‹ Les ferments métalliques et leur emploi en thérapeutiqueChapitre 28 sur 69 · V. — Action microbicide des ferments métalliques · texte numérisé non relu

V. — Action microbicide des ferments métalliques

Dans ces derniers temps, divers auteurs ont étudié Faction des ferments métalliques sur les microbes, et leurs recherches méritent de nous arrêter un instant.

Pour Charrin, l'argent colloïdal électrique, à la condition qu'il soit à petits grains, est doué d-'un pouvoir bactéricide plusieurs millions de fois

plus considérable que celui des sels de mercure (1). D'après Monnier-Vinard et J.-L. Chirié, un

milieu contenant 1/80 000* d'argent, ensemencé ' avec du pneumocoque, reste parfaitement stérilo, ! et des quantités d'argent plus faibles font perdre a ce \ microbe son aptitude à garder la coloration du Granu I Ces auteurs, expérimentant sur des souris blanc lieâ, i ont vu que celles inoculées avec le pneumocotjiie ! mouraient dans les trente à t^oarante àem^es, tanriis i que les animaux inoculés qui recevaient 2 centimètres f cubes d'argent colloïdal à petits grains; avaient une • survie définitive. Des résultats semblables ont été '' obtenus sur le rat blanc (2).

L'action bactéricide de l'argent à petits grains a I été démontrée par M'*^ Cernovodeanu et V. He>iiy

sur la bactéridie charbonneuse, le bacille d'Eberth,

le coli-bacille, la phéole, le staphylocoque doré, le

staphylocoque blanc, et le bacille de la dysenterie

de Flexner (3).

|Charrin, V. Henry et Monnier-Vinard. ^ont

arrivés aux mêmes conclusions en expérimentant

sur le bacille pyocyanique (4).

Tous ces faits permettent de penser qu'il existe

quelque connexion entre l'action bactéricide prouvée

(1) Charrin, Comptes rendus de la Société de Biologie, t. LXÎT, p. 85.

(2) J.-L. Ghirié et Monnier-Vinard, Ibid., t. XLI, p. 673.

(3) Cernovodeanu et V. Henry, Jbid., t. LXI, p. 122.

(4) Charrin, V. Henry et Monnier-Vinard, Ibid., t. LXI, p. tsn et 121.

des ferments métalliques et leurs effets sur les échanges organiques, et en particulier avec les aptitudes favorisant les actes d'hydratation oxydoréductrice.

VI. — Action des ferments métalliques sur la température, le pouls et la tension artérielle.

L'injection de solutions métalliques colloïdales, à la dose de 5 centimètres cubes, ne provoque pas d'élévation sensible delà température chez les individus sains. Mais cette température progresse de quelques dixièmes de degré si l'on renouvelle l'injection plusieurs jours de suite.

Il en est de même dans nombre d'affections apyrétiques, comme la cirrhose atrophique du foie, par exemple, où la moyenne des températures étant à 37^ avant la période des injections, atteint 37^,35 pendant celles-ci, pour redescendre à 37^,23 pendant les quatre jours qui suivent leur cessation, et à 37^ après cette période.

Chez les fébricitants, les effets sont très variables. Tantôt la température s'élève ; tantôt elle s'abaisse, soit le jour même de l'injection; soit le lendemain, soit après quelques jours d'injection.

Cette irrégularité dans l'action thermique est si grande qu'il m'a été impossible même de faire des catégories, suivant la nature de l'état morbide en cause, des malades atteints de la même affection

réagissant différeipment pour des mêmes doses de solutions coUoïdales administrées dans les mêmes conditions.

L'effet immédiat de ces injections sur la température rappelle, trait pour trait, ce qui se passe avec les diastases organiques. Les courbes sont construites avec les températures prises toutes les heures, pendant les huit heures qui suivent les injections. Il est exceptionnel de rencontrer des courbes qui se ressemblent et puissent se superposer. Elles se caractérisent, en bloc, par une légère élévation thermique de 2 à 3 dixièmes de degré chez les individus sains, de 0^,3 à 2^,2 chez les fébricitants, avec un maximum apparaissant de la troisième à la septième heure, et suivi d'une défervescence.

