LA SECTION ANTÉRIEURE DU CORTÈGE
Le cortège royal se divise, tout naturellement, en deux parties, celle qui précède le palanquin et celle qui le suit. Je commencerai la description par les personnages de la section antérieure.
Ces personnages, si l'on ne tient pas compte des prêtres et des musiciens * qui ouvrent la marche, sont au nombre de dix, à savoir six dans la file supérieure, ou file de gauche (?}, et quatre dans la file inférieure, ou fie de droite {?). Tous portent la perruque dans laquelle sont fixées deux plu-
® Et non : «les fils du roi, grands dignitairesn comme à rendu Rougé. Ge savant, d ailleurs, ne s’est pas montré très COnSSquEnL avec lui-même dans son interprétation, * car il a traduit auparavant les mots $>rw ‘>w par «les grands princes» (voir Mélanges d'archéologie, T, p. 129). Je ne ee pas. d'autre part, qu’on pue comprendre «les érw et les grandsn.
mes d’autruche. Îls sont en grand costume d'apparat. Ils tiennent à la main droite les attributs royaux, sceplre ( et houlette 1 auxquels s'ajoute pour huit d’entre eux le flabellum ? (1); à la main gauche, les uns portent un bâton, les autres une hache ( (?) se Une bande horizontale de textes, tracée entre les deux registres ou files, les désigne comme suit :
FT SRE Y TN + A HOT: ARRETE UT A se PURE Y de RL TIR <TIY2
«Les «commus» du roi, les suivants de Sa Majesté}, les fils royaux, les grands rw () [ec] tous les dignitaires (5 ee leur marche en procession (6) devant le roi [ lorsque] il s'avance sur le pavois (1 ) pour faire apparaître [en procession]
son père Min en sa belle fêle du htjw. »
Si celle énumération des diverses catégories de personnages participant au cortège est conçue, comme 11 y à tout heu de Île croire, suivant leur ordre d'impor lance, il est curieux d'observer que les rh.w(?) n$w.t « connus(?) du roir avaient le pas sur les mé.w néw.t «enfants du roi» ou «princes». Mais qu'était-ce au Juste que ces nt e , qui faisaient parle, comme les princes royaux, de l'entourage immédiat du roi et que Île texleprogrämme orthographe À 2 (8)? L'étymologie de celle expression nous est encore inconnue; tout ce qu'il semble permis d'aflirmer, c'est qu'elle est sans relation avec la racine © rh, «savoir, connaître». Sous l'Ancien Empire, le terme rk.w {?) n$w.t est appliqué à des individus qui ne sont pas les fils du roi, mais paraissent être cependant des parents de ce dernier. Peut-être désignait-il tous les membres masculins de la famille du Pha-
raon régnant autres que ses fils directs, c'est-à-dire qu'on aurait englobé
(1 Et non le ?, comme l'a dit Rougé.
® Le personnage a les épaules recouvertes d'une longue cape.
6) Et non : «les suten-rey, serviteurs du roir (J. de Rougé).
& EL non : les grands princesn (Rougé).
() Et non : «les anciens» (Rougé).
(6) Et non : «sont sur leurs pieds» (Rougé).
() E{ non : «sur son siège (Rougé): le mol wifs.{ n'est pas délerminé par l'adjeclif possessif Er
® Voir ci-dessus p. d ( Lexte) el p. 76, n° 10 (commentaire).
dans ce titre fous Îles personnages de sang royal, frères, oncles, petits-fils, neveux ou cousins du roi régnant. Les textes des Pyramides appliquent ce titre aux quatre fils d'Horus en tant qu'ils sont considérés comme les petitsfils d'Osiris. C’est seulement à partur du Moyen Empire que l'expression à été interprétée comme un dérivé de la racine rh «savowr, connaître» 0), el qu'elle a servi à désigner une catégorie de courlisans, de familiers du Pharaon, les connus du ro. Au Nouvel Empire et aux basses époques, rh n$w.t, qui n'a plus désormais qu'un sens vague, figure dans un grand nombre de titulatures de personnages non royaux comme désignant un titre purement honorifique sans liaison avec aucune fonction spéciale. Les stèles d’Akhmim de l'époque gréco-romaine en font, en particulier, assez souvent mention.
La seconde catégorie de personnages, les à Ÿ T1 A <— Siné n Lm.f, ne sont pas les seriteurs du roi, mais ses suivants, ceux qui l'accompagnent et lui font escorte dans ses déplacements, quelque chose comme ce que nous appelons aujourd’hui la garde royale.
Sont nommés ensuite les + n 2. ms.uw nsw.l, c'est-à-dire les fils directs du Pharaon régnant, qui seront énumérés un à un dans la section postérieure du cortège. Ge sont eux qui paraissent avoir eu le privilège de porter la personne royale.
