LETTRE XXXVI
9g lu mimg ait «ttjfttij^.
Paris, cc^ôfévner.
Xai passé toute la nuit à réfléchir sur ce que j'ai fait et sur ce que vous allez faire vous-même , mon cher neveu.
Vous et moi , ce me semble , nous précipitons un peu trop les choses. Pour une
lettre que vous ayez écrite , dans un moment d'humeur sans doute , à votre lamentable ami le mélancolique , je n'aurais pas dû vous envoyer si vite de quoi vous faire courir la moitié de FEurope, et vous , pour quelques froideurs apparentes de Marie, vous avez eu tort peutêtre de renoncer si promptement à son amour. Prenez garde ; en fait d'amour les plus fins s'y trompent ^ et je ne crois pas que vous vpas piquiez d'une grande fineîsse en cette matière. Tenez /plus j'y songe y et plus je doute maintenant que vous ne puissiez pas lui plaire y au cas cependant où vous feriez quelques Frais pour être aimable; . . car vraiment si vous neluilmonti'ez aucune tendresse; si, loin de cela, vous affectez une indifférence qui va jusqu'à la froideur; si, l'aimant, vous la fuyez; si, la fuyant, vous ne lui fèiites voir, au retour, nul intérêt, nulle
inquiétude de l'avoir laissée seule; enfin si vous aimez de ja façon qu'un autre déteste i comment voulez- vous que cette pauvre petite vous soit attachée !
Et puis ^ peutrêtre êtes-vous jaloqx ?
et la jalousie vous feit-elle mal interpréter ses plus innocuités actions ?... Songez-y bien^.et n'allez pas prendre le désespoir à cœur sur un soupçon^ sur une parole douteuse , sur une chose qu'elle aura dite ou faite sans y mettre y elle, l'importance que vous y mettriez, voqs, qui plus âgé et p)us raisonnable qu'elle , savez au juste le poids d'un mot et la valeur d'un geste.
Je voudrais être là , je vous dirais la vérité. A quarante ans, j'ai trop l'expérience de mon sexe, pour qu'unç petite fille qui aime ou n'aime pas , puisse me cacher son indi^rence ou son amour. Je verrais clair dans ce petit cœur«-là. Mais,
éloignée comme je suis ; il m'est impos^ ^ible de vous aider, même eii Finterrogeant par lettres. Que m'apprendraient ses réponses?. . j'y trouverais sa voix, mais je n'y verrais pas son visage 5 et c'est le vi^ge surtout qu'il fout entendre pour savoir <îe que le cœur pense. Tout le reste est màateur. Pourtant, si vous le jugez nécessaire , je suis prête à lui demander côm]^e de ses sympathies ou de ses répugnances. Mais , pour vous parler franchement, à votre place, je -ne m'en rapporterais qu'à moi seul, surtout dans les dispositions de départ oii vous êtes. Votre cousine vous voyant sur le point de la quitter, et cdia pour toujours , et vous , lui déclarant ouvertement le motif qui vous décide à partir, il s'ensuivrait ui| aveu de sa part : vous resteriez ou vous fuiriez avec connaissance de causé. Dans une circonstance
27< auMÎ décisive que celle d'une séparation étemelle , la timidité:^ qu'aucun devoir n'enchaine , cesse d'étouffer la véHté sous la crainte , et la honte quitte le front . des plus jeunes filles. Marie près de vous perdre vous dirait toute sa pen-
Faites ce que je vous conseille, Henri ^ pour un mot d'indifférence que vous, redoutez, ne vous préparez pas d'éternels regrets !... ce mot si terrible pourrait bien être un mot d'amour... Quant à moi y j'ai du vous mettre en garde contre vos propres illusions; j'ai dû vous indiquer le moyen que je crois le plus simple, le plus noble et le plus efficace à la fois, pour arriver à la découverte des sentimens de votre cousine; pour assurer votre bonheur , s\ elle vous aime, et ne vous laisser aucun espoir , si elle ne
vous aime pas^ car^ en amour ^ souvent le désespoir est moins cruel au cœur^ qu'une folle et moqueuse espérance.
Adieu^ Heïiri.
LETTRÉ XXXVIl.
