LES PORTEURS D'OFFRANDES ET D'ENSEIGNES DIVINES
Dos à dos avec le récitant chargé de la lecture de l'hymne que je viens d'analyser, un prêtre, la tête rasée, vêtu d’un long manteau ample frappe dans ses deux mains levées. En avant de ce personnage, qui probablement bat la mesure et dont le titre a malheureusement disparu, savance une procession de dix-huit prêtres (et non dix-sept, comme l'ont dit Jollois et Devilliers), dont les huit premiers occupent, à Médinet Habou, la paroi est, tandis que les dix derniers sont représentés sur la paroi nord. Au Ramesseum, la série devait être identique, à en juger par ce qui nous en est resté, soit les sept premiers personnages, lesquels sont, à une seule exception prés (le numéro 2), en parfaite concordance avec les sept premiers de la série de Médinet Habou. | | |
Jollois et Devilliers les ont décrits assez longuement : « En avant sont dixsept prêtres, ayant les uns les attributs de la divinité, tels que le crochet, le fléau, le bâton augural; d’autres, des étendards formés de la figure d'Tsis et des têtes des animaux sacrés, tels que l'épervier, le bœuf, le chacal; quelques-uns portent des vases et d’autres objets dont on ne reconnaît pas aussi bien la forme. D’autres prêtres tiennent élevé sur leurs épaules un brancard sur lequel on remarque d'abord une sorte de coffre où sont posés des vases d’une forme assez semblable à ceux dont on se sert encore en Égypte aujourd'hui, et ensuite trois pettes figures debout. Les vases renferment, sans doute, la liqueur qui devait servir aux Hbations. » Champollion a distingué fort justement plusieurs groupes parmi ces dix-huit objets; ce sont, a-t-il dit, «les diverses enseignes sacrées, les vases, les tables
® Cf. Pienz, Inscript. hiérogl., »° série, pl. 58,E, et Cuassinar, Le Temple d’Edfou,
1,p. 39g-4oo.
® Ibid. | <
de proposition, el tous les ustensiles du culte {1}, Rougé, sans se compromeltre, a reconnu en bloc dans ces objets si divers des « enseignes variées »). M. Errman les a définis comme étant «les insignes de la souveraineté, toutes sortes de symboles du dieu »). M. Daressy ne leur a consacré aucune phrase dans sa descriplion de la fête à Médinet Habou. M. Blackman, enfin, s’est contenié de cette vague désignation : «a long line of priests carrying standards, cultus-vessels, and statues of the king and his ancestors » (). | Voici le détaïl de ces dix-huit objets. |
° En tête, un support Fa, sur lequel sont posés verticalement cinq objets allongés À qui semblent être des pains; il est porté sur l'épaule gauche du prêtre, qui le soutient de sa seule main gauche, geste qui laisse penser qu Le s'agissait d'un ustensile assez léger.
pis une coupe W, portée sur la tête et soutenue de la main droite, sur ‘jaquelle sont posées, au Ramesseum, diverses offrandes végétales, à Médinet Habou trois pains (ou gâteaux) de forme ronde.
3° Un triple vase à libations LE sans bec, tenu dans la main droite par sa parlie la plus étroite. Au Ramesseum, la légende de ce porteur de vase nous apprend que sa fonction consistait à «purifier le chemin suivi par ce dieu», c'est-à-dire peut-être Île taureau : la ps 7] 9 M. Les trois vases n'en formaient, en réalité, qu'un seul, car au Ramesseum le prêtre le tient uniquement par le vase du milieu. | |
4° Une aiguière à bec @, tenue sur la paume de la main droite horirom nement tendue,
IL s’agit uniquement, on le voit, dans ce groupe des quatre premiers porteurs, d'offrandes alimentaires.
Viennent ensuile un certain nombre d'enseignes divines dont la désignation nous est clairement donnée, au Ramesseum seulement, dans la légende suivante, qui est gravée au-dessus des deux porteurs de vases
() Lettres écrites d'Égypte, p. 345.
@) Mélanges d'archéologie, 1, p. 130.
GS Aegypten und aepuptisches Leben, réédition Ranke, p. 71. (9 Luxor and its Temples, p. 181. Je laisse de côté, pour l'instant, les porteurs de slatues du roi régnant et de ses ancêtres, sur lesquels j Je reviendrai plus loin.
