C. — COMMENTAIRE
(1) Cette invocation prononcée par l'officiant s'adresse à la divinité lorsqu'elle apparaît à ses fidèles après l’ouverture des portes de la chapelle où était renfermée sa statue. Gelte apparilion est comparée au «lever » du soleil émerpeant de l'horizon oriental, et c’est pour bien affirmer celte comparaison que l'on emploie le verbe à [> wbn au lieu du verbe * X7, généralement usité pour les apparitions des dieux ou des Pharaons. M. Sélim Hassan à même cru pouvoir affirmer #) que cet exemple était le seul où le verbe *, fût remplacé par le verbe k ["5'; ce qui ne l'empêche pas, d’ailleurs, de citer cinq pages plus loin ® un autre texte, emprunté à la scène du transport de la statue d’Amon-Ré identifié à Min, dans le temple de Ramsès III à Karnak, qui commence précisément par les mots $ |" FR | Le ] se « Min se léve dans Karnak »
L'hymne qu’on récite à ce moment de la fête du dieu, à l’occasion de son «lever», est donc analogue en substance à ceux qui étaient communément adressés au soleil levant. Sans doute 11 n’y a pas confusion absolue entre
Min et le dieu solaire, puisque l'hymne dit expressément que Min est
«jushfié» devant le dieu Ré-Aloum d’Héliopolis ou peut-être RUANQUEUT » de ce dieu. C'est surtout en tant qu'assimilé au dieu Amon-Ré de Thèbes que Min est ici considéré comme un dieu solaire. Mais le rapprochement entre Min et le dieu soleil d'Héliopolis est accentué, cependant, quelques mots plus loin par la mention de la ville m2 6 hrj-R, Babylone (au-
® Et non: ra la tête de tous les dieuxn (Rougé).
® Rougé a ajouté ici les mots « Vois ton levern, qui ne figurent pas dans le texte. © Hymnes religieux, p. 169.
9 Jbid., p. 174.
® Voir ci-dessous, p. 270, chap. x1, section 3.
jourd’hui le Vieux-Caire) 0, voisine d'Héliopolis et l'un des centres du culte du dieu solaire Ré. |
Cetle fusion entre l’ancien dieu local de Coptos et le dieu solaire parait s'être effectuée par l'intermédiaire non pas, comme on pourrait le croire, du dieu thébain Amon ou Amon-Ré, mais bien du dieu Horus, dont Min s'était dès le Moyen Empire annexé les caractères les plus importants, avant même sa fusion avec Amon. Getie pénétration intime des trois dieux Min, Horus et R& a été mise en évidence par M. Kees R |
Dès la XIT° dynastie, nous trouvons la beauté du dieu solaire Ré unie à celle de Min dans l'expression 5 F4 $ 5 5° «voir la beauté de Ré- Min » @, Sous la XVIIT dynastie, Min d’Apou (Panopolis) est souvent appelé Min-Ré; par exemple :
a) 14 (stèle d'Akhmim : L., D., IE, 29 d et Text, II, p. 164, 8); | |
b) FE — | = L° (ge (temple creusé dans le roc par le roi Aï au nord-est d'Akhmim : L.,D., Text, Il, p. 166; Kers, Rec. de trav., XXXVT, p. 53 et pl. IV). | | |
Pareillement à Abydos, sous la XIX° dynastie, dans le temple de Séthi [* (Manrerre, Abydos, |, 39a: F°de d) et dans la chapelle spécialement consacrée à Min au temple de Ramsès II (Manrerre, Abydos, Il, 20 c : a). | |
De même, enfin, à l'époque gréco-romaine, dans les temples de Dakkeh (Rover, Dakke, p.78), d'Edfou (Cmassnar, Le Temple d'Edfou, NL, p. 295 et 278) et d'Athribis de Haute-Égypte (Perne, Athribis, pl. XVII et XVIIT A), sur-la stèle n° 22489 de Berlin (Scæarrr, À. Z., LXIL, p. 88), sur plusieurs monuments de la collection Lady Meux (Bunce, Catal. of the Goll., passim), et sur les nombreuses stèles d’Akhmim conservées aù Musée du Caire (Aumen Bey Kamar, Catal. gén., Sièles ptolém. et rom., passim) : SF, Fe 0)
E) Cf. mon Dictionnaire des noms géographiques ; IV, p. 203.
® Zeitschrift für ägypt. Sprache, LIT (1922), p. 132.
®) Beromann, Recueil de travaux, IX, p. 32-33.
® Voir Brucseu, Religion und Mythologie, p. 36.
Par contre, la fusion entre Min et Ré ne se rencontre jamais, à ma connaissance, à Coptos. |
C'est encore évidemment à titre d'associé | au dieu solaire que Min est souvent appelé, et cela dès la AVIIE dynastie, #0) «maître du ciel»
ou 7 | 1 « grand dieu maître du ciel».
