‹ Les femmes vengées, Volume 1Chapitre 36 sur 39 · BILLET · texte numérisé non relu

BILLET

Tciilôute/ 12 avril*

A L\ PERSONNE QDI M EST VENUE DEMANDER DEUX FOIS ET QUI. n'a pas voulu DIRE SON NOM A MA MERE..

Monsieur^

Je ne suis jamais chez moi pour les gens qui cachent leur nom ; je n'aime pas les inconnus mystérieux. Ou vous m'écrirez qui vous êtes, ou l'on vous répondra toujout*s que je suis absent ; des affaires ncnnbreuses ^ monsieur ^

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3>tô m'empêchent de vous en écrire plus long. Je suis votre dévoué serviteur.

, Paul Duhamel.

P. S. Si, par hasard, et comïoe je le suppose , vous êtes un des prétendus héritiers de mon oncle , je vous déclare que toute menace envers ma personne vous sera inutile ou dangereuse. Je suis décidé à soutenir mes droits par tous les moyens que la loi et Thonneur mettent à nàà disposition 5 le testament de mon oncle est bon , très-bon , monsieur, et rien au monde ne me fera transiger avec vous. Ceci est comme un autre testament : rien ne fera fléchir ma volonté , qui a' le droit pour elle. Je vous salue.

RËPONS^.

Même jour.

J'habite Toulouse depuis un mois; le hasard m'a fait savoir que tu es dans cette ville ^ je suis accouru pour t'embrasser. Je loge chez Vidal, place du Capitole, et je me nomme Henri P***.

Je n'ai pas dit mon nom à ta mère parce que je voulais jouir de toute l'émotion de ta surprise. Je ne sortirai pas ; je t'attendrai toute la soirée. Viens me .voir, Paul.

LETTRE XLVïti.

9^ m$ihêMt}f0 MoHiêâ^g àmrêthumt ^aphU

S**%<6avrfl.

Le» plus fin» y dMent étëpris^ettoila (ttesuièire. h, plus forte raison^ mciy pauvre eâparit fftossitr, de v«i»*je être la dope des apparences. A muf^ace^ qui dotic e&t dit, à wir Marie hemeiise et gwe,

que cette ndïwe enfant souffrait encore?

Voulais-tu que je lui prétasse, à elle si jeune , ce courage de dissimulation que nous donnent seules la crainte du monde et l'expérieuce de la vie? non, ce n'était pas possible. La gaieté de Marie ne pouvait être feinte ; à son âge et dans sa porsition , sourire , c'était ne pas aimer.

Quant à cela , je me trompais ; elle aime, mais du moins sa joie a-t-elleTespéraucc et non la dissimulation pour prétexte.

Ce que je ne pouvais deviner , c'est qu'elle espérât.

Je te l'avoue : le prompt rétablissement de sa santé , après une maladie si affreuse, après des secousses si fortes; un air de]x)nheur répandu dans toute sa personne, et plusieurs autres symptômes 'qu'il est inutile derte dire, annonçaient: une, ame dégagée d'amour , une aBoe que ne «tourmente pas ^le départ de

3A9 Henri; Alors je me la rappelais^ quand, assise sur sou lit et malade encore, die regsu^dait dans le' jardin et (jCLty tout à coup , croyant y voir Henri, elle <5riait épouvantée ; je me la rappelais, dans les premiers jours de sa convalescence , lorsque, calme, elle défendait à Catherine de prononcer devant elle le nom de son cousin. (JeTaî entendue, de mes àeux oreilles , donner cet ordre à la tremblante domestique.) Je me rappelais toutes ces choses , et tirant du passé des instructions pour le présent, qui me paraissait heureux, je me disais : « Marie n'aime pas. »

Ce que je me idisais. était tout simplement une sottise. Sa santé , sa joie , son bonheur ont son amour et l'espérance pourcause. J'ignorequi lui a fait accroire que Henri doit revenir avant un mois ou deux ; que des affaires très-impor-

tiAietle x^tàemoent éloigné malgré lui; l'ignore qui loi a fourré ces iilunons en tète; peiMir-etre lui donl>-dAes venues la nuit, en rère; mais la Tenté ^ c'eM; qu'dle les caresse et qu'eUe s'eoînoumt.

Un mot y jeté à rétourdie^ m'a mis au &itde ce (pii se passe dans l'ame de ta niàce.

EUe9€a)therûie et moi, nous nous promenions ce matin dans le verger (car, en d^t de tout , Marie ne veut plus entrer an jardin diimt la vœ seule la iait tressaillir), fiaiUe encoite, eUe marclmt appuyée d'un cèté sur œoa l>ra6, de l'autre sur le bras de sa fidèle Catherine, et nous causions astronomie. Astronomie! croirais*^ cela! die avait obsdK nément amené la conversation làwlessos.

Moi qui n'y entends pas gi*and'choae , mais qui &\ parlais cependant pour complaire à notre belle coijvalesiMînte,

je m'avisai 4e àke que les «omètei sont le$ voyageuTidu ciel ; voyc^jeurs q^i vont à tort et à travées sans but et éon» lois fixes^ Je crois que vous vous ttompes^ma bonne amie> me rëpondit-^dle. Je lisais tout à l'heure encore^ dans Valmont de Bomarre ^ que les savaus prédisent à la minuté le passage des comètes en G€d>* tains lieux» Les comètes sont comme tous les voyageurs (ajouta^-elle en souriant avec une expression de joie qui ne put m'échapper), elles vont ou il faut qu'elles aillcoit; et puis quand elles ont atteint leur but, elles revienneat, et par leur lûenfiuâante approche redonnent la vie à la teiTe qui languissait.

— ^Et M. Henri reviendra comme la co* mète? se hâta dédire Catherine... Ici un coup de coude fut donné à l'imprudente Catherine , qui se tut bien vite , mais non sans avoir échangé un regard très-signi-

ficatif avec sa jeune maîtresse. Catherine est dans le secret. Sur quels indices Marie se flàtte-t-elle de revoir bientôt son cousin ? qui Fa bercée de cette espérance; et jusqu'à quel point cette espérance estelle fondée? c'est ce qu'il m'est impossible de te dire . Mais qu'importe, si le calme heureux qu'elle montre est moins iin signe d'indifférence, commeje le croyais, qu'un témoignage certain de son amour?

n'est-ce pas là ce que tu souhaitais qui fut? Maintenant il ne sagit plua pour toi que de découvrir la retraite de Henri, au cas ou ta nièce ne la connaîtrait pas elle-même, supposition à peine permise dans l'état de santé où je vois Marie...

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