‹ Les Fêtes du dieu MinChapitre 34 sur 68 · C: — COMMENTAIRE · texte numérisé non relu

C: — COMMENTAIRE

(1) Les premiers mots de ce texte nous montrent qu'une danse avail réellement lieu à l’occasion de cette fête de Min. \Mais ce ne sont pas des danseurs et danseuses de profession qui se livrent à ces exercices; ce sont deux dieux, à savoir Thot et un autre qui n'est pas ici expressément désigné, mais que nous pouvons désigner comme étant Horus. Un passage du papyrus dramatique du Ramesseum, qui est consacré à la description des fêtes religieuses ayant accompagné la mort du roi Amenemhat [* et l’avènement de son successeur Senousret [*, et qui a été admirablement publié par M. Sethe dans le 2° fascicule de ses Dramatsche Texte zu altaegyptschen Mysterienspielen ®, s'exprime ainsi (1. 20):

\: EE NI ne « Horus dit à Thot : Mon œil danse

pour lo (c’est-à-dire devant toi).

& | IC I T hot le danseur. »

ne grand taureau. — rôtss! (1 13) ml, 6 souleveur de la balance! (?)...» — ré tsstl (L 14)», — éaflt «6 hshsi (1. 15)..... ».

0) Ce titre est souvent donné au dieu Min, en sa qualité Horus fils d'Osiris.

@) Peut-être ï [i 1]; mn : cf. Würterbuch der aegypl. Sprache, 1, p. 256.

® Untersuchungen zur Geschichie und Altertumskunde Agyptens, Band X, Heft 9 (Leipzig, 1928).

(9 Op. cit., p. 120 et aussi pl. 13, Bild 3.

6) Au sujet du pseudonyme + 4 3: cpatnn, parfois appliqué au dieu Thol, voir SETHE, op. cîl., p. 104.

Dans Je début de l'hymne de Thot que récitait l'officiant en chef lors de la célébration de la cérémonie de la «sortie» de Min, hymne qui était de {rès ancienne origine, comme dans le passage du papyrus dramatique du Ramesseum, nous voyons donc qu'il s’agit d’une danse célébrée en commun par les dieux Horus et Thot. Thot avait, en effet, jadis sauvé l'œil d'Horus et ce dernier lui manifeslait sa gratitude et sa joie en dansant devant son bienfaiteur. Les mots suivants de l'hymne de Thot expriment la même idée : « Contentons l'œil d'Horus, etc. ».

Quant à la possibilité, ingénieusement entrevue par M. Sethetl}, d’un jeu de mots entre les termes la | Ù 3hb «danser» et Fa hb «ibis», oiseau consacré au dieu Thot, elle est assez vraisemblable, étant donné l'inclination des anciens Égyptiens pour le calembour.

(2) La même allusion à l'œil d'Horus venu de la ville de Wir) se retrouve dans un passage d’un hymne à Min sur la stèle n° 20328 du Caire? :

FMI. NIK NETINS- = es ile pre

Re Ô Min, souviens-toi de . ..N..., souviens-loi de son amour (?) comme tu ie soumens de on œil de ton corps dom, divin dans la ville Nirw!»

À propos F l'objet hi AT in$jt, « bandeletie [ou étoffe] rouge», indiqué comme existant «au cœur de la ville Ntrj» (Iseum en Basse-Égypte, aujourd'hui Behbët el-Hagar), il n'est peut-être pas inutile d'observer que la déesse [sis mère d'Horus {et parfois aussi de Min) n’était pas la seule divinité à posséder cet ornement.: Sur une statue debout de la déesse Sakhmet, datant du règne de Ramsès IT, j'ai eu l’occasion de relever, attribué à la déesse, le titre 7 | Es © nb.lins « maîtresse de la bandelette (?) rouge ».

Existait-1l, d'autre part, une relation entre cette bandelette rouge ins,

( Voir Serue, Untersuchungen, elc., p. 123.