Les H: | srw ‘uw «grands notables» sont les personnages portant, pardessus leur costume, une pèlerine ou collet, et non des princes comme on l'a souvent admis. Je serais assez disposé à reconnaître en eux soit Îles ministres ®), soit les hauts dignitaires de la cour.
Enfin les mots LOT È Buwljw nhw «et lous les fonctionnaires » résument l'énumération des personnes participant au cortège. Le second
est fautif pour Ÿ w.
West feuif pour R
(9 Cf, Enman-Grarow, Wôrterbuch der aegypt. Sprache, If, p. 446.
(®) Cf, à propos des décrets royaux de l'Ancien Empire, où le $r est souvent mentionné, Serae, Gôlüing. Gelehrie Anzeïger, 1919, p. 709, 710, 713, 991, 794- 925. — Maspero (Contes populaires de l'Égi gyple ancienne, 3° édit., p. 51, note 1) a reconnu en eux rles notables qui assistaient les personnages de haut rang, fonctionnaires royaux ou administrateurs de nomes ou de villages, les mesheikh d'aujourd'hui».
Le Wôrterbuch der aeryptischen Sprache (IV, p. 188-189 ) a rendu le mot nl — Rs ér (copte cioyp) par r Vornehmer, Fürstn.
La préposition = r «pour, vers, dans la chrecton de» est assez imprévue; on attendrait plutôt l’une des deux prépositions N m où Ÿ br.
Le verbe Ÿ l est à lire \ [ n «s'avancer, marcher ».
lee #h 3.0 est un infinitif, régulier après la préposilion —, pour désigner l'acte solennel que le roi va accomplir; c’est pour «faire apparaître » le dieu Min, c'est-à-dire pour extraire de sa chapelle la statue du dieu et la conduire en procession à l’endroit de la cérémonie, que le roi a quitté son palais, escorté de tout son cortège.
Ce sont les derniers mots de cetie légende «pour faire apparaître son pére Min en sa belle fête du htjw» qui ont suggéré à Brugsch la désignation impropre «Panegyrie der Treppe>, «fête de l'escalier» que l'on trouve encore aujourd'hui employée par certains savants). Le ijw de Min semble, en effet, avoir joué dans cette fête un rôle assez important pour qu'elle ait tiré son nom de cet objet même. Mais ce n'étail pas du tout un escalier; J'ai eu l'occasion de montrer longuement ailleurs ® que hÿw était probablement le nom consacré pour désigner le reposoir spécial destiné à recevoir, au cours de la fête de la «sortie» de Min, la statue du dieu. Le mot htjw n'apparaît jamais , en eflet, en relation dans les textes avec une divinité
autre que le dieu ithyphallique.
La légende que je viens d'analyser concerne évidemment l'ensemble des personnages entre les deux rangées desquels elle est gravée. Ces deux rangées, qui se trouvent superposées sur la représentation, étaient probablement, comme l'avaient déjà soupçonné Jollois et Devilliers, parallèles dans le cortège; elles constituaient les deux files qui occupaient chacune, en avant de la liuère royale, un des deux côtés de la route.
Au registre inférieur, c'est-à-dire dans la file de droite, on voit, derrière les quatre personnages coiffés de plumes d'autruche et tenant chacun l'emblème divin | et le flabellum, un prêtre également coiffé de deux plumes d’autruche et lisant un rouleau de papyrus qu'il tient à deux mains,
() Par exemple par M. Setbe (Nachrichien. . . zu Güttingen, 1919, p. 312) et par M. Sélim Hassan (Hymnes religieux du Moyen Empire, p.169 el 173). . () Le rreposoirr du dieu Min (in Kémi, 11, 1930, p. 41-82). |
largement déployé. La légende tracée devant lui en une colonne verticale nous apprend qu'il s’agit de l'ofliciant en chef :
& ! * ? <B>. AT <— |] 1 ‘m —2 L - Ni =, «le chef-officant accompht son lé dent lé or d:80n de (c'est- \ : 2 * 4 :
à-dire lorsqu'il apparaît)».
Outre le papyrus dont 1 donne lecture, ce personnage porte dans Îe dos une sorte de cartable (ou servielte) dans lequel sont probablement renfermés les autres manuscrits dont il pourra avoir besoin au cours des divers moments de la cérémonie.