Le pouls varie peu; il s'élève de 5 à 10 pulsations, au plus, quelques heures après l'injection, puis revient à son taux antérieur, aussi bien chez les individus sains que chez la plupart des fébricitants.

La tension sanguine subit, dans la plupart des cas, une augmentation, qu'il s'agisse de la tension artérielle mesurée avec l'appareil de Verdin ou de la tension capillaire mesurée autonomètre de Gaertner. En moyenne, elle s'élève de un à deux centimètres, rarement plus haut ; cette élévation persiste encore le lendemain de l'injection, puis la tension revient à son taux initial.

Tous ces faits identifient l'action des ferments métalliques et des diastases organiques sur le métabo-

lisme et établissent, entre leurs effets, un rapprochement qui est vraiment significatif, puisque tous deux exercent la même influence accélératrice sur les phénomènes d^hydratation et d'oxydo-réduction qui se passent dans l'organisme normal ou pathologique.

YII. — Action du sérum normal de cheval, da 8ériim antidlphtéritique et du lacto-sérum.

Cette similitude entre les effets des solutions colloïdales (hydrosols et organosols) et des diastases organiques, m'a conduit à rechercher si certains sérums thérapeutiques et si même le sérum normal du sang de cheval ne possédaient pas aussi les mêmes propriétés, au point de vue des échanges généraux. Et l'observation a démontré la réalité de cette induction.

En effet, le sérum antidlphtéritique, le sérum normal de sang de cheval, le lacto-sérum dont l'étude clinique a été faite récemment par R. Blondel, injectés aux doses de 10 à 20 centimètres cubes, provoquent, du côté des urines, le syndrome si caractéristique sur lequel j'ai longuement insisté à propos des diastases organiques (formation abondante d'indoxyle, augmentation de l'urée, décharge d'acide urique, albuminurie minime, passagère et irrégulière).

L'analyse de l'urine dénote, pour tous ce^ agents, une augmentation de l'urée, de l'azote total, de l'acide urique et du coefficient d'utilisation azotée.

LES FERMENTS METALLIQUES. 9o

En face de cette analogie d'action, qui s'observe avec la même régularité dans l'ordre pathologique où elle prend tous les caractères d'une réaction de défense, n'est-il pas permis de se demander si — toutes réserves faites sur les différences spécifiques qui peuvent les séparer — l'un des motifs de l'action des sérums ne ce trouve pas dans la présence de corps similaires, jouissant de pouvoirs hydratants et oxydo-rédûcteurs.

Je n'aborderai pas la question de savoir quels sont ces corps, ni s'ils n'auraient pas tous quelque métal pour centre de leur constitution active, car quoique cela soit vraisemblable depuis la découverte de G. Bertrand, la démonstration absolue n'en a pas été faite, et je courrais le risque d'une hypothèse, si plausible qu'elle soit. Mais, en s'attachant seulement au fait de la similitude d'action, fait dont la démonstration me semble absolue, on peut conclure hardiment que les sérums thérapeutiques agissent surtout par les diastases hydratantes et oxydoréductrices qu'ils renferment, et que ces diastases elles-mêmes étant strictement équivalentes aux ferments métalliques, il y aurait grand intérêt à poursuivre sur le terrain pathologique les recherches destinées à prouver aussi leur équivalence thérapeutique.

Et si cette équivalence est elle-même démontrée, n'en résultera-t-il pas l'avantage de pouvoir substituer pratiquement des solutions faciles à réaliser

