II. -- I>CH actions des diastascs org^aniques
Mais quittons ces considérations théoriques qui frisent de si près la métaphysique, pour aborder le prohJème auquel elles ne servent que de préface, et parcourons quelques parties du domaine de ces ferments solubles d'où dépendent les fermentations corrélatives de la plupart des actes chimiques delà vie. D'après Bourquelot, les ferments solubles connus peuvent sp classer ainsi : ,
1*^ Lea diastases coagulantes et décoagulantes que l'on devrait m iiger aussi dans la classe suivante des diastases hydrata nies ou déshydratantes, puisqu'elles sont, pour la plupart, à la fois hydratantes et dédoublantes.
Parmi les coagulantes, citons le lab qui coagule la caséine, les ferments coagulants du fibrinogène du sang et ilu myosinogène des muscles, le ferment de là prmtaie ilvs rongeurs qui coagule la liqueur séminale (1), et leH ferfifcnts coagulants de certaines plantes, comme rariielKiut et le poivre noir.
Lrs Ly|ics des décoagulants sont: ]a pepsine qui, en milieu ;ji ide, transforme les albuminoïdes en albuin<.>ses el peptones ; la trypsine du pancréas, qui parait exister dans la plupart des cellules animales et végétalei;., et peptonise Tes albuminoïdes en milieu ntnitî'e nu alcalin, la papaïne, la cradine du suc de lignîer. rir.
(l) (.Tliv i4 Camus, Comptes rendus de V Académie des Sciences, t. CXXIU i>. t94.
^•La plupart des ferments digestifs appartiennent à cette classe. Ils ont pour fonction fie préparer l'élaboration des matières alimentaires qui sont appelées, après absorption et transforn^ation, à faire partie du milieu de culture où la cellule puise les éléments de son activité et de sa rénovation.
2^ Les diastases hydratantes et déshydratantes, différentes en ce que les déshydratantes plus intimement unies aux tissus, n'ont pu en être séparées nettement, et accomplissent déjà des fonctions plus élevées. Elles simplifient les compositions moléculaires, disloquent par addition ou soustraction d'eau, les éléments complexes en éléments plus simples, telles Vamylase qui transforme l'amidon, successivement en dextrine, maltose et glucose ; la lipase d'HANRiOT, les sucrases ou ini>ertines qui, dans l'intestin, transforment le saccharose et le lactose en glucose et lévulose.
3^ Les diastases décomposantes dont les types sont les ferments sécrétés par le Bacillus urese et de multiples microorganismes anaérobies qui transforment, en l'hydratant, l'urée en carbonate d'ammoniaque."*
4^ Les oxydases et les réductases qui nous intéressent plus particulièrement. Leur découverte fut pressentie par Cl. Bernard quand il écrivit que la respiration des tissus n'est pas une combustion directe, une fixation directe de l'oxygène absorbé sur les principes immédiats de ces tissus, mais bien une oxydation
indirecte accomplie par des agents chimiques de la nature des ferments (1).
Ces OTiydases appartiennent à la famille des globulines; leur action s'accompagne d'une absorption d'O^ et d'un dégagement de C0-; leur quantité varie suivant les organes (2).
Abelous et, J. Aloy montrèrent, ensuite que les extraits d'organes oxydaient mieux l'aldéhyde salicylique dans le vide qu'en présence de l'air. La présence de l'oxygène libre arrête ou diminue l'oxydation de Faldéhyde. Dans le vide, l'oxygène nécessaire à Toxy dation est fourni par les combinaisons oxygénées que dissocie le ferment oxydant. Quand le ferment a dissocié les combinaisons oxygénées de Torganisme, il les réduit, et porte l'oxygène libéré sur les substances oxydables. Il est donc Tagent essentiel des échanges respiratoires élémentaires (3).
Tous les organes renferment des ferments oxydants. 11 en existe aussi dans la bile (Dastre et Floresco), dans le liquide céphalo-rachidien (Cavazzani), dans
(1) Cl, Beknard, Cours de Physiologie générale. Revue Scientifique^ [}. 584, juia 1876.