G) Cf. Laxce et Scnirer, Grab- und Denksteine des mitileren Reichs, É p. 341, et GauTurER, Mélanges Victor Loret (= Bulletin de l’Inst. franc. s'ArSHeNl orient. RAR): p: 560 et 564.

insjt, et l'écharpe peinte en rouge que nous voyons jetée sur la nuque du taureau blanc de Min et qui est appelée m1)? |

(3) Sur les /nhw (Fenkhou), je renvoie à mon Dictionnaire des noms géographiques contenus dans les textes hiéroglyphiques, 1. I, p. 161. Ce n'était pas; comme Maspero le croyait jadis, une population du Delta égyptien ou voisine du Delta, mais ce terme servait à désigner d'une façon générale toutes les populations étrangères de l'Asie Antérieure. À quel tre ces populations sont-elles ici mêlées à la légende de l'œil d'Horus et à La ville Very de Basse-Égypte? Nous ne le voyons pas clairement. Mais on peut supposer qu'il y a là une nouvelle allusion au caractère étranger que Min devait à son origine lointaine, qu'il a toujours conservé et en vertu duquel il a été le seul dieu du panthéon égyptien à atlirer à soi el à s'adjoindre parfois, à parür du Nouvel Empire, certaines divinités de Syrie, comme Île dieu Rechpou et la déesse Qadech P).

(4) Les mots ”, (Ramesseum) ou 0 © {Médinet Hsbou) ne sauraient être considérés comme un nom de Localité dépendant de = «seigneur, maître»; 11 semble plus probable que l'adjectif possessif masculin S ou ! est à sous-entendre après ce mot = «{mon] maître», el que 1e groupe venant après est à lire sp fdw «quatre fois» (cf. Enman-Grarow, Wôrterbuch der aegypt. Sprache, IE, p. h87): : le —— de Médinet Habou serait, peutêtre, en ce cas un reste du mot no > CON; «fois». Cette interprétation est, toutefois, sujette à réserves.

(5) WI? L TT api ippj «qu ouvre le nuage». — Le déterminatif — de Médinet Habou n'est pas exact, car Île mot top} (qui a peut-être survécu dans le copte bohaïrique enr) signifie «nuage chargé de pluie». Ces mois, avec leur contexte, paraissent constituer une allusion fort nette au. rôle atmosphérique que les Égyptiens attribuaient au dieu Min. Ce rôle, d’ailleurs secondaire, a été emprunté à Amon, lequel était par excellence un dieu des agents et des forces célestes, ainsi que Îe prouve lidentification qu'en ont faite les Grecs avec leur Zeus. Dans une contrée comme la

(9 Voir ci-dessus, p. 61, 63 et 85.

® Voir Jéquier, Mélanges Victor Loret (— Bulletin de PInst. franç. d’Archéol. orient.

du Caire, t. XXX), p. 27.

tige ue

vallée du Nit, où le ciel est si rarement obscurci par les nuages et où les précipitations atmosphériques dues à ces derniers sont un phénomène si exceptionnel, 11 était normal que les imaginations des habitants fussent très vivement frappées par de pareils faits. D'autre part, l'influence bienfaisante de l'eau sur la végétation ne pouvait manquer d'être également observée par Îles Égyptiens, el comme Min était pour eux le dieu par excellence de la fertilité des champs, ils étaient, par la logique même du raisonnement, amenés à lui attribuer la cause déterminante de celte FU c'est-à-dire la pluie et la rosée.

La stèle d'époque ptolémaïque n° 911 du British Museum, où Le roi est représenté devant un dieu Min enveloppé de façon curieuse et anormale par un grand sycomore, contient, entre autres épithètes du dieu, fa suivante : |] | 14: À : qui est peut-être à comprendre, ainsi que l'a proposé son traducteur B. Turajeffi}, «le roi au-dessus des nuages». Cette traduction semble être conditionnée par la lecture "Tr ! topjw, au lieu de ff : qui n'offre, en effet, aucun sens salisfaisant. Min serait donc considéré réellement ic: comme Île dieu qui se tient dans le ciel au-dessus des nuages et préside à leur formation, à leurs déplacements au gré des courants atmosphériques, enfin à leur résolution en ondes bienfaisantes.

Ce rôle serait ainsi le complément de celui que certains savants on voulu lui reconnaître dans les manifestations ue de la foudre, allant même jusqu'à admettre que le signe servant à écrire le nom du dieu, -——, représentait, sinon la foudre elle-même, substance assez difficile à matérialiser, du moins les aérolithes ou bolides que la foudre précipite du ciel sur le sol (1.

(6) ne = is , etc. — Ces mots semblent pouvoir être rendus : ec'est le vent sur le fleuve, c'est le grand qui transporte (envie)... .. sur les champs » et compléter la description du rôle d'agent atmosphérique rafraichissant l’air et distribuant la pluie bienfaisante que ce passage attribue au dieu des forces célestes Min-Amon.

(9 Deux textes relatifs au culte de Min, en russe (in Comptes rendus de la Société Russe d'Archéologie, Saint-Pétersbourg, 1902). Je dois la traduction de cet opuscule à l'obligeance de M. le Prof. Vikentiev, de l'Université Royale Égyplienne du Caire.