St*,ce2bfônîi8^
Quel hom vous^ donner; ô voué qtie j'adorefêtes-voùsun ange ou une femme?
oh ! vous êtes Fun et Fautre dans ce que Vunet l'autre a de plus divin. De ces deux
célestes natures toutes lesperfectîoiois sont I. 18
réunies en vous seule... le ciel a-t-il des anges plus beaux que vous^ et la terre at~elle une femme dont la bonté vous soit compar^bl^! ,. r-
O mademoiselle 9 ô Marie!., je vous aime!., pourrez-vous me pardonner jamais la hardiesse d'un pareil aveu? V excès de mon amour mesera-t-il une excuse auprès de vous ?. . Cçtte lettre, vingt fois je Taî àécliirée et je raî" recommencée viagtffioîs;.. je n'avais le courajg^e, ni d'avouer mon amour, ni d'affronter votre colère; . . car , me disais-je , peut-être lui ^uis-je indifférent, peut- être en aimet-elle un autre , . . un autre ! !.. et moi elle W 4?AWfte \ W^^)fl^iïi'^we,ie ïjfi $uis à ses y;çf^3;[ jqyu'ujï^^r ,^ Autr,eÉw#|€ilp
reç^er^^ait; jp^^^ prié^^i^çq,, wjowi^bw çlle n^ ropvp^f^ftfl^Wïe,p Wi ♦ '.^t: oepapr 4ant JQ ; seçpi^ . jSJi, Jxeflpçj^:^, 4fi M dif»- .
Kit dire quoi? «'il e«t vrai que M. H....
Im soit cher!
' Oser l'aiiiMF, n'o^ lé dire, Ghertber tantôt ei (mr ms pat , Tour ^ tour pleurer et sourire,.
Au Ciel la demandei* tout bas...
Voilà ce qu'on fait quand on f aime { . If ÙÊJit Faimer dVanôttr inifrénie ; EII9 poorlant ne lii'aime pas !
Ne paftiki*aiiiier! ô Marie ^ réeerviez^ ycHi8 mon cœur à ua tel «npplioeK. Ah!
oui y cmelle^ vous ne m'aimez pas!., si;^ vous m'ainneK^ Marie ^ toaraeriez-voQs si souvent vos beaux yeux sûr votre farouche cousin! pensez-vous que je ne Faie pas remarqué ? moi qui ne ceaBC de vous dévorer du regard^ puisse ignorer où vont vos yeux, lorsque vouji croyez n'ètfe vue de personne ?^ . .
Pardop, mademoiselle,.. « pstvdon ,
Marie^.. je vous o&use peut^^étre^ mais hélas! sais-je ce que je fais et ce qiie jie dis ?. . Depuis tous ces bals où je me suis enivré de ton haleine^ où j'ai pressé ta taille divine entre mes mains heureuses^ je ne me (>ossède plus ^ et c'est tonimage adorée qui remplit tout mon être...
Mais quels transports inconnus m'agitent, et quel est mon délire?.. Marie ^ par pitié, dites-moi, vous qui êtes si belle, dites^moi que vous me pardonner , que vous ne me détestez pas, et surtout -que je me suistronapé, lorsque j'ai cm Vapercevoir que M. H...: occupe acmvent votre pensée...
Puis-je espérer un mot de votre bou*che, un mot consolateur ? on ftuit-il que je me flatte d'une i^ponse à cette l^;tre ?
rien qu|une ligne, Marie... aujSi^i.pea qu'il vous plaira. Maïs quelque choaéy.
quelque chose qui me dise : Espérez!
Oh ! comme je serais heureux de presser sur mes lèvres un mot tracé par votre main charmante ! si vous me refusez ce bonhem*^ Marie, aii moins laissez-moi croire que vous ne me haïssez pas. Un sourire de vous me ferait tant de bien !
et vous êtes si belle quand vous souriez !
Aurai-je le courage de vous donner cette lettre ? je l'ignore. En voilà tant que j'écris sans oîler votis en faire parvenir aucune!...
Si vous lisez jamais cette lettre, mademoiselle^ oh! je vous en conjure, excusez ma témérité en faveur de mes sou& frances. Je pleure et mes mains tremblent en vous traçant ces lignes, en vous les remettant , je mourrai d'effroi. . .
Celui qui craint tout, excepté de se dire votre dévoué pour la vie.
A. de M.