LETTRE L
Piuri84«é!K>airril.
Penser quelquefois à tous, Henri!
maïs ii ne s'écoule pas une minute de ma vie qui ne vous appartienne tout entière. Tout à l'heure, avant qu^^oniie me remit votre lettre , c'est à vous que je
pensais^ et pour y penser mieux encore^ aussitôt votre lettre reçue, je me suis empressée de vous répondre. Car écrire aux gens qu'on aime , Henri , c'est faire plus que de penser à eux, c'est les voir, c'est leur parler , c'est leur dire mille choses qu'on a dans le cœur... Ingrat !
avez-vous été assez paresseux! m'avezvous assez long-temps privée du bonlieur de causer avec vpus! Qqoil vraiment vous regrettez les heures si douces que nous avons passées ensemble! vous les regrettez! est-ce bien sincère?....
Mais si vous les regrettiez tant, pourquoi u'auriez-vous pas suivi le premier mouvement dont vous parlez, Henri, ce premi^ mouvement cji^ vpus ramenait vers woi, votre bonne et c^ectuej^e amie, comme vous dites?... Mais il y a dans les traits de mon visage et aussi dans le son de mn voix certains r^ppprtii
36i qui vous feraient souvenir d'une femme que vous voulez oublier l... Parlez-vous sérieusement^ Henri ^ ou bien Tamour que vous ayez eu pour une autre vous auraitril rendu galant ? . . . Vous me trouvez quelque ressemUance avec votre Marie ! . i mais savez-vous bien , que , suivant le portrait que vous m'en tracez vous-même ^ Marie a le visage beau et la voix douce? Henri, Henri, ne me dites * pas de ces folies : je suis femme et.%...
A^ons, terminons là; car, aussi bien, l'opinion déjà très-^peu fevorable que vous avez de mon sexe ne ferait que perdre encore dans votre estime. J'ai hâte de nous relçver à vos y wx : c'est un noble exemple à vous donner. ï)coutez donc.
Marie vous aime, mon neveu* Dès le soir de votre brusque départ, la pauvre enfant frappée au coeur est tombée dan-
^eusement malade. On a même craîû( pour-sa vie. Oui, Henri, cette j^u^ fille si frivole en apparence, cette jeuiie fille que vous^ n'avez pas^çompridsansdoût^^ vous avait oomprisë, eU^, et son ame syïnpatfaisait aveola vôtre; Yoifalili étiez cber> Henri, eUe vous mmait, et elle vous attend»*/
Adieu .
SSl quelques mots de cette lettre sont effacés pav mes larmes, ne vous «ft étonnez pas, fitenri... ces larmes^ isonî de bonheup. Je 'sais lieureiise d'être; la ppfmiàre & vous- apprendre qu'on vouîi afane } l^ùreuse de savoir que voilis allez ètâ^e hèurêtix ^oùé-ialême et qtie , revenant bien ^ite auprès de votre coùèiné, que vous ne vouliez haïr que parce que vous doutiez de son amour, vous serez avant ^n mois Fépoux de Marie. . .
Pour que vous n'hésitiez pas une se-
conde sur le parti que vihis dôvezpreb^ dreyje voui dirai que cette bcmiie nou-^ velle , dcMût j'avais toujours eu le pres^ sentiment^ m'est confirmée par madaihe de Montalte, par des aveux de manièce^ par latiialadié de la pauvre ^eoSaiot, et par tout ce qtie j'ai reconnu ôi v^us dç noble et généreux, Henri ; par tout ce qu'il y a de grandeur et de passion dans votre ame. . . Quelle feminejetuie et libre de son cœur, pourrait vous voir et ne pas vous aimer !
Adieu, Henri... Vous ne me vrepro* cherez plu^ de vous ayoir envoyé en Auvergne. Partez en toute hâte, car la pauvre petite a besoin de vous pardonner tout le chagrin que vous lui avez feit...
J'aurais vivement désiré me rendre à S*** pour l'époque de votre mariage ; mais M. Cambon , que je ne puis ni ne
dois quitter^ à Fâge où il est ^ 8e voit
forcé de garder la chambre par suite de
ses nombreuses et toujours croissantes
infirmités.
Croyez bien, Henri, que, powr n'être pas témoin de votre bonheur, je ne le partagerai pas moins vivemeiut pour cela.
Adieu encore, adieu, Henri.
Et vous aussi, pensez quelquefois à moi.
Recevez un chaste et dernier baiser de la sœur de votre mère.
Sopms, femme Cambor^