® Voir ci-dessus, p. 135. |

(7) Le taureau est invoqué 1c1, à plusieurs reprises, sous le nom de LEE «grand taureau ». Ge n'est pas là simple appellation banale, mais au contraire, semble-{-1l, la désignation officielle d'une des trois catégories de taureaux sacrés que les anciens Égyptiens vénéraient. Le’ papyrus géographique de Tanis mentionne, en effel, dans les listes des animaux sacrés, fù x Apis, le taureau bicolore, +. K° wr, le laureau noir, et | ‘es Bakis (ou Boukhis), le taureau blanc. Il y a, toutefois, lieu d'observer que K° wr n'est pas ici, comme au papyrus en question, noir, mais au contraire blanc (#3!) et qu'il porte exactement la même coiffure que Boukhis sur les stèles gréco-romaines du Boukheum d'Hermonthis récemment mises au jour par l'Egypt Exploration Society.

Le «grand taureau» est mentionné à plusieurs reprises par les textes concernant le dieu Min ou ses similaires : par exemple, dans un des hymnes du pylône du temple de a X à Atbribis de Haute-Égypte (? Un MR ee «Min, grand (?) dans la conduite des quatre

veaux, qui voil le gr “and are (bis) 5 8), Dans un autre bymne à Min gravé S

sur ce même pylône, le dieu est-invoqué en ces mots W). À Ve + 4e «otens à nous, grand taureau bis)» 6).

(8) Un passage des textes des Pyramides ($ 956) met précisément en scène les dieux Horus et Thot dans un acte accompli par eux en relation avec Osiris : « Horus vient, Thot apparaît; 1ls élèvent > à) Osiris sur son côté; 1ls le font se tenir debout devant les deux ennéades de dieux ». 1 n’est pas impossible que nous ayons dans le discours prononcé par Thot à la fête de la «sortie» de Min, précisément lors’ de l'épisode de cette fête où ce dernier est invoqué sous sa forme de taureau osirien, une allusion à ce

Cf. Guirriru and Perris, Two hieroglyphic Papyri from Tanis (1889), p. 21 cet pl. X, n° 16.

G) Cf. Pere, Athribis, pl. XXXI, col. 8, et sdueton Wake, bid., p. 21.

6} Etnon, comme a traduit M. Walker : » Min, great (?)in leading the bulls? (çows), who sees the bull twice great». Le taureau rdeux fois grand» ne signifie rien. Quant à la présenlalion par le roi des quatre variélés différentes de veaux, c'est une scène qui est fréquemment reproduite sur les parois des temples : Min est ici assimilé au roi, eu sa qualité de roi des dieux, car c’est lui qui est censé amener les veaux.

CO CF, Perrie, Athribis, pl. XXXII, col. 8, et traduction WaLker, ibid, » P- 29. 1 Et non : «bull twice great», comme a rendu M. Walker.

vieux rite obscur. Tout ce texte est, en effet, très ancien cet les allusions à des croyances surannées y sont nombreuses : ce qui n’est pas fait, d’ailleurs, pour en faciliter la compréhension. |

D'autre part, une localité © {s.1, située probablement dans le voisinage d'Apou-Panopolis, était consacrée à Min GW), Peut-être existait-1l une relation entre le nom de cet endroit et le mot {s de notre texte.

(9) Passage obscur. Il existe un mot 54 ©. pit (ef. Brucson, Dictonn. hiérogl., Supplément, p. 1286 et Moner, Journal asiatique, 1919/IL, p.101), qui a le sens de «corballe pour les offrandes » (principalement pour les offrandes alimentaires, fruits et provisions). Mais le singulier 5 À gi ne semble pas être connu.

3 —— =1ÿ— FH mie : + Àf: . ‘ L (10) RS Te = æ «je suis Min qui se tent debout sur les pays montagneux étrangers après avoir conquis loutes les contrées». — Le