et exactement dosables, à des sérums de préparation toujours délicate et toujours influençable par de multiples facteurs, puisque, si l'on peut supprimer toute incertitude dans la préparation des cultures microbiennes qu'on injecte aux animaux, il restera toujours, dans les conditions vitales personnelles de ces animaux, un élément difficile, sinon impossible à déterminer aussi absolument que l'inflexible réaction chimique à l'aide de laquelle par exemple on parvient à préparer les organosols. Il y a là tout un ordre de recherchés à entreprendre, et celles que j'ai déjà faites et qui seront exposées dans le prochain chapitre, sont de nature à montrer le bien-fondé de eette opinion et à légitimer de sérieuses espérances. Quand la parité des effets physiologiques avec l'action thérapeutique des sérums, des diastases organiques hydratantes et oxydo-réductrices et des ferments métalliques sera démontrée d'une manière définitive, le champ des hypothèses sur la constitution des sérums se rétrécira d'autant, et l'on pourra se demander, avec quelque sécurité, si les effets de ceux-ci ne sont pas en rapport avec la quantité des diastases hydratantes et oxydo-réductrices qu'ils renferment, si les procédés à l'aide desquels on les fabrique n'ont pas précisément pour effet de stimuler dans l'organisme des animaux la production de ces diastases défensives, si l'immunisation ne reconnaît pas leur présence comme l'une de ses conditions, si, par conséquent, ces sérums thérapeutiques ne pour-

raient pas êti'e remplacés et l'immunisation ellemême réalisée par les ferments métalliques.

VIII. — Hypothèses relatives à l'opo thérapie et à la défense org^anique contre les intoxications.

Et, puisque nous sommes sur le terrain des hypothèses à vérifier, qu'il me soit encore permis d'en formuler deux autres.

La première concerne Vopothérapie dont les effets sont aujourd'hui hors de toute contestation. N'eston pas en droit de se demander, depuis la découverte faite par Abelous de diastases oxydo-réductrices dans les divers organes, si celles-ci ne sont pas le motif ou tout au moins l'un des motifs de l'activité thérapeutique de l'organothérapie et si l'introduction dans l'organisme de diastases similaires à celles fabriquées normalement par les tissus et les organes ne vient pas compenser leur insuffisance et leurs alté rations, alors que les tissus de ces organes ont subi des modifications pathologiques?

Et dans ce cas encore, les ferments métalliques ne pourraient-ils pas suppléer les diastases organiques et substituer à l'emploi des organes ou de leurs extraits si souvent inefficaces en raison de la variabilité de leur teneur en diastases, des produits d'une activité rigoureusement dosable? J'ai fait, dans cet ordre d'idées, des essais qui tendent à donner quelque satisfaction.

98 LES Serments métalliques.

La seconda hypothèse vise la grosse question des intoxications par les poisons minéraux et surtout par les poisons végétaux. Il n'est rien de plus mystérieux encore que l'accoutumance aux poisons. Comment expliquer, en effet, autrement que par de pures théories, que des individus puissent en arriver peu à peu à tolérer jusqu'à 2 grammes de chlorhydrate de morphine par jour, alors que la dose toxique ordinaire de cet alcaloïde oscille de 0^,10 à 0^',2D?

Invoquer la tolérance par l'habitude -n'équivaut qu'à une fin de non-recevoir. Cherchons à l'exphquer par une hypothèse qui vaut, au moins, celles actuellement en cours.

La morphine subit, dans l'organisme, des évolutions encore mal connues, mais qui aboutissent en somme, à son oxydation plus ou moins complète et à sa transformation en produits de toxicité nulle ou moindre (1). Avec ce que nous savons aujourd'hui du mécanisme des oxydations, il est fort probable que celles qui s'exercent sur la morphine sont, au même titre que les autres oxydations des composés azotés de l'organisme, sous la dépendance des diastases hydratantes et oxydo-réductrices, et sont, par

(l)Pour Lansdberg, le sang et les organes auraient la faculté de métamorphoser la morphine. Pour Stolnikoff, elle se transformerait en un dérivé phénol-sulfonique de décomposition difficile (G. Pouchet). Lamal admet qu'une partie de la morphine s'oxyde, qu'une autre partie se transforme en morphétine et qu'une très petite quantité demeure inaltérée. Pour Marmé, elle s'oxyde et se transforme en oxydimorphine, dérivant de la condensation de deux molécules de morphine en une seule, avec élimination de deux atomes d'hydrogène et fixation de trois molécules d'eau.

conséquent, fonction de la quantité et du degré d'activité de ces diasfases.

