‹ Les Ferments Lactiques dans l'auto-intoxication et dans les affections intestinalesChapitre 12 sur 21 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De tout temps, les thérapeutes pressentant l’auto-intoxication intestinale, ont cherché à provoquer l'élimination des poisons intestinaux. La purgation, les lavements, les lavages, sont autant de pratiques qui traduisent cette préoccupation.

Puis vinrent les antiseptiques intestinaux, avec lesquels on pensait rendre le milieu intestinal impropre à la pullulation microbienne.

On s’aperçut bien vite que la purgation dont l'effet n'est que passager peut dans certains cas amener des phénomènes congestifs de la muqueuse intestinale et entretenir l’entérite. On reconnut également que les lavages intestinaux sont souvent cause de résorption toxique, qu'ils favorisent le spasme et entretiennent l'irritation de la muqueuse ou même la provoquent en déterminant des glaires et des membranes.

Enfin, les antiseptiques intestinaux restent pour la plupart inactifs (benzonaphtol), quelques-uns se montrent nocifs pour le foie et les reins (salol) ou même nettement toxiques (calomel) dont l’action est douteuse, d’après Letulle.

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C'est le peu de valeur de ces diverses méthodes qui poussa les cliniciens à essayer de créer au niveau de l'intestin une concurrence vitale empêchant le développement des microbes nocifs.

En effet depuis quelques années les bactériologistes avaient fait des remarques intéressantes sur les concurrences microbiennes. Bienstock est un des premiers qui remarqua que le phénomène d'arrêt de la putréfaction dans le lait est dû non pas à la lactose, comme on l'avait cru jusqu'alors, mais aux bacilles lactiques qui, comme l'ont démontré Tissier et Martelly produisent, en attaquant la lactose de l’acide lactique qui acidifie le milieu et le rend par suite impropre aux anaérobies de putréfaction. Les expériences de laboratoire de Tissier, Martelly, Gasching montrent qu'il suffit d'introduire du ferment lactique et des sucres dans un milieu en pulréfaction pour voir s'arrêter le processus putride, à mesure que les bacilles lactiques prennent la place des bactéries de putréfaction.

Les docteurs Georges Rosenthal et P. Chazarain Wetzel, dans une communication à la Société de thérapeutique le 23 juin 1909, ont tenté de fixer les bases scientifiques de la bactériothérapie par les ferments lactiques, les auteurs ont contaminé in vitro des cultures de bacilles bulgares et de streptocoque lactique, avec des cultures de différents groupes de bactéries. Le premier groupe étudié à été Le groupe Coli Eberth.

« Ces essais de concurrence vitale nous ont

montré dans ün délai de 48 heures à 5 jours, letriomphe constant du bacille bulgare et la mort du microbe surajouté constaté par les échecs absolus de repiquage en bouillon peptoné, milieu hostile au ferment lactique. »

Il était logique d'admettre que les mêmes phénomènes pouvaient se produire dans l’intestin, et qu'il était possible d'arrêter une putréfaction intestinale sans se servir de substances chimiques antiseptiques plus ou moins irritantes pour la muqueuse de l'intestin et les reins, mais simplement en ingérant des cultures de ferment lactique pour ensemencer l'intestin et rétablir la flore de protection. Les expériences que fit sur les animaux Herter en 1897 apportèrent des preuves expérimentales. Cet auteur injecta dans l'intestin grêle d’un chien différentes cultures, et il constata que celles de bacilles lactiques amenaient une diminution de la flore de putréfaction.

Cohendy apporte des observations cliniques, il expérimente cette méthode sur trente sujets et arrive aux conclusions suivantes :

« Vers le septième jour, désinfection de l’intestin évidente, avec désodorisation des selles.

» Notre flore intestinale, cause d’auto-intoxication constante, est donc heureusement modiice

» D'où bénéfice dans la lutte contre l'infection intestinale. »

Cet auteur constate d'autre part l’acclimatation du microbe lactique et la désinfection intestinale

ra

du quatrième au sixième jour du traitement par l'ensemencement des selles dans des tubes de lait contrôlés. L'examen des selles montre que les ferments lactiques mettent environ huit jours pour ensemencer l'intestin et douze jours après la dernière prise on en trouve encore dans les selles, ce qui démontre l’acclimatation. En même temps cessent les symptômes de putréfacton. La présence de cette bactérie dans les selles fait se multiplier de beaucoup les bacilles prenant le Gram.

Ces remarques amenèrent les cliniciens à traiter l'intoxication intestinale et ses diverses manifestations par les ferments lactiques; de très encourageants résultats furent obtenus dans les affections gastro-intestinales, et dans les troubles consécutifs (cutanés, hépatiques, nerveux). Ainsi que dans les maladies à retentissement intestinal (fièvre typhoïde, appendicite). La multiplicité des troubles apportés par l’auto-intoxication intestinale devait faire augurer le succès de cette médication dans les états pathologiques variés qui sont causés par les poisons de l'intestin.

En effet nombreux sont Les états morbides où la flore intestinale est modifiée et donne lieu à des résorptions toxiques. Cause ou effet de la maladie, cette déviation de la flore intestinale est un fait démontré et il y aura intérêt à rétablir l'équilibre microbien normal de l'intestin.

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