dieu ithyphallique était, nous l'avons déjà plusieurs fois observé, originaire de la région montagneuse el désertique comprise entre la mer Rouge et la vallée du Nil; c’est de ces contrées situées au sud-est de l'Égyple qu'il était parti dès avant l'époque historique pour prendre possession de la vallée, el c'est évidemment à celle lointaine conquête que le passage de notre hymne fait allusion. | Letitre — Le «seigneur des pays montagneux étrangers » lui resta à travers toute la durée de l'histoire; il semble même que ce titre ait pris au cours des âges une extension de plus en plus large, et qu'après s'être appliqué à l'origine aux seules régions étrangères du sud-est et de l’est, 1l ail gagné peu à peu celles du nord-esl et même celles du nord et de l’ouest. C'est à partir du Moyen Empire, et surtont dans les inscriptions de la X[° et de la XII° dynastie dans l'Ouâdi Hammämät (vallée unissant la région de Coptos à la mer Rouge), que nous rencontrons ce litre accolé au nom de Min (cf. L., D., I, 138 a — Couvar et Monrer, Les inscriptions hiéroglyphiques et hiératiques du Ouäd Hammémät, n° 43; voir également Waercair, À History of the Pharaohs, 1, p. 312; L., D., If, 149 d= Couvar et Monrer, op. it., n° 192). . | | Min est parfois aussi appelé Ÿ* «grand du désert» (inscription du

() Voir mon Dictionnaire des noms géographiques, 1. VI, p. 80.

196 HENYT GAGTHIER.

roi Sebekemsaf Là l'Ouädi Haminämät : Pmisse p'Avexxes, Afonum. égupt., pin ul. D., 1, 1910; Goréniscnere, Hammamat, pl. AVIIE, n° 6: Couvar el Monrer, op. al, n° 111, p. 78). |

Le roman de Sinouhe fait menton de « A4n-Hlorus [dieu | augruste 4 en (au cœur des pays désertiques, où du désert) : cf. papyrus n° : de Berlin. 1. 289 — Masreno, Bibhothèque d'étude de l'Inst. franc. d'Archéol. orient. du Caire, 1, p.19 L'10,etp. 109 ). |

Sous le Nouvel Empire, on revient à la forme pi courante ., (stèles de Ramsès If et Ramsès IV à l'Ouâdi Hammâmät : L., D., [Il, 223cet 2923 Couvar el Monter, op. «il, n° 219 el ho).

À la basse époque, le litre est remplacé par NE un synonyme sipnifiant «qui est à la tête du désert» {el. statue n° 617 du Musée du Caire : Boncuanor, Catal. gén., Statuen und Statuelten, W, p. 163).

C'est encore celte qualité de «maitre du désert: qui est rappelée dans le passage de l'hymne récité à la fête de la «sortie de Min par le «nègre de Pount», où l'on dit au dieu : Vo ù \ des À À 1? Ph ctues sous forme de taureau lorsque lu viens sur (sic) les contrées désertiques» (variante sur la stèle n° 911 du British Museum : 17?)

C'est en cette quahté que Min accorde souvent au Pharaon, en récompense de sa piété à son égard, de vaincre ou de dominer les peuples étrangers des régions montagneuses désertiques voisines de > l'Égypte. Par

exemple :

1° ee + a «je te donne. .... l'Égypte et le désert

sous la crainte que tu inspires» (Cuassinar, Le Temple d'Edjou, 1, p. 180-

181 ); JS ru L'ut En «je te donne les Aountiou qui sont à la

mil!

lête d désert à l'état de saluanis » has p. DE

go | [ ! mn À TT A ee «je le donne les Tmhw «

Lt 11 nt LE

l'état de prosternés, et les pays élrangers nn l’ouest Fo leur tribut » (ibid. Il, p. 88).

(9 Min est désigné à lOuëdi Hammämät (L., D., Il, 149 d) comme “ii «a la tête des Aountiou.

It l'on pourrait mullipher les exemples analowues. Dans la scène de la montée au por lique de gymni sstique |? } qui est lipitrée au temple d'Edfou. le dieu Main accorde à Ptolémée IV fa puissance

sur les divers peuples étrangers du Sud, TT Te fus, T7, Sion, LS Pænt et 5e Aounti U, Et dans | hymne « de la stèle C. 30 de Louvre. il

est mis en relation avec Ÿ | $ — mo TE FU Bstiel $ ms qui (7) 8),

Enfin, derrière la légende concernant Îe chant de l'hymne, est encore représentée la reine, les deux mains ramenées sur fe milieu de la portrine;

son nom na pas été écrit. cl son carlouche est resté vide : ie

ne | La présence de la reine à cetle cérémonie en l'honneur de Min est un argument de plus à ceux qui on! déjà été allégués en faveur de la thèse que celle cérémonie élail probablement, surloul el avant tout. une commémoration de l'avènement du Pharaon régnant sur le trône de ses ancêtres. J'aurai l'occasion de revenir longuement sur ce point un peu plus loin, lors de la description de la partie du cortège concernant les

porteurs de statues royales.

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