LES FERMENTS SOI, UREES
solution dans le sang d’un animal, on provoque les mêmes accidents que ceux qu’on remarque dans la diphtérie elle-même.
D’après Roux et Yersin (85), qui l'ont découvert, ce virus perd beaucoup de son activité lorsqu’on chauffe la solution à une température égale ou supérieure à 58°. 11 est précipité par l’alcool et peut être ensuite redissous dans l’eau sans perdre de ses propriétés. Enfin, à l’état sec, il peut être chauffé à 70° sans perdre de sa puissance toxique. Comme on le voit, ce virus présente bien la plupart des caractères d’un ferment soluble.
Uschinsky (86), qui a également étudié ce composé, l’a trouvé très peu résistant. Il a constaté qu’une précipitation par l’alcool, la dessiccation dans le vide à 33°-36°, surtout à la lumière, suffisent pour le détruire. 11 a constaté en outre que l’addition d’une quantité très faible d’aldéhyde formique, dans ses solutions, annihile son activité. On verra plus loin que, d’après Lœw, les ferments solubles perdent leur pouvoir ferment quand on les additionne de ce même réactif.
Le ferment soluble que produit le bacille du le-
taiios diffère du précédent. D’après Courmonl et Doyon (87), il n’est pas toxique par lui-même ; mais injecté dans l’organisme, il élabore aux dépens de celui-ci une substance directement tétanisante comme la strychnine. C’est ce qui explique que les produits bacillaires deviennent inactifs après un chauffage à 65°, tandis que la substance soluble qu’on extrait des muscles tétaniques résiste à une ébullition prolongée.
Ferments oxydants. — Laccase. — 11 est probable qu’il existe plusieurs arbres à laque, appartenant tous, d’ailleurs, au genre Rhus, de la famille des Anacardiacées. Il semble, en tout cas, que l’arbre à laque du Japon soit le Rhus ver nici fera D. C., alors que celui du Tonkin serait le R. succedanca L.
Au Japon, le suc de l’arbre à laque est obtenu en faisant à la tige des entailles peu profondes ; on le recueille dans des vases particuliers et on le conserve à l’abri de l’air jusqu'au moment de l’emploi. Ce sont les arbres de 1 5 ans qui fournissent la plus grande quantité de suc.
On donne à ce suc le nom düurmehi. Quand il
LUS FHIi.MKNTS SOLUBLICS
est inaltéré, c’est un produit de consistance de miel frais, de couleur blanc grisâtre, qui apparaît au microscope formé par de petits globules, les uns de couleur claire, d’autres de teinte foncée, mélangés à de petites parcelles de matière brune, le tout parfaitement émulsionné.
Au Tonkin, le suc s’obtient càpeu près de la même façon ; on y soumet l’arbre à laque à l’exploitation dès qu’il atteint sa troisième année.
Lorsque le suc de l’arbre à laque egt exposé à l’air, en couche mince, vers 20°, il prend une couleur foncée et se dessèche en donnant un vernis brillant et translucide. La matière noire ainsi formée est insoluble dans les dissolvants usuels ; eau acide ou alcaline, alcool, éther, etc. C’est en raison de ces propriétés que ce suc est employé, principalement en Chine, dans l’ébénisterie. Appliqué sur les meubles, il se change peu à peu, au contact de l’air, en cet enduit noir, brillant et inaltérable qui porte le nom de laque.
Le noircissement et le durcissement du suc de l'arbre à laque ont été rapportés pour la première fois, en 1883, à l’action d’un ferment soluble, par
llikorokuro Yoshida (88), qui a constaté que le suc perd ses propriétés siccatives lorsqu’on le chauffe à la température de 63°.
Le suc renferme donc, d’après celle observation, un ferment soluble. Il renferme en outreGO à 85 0/0 d’une substance de lanatured’un acide qu’il nomme acide uruschique ( acide laquique ), une substance gommeuse, de l’eau et un acide volatil. — Sous l’action du ferment soluble et en présence de l’air, l’acide uruschique s’oxyde en donnant de l’acide oxyurusc/ùque , qui constitue le vernis laque desséché.
G. Bertrand a repris en 1 894 (89) l’étude du latex de l’arbre à laque ; il a confirmé l’existence, dans ce produit, d’un ferment soluble et déterminé les conditions dans lesquelles il exerce son action oxydante. Le principe du latex sur lequel agit ce ferment (acide uruschique), présentant des propriétés analogues à celles d’un phénol polyatomique, il lui a donné le nom de laccol , appelant lac case le ferment oxydant.
De pareils ferments paraissent exister chez beaucoup de végétaux. Ainsi, G. Bertrand a pu retrou-
ver la laccase, ou un ferment analogue, dans diverses matières d’origine végétale, telles que les gommes arabique et du Sénégal, ainsi que dans beaucoup de végétaux supérieurs, pomme de terre, betteraves, rhizomes de Canna, etc. (90). L. Lindet (91) a montré que la coloration du jus de pomme est due également à l’action oxydante de la laccase. Le tannin qui se trouve localisé dans des cellules spéciales de la pomme étant, par le fait du broyage, mis en contact avec le ferment en présence de l’air, s’oxyde et donne naissance à un produit coloré.
La recherche de la laccase est singulièrement facilitée par ce lait qu’elle colore immédiatement en bleu la teinture de résine de gaïac (90). C’est en utilisant cette réaction que nous avons pu, G. Bertrand et moi, retrouver lalaccaseou un ferment analogue dans un grand nombre de champignons (92) tels que : Bussula cyanoxantha Schaeff, fœtens Pers, lutea Herds., rosea Schaef., nigricans Bull. , furcata Lam, fragilis Pers ; Lactarius vellereusFr., volemus Fr., etc. 11 n’existe pourtant pas dans tousles champignons ; ainsi les Polyporus sulfureus Bull, et squamosus Iluds, le Sclcvodcrma, verrucosum Bull., etc.
ne donnent pas de réaction avec la teinture de gaïac. Dans quelques espèces, le ferment est localisé dans certaines parties ; ainsi en est-il pour le Lâttarius piperatus Scop. et 1 e Phallus impudius L. Dans le stipe du premier, le ferment est surtout localisé dans la partie centrale et, dans le second, on n’en trouve que dans la capsule sur laquelle repose le pied.
Enfin, lorsque le champignon renferme à la fois le ferment et un composé capable de se colorer par oxydation, c’est grâce au ferment que la coloration se produit. C’est ainsi que lorsqu’on coupe certains bolets, la tranche se colore en bleu (. Boletus cyanescens Bull.), et que le Russula nigricans Bull, devient noir en vieillissant (93).
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