BILLET
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Paris , ce i^ mars.
Serait-ce se montrer trop exigeante ou .trop importune que de demander à monsieur Duhamel une minuted'entretien, ce soir, de sept à huit, ou demain, de midi à deux heures? Dans la supposition où
monsieur Paul ne pourrait se trouver aja rendez-vous que je sollicite de son amitié pour mon neveu, serait-il assez bon pour me faire savoir, par un petit mot jeté à la poste, s'il a reçu:, depûîsquelque temps, des nouvelles de Henri, dont le silence m'inquiète à présent plus que jamais?..
Monsieur Paul n'ignore pas sans doute les événemens qui se sont passés à S***. Mon neveu doit avoir besoin de consolations ; j'en ai de grandes à lui offrir. Il dépend de monsieur Paul que notre idomnMin ami soit promptement heureux. Où est Henri ? monsieur Paul to sait-il Quelque chose , daignera-it-il bien mè le dire?
Et; tom en exéûSéttt la liberté de ma diémai^hé, voudra-t4l agréel' FesEprés* mt>n de la pai'fiaîte cotisidératiori avec laquelle, etc., etc. ?
REPOINSË,
Paris, ce 20 mars ^
Madame! , . '
J'aurais eu Thonneur de passer .chez TOUS auissitôt la réception de votre billet, si uae malheureuse affedrej dont les suites ont été doublemeot fatales^ ne me forçait à chercher la solitude. Ma position est des plus fujiestes : un honune^ que je connaissais à peine ^ m'a provoqué en duel, et jeTai tué. Vous devez
comprendre mon désespoir. Je me fais horreur à moi-même. Cependant , pour vous rassurer plus vite sur Henri, peut* être me seraia^je décidé à vous porter cette réponse ; mais une lettre, que je reçois en ce moment , nécessite des- courses dont je ne puis me dispenser. Je quitte Paris ce soir, et m'en vais pleurer, avec le. peu de femille qui me reste, la mort d'un oncle , la seule personne qui m'ait véritablement aimé.
Recevez donc, madame, l'assurance de mes sincères regrets, et croyez à la considération parfaite avec laquelle j'ai l'honneur d'être, etc. , etc.
Paul Duhamel.
P. S. J'ai la tête si malade de tous les chagrins qui m'accablent à la fois , que je ne réponds pas même à vos questions^ Madame; je m'en aperçois à l'instant ,
et je VOU8 en Sm^ un million dl'exc^uaes.
La ^^rnîère lettre, de Henri remonte à pea près à trois semaines.. U était encore iS*'^^, et se proposait alors d'avoir avec sfi cousine une explication dont le résultat devait être le mariage ou la fuite.
<j*esttout ce que j'^i sais , n'ayant pas reçu desesnouveÙesdepuis cette épocpie.
Recevez de nouvefiii, madame/ l^as^ surance de mes refpectueux hommages , et piaignez-mdi puisque avant de partir je n'ai pas le temps de vous esqprimer, de vive voix , à quel point je sms votre tr^s^umble serviteur.
LETTRIS XLIV.
S***, 25 mars.
Toute3 nos recherches ont été mutiles, ipa chère Sophie, et tu m'en vois toute triste pour ton pauvre coeur, et aussi bien triste pour Marie qui enfin s'est décidée à prononcer le nom de Henri,,
ce nom que je tremblais de lui entendre dire. Ce fut hier qu'elle parla de son cousin pour la première fois. Nous étions seules , et le lisais tout bas à côté d'elle la réponse du directeur des messageries de Montauban ; réponse qui achevait de ruiner mes espérances. Les registres des . diligences jusqu'à Montauban portent le nom de ton neveu ; mais là tout s'arrête, pu bien il est resté à Montauban^ ou, ce qui est plus probable, il a quitté cette ville dans une de ces nombreuses petites voitures qui parcourent sans cesse les routes de traverse^ et même les routes royales. Les conducteurs de ces voitures n'inscrivent sur aucune feuille le nom des voyageurs , et par-là nous rendent impossible la découverte du fugitif. Il fiiut en prendre son parti. La seule ressource, qui nous reste est dans l'inquiétude de Henri lui-même; puisqu'il
ttime sa cousine y il n'est pas croyable qu'il puisse ne pas écrire bientôt à son oncle ou à toi. H doit, ne serait-ce que par curiosité, Touloir connaître les suites de son brusque départ ; et lorsqu'il saura quel amour il a fait naître, quelle douleur il a causée , il reviendra en toute hâte, repentant et soumis, implorer un pardon* que Marie ne lui fera point attendre , la pauvre petite. Ainsi, croismoi, laisse faire le temps; presque toujours ce qu'il fait est bien; c'est, après le hasard, le dieu qui rajuste le mieux les choses. L'avenir de demain ou de la semaine prochaine te dira si je suis un faux prophète,
Je voudrais aussi pouvoir faire entrer cette religion-là dans le cœur de ta nièce; mais je désespère d'y réussir. Son ame est fermée à toute conviction, sice n'est à celle du malheur. Pâle, 9t^ grands yeus;
l)leu8 tout granda ouverts et immotnles 4an^ leiir dese^oir^ aile reate spuvçiaLt de$ heuri^ eatières assise sur spp Ut et riBgarde dam» h jwdin.,. qiM>i? je IV gîtoïxt. EUe regarde. .