(2) Les verbes [1 À et *, sond employés ici à la forme emphatique du mode impératif, dans laquelle le verbe est uni au pronom personnel sujet par la préposilion <> ou | — 0), On retrouve celle même forme au début de la légende du transport en procession de Îa statue de Min-Kamoultef qui est représentée sur la paroi occidentale de la salle 47 du temple de Médinet Habou, datant du même règne que la cérémonie qui nous occupe () : = | = à | a LE = 17 me M citer : Ah! léve-loi, ah! ldve-tor, Amon! », où le = qui s suit les deux fois le verbe *, est assez diffi-
cile à expliquer.
(3) La préposition <= à la ligne 9, avant T5, ne s'explique pas aisément; sa présence esi parfaitement inutile et n’ajoute rien au sens de la phrase, à moins qu'on ne puisse la considérer comme correspondant à l'une de nos conjonclions «car, du monent que, puisque» : ce serait alors parce qu'il est jusüilié, c'est-à-dire en règle, devant le dieu solaire Ré-Atoum que Min aurait en quelque sorte le pouvoir de s'élever (1%)
et d'apparaître Cr
(4) À partir de la ligne 4, le sens du texte n'apparaît pas clairement; nous sommes évidemment en présence d'un texte archaïque que le graveur de la XX° dynastie ne comprenait plus très bien el dans la copie duquel il semble avoir commis plusieurs erreurs. Après Thot, 1l fait mention d'un dieu =} 7 À b, qui est bien connu depuis les textes des Pyramides pour être un surnom du dieu-crocodile Sebek &, Plus tard, les textes font mention d'un serpent sacré = [n, protecteur des nomes d'Hermopolis
© L., D., NT, 99 d. | |
Œ Voir Enuan, Aeryptische Grammatk, L° édit., $$ 385 et 495, et Garniner, Eryptian Grammar, p. 186, $ 252.
® Voïr ci-dessous, p. 283, chap. xt, seclion 4.
() Cf, Enmax-Grapow, Würterbuch der aegypt. Sprache, 1, p. 170.
et d’Athribis (1), qui semlle avoir été différent du crocodile du même
nom.
(5) Les «gémes de l'Est» Æ À si devant lesquels le dieu Min est invité par lofficiant à se lever (lignes 5-6 du texte) jouent un rôle important dans la cérémonie de la «sortie» du dieu. Nous les avons vus. en eflet, déjà mentionnés dans Île texte-programme ©); ils sont, en oulre, expressément représentés au quatrième épisode ®. Leur présence 1e1 peut s'expliquer de la façon la plus naturelle, et l'on est même en droit de dire que leur raison d’être est double :
1° Le dieu ithyphallique, assimilé au dieu solaire, se léve Are ligne 1 du texte) comme ce dernier à l'horizon oriental, et ce sont, en conséquence, les génies de l'Est qui sont les premiers appelés au privilège d'admirer son éclat et de jouir des bienfaits de ses rayons.
9° Le dieu de la génération est venu en Égypte, aux époques les plus reculées dans la nuit des temps, par l'Est, car il était originaire des régions de la mer Rouge, du pays de Pount et du désert arabique. C'est une diviuité d'importation essentiellement orientale. Sa mère porte dans un texte du temple de Dendérah illustrant la scène de la grimpée au portique gymnique (?) le nom de * # = hntj.1 Bbtt , «celle qui est à la tête de l'Orient», ou «la première de l'Estn 5, Lui- UE es nettement désigné au temple d'Edfou comme gg Ÿ DT ÿ | om he T'as
rh ne, Vient ln in,
q ct. H. Kees, Zu den ägyptischen Mondsagen (in Zeilschri à Jür ägypt. ne LX, 1925, p. 11). |
® Voir ci-dessus, p. 62, 63 et 103-104.
® Voir ci-dessons, chap. vin.
(Cf. Manerre, Dendérah, 1, pl. 23.
(9 Jbid., texte, p. 135-136. — Ou encore : réelle qui préside à l'Esin. CF. Baucscæ, Religion und Mythologie, p. go et 678; Sounnce, Hérodote et la religion de l’ Érype, p.211. Ï] convient, il est vrai, d'observer que ce n'est là qu’une tradition de lasse époque. Aux époques antérieure, el à Coptos surtoul, le rôle de mère du dieu ithyphail' que, identifié à Horus, esl assumé par la mère d'Horus, li déesse lsis, importée à Guptos de sa ville d'origine, Iseion dans le De‘la, exaclement comme Min lui-même semble y avoir été importé d'Akhmim sa ville natale, si l'on se range à l'avis de M. Sethe (Urgeschichte, etc., p. 119 et 167-169) concernant les origines de ce dieu.
«homme de l'Est, apportant les merveilles de la contrée de Pount et cherchant
son œil dans le Pays des Dieux»), ct aussi comme RINTS- +27 @) «le beau Mza du désert oriental». Le pays h | Ÿ 4 Mza ou Azaou était une région de la rive orientale du Nil, située environ sous la latitude de la première cataracte et habitée par une tribu dont les Bichari
actuels semblent être les descendants.