Nous avons pris l'habitude de traduire le titre krj-hb par «prêtre-lecteur », parce que Îes représentalions nous le montrent presque loujours en train de lire un rouleau de papyrus. Mais si la lecture des textes religieux constituait, en eflet, une partie importante, peut-être même la partie essenlielle, de ses attributions, 1l paraît bien cependant que la nature de ses fonctions ait été d'ordre plus général. Etymologiquement, l'expression composée hrj-hb signilie «celui qui est sous le rouleau», c'est-à-dire «celui qui porte le rouleau», le recueil des formules à réciter et le code des rites à célébrer au cours d’une cérémonie religieuse. Le meilleur terme pour rendre cette expression est celui d'xofhctant». Celle interprétation, proposée 1l y a bien longtemps par Maspero dans sa traduction «l'homme au rouleau », a été confirmée par les observations de M°* Chatelet, qui a eu l'occasion d'étudier de près la racine hb. De ses recherches, il résulte que hb signifie «réunir, assembler »; d'où les sens dérivés «réunion, assemblée», — «salle de réunion ou d'assemblée» ( [([))(. Déterminée par le signe + , la racine t| prend le sens de «réunion, assemblage, collection de textes sur un même sujet, recul, code, formulaire, etc. ».
Cette catégorie de membres du clergé devait être assez nombreuse, car nous rencontrons des hrj-hb dans le culte de plusieurs divinités. M. Lefebvre a montré qu'en ce qui concerne, en particulier, le clergé d'Amon thébain, la fonction comportait une hiérarchie, composée d'un certain nombre (trois au moins) d'échelons successifs ). Dans la fête thébaine de
(9 Bulletin de l'Inst. frang. d'Archéol. orient., XVIII, p. 26. - (9 Cf. Leresvre, Histoire des grands prêtres © Amon de K arnak, p- 16-17.
la «sortie» de Min, c’est presque uniquement le krj-hb krj-tp, c'est-à-dire l'kofficiant en chef», le «chef-officiant», qui est en exercice, tandis que les échelons inférieurs n ‘apparaissent que plus rarement.
Derrière cet officiant en chef, un autre prêtre, la tête rasée, nu jusqu’ à la ceinture, se relourne vers la personne royale pour l'encenser. Cinq colonnes de textes gravées devant et au-dessus de lui constituent sa légende et décrivent son geste :
y > eg —— 3 — = | NULL 2{NMN:-— CERN E PV — ri mis a — D. IE 5 eù.
— pin 2 AFS ETES
| « Encenser () devant Sa Mayesté lorsque apparaii (brille) le roi 1 sur Le pavois (2) : [se rendant | à la demeure de son pére Min pour célébrer : un million de jubrlés (panéoyries) et des centaines de mille d'\ années d'élerntié sur [son |
trône), »
Le rite de l’encensement était de règle non seulement pour Îles dieux, mais aussi pour le roi chaque fois qu'il apparaissait à ses sujets hors de son palais; c'était un des actes du culte dont Je roi vivant était l'objet).
Nous avons dans cette phrase une indication précieuse sur la nature de la fête : c’est avant lout une commémoralion annuelle de l’avènement da roi et une cérémonie tendant à faire accorder à Pharaon par son père Min un grand nombre d'anniversaires analogues, et par suite la plus grande durée possible de règne. Rougé, dans sa traduction de ce‘lexte, a ajouté deux mots qui n'y figurent pas et qui en dénaturent, en réalité, la signification; ce sont les mots «pour lui faire des millions de panégyries ». I ne s'agit.pas du tout, en réalité, d'assurer l'éternité des fêtes de Min;
@) Et non : «il fait l’encensement» (Rougé): le verbe - est à lPinfiniuif.
® Et non : «sur son trône» (Rougé); le mot ws.t (et non ufes sans = final : Rougé) n'est pas suivi de l'adjeclif possessif « |
F} Cet adjectif possessif existait, au contraire, après le mot n$.{ rirônen, alors que ue l'a négligé et a rendu ces derniers mots par «sur le trône»; il y a sous le mot n$.t uue place vide suffisante pour loger un «__.
() Cf. J. Barcuer, Le régime pharaonique dans ses rapports avec Dboluion do rale en Égype, p. 373.
Œ) C'est-à-dire évidemment à Xe qui est, dans la traduction de Rouge. Je mot le plus rapproché. |
l'intention du roi a un caractère plus égoïste et plus pratique : il veut s'assurer à soi-même un règne élernel.
Au registre supérieur, c'est-à-dire dans la file de gauche du cortège, derrière les six personnages coiffés de plumes d’autruche et portant les uns le flabellum, un autre le sceptre { et un autre la houlette Fe c'est-à-dire sur le même rang que son collègue de la file de droite, un autre prêtre, parfaitement identique comme costume et comme altitude, se retourne dans la direction de la lilière pour encenser la personne royale. Son titre n’est pas plus indiqué que ne l'était celui de son collègue de la file de droite, et sa légende, réduite à une seule colonne tracée au-dessous de l'encensoir, est beaucoup plus concise que dans la file de droite; les Égyptiens savaient évidemment qu'elle ne pouvait être autre chose qu’une répélition exacte de cette dernière et n'avaient pas besoin qu'on leur en dit davantage pour comprendre de qui il s’agissail :