III. — Nature et mode d'action des diastases org^aniques
En somme, toutes ces diastases jouissent du pouvoir de mettre en train et de mener à bonne fin des réactions fort complexes et difficiles à réaliser au laboratoire. Leur présence est indispensable à la vie dont elles constituent l'un des rouages les plus importants.
Pour expliquer leurs effets, on a fait intervenir la notion de catalyse, cette force dont, suivant la définition d'OswALD, est doué un corps qui, par sa seule présence «t sans prendre, de par sa substance, part à la réaction, sans augmenter ni diminuer de poids, est capable de provoquer de profondes modifications dans la constitution des corps avec lesquels il prend contact (1).
(1) D'après E. Kohn, il est préférable de dire que la catalyse n'est qu'une suite de transformations chimiques intermédiaires, s'accomplissant autour d'un noyau qui est le catalyseur.
Arthus admet que des molécules matérielles d'origine vitale peuvent être douées d'un mode d'activité apte H dédoubler, à hydrater, à oxyder les corps, et il substitue: la notion du ferment propriété à celle du ferment .mhstance. D'après cette théorie, qui paraît avoir été émise d'abord par N^geli, les diastases seraient dans un état vibratoire capable de communiquer aux substances en contact un état d'ébranlement apte à les mettre en état d'activité chimique, ce qui réduirait Tessence même des fermentations à un pur phénomène physique,
Pour Pazzi-EscoT et 0. Lœw les diastases seraient des alhnminoïdes labiles, c'est-à-dire des composés capables de subir, avec une grande facilité, des modifications chimiques intra-moléculaires. Et le primum moçens de l'action de ces diastases serait un mode spécial dt^ mouvement de leurs éléments labiles (1). On remarquera que les hypothèses de Naegeli et de Pozzï-EscoT et Lœw sur l'action des diastases sont du même ordre que celles que G. Bardet et moi avons exposées sur le mode d'activité des ferments métalliques, quand nous avons supposé que ces substances agissaient en vertu de l'énergie potentielle de leurs particules infiniment fines et animées d'uTi niuiivement vibratoire très intense (2).
^1) Po?:ïf,i-EscOT, Nature des diastases. Paris, 1903. — O. Lœw et PùZ7J'Eiii:or, L'énergie chimique primaire de la matière vivante. Paris, lyuv.
(:!) ALUiiur Robin et G. Bardet, Les ferments métalliques en théra- |ieu tique. Considérations biologiques. Revue scientifique^ 11 février
Enfin, Armand Gautier avance qu'une sorte d'organisation existe déjà dans la molécule des ferments qui, malgré leur solubilité, sont non pas des individualités vivantes, mais des substratums organisés (1).
Il n'entre pas dans mon sujet de discuter les multiples questions que soulèvent les diverses théories émises sur la nature et le mode d'action des diastases. Ce qui ressort essentiellement des nombreux travaux des dernières années, c'est que l'état actuel de la chimie biologique permet de concevoir nombre des actes de la vie comme étant de véritables fermentations, en ce sens qu'ils ont pour but ou pour résultat des actes chimiques de dédoublements, d'hydratations et de déshydratations, d'oxydations et de réductions, peutêtre de synthèses secondaires qui s'accomplissent grâce à l'intermédiaire des ferments solubles, dénommés diastases. -
11 ressort encore que certaines de ces diastases ont la capacité de bouleverser l'équilibre moléculaire des matières albuminoïdes, en les hydratant d'abord, puis convoyant tout ou partie de leur oxygène propre et de l'oxygène de leur eau d'hydratation sur leur azote et leur carbone. Ce processus diastasique de la désassimilation azotée comporte donc une hydratation, une réduction, puis une oxydation. Il n'emprunte pas d'oxygène aux organites qui véhiculent celui-ci au travers de l'organisme,
(1) A. Gautier, Leçons de chimie biologique normale et pathologique, 2e édition, p. 729, 1897.
de sorte que l'on peut se demander avec quelque raison s'il n'y a pas une antinomie profonde entre le mode d'évolution intra-organique des albuminoïdes et des hydrates de carbone : l'oxygène atmosphérique consommé ne servant qu'à brûler ces derniers, tandis que la désassimilation des premiers relèverait uniquement d'actions diastasiques à la fois hydratantes et oxy do-réductrices.
Les actes chimiques diastasiques marchent de pair — cause ou effet — avec les phénomènes de l'assimilation et de la désassimilation, aussi bien dans l'état normal que dans l'état morbide, où ils subissent des déviations dont on saisit encore mal le sens et qui sont corrélatives, tantôt de la défense organique, tantôt des actions pathogènes ellesmêmes.
Si l'on connaissait à fond tous ces modes fermentatifs, leurs agents, leur manière d'opérer, leurs variations physiologiques et pathologiques, ne tirerait-on des notions acquises, un des procédés les plus directs de la thérapeutique fonctionnelle, en venant au secours de la vie cellulaire pour l'activer, la modérer, ou la -régulariser, suivant le sens de sa déviation?
Le rôle du médecin, ainsi compris, n'aurait-il pas une autre ampleur et une autre sûreté que celui qui lui a été imposé jusqu'ici par l'enseignement organicien? Supposons, par exemple, que les diastases hydratantes et oxy do - réductrices se développent avec surabondance dans un organisme infecté mais
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résistant, et que cette poussée précède ou accompagne les grandes décharges précritiques dont j'ai signalé l'existence dans la fièvre typhoïde et dans la pneumonie (1), le rôle du médecin ne sera-t-il pas de rechercher les moyens de stimuler, dans le cas d'infection chez un non-résistant, la formation et l'activité des diastases hydratantes et oxydo-réductrices, au besoin même, d'injecter dans le sang ou dans les tissus des diastases préparées d'avance et dont la puissance sera expérimentalement connue?
De même, dans les maladies de la. nutrition où les phénomènes d'hydratation, de dédoublement ou d'oxydation seront exaltés, n'aurait-(>n pas intérêt à connaître et à utiliser les effets des divers agents médicamenteux capables de modérer l'activité des ferments et de réduire leur formation?
Je me borne à ces exemples sommaires, qui ne sont destinés qu'à montrer l'étendue de la voie ouverte, ainsi que la possibilité de la parcourir, soit en aidant l'organisme malade dans ses actes de défense, soit en 'atténuant les actes pathogènes.