11 est probable aussi que l'introduction de la morphine suscite, de la part des tissus, une réaction de défense génératrice de diastases, et que tolérance et accoutumance affectent un rapport direct avec Taplitude de l'individu à cette réaction défensive, c'est-àdire avec sa faculté de produire des diastases hydratantes et oxydo-réductrices en proportion croissante avec la quantité de morphine à transformer, cette faculté étant stimulée parla morphine elle-Tiiême.

Quand cette stimulation n'a pas lieu, quand elle est insuffisante, ou encore quand elle ne croit pas parallèlenient à la morphine introduite, les- accidents de l'intoxication se manifesteraient au prorata du manque en diastases.

Et voici une expérience qui donne déjà quelque appui à cet ensemble d'hypothèses. On fait à un individu n'ayant jamais fait usage de préparations opiacées, une injection sous-cutanée d'un centigramme de chlorhydrate de morphine qui provoque le sommeil. Quelques jours après, on renouvelle Tessais en injectant en même temps 10 centimètres cubes d'une solution- d'or ou de manganèse colloïdal, et le sommeil ne se produit pas, comme si Toxydoréductase métallique avait superposé son activité à celle des diastases de l'organisme pour transformer plus rapidement l'alcaloïde. Cette expérience m*a réussi dans la moitié des cas.

Partant des considérations précédentes, j'ai institué des expériences pour juger de leur bien-fondé, et eUes semblent déjà leur donner cpielque créance. Si eUes étaient tout à fait démontrées, quelles conséquences n'en tirerait-on pas relativement au traitement des intoxications par les ferments métalliques, à la possibilité de mithridatiser, en quelque sorte, un individu contre cette action toxique, d'accroître la dose de tel ou tel agent toxique sans préjudice pour le patient, de façon à augmenter seulement son activité médicamenteuse, et de supprimer peutêtre certaines actions toxiques sans diminuer l'influence thérapeutique.

Enfin, pour clore cette longue série d'hypothèses qui m'ont toute l'apparence d'être la vérité de demain, n'est-il pas intéressant de songer à unifier d'une part, toutes les actions toxiques, qu'elles soient d'ordre microbien, organique ou chimique, et d'autre part, les modes réactionnels de défense que l'organisme leur oppose : les toxines provoquant toutes de véritables sécrétions internes de diastases hydratantes et oxydo-réductrices qui les neutralisent en les oxydant ; l'activité de défense affectant un étroit rapport avec la faculté de l'organisme à produire des diastases et pouvant être stimulée ou même remplacée, dans une certaine mesure, par l'emploi thérapeutique d'oxydo-réductases naturelles ou artificielles, diastases végétales ou animales, sérums thérapeutiques, ferments métalliques.

Les divers phénomènes que je viens d'étudier et la ressemblance qui existe entre les effets des sérums thérapeutiques et ceux des ferments métalliques et se passant sur le terrain pathologique^, me permettent de poser quatre conclusions, dont les trois premières sont fermes et dont la quatrième demeure encore hypothétique, mais plausible :

1° Les métaux divisés à l'excès sont capables d'actions physiologiques et thérapeutiques considérables et hors de proportion avec la quantité du métal employé.

2° Ces métaux agissant à des doses que la thérapeutique considérait jusqu'à présent comme inactives et inutiles, impressionnant profondément des actes chimiques de la vie dont les déviations sont conjuguées à de nombreux états morbides, sont destinés à prendre une place importante dans l'arsenal de la thérapeutique fonctionnelle.

3° Le sérum normal du cheval, le sérum antidiphtéritique et les diastases de la levure, d'une part, les ferments métalliques, d'autre part, exerçant une action identique, il est préférable d'employer ces derniers dans le traitement des maladies justiciables de la médication fonctionnelle parles diastases hydratantes et oxydo-réductrices.

4<^ Il est rationnel de penser que les divers sérums n'agissent qu'en vertu des diastases hydratantes et oxydo-réductrices qu'ils contiennent,- et il serait utile d'instituer des expériences destinées à vérifier

■^rn

OU à infirmer cette hypothèse. Au cas où celle-ci passerait à l'état de fait, il faudra rechercher si les effets oxydo-réducteurs de ces diastases animales ou végétales ne sont pas aussi fonction d'un métal dont il y aura lieu de déterminer la nature et la quantité.

Page 1