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mais qui concerne . aucun doute possible les personnages venant der- “4 | FA] —.— = + t'OR , ;
rière ces porteurs : & ||] FWIS [ZT «es dieux accompagnant (escortant) Min lors de . de ses fêles ». |
5° L'enseigne du dieu-chacal Anubis, représenté debout sur un très long support qui est tenu à deux mains et appuyé contre l'épaule droite. Au sommet du support est suspendu à Médinet Habou une cymbale 0) Ÿ mny.1, que l'on a peine à distinguer au Ramesseum, si tant est qu'elle y ait été figurée.
6° Une autre enseigne, probablement identique, quoique la tête de l'animal y soit difficilement reconnaissable.
7° Un bœuf {ou taureau) couché et probablement momilié, supporté par un plateau rectangulaire horizontalement posé sur l'épaule gauche d’un prêtre vêlu d'une longue robe ample à l'intérieur de laquelle se dissimulent ses bras. Ce costume est différent du long jupon ample couvrant seulement le bas du corps, au-dessous de la ceinture, dont sont vêtus les autres prêtres de celte partie du cortège. [Il ne se retrouve, plus loin, qe pour les trois prêtres numéros 10, 11 et 12.
8° L'enseigne du Il° nome de la Basse-Égypte (Létopolile), consistant en une partie d'animal, probablement une cuisse (?), fixée au sommet d'un Îong support tenu à deux mains par le prêtre, qui l'appuie contre son épaule. droite; à ce support esl suspendu, comme à celui des enseignes numéros 5 el 6, une cymbale mny.t.
g° L’enseigne d'un dieu-faucon, identique à la précédente et munie également de la cymbale mny.i à l'extrémité supérieure de son support. Elle est tenue à deux mains par son porteur. |
10° L’enseigne du dieu-cynocéphale Thot, posée sur un plateau qui est porlé horizontalement sur J’épaule gauche par un prêtre vêtu de la longue robe sans manches, analogue au prêtre numéro 7- Ni support d'enseigne, ni cymbale mnj.t.
1° L'enseigne d'un dieu-faucon, portée de la même façon que la pré-
cédenie par un prêtre identique.
(3 Sur l'identification de linstrumient de musique re | à avec la cymbale, voir
Lorer, Les cymbales égyptiennes (in Sphinx, V, p. 93-96).
12° Une autre enseigne de dieu-faucon, absolument identique à Ja précédente.
13° Une longue hampe tenue à deux mains par le prêtre, qui l'appuie
contre son épaule droite; elle porte à son extrémité supérieure une petite tête de faucon #, une peau d'animal -æ et une cymbale mnt.
14° Une tête d'Hathor surmontée d’un sistre, emblème du VII nome de Haute-Égypte (Diospolite Minor), et fixée à un support très court, que le prêtre tient de sa seule main droite et qu'il appuie contre son épaule droite, tandis que sa main gauche est ramenée sur sa poitrine.
15° Un long sceptre 1 emblème du ÎV° nome de Haute-Égypte (Thé-
bain), tenu à deux mains et appuyé contre l'épaule droite du prêtre.
16° Un fouet, ou bâton à triple Fantère de cuir, n}#°, l'un des emblèmes caractéristiques du dieu Min, tenu de Îa seule main droile et appuyé contre l'épaule droite du prêtre, tandis que le bras gauche est pendant, la main largement ouverte.
17° Un objet difficilement reconnaissable en l'état de mutilation où 1l se présente (peut-être un scarabée, emblème du dieu solaire Kheprä), fixé à un court support tenu de la seule main droite el appuyé contre l'épaule droite du prêtre, tandis que le bras gauche est pendant, la main largement ouverle.
18° Enfin un objet rond, muni d'une pointe à sa partie supérieure (massue {?}, fixé à un long support que tient à deux mains le prêtre en l'appuyant contre son épaule droite. | |
Il est probable que la plupart de ces personnages, ceux au moins qui portent l'enseigne d'une divinité, sont figurés ic au même litre que les porteurs des images des divinités qui accompagnaient la ‘statue du dieu Horus lorsque, au cours des processions rituelles, on la conduisait, pour l'y exposer, dans plusieurs édifices d'Édfou. IT en est de même pour Îles personnages qui sont représentés dans la double procession décorant les escaliers du temple d'Hathor à Dendérah ou les parois de la chambre
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n° 1 du petit temple d'Osiris bâti sur ce dernier). Ces images représentaient les divinités associées au culte du dieu principal et invitées à participer à la cérémomie de sa sortie, ces divinilés étant probablement ellesmêmes les survivances des archaïques lolems des clans qui, aux origines, accompagnèrent Min dans sa migration des rives méridionales de la mer Rouge jusqu'à la vallée du Nil à travers le désert arabique.