de vous dans le coupé de vos diligences. ...
Maison tient trois personnes dans le coupé, monsieur*..
Allons y pardonnez-nuH toute$ ces extravagances. Vous voyez bien que c'est votre tristesse qui me fidt perdre la tête. - -
Votre tante affectionnée ^ .
Sophie F* Cambon. »