Hier, J6 te Fai dit, ^tt^ proftpnçi^ le oomde son couaia, maia ay^ m sen-^ tiaieot dWfroi qui mol*-wèiiie we glaça de teireur. Elle fixait d^pijûs long-temps les yeux sur le jardin ; et tout à coup, épouTaQtee, elle s'écria : Henri! oh, Henri ! ^
Elle jtvait cru Taperceroir sans doutç.
Mais pourquoi ce cri ? était-il liMponyante et non d'amour? quand je veux approfondir cela je m'y perds*
JomaMtai de lui porter secours, mais ^Ei vain; après unp longue et silencif use «agitation, filte ^'endormit d'épuisement.
/ À son réveil, die fut la première à me parl^ de Henri; elle m'en parla aVfee
calme /me demanda 8'U était re4ou|iié à P^is^ prèa de toi, et fieigi^aiit, j'imagine, d'étjre satisfaite de mes réponaes , que je \^ï fis les plu3 coosolaQtes possibles, die ïjûi» dit qu'il fallait ebanger^onlit de place; qiie le gprand jour la fatiguait, lui don* 9ait des vertiges, et que les branches d'arbres secouées par le vent lui disaient peur à vôjr.
Nws cédâmes à cette fontaisie dont la cause secrète ne peut être qu'un squ venir £unjeste de sa rupture avec Henri. Le jar>din fut le tb^tre de cette scène. Je n'^ doote pas , quoique dans la journée où li^nri quitta S ***, Ai^ie n'ait bouge de sa cbambi^ que pour monter en voiture et nous suivre chez M.***. Mais, si aloi^s Marie était dans sa cbambre, Henri était dansle jardin. .. 9i'importe. Éloignés comme ils sa trouvaient, quelévéneu^ent incroyable , iupomprébensible, a pu,
rompre^ à une si grande distance^ Tamour qu'ils se portaient tous deux ? Maïs je réfléchirais là-ndessus mille ans que je n'en saurais pas plus au bout de mille ans qu'aujourd'hui. C'est pourquoi je me tais et t'engage à réfléchir à ton tour :
tu seras peut-être un meilleur Œdipe que moi.
Gomme tu l'imagines bien, ma eu-riosité, toute grande qu'elle est, ne dépasse pas Ic^ bornes de la prudence. Je ne dis et ne fais rien pour arracher de Marie l'aveu des circonstances qui précédèrent la fuite de Henri. Ce secret est le leur, et je le respecte. J'attendrai que Marie,, entraînée par la tendresse que je lui montre, verse dans mon cœur les peines les plus cachées du aien. Alors, et à moins qu'elle n'ait exigé de moi le silence , tu connaîtras enfin le mot dç l'énigme. Jusque-là, commç toi.
j^en suis réduite aui conjectures ; la plus probable , à mon avis , c'est qu'une lettré prochaine de Henri , puis «on retour précipité amèneront le dé-* nôûment ( maintenant prévu ) d'une histoire d'amour, qui, comme toutes les histoires d'amour, doit se dénouer par un jnariage. C'est là la fin obligée de tous les romans ^ et la très-inexplicable passion de nos jeunes gens n'est pas au* tre chose qu'un roman , sais-tu? A propos, je voudrais bien savoir qui de nous deux y aura joué le rôle le plus vrai ?
— Moi , sans contredit , moi qui termine ^ toutes mes longues épitres par : « Sophie, je t'embrîisse et je t'aime. » Tandis que vous , ingrate , bien SQuvent, vous finissez vos lettres sans avoir^l'air ni de m'aimer ni de m'embrasser. . . Menteuse !