(2) AnFLOUS et BiARNÈs, Archives de physiologie normale et pathoiogtque, p. 311, 1896, p. 664, 1Ô98. — Voyez aussi J. Stocklasa et V\ CïtRW, Isolierung des die anaerobe Athmung der Zelle der liÙherop)^anïsierten Pflanzen und Thiere bewirkenden Enzym. Berichte der tUtdseken chemischen Gesellschaft, t. XXVI, p. 632.
(3) AîiELOTJs et GÉRARD, Présencc dans l'organisme d'un ferment r<,ïdUiBSinl Its nitrates, Comptes rendus de l'Académie des Sciences, p, 56 <?l IfiA, t. CXXIX. — Abelous et J. Aloy, Jbid., p. 1573, t. CXXXVJ, 1903.
le lait, etc. Le sang en renferme aussi (Abelous et BiARNÈs), mais son pouvoir oxydant est beaucoup plus faible que celui des organes. D'après Portier (1), la destruction des leucocytes serait la principale source de ces ferments oxydants solubles, et si les organes sont capables d'oxydation, c'est parce qu'ils contiennent des leucocytes. Quoique cette hypothèse trop absolue soit combattue parles recherches d'AsE- Lous et BiARNÈs et de Lillie, il n'en reste pas moins acquis que les globules blancs sont une des sources importantes des ferments oxydants vitaux.
Il semble aussi fort vraisemblable que le corps thyroïde possède, parmi ses fonctions, celle de régulariser les combustions organiques (2).
Comme toute oxydation comporte une désoxydation concomitante, de Rey-Pailhade, Pozzi-Escot et Lœw (3) ont admis l'existence de réductases ou hydrogénases dont le pkilotionde Rey-Pailhade serait le type le mieux étudié. Mais l'existence indépendante de ces diastases n'a pas encore conquis définitivement son droit de cité dans la science, et Abelous et Aloy tendent à conclure à l'identité des oxydases et des réductases en un ferment unique oxydo-réducteur qui réduit les combinaisons oxygénées, pour porter l'oxygène ainsi libéré sur les substances oxy-
(1) Portier, Les oxydases dans la série animale. Paris, 1897.
(2) Enriquez et Sicard, Les oxydations de l'organisme. Paris, 1902,
(3) Voir pour la bibliographie de cette question, Pozzi-Escot. État actuel de nos connaissances sur les oxydases et réductases. Paris.
10 LES FERMENTS MÉTALLIQVES.
dables, et agit ainsi comme oxydant indirect (1).
Parmi les preuves que l'on peut donner de cette dualité d'action, il en est de très convaincantes. Ainsi, Tair et l'oxygène entravent également l'oxydation de l'acide salicylique et la réduction des nitrates par l'extrait aqueux de foie. En outre, les organes qui fournissent les extraits les plus oxydants donnent aussi les plus réducteurs (2). Enfin, la macération de rein de cheval transforme la morphine en oxydimorphine, et ce dernier produit peut être inversement ramené à l'état de morphine au sein du même railien.
Ajoutons que suivant la conception de A. Gautier, les diastasea hydratantes peuvent être indirectement oxydo-réduclrices, puisque les phénomènes préparatoires d'hydratation sont capables de transformer les albuminoïdes en urée, glycogène et corps gras, sans rintervention de l'oxygène. Voici l'équation de A- Gautier ;
4 C"mii«Ai»8S0^^2 ^ 68 H20 = 36 C0Az2Hi- + 3 G5SH;o*06 Albumine. + Eau. = Urée. + Graisse.
Glycogène. + Acide sulfurique.
« Cette équation où l'on fait abstraction des termes intermédiaires (amides, composés créatiniques,
(1) Abelous et Aloy, Sur l'existence dans l'organisme animal d'une dfasUse à la fois rïxydante et réductrice. Comptes rendus de r Académie de^ Scicnae^, t. CXXXVII, p. 885, 1903.
(2J GttiAiiD et RicQUiÉ, Comptes rendus de la Société de Biologie, 1 LVr, p. 904, 1904.
uréides, etc.) qui précédent la formation de l'urée, montre comment celle-ci, la graisse, le glycogène, le glycose, les acides du soufre (que nous excrétons généralement après les avoir oxydés, à l'état d'acide sul- 'furique) et une partie de l'acide carbonique lui-même, sont liés entre eux et à la molécule albuminoïde dont ils peuvent dériver par un simple phénomène d'hydratation et sans qu'intervienne l'oxygène. »