LE PHARAON
Le sens de celle scène est donc bien clair. Après être arrivé à la chapelle du dieu, le roi a offert à ce dermier l’offrande et Ja Hibation propi- Hatoires, par icsquelles étaient inaugurées toutes les cérémonies religieuses. Les prêtres ont alors extrait de son naos la statue du dieu et l'ont transportée vers le }ijw ou «rcposoir» sur lequel elle restera exposée jusqu'à la fin de la solennité. Tout cela est clairement exprimé par les légendes accompagnant la scène. |
Ces légendes consistent en sept colonnes verticales tracées en avant de la statue du dieu et au-dessus du pavois sur lequel elle est transportée. Les cinq premières de ces colonnes concernent Île Pharaon, qui s'avance en avant de la liière divine. Le roi s'est, en effet, maintenant, séparé de l'escorte qui l'encadrait pendant la marche du palais jusqu'à la chapelle divine. Il a pris la tête et la conduite de la procession ([ N $ëm 4, comme dit le texte). Notons qu'il s’est débarrassé entre Lemps du casque Apré, qu il portait Jusqu'ici, pour revêur la simple couronne rouge de la Basse- Égypte. C'est en quahté de rot de la Basse- Égypte qu'il assume a conduite de la fête, et comme tel il est obombré par la déesse [A x (Bouto) du Delta sous les traits de l'uræus aux ailes enveloppant les deux cartouches royaux. Comme insignes de sa protection de sa fonction royale, il porte le long bâton-sceptre Let la massue.
Voici le texte concernant le roi :
RTE ETIENNE L RANE sn in nr =ÎN = sta ={,; gi
v=-#CHE)
« Le roi apparaît devant(?) ce dieu pour qu'il (c’est-à-dire le dieu) vienne | (c'est-à-dire pour le faire venir, pour le transporter) en sa fête de se rendre au reposoir. C'est Sa Majesté qui donne les prescriptions, le scigneur des deux terres faisant fonchon de conducteur de la fête. La récompense pour cela consiste en
O) Cf. le titre # \ "A Î | ba ES rconducteur de la fête d’Amonr (Léresvae ; Histoire des grands prêtres d'Amon de Karnak, p. 4h).
174 HENRI GAËTAIER.
années el en jubnlés pour son fils chéri, le seioneur des deux terres, le roi Ousir-
maäré-Miriamon. »
Nous retrouvons ici, pour désigner l'apparition éclatante et pompeuse du roi, le verbe Les que nous avons déjà vu désigner l'apparition du roi hors de son palais (. Ce verbe n'était pas, d'ailleurs, employé que pour exprimer les apparitions royales. [1 sert également pour Îes Le et en particulier pour Min, dans des phrases comme 2% ps TL D" «jure apparaître (c'est-à-dire «faire sorhir en procession solennelle») Min à chaque nouvelle lune», ou 1 N] La Q VF, ee 6) «souverain gracieux comme Min dans ses apparitions » (*),
L'emploi de la préposition ? après ce verbe est, en (out Cas, aSSEZ INSOlite; on s'attendrail plutôt à rencontrer des expressions comme #2 bh ou hr 8.1 «en avant de, devant, en face de, en présence de».
Les mots — Le
«— ne me paraissent pouvoir être rapportés qu'au dieu, et non au roi.
Le verbe est une forme participiale, parfaitement régulière dans une phrase dont le sujet est introduit par la préposition K en prolepse 6).
. La traduction de Rougé « Sa Magesté observe les riles du scigneur des deux
régions » ne peut se soutenir, Car :
° Les mots Æ ne sont pas un nest denioa du mot # == =, mais bien le sujet de la proposilion qui vient ensuite, ne trique du sujet [: A «— de la préposition qui précède;
a° Ces mots == désignent de loute évidence le roi, et non le dieu Min, encore que nous sachions que ce dieu étail souvent ailleurs désigné par
l'épithète «seigneur des deux terres ».
Œ) Voir ci-dessus, p.116. | ;
() Kom Ombos, IT, p. 53, n° 597. Î
®) Temple de Séthi I“ à Gournah, cilé par M. Sélim [lassan (Hymnes religieux, P- 170).
#) Sur le sens des verbes ee. et 15 © » voir l'article de M" Cuareuer, Le rôle des barques solaires, in Bulletin de lIust. fran. d'Archéol. orient., XV, p. 142-143. Cetle dernière racine signifie «émerger au-dessus d'une ligne horizontale» el, en parlant d’un astre, «émerger au-dessus de la ligne d'horizon, sortir de l'horizon, se lever».
® Cf. Enman, Aegyptische Grammatk, k° édit., S 489 b.
La traduclion de Rougé «la récompense en est dix malhons de panégynies pour son fils qui l'aime» est également inacceptable, le signe exprimant les dizaines de millions n’existant pas sur l'original, qui porte très clarrement de QG: «années el panépyries ». |
Enfin les deux dernières colonnes de ce Lexte, tracées derrière les précédentes, concerne le dieu, qui est lui aussi représenté derrdre le roi :
> = (] l a À 4 Li pm À NEA A PAR. TE HR mr Ga «Paroles de Min, roi des dieux, taureau de sa mère : je te donne loule force el loule aictoire. »
Ce n'est donc plus, comme dans l'épisode précédent, à Amon-Ré taureau de sa mère que nous avons affaire, mais bien de nouveau à Min comme dans l'épisode du cortège. Toutefois, 11 ne s’agit plus de Min seigneur de Snw.i, c'est-à-dire du dieu local de Coptos, mais bien de la forme postérieure et plus importante de Min roi des dieux, laureau de sa mère. Dès le Moyen Empire, et avant même son assimilation avec Amon, dieu de la capitale du premier royaume thébain, Min a reçu le titre de roi des dieux, et Amon devait hériter de lui plus tard, sous le second royaume thébain, ce titre. Îl a, en outre, comme dieu de la génération, conservé Île titre de taureau de sa mère, sous lequel nous l'avons déjà vu désigné à l'épisode précédent.
Ï n'est pas impossible que soit exacte la supposition Sécente de M. ce the ? suivant laquelle Min, dont le nom apparaît souvent dans les textes en relation avec la royauté, aurait été effectivement, à l'époque protohistorique, le souverain d'un véritable royaume intercalé entre le royaume d'Héliopolis au nord et le royaume d'Hiéraconpolis au sud. Ce royaume aurait eu pour capitale Coplos et aurait englobé une région assez vasle pour que la ville d'Âpou-Panopolis-Akhmim en eût fait partie. Les passages où Min est cité en relation avec le double palais (ir.4) du Sud et du Nord pour-
raient même faire penser que le royaume de Coptos fut, à un moment donné, assez fort pour revendiquer la domination sur l'Égypte entière. De
() J ne me semble pas qu'on puisse lire 5, car le seul lrait éncore visible audessous du signe $ n'est pas verlical, maïs légèrement incliné. ® Urgeschichte, etc., $$ 202-203, p. 166-169.
ceite antique royauté de Min à Coptos les textes des Pyramides auraient conservé divers souvenirs, dans les paragraphes 256 a, 953, 19928 b-c, 1993 a-c et 1998 «&, où le dieu apparait, en effet, comme élevé bien audessus d’une simple divinité locale de cité. M. Sethe a montré, d'autre part, par une série d'arguments de valeur assez inégale d’ailleurs, comment Min semble avoir eu pour Îa royauté égyptienne une signification loute particuhère, qui ne saurait être comparée qu'avec le rôle prépondérant joué par Ré et par Horus, divinités avec lesquelles 1 fut, du reste, identifié par la suite.